Exprimer l’heure en bon Ossie

Pour exprimer l’heure il y a parfois quelques pièges. Notamment régionaux.

La preuve, c’est qu’à la question Wie spät ist es? , la réponse  d’Helmut n’est pas pareille à Berlin et à Stuttgart. J’ai tellement perdu mon latin qu’il a fallu que je me fasse un tableau pour pouvoir retenir tout ça. Sinon le matin en se levant vous avez l’impression qu’un quart d’heure de vécu est en fait trois quarts d’heures de passé. Entre ça et les traumatismes posés par l’existence même de Thorsten, je ne sais pas ce qui est le mieux.

Même les Allemands s’y perdent entre eux. C’est dire. Ah là là c’est compliqué d’apprendre une langue. Déjà que j’ai jamais compris la logique à dire Halb zwei , si en plus il faut comprendre les logiques régionales pour les quarts d’heure…

Wie spät ist es Helmut?

Allemagne de l’Ouest

Allemagne de l’Est

Zwei.

Deux heures.

Halb drei.

Deux heures et demi.

Viertel nach zwei.

Deux heures et quart.

Viertel vor drei.

Trois heures moins le quart.

Viertel drei.

Deux heures et quart.

Drei Viertel drei.

Trois heures moins le quart.

Allemagne de l’Ouest

Allemagne de l’Est

Zwei.

Halb drei.

Viertel nach zwei.

Viertel vor zwei.

Viertel drei.

Drei Viertel drei.

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Bloggo ergo sum. Oder nicht.

Il y a sans doute autant de raisons de bloguer qu’il y a de blogueurs.

Mais moi j’en suis au stade où, pour la première fois, je ne vois plus aucune raison de le faire. J’ai juste envie de faire des choses normales, de parler de choses banales, bref de vivre ma vie en devenant une blogueuse du dimanche parmi les milliers d’autres.

Ceci est une miniature. Si, si, je vous assure. Saurez-vous dire où cette photo a été prise?

La différence par rapport à avant, c’est qu’il y a eu quelque chose qui était de l’ordre du nécessaire. Derrière mes billets pavés, derrière beaucoup, beaucoup de réflexion sur des choses remarquées ici et là, j’ai répondu à ma façon à un besoin de visibilité auquel je ne cédais pas d’un pouce dans la vie offline. Il y a beaucoup d’excuses bienséantes pour accepter de se faire marcher sur les pieds et de s’effacer.

Aujourd’hui, un blog, une rencontre et un événement traumatisant plus loin, le problème est réglé ou en passe de l’être. Combien de temps m’aura-t-il fallu pour arriver à la case départ, ceci dit.

Même si des questions de fond restent et me donnent un bon prétexte pour maintenir ce domaine en vie:

C’est où chez moi.

Comment aimer à la fois deux pays de façon égale.

Ca veut dire quoi vivre dans un pays en y étant étranger.

Ces trois questions, je compte bien continuer à y répondre ici, avec des choses qui ne portent pas à conséquence au milieu. Il y a tellement de choses à dire en tant qu’expat. J’observe la vie à Paris comme un Allemand le ferait, ou presque. La ville dont je suis originaire me paraît si lointaine que je ne fais plus vraiment le lien avec ce que j’y ai vécu. Je ne dirais pas non non plus à mettre plein de sousous rien que dans une nuit dans un sublime hôtel à Paris. C’est dire à quel point je suis déracinée et à quel point je vais vous rabattre les oreilles dans les prochains mois.

Sur un autre sujet, ou pas, n’hésitez pas à aller faire un tour chez Elodie, qui a un vrai projet de blog bien sympathique et beaucoup moins prise de tête ;)

http://www.goodmorningberlin.com/
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Hors sujet: les z’animaux

Après avoir successivement (re)-découvert grâce à ce pays des choses merveilleuses comme le Quark, Til Schweiger, ma passion pour la nourriture, je viens d’ouvrir les yeux sur un nouveau phénomène qui me turlupine.

En fait, les zanimaux sont partout.

Ceci est un chat norvégien. Très sympathique au demeurant.

Dans tous les étages de la vie. Physiquement, administrativement, socialement, fiscalement.

Déjà, il y a les gens qui considèrent qu’un animal de compagnie a sa place au bureau, peut avoir un compte Facebook, et participer pleinement à des séances à but médical en devenant par exemple un Therapiehund. Au début, même quand on aime les animaux, tout ça déroute un peu vu l’ampleur. Peut-être même après d’ailleurs en général on dit ça quand on aime pas. Mais en tous cas, ça se fait.

