Monthly Archives: novembre 2010

Contes de Noël: Cendrillon, façon DDR

Ca y est, c’est officiel: il fait tellement froid que je ressens le besoin de me calfeutrer chez moi et de savourer des contes, sous forme écrite ou en version filmée. Et bien entendu, je me concentre sur du franco-allemand.

Soyons honnête: chaque année je suis énervée par les théories unilatérales selon lesquelles d’entre nous et eux, seuls les Allemands disposent d’un vrai capital de contes pour enfants. Je vais donc partir dans une théorie franco-allemande, vous pouvez tout de suite aller voir la partie concernant le film en fin d’article si cela vous inspire un peu plus.

L’idée selon laquelle nous n’avons pas de contes propres est fausse, seulement c’est difficile à prouver sans un petit retour en arrière (j’avoue que je ne sais pas nous défendre en direct, ok…Ferais mieux cette année! Notamment grâce à ce post qui me force à lister les arguments ^^). Ce blog étant aussi là pour ça, je profite de l’occasion pour montrer que nous avons aussi de quoi faire. A bon entendeur…

Donc, pour mettre fin à ce débat franco-allemand latent au fond de moi-même et peut être de certains lecteurs:

Les contes, côté français, comme le nom l’indique (« ra-conter »), ce sont d’abord des récits oraux, savamment racontés lors des veillées paysannes qui ont quasiment disparus avec l’urbanisation.  Ils sont faits pour être entendus, cela peut encore se ressentir à la structure de certains (drame en trois actes, avec tension finale, voir par exemple La Barbe bleue. Sous la mise en forme de Perrault, il y a  à mon avis bien autre chose à relever…notamment que c’est fait pour un auditoire!). A un moment ou un autre, des nantis de la cour s’inquiètent de la disparition progressive de ces  récits et se chargent de les coucher sur le papier avec un style relevé. Cela donne le fantastique Cabinet des fées, première « vraie » tentative de sauvegarde de ce patrimoine (courant XVIIIème, si ma mémoire est bonne), après la mode précieuse (fin XVIIème) pour les sauvegarder. Il y a une très belle compilation du Cabinet des fées disponible chez Picquier (très conséquente, aussi), ça peut être un beau cadeau de Noël familial. Je dis ça comme ça, et peut-être aussi parce que j’aurais rêvé de pouvoir avoir ça à partager entre cousins et grands-parents à Noël ;). Si ça vous intéresse, c’est par .

Bref vous m’aurez comprise: les contes français existent bien, et toc. Perrault, le Cabinet des fées, Mademoiselle L’Héritier, Dumas, Nerval, Zola, la comtesse de Ségur (je vous assure qu’elle en a écrit!!) ne comptent pas pour du beurre. Seulement, très souvent, cela relève de l’exercice littéraire et uniquement de celui-ci. On réécrit le conte, on le redécouvre et on le met à disposition d’un public déjà averti qui savoure ses subtilités et juge de son style en fin connaisseur de la langue.

En Allemagne, à l’inverse, les contes mis à disposition du grand public par des connaisseurs des légendes populaires le sont à une période historique assez marquée. Prenez les frères Grimm: ils n’écrivent pas à un moment anodin, et ils ne le font pas d’une façon innocente. Ils collectionnent et rédigent des contes qualifiés de  spécifiquement allemands (on est en plein au moment où notre Bonaparte national -prenez l’expression comme vous le voulez- pousse les peuples européens à se trouver une identité, l’Allemagne en tête…) Et ils le font précisément à la période à laquelle le concept d’enfance s’impose dans les mentalités. J’en ai d’ailleurs touché un mot avec l’histoire du mot « bébé » ici. Ce sont des contes qui sont jusqu’ici porteurs d’une identité claire et d’un message précis: adressés aux enfants. De là à tirer la conclusion que ces contes ont un but éducatif…Alors que nous, eh bien non. Encore une façon de se démarquer, ahlalala ces Français! :)

Bon, je suppose que vous aurez compris mon message et que je peux passer au coeur de mon propos. Pas trop tôt, me direz vous. Je vous entends.

Il y a ici des traditions télévisuelles assez marquées pour les fêtes. Je vous épargne le couplet sur Sissi et ses éternels remakes, je le réserve à un jour improbable de grande fièvre. Par contre je ne vais pas vous épargner avec Trois noisettes pour Cendrillon (Drei Haselnüsse für Aschenbrödel).

