Monthly Archives: janvier 2011

De l’art de faire une revue de la blogo berlinoise

Une fois tous les 400 ans (au moins), je suis prise d’une idée saugrenue: faire une veille, systématique et organisée, de la blogosphère allemande, et plus particulièrement berlinoise. Il y a des blogs que je suis quasiment au quotidien (béni soit par exemple celui de l’ami David pour tous ses filons sur Friedrichshain), ceux que je surveille quand ça me chante (par exemple, quand j’ai faim et la nostalgie d’un certain temps jadis, celui-ci, le résultat est que je vais faire un casse aux magasins asiatiques dans l’heure qui suit), et puis ceux que j’ignore la plupart du temps parce-que-je-suis-fatiguée-j’ai-parlé-allemand-toute-la-journée-déjà. Soit une écrasante majorité de blogs intéressants, surtout pour une ville dans laquelle on vit…Ahem.

Donc, aujourd’hui est un grand jour: j’ai cherché à consulter un peu de cette masse d’information officieuse sur la vie dans Berlin. Ce qu’il y a bien, avec les blogs, français, allemands, ou encore lunaires, c’est qu’il y a à boire et à manger. On peut apprendre que certaines personnes pourtant très bien sous tous rapports ont parfois des difficultés à communiquer (Selbst ist die Pauline), que la Gentrification touche profondément la Neustadt de Dresde (seule 15% de la population y vivant dans les années 80 y serait encore, voir notamment la vidéo ici) ou que décidément, Westerwelle ne sait pas parler anglais. Tout est donc une question de savoir filtrer l’information, celle qui vous touche personnellement et vous semble crédible, importante, cruciale- vous remarquerez d’ailleurs que par un curieux tour du sort, aucun des exemples précédents n’a de rapport direct avec Berlin, mais passons, c’est comme ça.

Et là, c’est le drame: j’apprends, aujourd’hui, 29 janvier 2011, que j’ai raté un événement crucial lors de ma première année sur le sol berlinois, 2009, alors que j’étais encore dans la fleur de l’âge et susceptible d’un enthousiasme sans pareil. Je pensais pourtant avoir fait le tour de la question avec les 20 ans de la chute du Mur.

Mais non:  faute d’un manque flagrant de curiosité intellectuelle, j’ai raté les 60 ans de l’invention de la Curry Wurst. Je vous assure, je ne savais pas.

Je m’en veux. Je viens d’ailleurs de trouver une ode éloquente à la Curry Wurst en images et en musique (quelle belle voix), que je ne saurais ne pas partager avec vous:

ça me fait rêver, pas vous?

Comment ai-je pris conscience du problème? Eh bien, par le chemin suivant:

1- On consulte ses favoris, section « blogs en allemands », et on pense au passage « mais quand ai-je créé cette catégorie? »

2- On arrive après quelques articles banals sur la Gentrification, Merkel, et les événements berlinois à venir comme le Semi Marathon sur le sacro-saint Blogonade, lequel est effectivement un blog que j’aime suivre, sans même passer par mes favoris poussiéreux, quand j’en ai la force.

3- On est interpellé par le titre de son tout dernier post, qui nous annonce que désormais, le Curry Wurst est aussi disponible en mode pizza. Oui, vous avez bien lu, en pizza. J’en salive déjà.

4- On lit. Lidl vend donc des pizzas au Curry Wurst pour 99 centimes. Laquelle serait, en prime, relativement mangeable. On n’arrête pas le progrès!

5- En état de choc face à cette information, on renonce à écrire un billet sur la Kuchenmanufaktur découverte la veille aux confins de Neuköln et Kreuzberg, et on fait  illico une recherche sur Google avec les mots clés « blog, Curry Wurst, Berlin »

6- On tombe avec ébahissement sur la Vérité, à savoir que le Curry Wurst a eu 60 ans en 2009, et par la même occasion, un musée dédié dans la Schützenstr., juste derrière Checkpoint Charlie, ce qui permet aux touristes de faire d’une pierre deux coups.  Pour le musée du Curry Wurst, j’avoue: je savais, mais j’ignorais totalement sa portée symbolique, et du coup je n’y ai jamais mis les pieds. Une honte. Pour tous les ignorants qui ne tiennent plus, je vous évite la recherche via Google, longue et ardue: allez voir par si vous ne me croyez pas.