Ensuite, il y a une tripotée d’allergiques aux chats, lapins, cochons d’inde et tralala qui se baladent autour de nous. Il suffit de mentionner le terme Allergien au printemps, en mode innocent, pour s’en rendre compte. Les larmes aux yeux, les allergiques vous détailleront leurs souffrances. Je peux parler.

En chiffres, cela se traduit par 15 millions de foyers possédant au moins un animal de compagnie en Allemagne, plus des milliards et des milliards d’adoption potentielles (so süss!!).

En France, d’après une étude faite par Santé Vet en 2011, c’est 51% des foyers qui sont concernés. Je ne sais pas pourquoi ça me paraît assez incroyable.

Au fait, le saviez-vous? L’Allemagne dispose d’un système d’impôt pour les animaux de grande taille- comprenez qu’il y a un  impôt sur le chien. Un impôt sur les chevaux est prévu aussi, mais je n’ai pas vraiment suivi l’affaire depuis cet article.

Bon, passé ce post informatif sur un sujet qui n’a rien à voir avec la choucroute, vous pouvez regarder ça si vous hésitez à prendre un chat


The reason some women stay single … von mikropikol

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En vrac, Teil 2

Temps délicieux sur Berlin. Une journée comme celle-ci ferait oublier tous les tourments de l’été. En prenant une glace chez Isabel par exemple…Ou alors en allant prendre un cidre dans une bonne crêperie. Mrmrmrmrmr.

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Revenir de France, c’est rentrer ou partir? J’ai la vague impression de faire des allers et retours en prenant des vols entre deux pays dont on cherche à me faire dire que l’un est la maison et que l’autre, forcément, est…autre chose de non défini.

Dans tout ça, en réalité, l’idée  »maison » a disparu. Plus ou moins. Pour moi comme pour des dizaines d’autres personnes qui vivent ici après une longue route vers eux-mêmes ou vers leur rêve. Il y a l’endroit des souvenirs pour tout le monde. Et il y a l’endroit de l’avenir. Qui est tout sauf stable. Ce combat du monde extérieur pour nous faire coller une étiquette sur ces deux sphères me paraît de plus en plus absurde. Il pousse à se poser des questions inutiles, douloureuses, et apparemment sans retour. Rester. Retourner. A tout jamais, et dire une messe.

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S’expatrier, c’est faire l’expérience de l’esprit critique. Partout, au moment où on s’y attend le moins. On veut faire les choses bien, et on se demande au final si le bien, c’est une idée relative. Bien manger? En France, c’est obligatoirement avec de la viande. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est le site manger-bouger.fr. Et hop un lien. Pendant ce temps, ici, mon médecin est vegan (pour ceux qui ne connaissent pas: il ne consomme aucun produit d’origine animale). Loin d’être le seul d’ailleurs. Des Français m’expliquent que le lait est en fait mauvais pour la santé, et mon premier réflexe est maintenant de les croire. Profiter d’une belle soirée sans nourriture? Ca passe par la case bière, systématiquement. Mais ce n’est pas grave, la bière ce n’est pas vraiment de l’alcool.

Moi je dis: au final empiffrons-nous. Il y aura bien un pays qui justifiera nos excès.

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Merkel a un vrai problème de look. Si même les Allemands l’admettent, c’est que quelque chose est en train de changer. En attendant, elle est normale ET elle gouverne sans avoir à faire de la publicité dessus. Bien ou mal?

Bon sinon, sérieusement…quelqu’un pourrait m’expliquer pourquoi la mode a si peu de place à Berlin, si ce n’est en Allemagne en général?

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Il y a des gens, on les voit, et on sait. Ils sont Français, Anglais, Allemand. Etc. On sait, et donc on juge en conséquence, très vite, de l’attitude à prendre, de la phrase à dire pour engager la conversation. Ca me fait penser à cette expo Kleider machen Leute (hélas terminée): quelle est la part de l’habit dans l’identification d’une personne par une autre? De la même façon qu’on juge d’une personnalité par ses vêtements, la nationalité attribuée passe par un ensemble de strates que l’on décrypte. Le corps, le goût vestimentaire, le mouvement. Dans un second temps, la voix, l’intonation, les formulations. Ce sont de toutes petites choses qui nous définissent aux yeux de l’autre. Toutes ces petites choses qui nous font être et paraître, elles aboutissent à appauvrir ce que nous sommes. Il y a tant de détails, et tant de moyens de savoir à qui nous avons affaire. Et pourtant, on réduit. Dans les mots, si ce n’est dans les pensées. Au final, connaître quelqu’un, c’est avoir fait un si long chemin au-delà des préjugés de la première rencontre…

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Spot the Touri

Spot the Touri: grand jeu de l'été?!