Qu’est-ce que c’est?

  • Un film des années 70, avec le style incroyable et improbable des années 70 (allez voir un peu ces costumes! du tonnerre en boule comme diraient certains…ou pas)
  • issu d’une collaboration RDA- Tchécoslovaquie (pardon, impossible de retrouver le nom officiel de l’Etat soviétique de l’époque…). Il y a peut-être un peu de Pologne là-dedans aussi, je ne suis plus très sûre de moi. Lecteurs amis de la langue de Goethe, vous pouvez aller le vérifier sur cette superbe fanpage si le coeur vous en dit.
  • né d’un conte tchèque dont je n’ai pas jamais entendu parler jusqu’ici, de même que son auteur, inconnue au bataillon. Qu’à cela ne tienne: cultivons-nous sauvagement.  Il s’agit d’une des variantes slaves du conte que nous connaissons tous.
  • une référence allemande absolue, du moins à l’Est. Je vous assure: le film passe chaque année de façon réglementaire à la télé et il est regardé de façon quasiment religieuse. Pas moyen d’y couper si vous vivez ici, ce sera votre destin. Autant vous y faire tout de suite. En plus, vous risquez d’aimer.

Personnellement, j’aime: la musique (paraît-il célèbre), la version du conte (beaucoup moins cruelle et interprétable que celle que nous connaissons tous), les paysages neigeux, les dialogues (ah cette simplicité), les animaux partout présents comme des gardiens et tellement plus fiables au fond que les humains…Et aussi le fait qu’on voit un peu de Moritzburg (château près de Dresde) au passage.

Je vous laisse avec un petit trailer inofficiel…

PS: je n’ai pas trouvé ce DVD en vente en France… Appel à témoin: si quelqu’un sait où le trouver en version française, merci de m’en avertir…ça ferait un bien joli cadeau.

Pour tous les fans de contes, vous pouvez aussi investir dans cet autre livre de contes spécifiquement français en allant voir par . Je le recommande fortement!

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La logique du don

Il y a des choses comme ca qui vous font bondir et vous donnent des envie de partir en courant- chez Môman, au moins, le glauque ne choque presque plus.

Je câle devant les Berlinois qui toussent et crachent dans le bus (encore vu hier!!), les récupérateurs de bouteilles consignées dans les poubelles, qui passent tous les 3 mètres (ils en vivent, au final…) et qui sont partout dans la ville.

Et de même devant cette manie de tout comptabiliser. Chez nous, un service est un service: gratuit. Ici, tout a un coût. Absolument tout. Même un tout petit, je ne trouve pas ca  évident… Vos amis vous demandent expressément de rembourser 2,30 euros sans faute le lendemain (au cas où vous voudriez mettre en bourse cette somme astronomique). Le cordonnier fait mal son boulot, vous lui demandez de rectifier: ok, mais pas sans raquer 3 euros…

Je suppose que c’est un trait très francais de considérer l’entraide comme une évidence gratuite ou bien comme carrément  non existente. A l’inverse, ici, on semble penser qu’il est normal de l’encourager parce qu’elle est trop rare, donc on rémunère.

Dernière découverte en date, celle qui concerne le don du sang, faite grâce à NiKo qui pose décidément des questions apparemment anodines et qui ne le sont jamais autant que ca…

En ce qui concerne le don du sang, je ne suis pas quelqu’un de bien renseigné en général. Peut-être que j’enfonce une porte ouverte pour tous les (franco-)berlinois lecteurs du blog avec ce post…Toujours est-il que la plupart des donneurs de sang en Allemagne sont payés. Oui, vous avez bien lu: payés.

J’ai donné mon sang plusieurs fois en France, à l’EFS. On vous offre un goûter, on discute avec les gens, ca ne dure pas trop longtemps non plus. Et puis on repart tout content: la B.A du jour, voire du trimestre, elle est faite.

Ici, les gens attendent entre 20 et 30 euros pour chaque don du sang. Je trouve ca choquant, voire malsain de la part du donneur. Je donne pour sauver des vies, pourquoi devrais-je le faire pour toucher une rémunération? Ca salit tout non?

