Monthly Archives: septembre 2010

Au pays des machines

Avez- vous déjà remarqué l’expression « allumer la machine » en Français? Ca ne vous a jamais semblé imprécis? Sinon, il faut que vous en débattiez avec les Allemands autour de vous…

En effet, en Allemagne, il y a dans la mesure du possible une machine pour tout. Dire « allumer la machine » n’a pas de sens: on vous demandera bien de laquelle vous voulez parler… Une machine à couper le pain à table, une machine à vaisselle et une machine à café bien sûr, une machine à couper les pommes en morceaux de taille exactement équivalente, sans parler de la récurrente brosse à dents électrique, des automates de la vie extérieure…et il reste tous ces ustensiles étranges qui ne vous viendraient même pas à l’esprit en rêve. Pas vraiment des machines, mais pas vraiment des objets auxquels on penserait spontanément en France. Par exemple le pique-oeuf (Eierpiekser), pour être absolument certains qu’un oeuf dur cuira sans se briser…

Moralité? Les Allemands font une confiance folle à la technique et plus généralement aux outils. La technique surpasse la faiblesse humaine, elle est zuverlässig…fiable comme le veulent nos amis allemands. En d’autres mots, c’est exactement le contraire de nous: nous avons une peur très française d’être des pions dans un système (commercial, étatique, administratif, que sais-je encore…) et nous nous faisons plus confiance à l’humain qu’à un système anonyme. Les Allemands, c’est l’inverse: l’humain est source de malentendu, d’imperfections, d’erreurs.Alors on fait confiance à un système travaillé pour devenir précis comme une horloge.

Cette fascination allemande, vous la retrouverez partout: en voulant acheter un billet de train ou de métro, en voulant retirer votre argent, en faisant la cuisine, dans les horaires toujours respectés des trains (j »en reparlerai, de la précision des trains…on rencontre parfois des gens dont l’occupation principale vous laisse…pensif).

Par conséquent, tout le rapport que nous avons avec les objets, nous les Français, est complètement ignoré: le pain qu’on rompt au repas du soir ou du midi, oublié. Le  jus de fruit frais pressé main, oublié. La pâte à tarte faite à l’ancienne, oubliée- on vous taxera même de ce bon vieil argument selon lequel ce n’est pas hygiénique.

Idem pour le rapport humain: il ne faut plus compter sur le guichetier pour votre carte mensuelle, sauf si vraiment vous avez du temps. et si vraiment vous êtes  dans un station importante (amusez-vous donc à repérer les guichets ici). Battez-vous avec la machine moderne, programmée pour refuser tout billet jugé « trop important ». Rien ne m’énerve plus quand je suis à court de petite monnaie: je veux un billet à 2,60, la machine me refuse mon billet de 5 euros. Je veux m’acheter une carte mensuelle, la machine me refuse fréquemment les 4 billets de 20 (prix d’un abonnement ici: 72 euros). Pratique. Surtout quand on sait qu’un même automate cumule rarement les avantages inouïs d’accepter pièces, billets ET carte bancaire. Ca fait partie des petites choses qui pimentent mon quotidien- et qui d’ailleurs me poussent à prendre mon vélo ;)

Et ce n’est pas toujours simple de s’adapter, mine de rien- la routine, les attentes les plus évidentes, c’est ce qu’il y a de plus dur à changer. Quand on a pas la même routine et les mêmes réflexes que les autres, dur de se mettre subitement à suivre…Mais c’est aussi une belle leçon de vie de voir que tout n’est pas comme chez soi et que tout n’est pas « évident ». Et ça, je ne pouvais l’apprendre qu’ici!

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Les auteurs français en Allemagne

La francophilie, vous y croyez encore…? Si ce n’est plus le cas, venez à Berlin et faites une petite enquête: nous avons encore quelques fans…

Première preuve: l’intérêt pour la langue, dont j’ai déjà parlé un peu ici. Beaucoup parlent un peu (voire très bien!) le Français, beaucoup veulent l’apprendre…

Deuxième preuve: l’étalage des librairies. On trouve énormément d’auteurs français classiques et modernes traduits ici- vous avez certainement vu un peu partout des éditions Reclam de nos auteurs classiques ou remarqué le succès (assez surprenant d’ailleurs) d’Astérix. J’ai travaillé pour une maison d’édition berlinoise il y a un an et j’ai eu l’occasion d’en apprendre un peu plus sur le sujet.