Débat qui reflète très bien l’esprit berlinois actuel: le touriste est-il notre ami? Attention, la bonne réponse officielle est dans la question.

Photo prise dans un des quartiers plus ou moins martyrs de Berlin. Pour en apprendre plus, vous pouvez aussi aller voir par là. A vous de vous placer sur l’échiquier. Dauertourist, immigré, expat, local pur et dur, de quel côté de la force êtes-vous?

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Attention aux réflexifs

C’est l’histoire d’une non germanophone.

Elle arrive en Allemagne, au bout de 10 ans d’efforts, et pense maîtriser l’allemand. Alors forcément, elle est toute contente.

Arrive le moment fatidique où elle cherche un appartement. Visite, questions, visite, questions, visite, questions…Et là, enfin quelque chose qui lui plaît.

La demoiselle, pleine d’émotion, fringante, communicative, plantureuse, l’accent roucoulant, bref charmante, apostrophe le propriétaire:

- Ich ziehe mich jetzt aus und entscheide mich für diese Wohnung! Sofort! Hier gefällt es mir ganz gut! Alles ist gut!

Sourire en coin, porté par l’enthousiasme, le monsieur répond:

- Ja, sehr gerne!

Histoire banale d’une honte rétroactive qui frappe les jeunes filles dès qu’elles pensent pouvoir faire une phrase seules. Grossière erreur.

Ou alors -tant que je suis dans la série des anecdotes rigolotes- ça peut arriver dans le sens inverse. Un Russe m’a un jour dit:

Kann ich hier umziehen?

en désignant ma salle de bain.

Trouvant très étrange qu’il en veuille à mon appartement alors qu’on se connaissait depuis, euh, trois semaines, j’ai répondu…un peu trop vertement.

Des joies de l’allemand. Non?!

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Super blog anglophone à ne pas louper

Pour tous ceux qui lisent l’anglais, je vous conseille fortement de suivre le blog de Federico, un Italien qui vit à Berlin.

1. Parce qu’il est trop drôle

2. Parce qu’il est VRAIMENT trop drôle

3. Parce qu’il parle de la vie à Berlin pour un étranger, telle qu’elle est: géniale et dure à la fois. Fede parle de la difficulté de trouver un appart, des chemins pour aller à Rome euh non plutôt aller à Berlin, de déboires et d’amitié *non vous n’allez pas lire Dawson 2*

Si le coeur vous en dit, c’est par là: A more quiet place. Don’t miss!

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Le mirage du château dans le ciel

Non je ne vais pas vous refaire Miyazaki…Ce n’est pas l’envie qui me manque, certes.

Aujourd’hui, j’ai envie de faire le point sur ce gigantesque point d’interrogation que représente le mystérieux château de Berlin, inexistant et pourtant bien présent dans les têtes.

Réinventons le fil à couper le beurre et répétons des choses de base: Berlin vit au rythme de ses projets urbains. Mur ou pas mur, Prenzlauerberg versus Neuköln, nouvelle gare rutilante, nouvel aéroport, loyers qui montent, nouvelle ligne de métro qui coupe un axe principal de la ville pour près de deux ans (et encore, ça, c’est le planning…) et j’en passe. Vivre à Berlin, c’est évoluer entre une série de travaux dont on ne voit pas la fin. Cf l’Alexanderplatz. L’océan de ces projets me dépasse. Je frémis à l’idée des millions d’euros qui nous tournent autour pendant que la moitié de la ville vit aux dépends du bon vouloir de start-up microscopiques et de leurs investisseurs. Mais passons, cela fera de toutes façons l’objet d’un billet un jour ou l’autre, cette frilosité salariale ahurissante.

La ville est donc là, ballotée entre la tentation de se replier sur elle-même, l’envie de profiter de la manne touristique, et le besoin d’évoluer en tant que symbole d’un pays qui se cherche malgré lui.