J’en ai parlé avec un ami allemand, voici en gros la retranscription de la conversation:

- sag mal  [dis]
- mal  [je dis]

- findest Du das normal, geld für blutspende zu kriegen??  [tu trouves ca normal qu'on soit payé pour donner du sang??]
- das ist gängige praxis hier in DE  [c'est une pratique courante ici en Allemagne]

- das ist bei uns immer ohne entschädigung [chez nous c'est toujours sans rétribution]. verkauft ihr denn mal euer blut? oder wollt ihr leben retten? [vous vendez votre sang? ou alors vous voulez sauver des vies?]

- machen auch nicht alle so. das DRK gibt wohl nur essen und trinken [tout le monde ne fait pas les choses comme ca. La DRK ne donne qu'à boire et à manger]

- AH (denkt ein Weilchen)  [AH] (réfléchit un petit moment) . ich hab also respekt vor DRK. was immer es sein kann.  [du coup j'ai du respect pour la DRK. quoi que ca puisse être.]

- es geht darum, die menschen zu locken.  [c'est pour appâter les gens]. es wird viel mehr blut gebraucht als spender da sind [il y a toujours besoin de plus de sang qu'il n'y a de donneurs]

- habe ich mir auch so gedacht. aber trotzdem. [c'est bien ce que je pensais. mais quand même]. und es bleibt auch so, dass jeder maximal 4x pro jahr spenden darf, oder? [et c'est toujours limité à 4 fois par ans maximum, non?]

- 4x?du kannst blutplasma alle 2 bis 3 tage spenden.  [4 fois? tu peux donner ton plasma tous les 2 ou 3 jours]. vollblutspenden alle 8 wochen [pour la totale c'est toutes les 8 semaines]

- echt?  [sérieux?]

-  ja. das blut regeneriert sich recht schnell  [oui. le sang ca se régénère vraiment vite]

- ich habe irgendwo gelesen, es war laut geschlecht gerechnet. [j'ai lu quelque part que c'était limité en fonction du sexe] 4x für frauen, 6x für männer[4 fois pour les femmes, 6 pour les hommes]

- naja, das ist bestimmt quatsch [umm, c'est certainement des conneries]
- das heiss, es muss wohl menschen geben, die damit leben. furchtbar. oder? [donc en gros, il doit y avoir des gens qui en vivent. c'est glauque. non?]

Je vous laisse tirer vos propres conclusions éthiques/morales sur le problème. Moi, je file à la DRK (dont j’ai compris après quelques efforts qu’il s’agit de la Croix Rouge allemande). En revanche, ca ne m’empêche pas de lancer la question à la volée: la solidarité, c’est culturel, naturel, ou acquis par l’éducation? Parfois je me demande si certains traits de mon caractère ne sont pas typiquement francais, ou typiquement familiaux, ou typiquement de moi, ou typiquement humains…*équation insoluble**Pauline commence une nouvelle série prise de tête* *na ja*.

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Envies d’expatriation

La fin d’année approchant, je me pose comme des milliers d’autres toute une série de questions existentielles. Il se passe quoi? Eh bien, quelque chose dans ce goût-là, enfin normalement:

  • récapituler ce qu’on a réussi dans ses bonnes résolutions de janvier (parce que sinon, elles servent à rien) et ce qu’on a franchement laissé tomber.
  • réfléchir à ce qu’on veut faire de sa vie l’année prochaine, dans 5 ans, dans 10 ans.
  • se demander qui on est: ce qu’on peut améliorer dans sa personnalité et ce qu’il faut changer à tout prix.
  • remettre en question ses rêves et les moyens qu’on se donne pour y arriver (envolée lyrique de la Pauline)

L’année dernière, je me souviens nettement m’être tordu le cerveau sur le sujet de l’expatriation après 6 bons mois passés sur le sol germanique  à me demander « et la prochaine étape c’est quoi? ». Rester pourquoi, rentrer pourquoi en fait? Et c’est quoi ce qui dans ma vie est le plus important? Je rêve de quoi? Je veux quoi?

Cette année, la question est en fait plutôt dans la case « bilan », je me suis dit que ça pouvait être intéressant de le partager ici suite à quelques résultats de recherche pointant vers mon blog…

L’expatriation, on y vient sur un coup de tête ou parce qu’on le voulait vraiment, ce n’est pas quelque chose de naturel. Mais quelque soit le facteur déclenchant, il faut passer à un moment ou un autre (voire même souvent) par des phases de vraie réflexion sur l’avenir.