Avec 70 millions de Curry Wurst consommées à l’année sur Berlin, des variantes de luxe (vous voyez que j’ai continué la recherche…), je crois bien qu’il est temps de rendre hommage à Herta Heuwer (maintenant je sais comment elle s’appelle) et de bomber le torse: maintenant, je sais. Amis lecteurs, si vous aimez, et que comme moi vous étiez dans l’ignorance, je ne puis vous dire qu’une chose: tous au musée.

Bon, ceci dit…vous lisez la blogo allemande vous…?

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Fichu accent

16: 04. L’heure est solennelle, j’appelle Vatenfall.

Bip.

Petite musique et blabla habituel de Vatenfall.

- Guten Tag, mein Name ist Heike T., was kann ich für Sie tun?

- Guten Tag. Also ich würde gern Kunden werden.

-

- Hallo? Hören Sie mich?

- …. Ja.

- Ich würde gern Kunden bei Euch werden.

- Es tut mir leid, das ist gar nicht möglich.

- Errr, wieso nicht?

- Na ja, Vatenfall ist ein Stromanbieter. Mehr nicht.

- Ja, das weiss ich. Genau deswegen rufe ich Sie an.

- Ich kann aber Ihren Anruf wegen dieser Anfrage nicht berücksichtigen. Sowas wird bei uns nicht gemacht. Kunden können nur Kunden sein, wie soll ich das erklären, na ja…

- Ich würde doch gerne Strom kriegen!! Einen Vertrag eröffnen!!

- Asoooooooooooo, Kunden weeeerDen, nicht weeeeeeeeeeerBen, ich verstehe schon (elle rigole, moi aussi). Alles klar. Ich brauche dann Ihren Vorname und Ihren Name bitte.

- Gerne. Vorname: Pauline (et je prends soin de le dire à l’allemande: Paoooolinnn), Name…

- Wie? Praline?

- NEIN. Pauline.

- Ich verstehe Sie nicht, tut mir leid.

- (très calme) Ich wiederhole. Paoooolinnnn. Also: P wie Peter. A wie…wie…wie…(se concentrer pour ne pas sortir le prénom qui me vient à l’esprit) Anton, U wie Uwe, L wie Lise, I wie Imke, N wie Noelia, E wie…Elke. Paoooolinnn.

- Also, PaoooolinnnEEE.

- Ja, genau das.

Il y a des jours, je crois qu’il faudrait enregistrer mes conversations. Du haut vol, mais qu’est-ce que je peux rigoler, en même temps :)

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Elan de nostalgie

17 janvier 2011, je quitte Kreuzberg pour aller vers un autre quartier de Berlin. Un quartier in. Un quartier qui me plaît. Pour aller dans un bel appart’ dans lequel je m’imagine pouvoir rester un peu, contrairement aux précédents. Il fait beau, j’ai 50 000 choses à faire, je suis comme une petite fille qui va décorer une maison de poupée. Je dis adieu au temporaire, et pourtant quelque chose cloche. L’air porte un avant-goût de printemps, les couples réapparaissent dans les rues, je vois les choses comme si elles étaient un peu magiques, suspendues dans le temps. Mais alors…?

Le fait est. Je quitte Kreuzberg et j’ai l’impression de le trahir. Les rues que je traverse me manquent déjà, je porte un adieu  silencieux comme un manteau trop lourd. Peut-être est-ce aussi un peu de peur, un peu d’appréhension devant un nouveau commencement. Au meilleur Kebab que je connaisse, le vendeur habituel n’est pas là. Mon Hausmeister ne se montre pas. Les gens travaillent, les rues sont tranquilles, le Görlitzer Park silencieux.

Je retraverserai ces rues, je viendrai faire la fête ici ou profiter d’un grill, j’irai dans les mêmes magasins. Tout ça, je le sais déjà. Mais une partie de moi  crie silencieusement. Le Kreuzberg qui m’a accueilli, le Kreuzberg où j’ai vécu presque 2 ans et où je suis devenue une personne plus forte, plus affirmée, je le quitte.  Quelque chose ici m’a nourri de sa plénitude. Le calme. Les rues larges. La verdure. Les bars à chaque coin de rue. Le mélange des cultures, des langues, le sentiment d’être à ma place tout en pouvant choisir l’anonymat…Il va falloir que je fasse mes racines ailleurs, de l’autre côté de la Spree. Dans un quartier dont j’ai rêvé, mais qui est différent à tous les plans. 20 minutes à vélo, et le sentiment de perdre quelque chose. C’est absurde, et pourtant terriblement vrai.