Au milieu de tout cela, nous avons Klaus Wowereit, son maire indéboulonnable, apprécié pour son pragmatisme, ses petites phrases bien trouvées sur sa vie personnelle (es ist gut so) ou sur sa ville (arm aber sexy). Ce n’est pas le sens de la formule qui lui manque. Mais peut-être un peu celui de la gestion de projets.

Depuis quelques temps, ce cher monsieur subit quelques revers. L’aéroport a été retardé deux fois de 50 000 ans à cause de défaillances techniques sur le site (une histoire de porte fusibles ou de système anti-incendie si j'ai bien compris), et on se rend compte qu’il compte faire de la ville une sorte de Disneyland amélioré. De projet en projet, au fur et à mesure que l’on s’acclimate, on comprend mieux l’idée présente derrière chacune des idées qu’il soutient: la rentabilité à tout prix. Ce qui se passe ici semble parfois ni plus ni moins que privilégier les profits immédiats, plutôt que d’aller déterrer, ou mieux, reconstruire, une identité locale en mal d’elle-même.

D’un autre côté, peut-on vraiment lui reprocher d’aller de l’avant? Au moins, avec lui, la ville bouge, plutôt que de se retrancher derrière sa frilosité. Mais derrière Wowereit, il y a aussi une volonté politique bien marquée et décidée au niveau fédéral, donc principalement par des gens qui rêvent très certainement de faire de Berlin un nouveau New-York. A projet titanesque, mises en place ubuesques.

L’un des plus gros chantiers berlinois des dernières années s’appelle le Berliner Schloss. Nom de code francisé: le château qui sera reconstruit un jour où tu seras peut être déjà mort. On en parle depuis en gros 1990. L’année où mes tout derniers stagiaires sont nés, c’est dire.

Un château rêvé par Miyazaki. Rien à voir avec le Berliner Schloss, mais lui au moins il a un côté onirique

De quoi s’agit-il?

  • En face de l’île aux musées, nous disposons actuellement d’une emplacement assez vaste, plus ou moins vide, sur lequel se dressait jadis un superbe château baroque, puis le Palast der Republik, symbole de la RDA.
  • Ce château disparu avait un statut symbolique à plusieurs niveaux. Tout d’abord en ce qui concerne l’avènement et la chute de la défunte Prusse. Pendant la grandeur prussienne, il tient lieu de superbe résidence princière. Au printemps des peuples, on fait de la place du château un lieu de démonstrations politiques plus ou moins pacifiques. En 1918, Karl Liebknecht annonce la défaite depuis l’un de ses balcons et donne naissance à une très éphémère république socialiste allemande. Le château devient alors un musée, dans lequel il y a une ambition un peu similaire à celle qui est à l’origine de la transformation de l’Hermitage en musée- du moins dans l’idée des quelques camarades des années vingt.
  • Après la guerre, le château-musée est plus ou moins détruit. On en sauve quelques éléments socialistes et historiques- notamment le balcon d’où Liebknecht a tenu son fameux discours, et on le détruit pour construire à sa place le Palast der Republik, lequel n’ouvrira néanmoins ses portes qu’en 1976. Ce palace soviétique, bourré d’amiante, a servi au parlement est-allemand, mais également pour de nombreuses rencontres culturelles. Etant donné le contexte d’effervescence au lendemain de la réunification, ainsi que les lois européennes sur les constructions amiantées, on décide de le fermer. En 2002, la décision tombe: le Bundestag a choisi de s’en débarasser définitivement. Ce qui sera chose faite seulement…en 2008.
  • Pendant ce laps de temps, on se décide à lancer un projet faramineux et hardu: reconstruire le Château perdu. Budget prévisionnel: 480 millions d’euros. La politique de rigueur passant par là, la reconstruction a été retardée de trois ans et devrait démarrer, sauf nouvelle reconduite, l’année prochaine. Je ne sais pas pourquoi je parie sur une autre reconduite.

Voilà ce que devrait donner la reconstruction. Bon à savoir: on reconstruit les façades à l'identique, mais le dedans, ce sera moderne. Il faut pas pousser Mémé dans les orties quand même.

Nous serons donc pourvus dans quelques années du bâtiment manquant au centre-ville historique, lequel contiendra un musée et le  »Forum Humboldt ». Le tout sera voué à la culture et constitue le plus gros projet allemand du domaine culturel des dernières années.