Il y a le nid expat qui se fait ou se défait, voir ce qu’en dit si joliment Chouyo. Il y a les racines qu’on a commencé à enfoncer dans la terre locale et les amis qu’on arrive ou non à se faire. Il y a l’investissement de temps et d’énergie dans notre installation, la langue qui imprègne progressivement notre façon de voir les choses. Et puis cette habitude de pouvoir critiquer ou défendre bec et ongles un pays comme un autre, quasiment impunément.

L’expatriation au sens propre, ça siginifie quitter le pays maternel. Donc: quitter le lieu où l’on est théoriquement chez soi, du moins aux yeux des différentes administrations (vous pouvez regarder ce qu’en dit Wikipedia ici). Ca peut être sous une forme physique , une expatriation professionnelle, voire aussi une expatriation fiscale. Où est précisément la frontière avec l’émigration? Dans le fait qu’il y a toujours un retour attendu, envisagé?

La  limite que je vois au concept d’expatriation, c’est la même que celle de celui d’émigration: on ne choisit pas l’endroit où on naît, on ne choisit pas l’endroit où on se sent bien… Ca s’impose simplement comme une évidence. D’où le fait que la question du retour éventuel soit en soit toujours un problème.

Est-ce que je recommande l’expatriation en général, est-ce que je la recommande ici en particulier? Pas facile à dire en un seul mot. Donc, en quelques points rapides, mes conclusions sur 20 mois :

LES MOINS

  • prise de tête administrative. Belettes et consorts s’abstenir, j’ai testé pour vous. Aucune démarche n’est simple, rien ne se fait comme on l’espère. Et les gens dont vous pensez qu’ils savent, très souvent, ils ne savent pas. Et ils tiennent des discours différents. Le mieux est encore de vous renseigner bien avant et de faire les démarches à deux (la solidarité, vous comprenez ^^)
  • les amis, la famille, ça manque. Ca paraît bête à dire comme ça, mais maintenir les liens, c’est difficile. Manque de temps, manques d’organisation, manques de vacances pour voir tout le monde, ce que vous voulez: à un moment ou un autre il faut trouver sa petite organisation et y réfléchir avec ces gens-là. Sinon, vous n’êtes pas rendu.
  • il y a des Français partout. Je vous assure que nous ne sommes pas en voie de disparition. Du coup, ce que vous trouvez si génial, vous vous rendez compte en sortant et en tendant l’oreille que beaucoup de gens le font. A un moment donné, vous aurez l’impression que c’est tout le monde et que vous êtes un individu dans la masse. Je conseille le calme: inspirez, respirez, recommencez.
  • ça prend du temps de faire son trou, parfois beaucoup plus que prévu. Y compris si vous êtes quelqu’un de très sociable: on ne vous tendra pas la main simplement parce que vous avez l’air sympa.
  • trouver un travail sur place est difficile. Ne croyez pas à la vision romantico-naïve selon laquelle tout sera cool. C’est faux et archifaux. Il faut savoir à quoi s’attendre.

LES PLUS

  • la fierté: être expat’, si vous avez réfléchi et décidé de vous y coller en connaissance ce cause, c’est un projet ambitieux et très sain pour le moral. On a un but (s’incruster, en clair :)), on a des moyens (apprendre la langue, vivre en colloc ou choisir soigneusement ses loisirs, se faire des amis, réussir professionnellement). Et on fait tout ça avec le même temps que celui que nous avions avant, c’est pas le plus beau ça ??
  • le parcours pro: avoir bossé quelques années à l’étranger, c’est un vrai plus. Peu importent votre ouverture d’esprit et votre bilinguisme sur le papier, l’employeur regardera votre expérience à l’étranger.
  • L’apprentissage de la langue. Une nouvelle langue, c’est une nouvelle façon d’appréhender le réel. Ce n’est pas un hasard si on qualifie la traduction d’art: une machine ne pourrait pas le faire, précisément parce qu’une machine ne sait pas être autre chose que neutre. Par contre, vous, vous pouvez en apprendre un peu sur vous simplement en laissant traîner vos oreilles.
  • Le plaisir des yeux. Tous les jours une surprise au coin d’une rue, même toute petite… Ca peut vous faire rire, vous désarçonner, vous hérisser, vous séduire. Par contre vous ennuyer, non. A moins que vous ne soyez vraiment pas curieux, ça devrait vous aider à mettre un peu de couleurs dans le quotidien.