Alors, pourquoi un tel intérêt?

Eh bien, en partie en raison du passé communiste de la RDA. Imaginez ce que c’était à l’Est pour avoir l’autorisation de publier un livre politiquement correct…et cherchez quel pays occidental, des années 50 à la fin des années 80, a pu avoir pléthore d’écrivains d’obédience communiste. Sartre, Camus, Merle, Marc Bernard…Certains sont complètement oubliés chez nous et pourtant très connus ici…Ca n’a rien d’un hasard: ils passaient la censure, tout simplement.Pour les auteurs classiques, beaucoup d’entre eux sont passés pour des précurseurs inconnus (y compris d’eux-mêmes, d’ailleurs) de l’idéologie marxiste. Hugo et Zola en sont les deux exemples les plus frappants. Mon Hausmeister me parle aussi sans se lasser des oeuvres de Balzac, il les connaît mieux que moi alors que j’ai fait des études de littérature: le monde à l’envers …:)

Une des caractéristiques de la RDA est d’avoir été un Etat très avancé sur le plan culturel…je ne peux bien évidemment pas le vérifier, mais c’est effectivement l’impression que j’en ai. Tout le monde lisait, tout le monde se cultivait, me disent des gens qui sont de la génération de mes parents…les livres français passaient pour l’une des rares littératures autorisées de qualité.

Si on prend le cas de Robert Merle, la chose est particulièrement frappante. Un peu (hélas…) oubliée en France ces dernières années, son oeuvre a peu de lecteurs en Allemagne de l’Ouest. En revanche, à Berlin l’année dernière, la venue de Pierre Merle, son fils, a été très suivie- je me demande si on a vu autant de monde ici à une lecture publique depuis cette fois-là?!

La littérature française ayant tendance ces derniers temps à devenir de plus en plus « personnelle » (centrée sur le « moi » et les crises existentielles), les choses commencent à bouger un peu. En effet, une des caractéristiques du lectorat germanique, contrairement au lectorat français, est de chercher l’action, le suspens. Par conséquent, les auteurs français qui rencontrent un franc succès ici sont de plus en plus des auteurs de polars ou de thrillers. Fred Vargas au premier rang d’entre eux, avec les très beaux succès éditoriaux d’Aufbau pour ses derniers romans, comme Der Verbotene Ort (Un lien incertain).

Je suis bien curieuse de voir comment les choses vont évoluer…notre littérature dans son ensemble va-t-elle réussir à rester à la hauteur des attentes allemandes?

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Quelques perles…

La langue allemande nous joue parfois bien des tours…Et l’inverse est vrai aussi. Une petite sélection des faux-amis à repérer, dans un sens ou dans l’autre:

- « Rendez-vous« : en français, se dit pour tout. En allemand, se dit uniquement pour aller voir une personne qui vous tient à coeur…personnellement.

- « Quartier » se traduit de multiples manières. La plus simple est d’utiliser le mot « Viertel« . A Berlin, employer le mot « Kiez ». A Hambourg, ne surtout pas employer le mot « Kiez » qui désigne un endroit bien particulier (une rue interdite aux femmes si j’ai bien compris?!). Le mot « Ecke » peut être un juste milieu…

- « Baguette » est chez nous une sorte de pain, ici c’est une sorte de tartine. Comptez un simili de baguette coupé dans la longueur, mis au four avec quelques condiments et  à déguster face au dernier match de foot entre deux pacs de bière.

- « Verabredung« : l’équivalent de « rendez-vous ». Là où ça se corse, c’est que le verbe « sich mit jemandem verabreden » est parfois neutre, parfois uniquement utilisé dans le sens amoureux. Ne parlez pas d’une « Verabredung » avec votre dentiste, on va vous regarder bizarrement ;)

- « Camembert » est ici une sorte de fromage pané servi chaud avec de la salade…

- « Bordel!« : les Français, si vous avez un juron à oublier, c’est celui-ci. « Bordell » désigne uniquement les maisons closes et ne s’emploie pour RIEN d’autre.