Derrière ce château et toutes ces promesses repoussées à 2013 (pour la première pierre…) se pose une question de fond: Berlin peut-elle réellement financer l’avenir dont rêve l’état fédéral pour elle? Combien de temps sera-t-on prêts à financer et rêver une ville en New-York européen, quand ses habitants s’y refusent? Ou bien va-t-on assister à l’effet inverse, les Berlinois jetant l’éponge après trente ans de protestation plus ou moins développée?

Je parie sur un épuisement de ces politiques de reconstruction. Non pas pour ces belles raisons éthiques que je me plais à décrire (identité berlinoise, histoire d’âme locale, changement local proactif et non pas décidé de façon artificielle…) mais simplement parce que faire Disneyland, ça coûte cher. Trop cher pour une crise telle que celle que nous traversons. Les dents grincent de partout, l’Allemagne paie depuis trente ans pour un retour sur investissement mal perçu. C’est étrange d’ailleurs ces histoires de perception: la réunification est un miracle historique et souvent décrite par ses habitants comme une catastrophe économique. Demandez aux gens bien pensants de Stuttgart ou Munich de s’exprimer là-dessus. Ca fait parfois vaguement penser à un Fukushima financier truffé de remarques désobligeantes sur ces fichus Ossies.

Bien sûr, et heureusement il reste et restera toujours malgré ces discours, de façon croissante, cette manne touristique surgie à la faveur d’un malentendu que personne ne s’explique vraiment (je disais je ne sais plus trop où que Berlin n’est rien comparée aux autres capitales européennes, ni au plan architectural, ni sur le plan de la richesse…).

Dans 10 ans, la ville sera probablement éclatée en plusieurs petits ilôts qui feront penser à un décor en carton-pâte où les touristes, plus nombreux que les riverains, évolueront tranquillement. Peut-être les start-up auront-elles aussi réussi à créer une seconde Silicon Valley, avec de la chance. Le problème, c’est que je ne vois pas les Berlinois embrasser l’avenir. Comme les Parisiens, ils le fuient, haïssent le changement pour ses conséquences les plus immédiates, et se réfugient dans une frilosité inquiétante. On parle de droits, de devoirs, de respect d’objectifs, de RE-construction, d’économies qui mangent peu à peu l’ambition et la jeunesse. Même les entrepreneurs sont frileux ici. D’envie, de projets d’avenir, de construction tout court et de châteaux en Espagne, il est beaucoup plus rarement question, fautes de moyen. Entre un château prussien et un rêve porté sur l’avenir, je sais ce que je préférerais voir. Le château en Espagne pourrait donner naissance à quelque chose.

Autour, le désert du Brandenbourg, à l’infini. Bilan pessimiste, qui me fera partir comme sans doute beaucoup d’autres s’il vient à se réaliser. J’espère me tromper et je cherche le positif. Il est peut-être dans le visage de ces enfants turcs qui se promenaient jusqu’à la semaine dernière avec le drapeau allemand peint sur les joues, les yeux brillants d’excitation, simplement heureux d’être allemands. Mais ceci est un sujet qui soulève autrement plus de questions.

Et vous, quels pronostics pour Berlin?!

http://berlin.equipier.com/checkpoint-graillons.php#more
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Sommerpause

La blogueuse estime judicieux d’envisager une pause.

Voire de passer à autre chose. Si possible.

Je me suis habituée à venir réfléchir ici. Plus j’écris, mieux je comprends ce pays. C’est une fenêtre magique.

Vous secouez l’édredon de vos pensées, il neige sur votre monde à vous. Il neige des idées, des choses qui hibernaient jusque-là. Ce n’est plus moi qui habite l’Allemagne, mais l’inverse. Je suis d’ailleurs prête à parier que la blonde Mariechen a découvert son bon caractère grâce à son séjour dans le puits. A chacune sa découverte.

Mariechen à la fenêtre

Un jour, comme elle, il va falloir rentrer dans l’ordre des choses, ramener le fuseau à sa place, tirer les conséquences de ce que l’on a remarqué en chemin et faire tomber la neige de façon orthodoxe. Des centaines de petites choses méritent d’être rassemblées.

C’est étrange. Je pensais être rassasiée et il faut que je nourrisse un projet pour pouvoir le devenir.

Simplement, comment vais-je m’y prendre?

Qui vivra verra.