En ce qui concerne Berlin en particulier, je ne suis pas neutre…Et il vous suffira de continuer à lire mon blog pour savoir ce qui me plaît autant ici, je ne vais pas tout lâcher en un post quand même :)

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Abrégé de Kreuzberg

Une fois n’est pas coutume sur un blog censé parler de Berlin, je vais vous parler de…Berlin. Ahem, ça arrive à des gens très bien vous savez :)

Plus sérieusement: entre deux urgences de ma vie trépidante (sentiment de perdition face à l’immensité depuis quelques temps, seul le Quark pourrait me consoler, à la limite), je tente de lire en allemand. Qui plus est des choses intelligentes. Ce qui n’est pas gagné. Bref.

Donc: j’ai mis la main sur un bouquin édité par la Berlin Story Verlag. Du sérieux quoi. Vous pouvez voir à quoi ça ressemble plus en détails ici. Pour être honnête je vais sans doute prendre des mois pour aller jusqu’au bout- non pas que le propos ne soit pas intéressant (au contraire!!) mais que je suis trop (pré-)occupée par d’autres choses pour pouvoir me concentrer longtemps sur ce type de lecture…hélas. En tous cas je ne peux que vous le recommander si ce type de bouquin vous intéresse, il est vraiment très bien fait!

En croisant ce que j’ai appris de ce bouquin jusqu’ici, ce que m’ont expliqué mes amis allemands et ce que j’ai grapillé ici et là, j’ai acquis deux-trois infos qui me plaisent et je voulais les partager à ma manière:

- Sur le plan sociologique, Kreuzberg est depuis ses origines un vrai phénomène. C’est un quartier d’immigration et d’émigration. Ce que je veux dire par là? C’est un endroit où quasiment personne ne naît ET ne meurt. C’est l’endroit où arrivent (jusqu’ici…) les étrangers qui y restent, 5, 6 ans, avant de s’installer ailleurs dans la ville, s’ils y restent. Et si vous y réfléchissez bien, les noms des stations de métro parlent d’eux-mêmes: Kottbusser Tor, Schlesischer Tor (entraînez-vous à le dire très  très vite et plusieurs fois à la suite :))…des portes. Les anciennes portes de la ville qui marquaient la limite entre la Ville et le « reste du monde ».

- Kreuzberg a des origines françaises. Eh oui,  c’est bon à savoir quand on vous titille parce que vous êtes Français. Les premiers habitants du lieu sont des huguenots français, d’ailleurs souvent jardiniers (je ne comprends pas le rapport de cause à effet, mais il semble y en avoir un. Mystère sociologique de l’histoire, du moins pour moi…) qui fuient la loi de Louis XIV. Ils s’installent sur des terrains proches de Heinrich-Platz et perçent des rues autour desquelles ils installent des potagers. Exemple: Oranienstrasse. Personne ne sait d’où vient le nom qui a dû être déformé plusieurs fois depuis- une des théories est que la ville d’Orange en soit à l’origine. Soit dit en passant, ces huguenots apportent  aussi leur savoir-faire sous forme de variétés de fruits et légumes inconnus dans la région à l’époque (les asperges, par exemple, et dire que je me demandais au début pourquoi diable on en mange à toutes les sauces ici) . Ils sont également pour grosse partie à l’origine de la tradition berlinoise des grands parcs, semble-t-il.

- Le « vrai » Kreuzberg, c’est à Viktoria Park qu’il faut aller le chercher. Plus précisément sur la colline de sable affublée d’un monument, puisque c’est à ça que le quartier doit son nom. Il y a une triste histoire napoléonienne derrière, le monument servant à commémorer l’une des victoires allemandes -plus précisément prussiennes, je crois- contre Bonaparte. Faute de moyen, l’église envisagée a fini par cette simple croix. Pour info pour ceux qui n’y sont jamais allés, ça vaut le détour, rien que pour la vue sur la ville qui est l’une des plus dégagées que je connaisse. La colline de sable est naturelle, elle a simplement été un peu rehaussée lors du réaménagement du parc au début du siècle,  notamment pour que cette croix soit plus visible du bas du parc.