Demain, j’aurai déjà oublié cette impression. Je voulais simplement m’arrêter un peu, poser des mots sur ce que je ressens maintenant, et le partager. Jamais aucun déménagement ne m’a fait cet effet. L’excitation devant le nouveau, et la nostalgie profonde de ce que je suis en train de quitter. J’ai quitté mon pays, j’ai laissé ma famille et mes amis dans une autre ville, loin, je me suis arrachée de mon socle. Je me demande souvent comment serait ma vie sans ce départ de France, si les choses ne seraient pas plus simples, plus évidentes. Mais jamais je n’ai ressenti quelque chose d’aussi nuancé et pourtant si fort pour un endroit où j’ai vécu. Un peu de tristesse, une once de joie, un brin d’appréhension, une pincée de regret…quelque chose se joue en moi. Comme une petite ode à Kreuzberg, mon premier « chez moi » allemand.

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Toute la vérité sur le Nutella

J’ai ENFIN compris pourquoi j’ai totalement renoncé au Nutella depuis mon arrivée ici. Voyez plutôt:

Je veux mon Nutella francais!! Et après, on nous dit que la mondialisation, ca lisse toutes les différences de facon dramatique. Je dis non. Preuve à l’appui ;)

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Une autre façon de voir l’art…?

Après un week-end passé avec des étudiants allemands en art, je me suis surprise à NE PAS me demander pourquoi je n’étais plus perturbée par la vision germanique de l’art. Il semblerait que j’ai intégré une partie de leur conception des choses…à ma grande surprise. Je crois qu’on appelle ça de l’intégration :)

Pour revenir rapidement sur les faits: il y a 3 ans et quelques mois, je rencontre à Paris une Allemande en année Erasmus qui deviendra l’une de mes meilleures amies. Elle est étudiante pour devenir professeur d’histoire et d’art, court les expositions et dessine, dessine et dessine encore et toujours. Et là, c’est le drame dans ma tête, au fil de nos conversations je note les informations suivantes:

- les étudiants allemands en art n’ont pas de cours d’histoire de l’art, du moins pas quand ils doivent être profs

- ils accumulent à la place les cours de pédagogie

- ils privilégient nettement l’inventivité à la précision technique- peu de cours de reproduction exacte d’une toile ou d’un objet, mais beaucoup d’examens portant sur la créativité

- ils ne cherchent pas forcément midi à 14 heures, pour ce qui est de trouver un sens à l’oeuvre d’art qu’ils ont sous les yeux, cherchent par contre à identifier les modes de création utilisées

- ils ne se spécialisent pas dans un domaine (dessin, sculpture…), mais font un peu de tout: photographie, peinture, sculpture, marionnettes, collage…

Premier choc culturel, ou premier choc paulinien, j’avais, comment dire, la  bouche ouverte. Le peu que je pensais savoir des études aux beaux arts, à l’époque, allait dans le sens inverse, me montrant un art un peu élitiste, souvent inintelligible (voire voulu comme tel), réservé aux musées et non pas à faire naître au quotidien…Peut-être un préjugé, mais tout de même une idée que l’on m’avait transmise. Pour caricaturer mon idée de l’artiste, quand j’étais de bonne humeur, c’était l’inaccessible  (et géniale) Fabienne Verdier, et quand j’étais de mauvaise humeur, ça donnait ça (ah cet humour gras des années 90):


Les Inconnus – Arrêt culture
Hochgeladen von droogirico. – Sieh mehr Komedie Videos.

Et là encore, l’Allemagne m’a appris qu’il fallait parfois descendre les choses de leur piédestal, ne pas imaginer les artistes comme des gens forcément surdoués et inaccessibles, y croire et oser un peu plus: l’art est bien à portée de chacun d’entre nous (tiens, on dirait une phrase de Mickey), non seulement à regarder (musées & co) mais aussi à créer. Un peu d’inspiration, un peu d’envie, un peu de sérieux, et hop! on peut faire naître quelque chose de nos 10 doigts, quelle que soit notre aptitude de base. Pas seulement en disant qu’on est doué de ses mains, mais en disant que nous aussi, on fait des choses qui peuvent être « ad-mirables. » C’est pas beau de voir les choses comme ça?

Bref,  die Kunst, en Allemagne, c’est plus proche des arts plastiques ou des arts appliqués que de l’art au sens auquel nous l’entendons, nous, semblerait-il…Non pas que les Allemands ne connaissent pas les artistes dits classiques (loin de là!!) mais qu’ils lui donnent un sens plus pratique, pragmatique que nous le faisons. Et il se trouve que ça me plaît bien. Enfin bon, après, je ne suis absolument pas spécialiste des études d’art en France et je ne cherche pas non plus à m’affirmer sur ce terrain que je connais mal.