- La double négation en allemand ne s’emploie pas pour faire un compliment. Ne traduisez pas littéralement une expression comme « Eh bah si c’est pas du bon boulot ça?! », vous allez jeter un froid.

- « Geil »: s’utilise en adjectif de façon neutre pour une ville, un endroit, une ambiance. Signifie « terrible », « génial ». Par contre, pour une personne…ne le dites pas.

- « Zuverlässig » (fiable) se dit tout autant pour une personne que pour un objet. On n’hésitera d’ailleurs pas à vous dire » Er ist zuverlässig, typisch deutsch » ou encore « das ist ein zuverlässiges Fernsehen ». Etrange!

- « A propos » en allemand signifie: « Tiens, au fait ». Désigne une idée qui vous passe par la tête. Pour traduire le « A propos de ça » français, il faut employer une périphrase « darüber möchte ich sagen » par exemple…

- « Aïe » ne se dit pas « aïe » mais « aouah ».

- Les noms de nationalité (enfin beaucoup d’entre eux) désignent des positions sexuelles. Méfiez-vous aussi du mot « Pariser » pour vous présenter Messieurs, les parisiens c’est un mot signifiant préservatif.

Alles klar?

Et vous vous avez remarqué des expressions trompeuses…?

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Boxhagener Platz: critique

J’ai été voir il y a quelques temps un film allemand, ou plutôt un film berlinois: Boxhagener Platz.  J’y suis allée grâce à une amie qui m’a donné un billet gratuit, c’était un peu un hasard, mais un vrai coup de chance au final :)

Alors, de quoi ça parle? Le film raconte la vie d’une famille de Berlin- Est, fin des années 60. Le père est un policier consciencieux, pur produit de sa hiérarchie et du système politique de l’époque. On voit bien que son rôle est trop lourd pour lui, si bien que cette armure se craquèle un peu…La mère rêve de liberté, de migration clandestine à l’Ouest, d’une vie plus juste. Holger, le fils se tourne vers sa grand-mère pleine de bon sens, drôle et vive, qui vit avec un homme alité et malade pendant que Karl, un bel homme de son âge, se rapproche lentement d’elle… Tout irait pour le mieux si Karl n’avait pas des opinions politiques dérangeantes dont il fait part à Holger, mettant en danger tout un équilibre familial déjà fragile…

Le film est un excellent témoignage de la vie à Berlin- Est avant la chute du mur. Rêves de liberté étouffés, relations familiales aussi fortes que les pressions faites sur chacun des personnages, coexistence d’ex nazi-convaincus, de pro-soviétiques purs et durs et de survivants de la Shoah, vie quotidienne…En un peu plus d’une heure trente, beaucoup de choses sont montrées. J’ai trouvé que le film avait une vraie profondeur et était particulièrement bien desservis par ses acteurs (Jürgen Vogel et Michael Gwisdek en première ligne!).

Seul bémol pour les étrangers (oui, on en revient toujours là…): il faut se faire au dialecte berlinois (pour ceux qui ne connaissent pas, « wat für ein dinck » prononcé à la façon pistolet automatique, sachez que c’est simplement… » was für ein ding »…no comment…). Je connais peu de gens qui le parlent, et quand ils le font ça se limite à quelques mots (« ick » pour « ich », par exemple). Les 20 premières minutes du film, par contre, c’est plus hard que ça!

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Figure berlinoise: Heinrich Zille

Une des grandes figures artistiques populaires de Berlin est Zille, dessinateur né à Dresde et qui a passé le plus clair de son existence à Berlin. Il existe dans le Nikolai Viertel un musée qui lui est dédié et que je compte bien visiter dès que j’aurais un peu de temps!