- Kreuzberg a seulement deux grands parcs, dont l’un est issu des conséquences de la seconde guerre et n’a été réintégré qu’en 1989. Il y a le Viktoria Park et il y a Görlitzer Park (le Görli, quoi). Le Görlitzer Park est une ancienne gare, quasiment entièrement détruite par les bombardements.  Prenez en compte le tracé pour vous en rendre compte, une fois qu’on vous l’a dit, ça fait sens…Situé à l’Ouest pendant la partition de Berlin, le terrain était cependant impossible à toucher, et pour cause: les voies ferrées appartenaient à la RDA. Ca fait donc à peine 20 ans que cet espace a été libéré et mis à disposition des habitants. Et Dieu sait qu’on en profite :)

- Administrativement, Kreuzberg est né au début du siècle seulement pour être rattaché à Friedrichshain lors de la grande refonte de 2002.  Ce qui n’a pas été pris avec gaieté de coeur, semblerait-il. Les deux quartiers sont reliés par Oberbaumsbrücke, sur lequel a lieu une Wasserschlacht annuelle que je n’ai pas encore eu l’occasion de voir de mes propres yeux…hélas. Il semblerait que Kreuzberg et Friedrichshain s’affrontent sur le pont par légumes périmés interposés, avec une sombre histoire d’équipes et de Kreuzberg ayant perdu sur l’ensemble de ces batailles…Je n’ai pas tout compris pour le coup ..Il va falloir que j’éclaircisse la question!!

- »Kreuzberg », pour un non-Berlinois, ça veut dire « Turc ». Attendez-vous à ce que de bons Allemands associent le quartier rien que par son nom à une immigration qu’ils estiment ratée (voir le discours sur le Multikulti, je ne vous refais pas la totale). Rares seront ceux qui savent vraiment ce que ça veut dire: forte présence turque aux alentours de Kottbusser Tor en particulier, marché turc, certes…mais rien de ce qu’on pourra vous raconter sur le « danger » de Kreuzberg ne se réalisera- du moins en ce qui me concerne, je n’en ai pas fait l’expérience! Ou alors il faut retourner au premier point (Kreuzberg quartier traditionnel d’immigration), tenter de comprendre la logique et analyser le rapport des Allemands avec le concept.

Des choses à dire sur Kreuzberg et son ambiance, il y en aurait des centaines…Je pourrais vous parler du canal, de la Oranienstrasse, des musées, du 1er mai, du Karnaval der KulturenVous pouvez aussi allez voir au musée municipal (qui malheureusement fait avec les moyens du bord, donc uniquement en allemand) pour apprendre des petites choses qui valent leur pesant de cacahuètes. Et je me réserve le droit de compléter ce post théorique par une petite série sur mes bars et restos préférés de l’arrondissement :)

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Le Bavarois en trois leçons

Amis berlinois, bonsoir! Surtout si comme moi vous êtes venus à Berlin en espérant fuir tout ce que l’on associe de façon beaucoup trop rapide aux bobos en Allemagne et que vous êtes maintenant en pleine phase de doute existentiel…

J’ai nommé entre les lignes: le Bavarois. Dans tous les sens du terme.

Je résume ce que cela peut signifier dans votre vie quotidienne:

- Un accent auquel vous comprenez que couic. Enfin, en réalité, un dialecte horrible (à vous de vous faire une opinion) qui peut devenir appréciable pour peu qu’on fasse l’effort. Pour les subtilités, je vous laisse aller voir les indications de mon ami Wikipedia.

- Un gâteau bien, bien sucré (mon Dieu, lectrices, n’essayez surtout pas. Lecteurs: surtout, si vous avez faim, faites-le, mais pas devant les lectrices). Je l’ai pas encore remarqué ici ceci dit, serait-ce encore une particularité française affublée d’un nom germanique??

En images (pour saliver…ahem):

- Des gens. Si vous parlez avec des Allemands francophones cependant, dressez l’oreille pour arriver à reconnaître son apparition au coin d’une conversation. On vous parlera souvent des Bavariens qui font ceci ou cela à Berlin. Il faut traduire :)

Toujours est-il que le Bavarois, ici, c’est un peu comme le Quark: il est partout. Dans l’entreprise. Dans la rue. Chez vos amis. Au téléphone, parce que votre mère vous en parle, elle vient d’en manger et, conséquence apparemment logique d’un raisonnement qui vous échappe, elle vous appelle. Dans vos pensées quand vous ne captez rien à ce qu’on vous dit et que vous cherchez à rapprocher les sonorités d’un dialecte que vous associez inéluctablement à l’incompréhensible.