Peut-être que la réponse est ici. Ou pas. La réflexion justifiera amplement un léger ou un long silence sur cet espace.

Rendez-vous au prochain article!

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Le mystère du collègue

Je ne sais pas vous, mais moi, il y a toujours des choses qui me dépassent. Ici, je veux dire.

L’une d’entre elles concerne un aspect de la vie en entreprise. Le sujet n’a rien de grave, il est peut-être même universel. En attendant, ça me travaille. Ca fait des siècles que je voulais en parler ici.

Je conçois que la plupart des gens soient plus matinaux que moi, mais au bout de quatre entreprises vues en trois ans dans cette ville, je ne peux que constater qu’il y a un être qui revient toujours, partout où on va: le collègue matinal. Unique en son genre, isolé des foules (à moins qu’il ne côtoie celles virtuelles sur Badoo?), mais très présent à sa façon.

Appelons-le Thorsten.

Vous arrivez à 9:00, Thorsten est là. Bon, ok, on peut imaginer qu’il arrive chaque matin avec 5 minutes d’avance sur l’heure que tout-le-monde-doit-respecter.

8:15, vous êtes fier d’être déjà là, façon Guido Westerwelle quand il a aligné deux phrases d’anglais sans script: Thorsten est là. L’expérience se répète, ça commence à vous perturber. Vous venez une fois à 8:00, histoire d’être sûr-sûr que c’est bien une histoire de 5 minutes.

Mais non. Il est là DEPUIS 7 HEURES DU MATIN. Seul, concentré, en tête à tête avec son PC, la totale. Parfois même avant, vous dit-il très naturellement quand vous osez lui poser la question avec l’air vexé de quelqu’un qui trouve remarquable de se pointer sur les coups de 08:00.

Alors là vous vous demandez comment il fait, étant donné qu’il habite au fin fond du Brandenbourg, et qu’il a sur sa table le set complet de tupperwares remplis de pommes coupées en morceaux, de Stullen et puis de divers Brötchen. Vous vous imaginez la vie version levers aux horreurs aurores:

  • 4h58: réveil avant le réveil parce qu’on s’habitue à tout
  • 5h30: l’oeil droit bien ouvert, vous vous attaquez à la préparation de l’en-cas de rigueur et mettez vos tupperwares à contribution
  • 7h00: ça y est, vous êtes au boulot, seuuuuuuuuuuuuul. Enfin un peu de calme! Environ deux heures tranquille.
  • 11h00: la faim vous travaille. Normal, la dernière fois que vous avez mangé, c’était vers 5h15. Il vous reste donc simplement à vous attaquer à votre réserve de pommes placée dans le tupperware là droit devant vous. Si elles sont déjà jaunes, vous êtes en retard sur votre planning.
  • 13h00: vous mangez vos Stullen avec délice en 10 minutes face au PC. L’équipe française va tout les jours se goinfrer en 31 minutes au resto (au lieu de 30!!), vous trouvez ça assez étonnant comme phénomène.
  • 16h00: la journée de travail est finie depuis longtemps, mais comme vous vous levez tôt de toutes façons, et que vous êtes forcé de rester jusqu’à 16h00 pour des histoires de contrat, vous êtes resté pour une heure sup où vous ne pensiez probablement qu’à ce contrat injuste.

A 16h01, le garçon a disparu de la circulation.

16h01, c’est l’heure à laquelle moi je commence à devenir vraiment efficace. Mon cerveau doit subir une attaque de je ne sais quoi, ça marche du feu de Dieu de 16h00 à 19h00. J’ai beau me lever aux aurores ces temps-ci et tenter de changer la donne (version moi, faut pas rigoler non plus, même si je suis motivée), le fait est que je suis au top de ma forme laborieuse en fin d’après-midi. Thorsten, lui, c’est l’inverse.

Thorsten est éveillé quand il prend le S-Bahn le matin pour venir du fin fond du Brandenbourg. Il est 6h00, vous luttez avec votre réveil et vous essayez de le planquer sous un oreiller, le matelas, n’importe quoi pourvu qu’il arrête de sonner. Pendant ce temps Thorsten lit Die Zeit dans un coin de train- d’ailleurs avec de la chance il vous le résumera lors d’une quelconque pause clope où vous ne demandez rien à personne.

Lecture favorite de Thorsten. Ca pourrait être Bild, mais non.