Zille (1858-1929) est surtout connu pour ses lithographies représentant le « Milljöh » (tiré du français « milieu) ou « demi-monde », au début du XX ème siècle. Les dessins de Zille sont très osés, ou plutôt très francs: manque d’hygiène, promiscuité, sexe en présence d’enfants, mort, tout est montré chez lui, avec un style bien particulier. Jusqu’à aujourd’hui, Zille reste l’un des artistes Berlinois les plus célèbres- son oeuvre est à la fois admirée pour son talent de mise en scène et pour sa portée historique. Les dessins de Zille sont parmi les seuls témoins des milieux populaires berlinois à la fin XIXème- début XXème.

Zille est issu lui-même du milieu qu’il dépeint: issu d’une famille si pauvre qu’il doit dormir des années durant sur de la paille, décrivant lui-même la maison où il est né comme un local à bestiaux ou un autre mot pour l’enfer ( » On peut tuer un être humain avec un appartement comme on le ferait avec une hache »), Zille s’est hissé, grâce au dessin, en haut de la pyramide sociale qu’il a observé sa vie durant. Enfant, il fait tous les métiers possibles, croise toutes les réalités, économise chaque piécette qu’il reçoit pour se payer des cours de dessin.

Ses dessins sont vite accusés d’être pornographiques, voire malsains, dans la société bourgeoise de l’époque. Et on comprend pourquoi: il montre ce qu’on ne veut pas voir. La pendue dans sa chambre de bonne, la prostituée, la mère et son enfant qui vont au fleuve pour se suicider, les enfants qui se mouchent dans leur tablier…Il trouve d’abord sa chance dans un canard « Lustigen Blätter ». Pourtant, dès 1910, Zille commence à recevoir les honneurs de la presse. Son oeuvre « Mein Miljöh » (1914) se vend à 100 000 exemplaires jusqu’à la fin des années 20- ce qui à l’époque, vu les circonstances, est un vrai succès éditorial (resituons: crise économique, crise politique. Le vrai best-seller de l’époque est hélas « Mein Kampf » dont on estime les ventes entre 1925 et 1945 à 10 millions d’exemplaires…)

Zille est l’un des derniers artistes berlinois issus de l’effervescence du XIXème. Proche de Tucholsky et de Max Liebermann, il cherche sa vie durant à accomplir son rêve d’ascension sociale, croyant à peine en son propre succès.

Les Stube d’aujourd’hui sont remplies de ses dessins…il fait pleinement partie de l’atmosphère berlinoise si appréciée. Vous avez donc normalement reconnaître les illustrations que vous voyez en faisant le tour des restaurants germaniques de la ville ;)

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Les meilleurs glaciers

Une chose qui peut choquer en Allemagne, particulièrement ici, c’est le goût des Allemands pour les glaces. En toute saison, dès qu’il y a un peu de soleil, hop! les glaces surgissent de partout. La preuve: l’hiver cette année (enfin plutôt l’année dernière) a été particulièrement rude, je me souviens pourtant nettement d’avoir vu des gens dans la rue savourer un cornet en novembre et en mars. Epoque où il devait avoisiner les 5 degrés par les jours de clémence divine. De vrai! D’ailleurs je suis presque surprise de ne pas avoir vu des gens le faire depuis que la température est retombée…on parie quand :)?

Bon, attaquons les choses à leurs sources: pourquoi les Allemands aiment-ils tant les glaces?

Mon instinct me dit:

1/ parce qu’ils résistent mieux au froid? y a-t-il un gêne allemand de résistance farouche au froid?

2/ parce que les manger leur fait croire qu’il fait plus chaud (là je vais chercher loin, mais ca reste plausible…)

3/ parce qu’ils ont toujours fait comme ca et que les habitudes, ca se discute pas

4/ parce que leurs glaces sont SUPER bonnes

Sur le dernier point, je donne mon top pour Berlin:

- le glacier Malibu, à la Wasserturm de Prenzlauerberg

- Isabel, à Admiralsbrücke (Kreuzberg).

- Le glacier de la Falckensteinstr. (Kreuzberg)

Reste que l’été semble être fini, je ne pourrai donc probablement pas modifier ce top avant l’année prochaine, à moins de muter en allemande…pas pour tout de suite!

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