Il m’arrive parfois de penser qu’il y a en Allemagne un mouvement de migration inversé, les Bavarois venant à Berlin dépenser moins et les Berlinois allant en Bavière gagner plus (cochez la solution qui vous paraît la plus sensée). Et ma conclusion reste la même: mais où suis-je donc? Si seulement on pouvait me donner du vrai dialecte berlinois à tous les coins de rue…Quoique…

Et vous vous avez remarqué la présence d’une communauté, d’un groupe germanique assez marquée ici?

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Film: Die kommenden Tage

Une fois n’est pas coutume, je suis allée au cinéma voir un film qui ne me disait pas trop a priori. Un film en allemand. Un film sur le futur. Un film a priori déprimant.

Sauf que: dans Die kommenden Tage, il y a des gens bien: Daniel Brühl. Jürgen Vogel. August Diehl. Et tout un tas d’acteurs que je ne connaissais pas, par exemple l’actrice principale, Bernadette Heerwagen (mon Dieu ce nom, je me demande comment on prononce le tout). Je me suis aussi dit que ce film pouvait être un bon révélateur des angoisses allemandes contemporaines, étant donné le sujet (vous pouvez aussi le voir comme un film apocalyptique…).

De quoi ca parle?

Une famille allemande au bord de la décomposition voit son monde, le monde tel que nous le connaissons actuellement, perdre ses valeurs, ses moyens, son équilibre. La guerre fragilise le monde extérieur, les migrants cherchent à investir les dernières enclaves de richesse où pourtant tout vient à manquer, le terrorisme agit de l’intérieur. Au point que plus rien ne tient: ni les relations amicales, ni les amours, ni les choses du quotidien pourtant si évidentes. Il n’y a que du chaos, et que les sentiments qui durent. Laura, le personnage principal, voit les choses s’écrouler, une à une, pour mieux se redécouvrir, mieux cerner ses propres attentes.

On peut voir ce film comme une anticipation noire de notre avenir, ou bien comme une réflexion sur ce qu’est l’humain. Le contexte de crise, d’angoisse généralisée est un cadre: comme dans une tragédie, on voit plusieurs actes d’une crise intérieure…mais le message de fond est pour moi à trouver dans les recherches intérieures de Laura: qui suis-je? qu’est-ce que je veux? qu’est-ce que j’attends de la vie?

Et c’est là qu’à mon avis est tout l’intérêt du film- honnêtement, je n’ai pas vraiment cru à cette mise en scène de la fin de notre monde. En revanche, le drame personnel parle vraiment, porté par le contexte.

On y retrouve aussi en filigranes quelques idées et angoisses très allemandes (je ne dis pas qu’elles ne puissent pas être francaises, je dis juste qu’elles  me paraissent très répandues ici et qu’elles sous-tendent le film): dramatiques pénuries énergétiques et alimentaires. Manque d’informations. Guerres lointaines  et incessantes, devenant un enjeu national capable de déstabiliser le pouvoir établi. Etat injuste, formé d’incapables juste en mesure de protéger leur autorité. Et si au final la vie humaine n’avait aucun sens?  Et si le modèle familial, avec sa quête de sécurité, ne servait à rien? Et si les tentatives d’organiser sa vie ne menait nulle part?

Le film est surtout porté par son casting. Bons décors et bons dialogues (autant que je puisse en juger…). En bonus: quelques vues de Berlin Mitte, pour les connaisseurs :). Mais je ne suis pas sûre non plus que ce soit LE hit de l’année…

J’ajoute le trailer, voyez par vous-même:

Et vous vous avez des films allemands à recommander parmi les dernières sorties?