Pour tous ceux que cela peut intéresser, un lien vers une expo allemande qui me tient à coeur: das Besonderes im Alltag, à Dresde, du 28.01.11 au 06.02.11. Ou comment voir le quotidien autrement. Pour avoir mis (un peu) le nez dedans, je recommande chaleureusement cette exposition à toute personne de passage sur Dresde. Et je précise au passage que cette ville est géniale, il y a plein d’autres choses à faire là-bas dans la série « culture et plus si affinités »: la Frauenkirche, le  Zwinger, la Neustadt...(avis totalement neutre, bien entendu :))

Et une question pour la route, une: et vous, vous avez remarqué des différences majeures dans l’enseignement entre la France et l’Allemagne?  Que ça concerne l’art ou autre chose…On remarque quand même deux-trois choses au passage en parlant de l’Abitur…En ce qui me concerne, ça me perturbe encore un peu, cette importance de la pédagogie ici!

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Voeux 2011

Je souhaite à tous les lecteurs de ce blog

une très belle année 2011/ ein schönes neues Jahr

Vous ne l’attendiez pas ce post, si?! :)

Non je ne vous ferai pas l’insulte de vous demander si vous avez la gueule de bois…

Que tous vos voeux (enfin un maximum, soyons réalistes, hein :)) se réalisent. Plein de bonheur (rien que ça), pas de froussardise. Je ne sais pas si le mot existe, du moins en dehors de mon babillage, mais je souhaite que cette année soit une année où on ose:

  • être soi, affirmer ce qu’on aime, affirmer ce qu’on veut -ça c’était pour le développement personnel,
  • assumer ses objectifs, avoir des ambitions et des tripes- ça c’était pour le développement professionnel,
  • manger quand on a faim à sa faim et qu’on le peut (vive l’anti-régime) ,
  • se faire plaisir sans -trop- penser à nos économies-pour-dans-30-ans (ça c’est pour lutter contre notre côté radin intrinsèque),
  • prendre son travail à bras le corps et l’apprécier pour ce qu’il est,
  • être fier de sa famille et de ses amis, et le leur faire savoir à l’occasion,
  • rêver,
  • reconnaître ses peurs et se donner les moyens d’y faire face,
  • prendre le temps, parce qu’on a qu’une vie, une seule année 2011, et parce qu’on le mérite,
  • dans le même ordre d’idée, faire une seule chose à la fois et avec UNE SEULE chose en tête, bref faire face au stress head on

Je vous souhaite aussi et surtout de découvrir des tas de choses tous les jours, de rester curieux, par principe, parce qu’il n’y a rien de plus triste que de considérer a priori que le monde en 2011 ne peut que nous emm…ennuyer. Et que non, la curiosité n’est pas un vilain défaut, de même que la gourmandise: il y a une grosse différence entre se mêler de ce qui ne nous regarde pas et s’intéresser au monde qui nous entoure, entre manger pour s’occuper et apprécier la nourriture qu’on a à disposition… La différence, ça s’appelle la spontanéité, l’appréciation (du moins à mes yeux, et j’ai bien l’impression que l’Allemagne m’en a encore plus convaincue en 2010). Je vous souhaite donc à tous de prendre le temps d’apprécier les choses et les gens que vous avez envie d’aimer/ de rencontrer en 2011 et de vous donner les moyens d’en rater aussi peu que possible.

A nous de faire en sorte que l’année soit belle, en France, en Allemagne, partout. Pour ma part j’ai des centaines de bonnes choses qui m’attendent en 2011 et j’ai déjà une petite idée de certaines d’entre elles. Pour ce qui est du blog, je vous confirme que je vais continuer à sévir par le biais d’articles sur des choses plus ou moins poussiéreuses (cultivons-nous sauvagement) et sur  le franco-allemand tel que je le vis tous les jours à Berlin, bref vous allez pouvoir lire des posts savoureux sur le quark et les gâteaux, Bavarois par exemple, (je précise que certains comprendront ces propos mieux que d’autres) les choses que j’apprécie en Allemagne, parce que je prends un certain plaisir à venir ici régulièrement exprimer ce que m’inspire mon Wahlheimat :).

Au plaisir de lire vos comments en 2011!

PS: pour des raisons indépendantes de ma volonté, le rythme d’actualisation du blog risque d’être plus lent en janvier…je fais ce que je peux, on verra bien ;)

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