A 6h59, vous êtes prêt, fier de vous, et vous commencez à vous dire que vous avez muté depuis quelques temps. Certains vont même jusqu’à se dire qu’à 7h00, ils sont déjà en droit de passer l’aspirateur tant qu’ils y sont- et le pire c’est que parfois ils le font. On appelle ça une forme perverse d’intégration, la voisine vous ayant insufflé l’idée sans s’en rendre compte. Thorsten est en train d’allumer son PC.

7h40, après avoir tourné trois plombes à la recherche de ce que vous étiez en train de faire avant de passer l’aspirateur, vous recommencez à bailler, vous réalisez que vous avez oublié de vous faire à manger, que vous n’avez presque plus de liquide pour le déjeuner non plus, que vous avez une tête à la Mireille Matthieu tellement ce n’est pas dans votre nature tout ça.

Mais vous démarrez, héroïque. Vous voulez y croire. Vous sortez donc, de toutes façons à ce stade, vous n’avez plus rien d’autre à faire que ça, alors voilà. Les yeux vous piquent, vous prenez la rue dans le mauvais sens, vous faites répéter quatre fois à la boulangère ce qu’elle vient de vous demander, à savoir 95 centimes pour un Schokobrötchen, vous faites tomber l’argent par terre. Pendant ce temps, Thorsten a déjà répondu aux 60 mails qu’il a reçu la veille. Résultat que vous obtiendrez sur les coups de 17h00, avec de la chance.

Bilan? De 16h01 à 18h30, pendant que Thorsten mène une vie secrète avant d’aller se coucher, vous commencez à rattraper sa courbe de productivité légendaire. Son existence continue néanmoins à vous perturber. Vous ne pouvez vous empêcher de penser au lendemain, où Thorsten sera là, peut-être dès 6h30 s’il est en grande forme. Thorsten, c’est un de ces gars qui servent de pierre angulaire à l’esprit d’entreprise.

Tout serait en ordre s’il avait les traits vaguement tirés de temps en temps. Mais non. J’ai connu Thorsten sous sa forme Brad Pitt, Thorsten resplendissant de verve qui disait que tout le monde trouvait ça normal dans le Baden-Württemberg et qui râlait quand les autres arrivaient à 9h35, Thorsten qui appelait sa copine à chaque pause dans des élans lyriques à faire pâlir Guillaume Musso, Thorsten qui n’arrêtait pas de rigoler. Tous les Thorsten que j’ai connus jusqu’ici avaient en commun de ne pas avoir l’air de subir le moindre contre-coup de se lever avec le jour. Dans les gènes de Thorsten, il y a un degré de santé qui me dépasse.

Reste encore à éclaircir ce mystère du casse-croûte de Thorsten, en particulier le coup de la pomme, dont j’imagine qu’elle a quand même été coupée à l’aide d’un de ces gadgets faits pour pommes à la fois bio et toujours de la même taille.

Pomme coupée en morceaux. L'idéal pour Thorsten.

Soit sa copine (sa mère?!) lui prépare- ce qui signifie qu’elle se lève à la même heure supposée, soit il le fait lui-même et ça me dépasse encore plus. Thorsten ne va pas à la boulangerie pendant la journée de travail, Thorsten ne va pas au restaurant, sauf cas exceptionnel. Par exemple un pot de départ. Aucun autre être que Thorsten n’arrive à des faits pareils, étant donné que personne n’arrive à amener un casse-croûte fait maison passé le lundi midi. C’en est désarmant. La seule chose que Thorsten s’accorde et fait comme tous les autres, c’est une pause cigarette, en particulier à partir de 15h00. Même le déjeuner hebdomadaire à 1 euro livré sur place il arrive à éviter.

Pour la pomme, l’une de mes théories est qu’elle fait partie d’un régime imposé par une copine tortionnaire. Pommes et Stullen 5 fois par semaine, à vie, voilà ce que je ne peux pas comprendre non plus. Peut-être qu’il n’a pas le choix.

Si jamais quelqu’un a un témoignage à apporter sur ce type de cas, je prends. Se couche-t-il avant 9heures du soir, aime-t-il manger aussi autre chose que des Stullen, dort-il vraiment, peut-on espérer muter un jour comme lui (et d’ailleurs le faut-il). Parce que demain, je sens que je vais me reposer la question.

Ich wünsche Euch einen guten Start in die neue Woche!

http://media01.mathon.fr/Images/Produits/Amazon/47030_Coupe_pomme.jpg
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