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L’humour allemand

On décrit trop souvent les Allemands comme des gens sérieux…Au point de décourager les gens d’apprendre leur langue. Dans la série clichés, l’Allemand ne sait pas rire.  Le stress le dévore, il ne dort pas, il ne mange pas, il ne rit pas. Tout juste s’il boit sa bière en décochant quelques signes d’assentiment à vos blagues ;). Bref: il garde les lèvres pincées, droit comme un i. Au mieux, c’est un bellâtre, très souvent blond (…soupir…) aux sourcils froncés dans un effort permanent de réflexion concentrée et pesante. Au pire, c’est un emmerdeur qui va tout contrôler, sa vie, la vôtre, corriger vos fautes d’allemand, remettre le paquet sur le désordre français (on aura compris que les Français font la grève, sont des casseurs, des inconscients, et qu’il est dangereux de vivre à Paris). Ok, j’avoue: j’exagère un peu beaucoup le trait. Mais bon…honnêtement, vous vous êtes jamais dit quelque chose dans le genre « de toutes façons ils savent pas rigoler »? « quelle bande de coinços »?

Je parie que si. Et pour cause: l’humour allemand, ça s’apprend. Les Espagnols, les Anglais, les Italiens, enfin bref, les « Autres », ça va être normalement assez simple de les faire entrer dans nos blagues. L’allemand par contre…non. Et comprendre les siennes, ça peut également relever du défi si on a pas quelques clés en main. La bonne nouvelle dans l’histoire, c’est que tout a une fin et qu’on finit par entrer dans le jeu quand même- il m’arrive maintenant de passer pour une boute-en-train (alors que je suis sérieuse, ça y est je vais me remettre à ruminer…), c’était pas gagné pourtant.

Premier constat: l’humour entendu par les Français, ça fonctionne souvent sur le principe du duo comique placé dans les situations les plus invraisemblables, à la façon Laurel et Hardy. Il y a le couple Bourvil- de Funès, il y a le duo Astérix-Obélix, Haddock-Tintin, etc. En France, on rit souvent aux dépens de l’autre, que ce soit le grand niais au coeur d’or, ou bien le petit rusé et mesquin. Bons amis, les protagonistes vont pourtant montrer une certaine cruauté l’un envers l’autre, le but n’est pas d’être tendre…Ce schéma, on peut le répéter à l’infini, même dans Bienvenue chez les Chtis ou Le dîner de cons où il se retrouve en filigranes plus ou moins évidents.Et du côté du rire au quotidien,  les blagues qu’on échange chez soi tournent au final assez souvent autour de questions liées à la sexualité.

En Allemagne, c’est tout l’inverse. L’humour, c’est comme le reste ici: profondément déroutant. Personne ne comprendra vos blagues au premier abord, et vous ne comprendrez pas non plus les leurs. Ha, ha, ha. Ja, der ist aber witzig, il est marrant, mais vous n’avez rien compris. Récapépétons :)

1. Les Allemands rient de bon coeur, mais plus facilement du comique de situation que de la personne en elle-même. On ne se moque pas des gens: das ist doch gemein! Par contre les ambiances, les situations, l’absurdité d’un groupe, ça peut prendre cher.

La preuve en image avec cette vidéo de Loriot qui peut vous laisser…songeur. Du moins si vous n’avez jamais goûté à l’Allemagne, il faut un peu de temps pour comprendre où est l’humour:

2. On ne rit pas sur le sexe. Le sujet semble tabou, y compris pour en rire. Par contre, on rit sur les femmes et leurs manies sans le moindre complexe (en France, les mêmes choses seraient très certainement impossibles à dire!), sous couvert d’une fascination pour le côté sehr charmant de ces dames (je tombe de plus en plus dans le panneau moi-même, le pire, c’est que ça me fait rire tout en sentant l’embrouille…). Pour ceux qui ne connaissent pas, vous pouvez aller consulter ce blog: échanges savoureux garantis, j’aime par exemple beaucoup ce post!

Edit du 13.12.10: on ne rit pas sur le sexe, quand ça implique des personnes ou que le milieu n’est pas assez intime pour. Cela ne signifie bien entendu pas que jeux de mots et blagues appuyées n’existent pas…

3. Le nerf de la guerre, ici, c’est l’ironie. En bon pays à culture luthérienne, qui peut le plus peut le moins, mieux vaut dire peu et faire mouche que dire trop. Cela vaut pour les signes extérieurs de richesse, l’argent que vous allez dépenser pour vivre, la nourriture. Et aussi en humour…Cela n’exclue pas d’avoir recours à l’absurde, bien sûr. Mais bon, je vous laisse savourer Rainald Grebe (attention les oreilles) et ses paroles savoureuses sur le Land de Brandenburg!

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