Monthly Archives: mai 2011

27 choses!

Voilà, on y est, comme chaque année, le drame du vieillissement frappe. Moi et des centaines de milliers d’innocents à qui je souhaite aussi beaucoup de courage.

Comme je ne me laisse pas abattre aussi facilement, j’ai décidé de faire un décompte de petites choses de la vie ici qui me plaisent et que je souhaite partager avec d’autres, à l’instar d’une autre blogueuse qui se reconnaîtra et que les plus futés reconnaîtront aussi…Je dis ça, je ne dis rien :)

Catégorie nourriture et naschen et bibine, en vrac (parce que manger EST important, et puis la bière aussi):

- vive les Biergarten plus ou moins cachés dans la ville où vous avez la possibilité légale de commander bière sur bière pour ne plus finir par ressembler à rien. Seront cités ici le grand, le célèbre, l’incontournable Prater, mais aussi des endroits un peu moins chics mais tout aussi sympathiques comme le Oranke Orange ou le Biergarten qui se cache derrière les barrières de la Moritzplatz. Mes QG pour l’été.

- un grand hommage au concept du Osterhase, fidèle décorateur domestique de toute Berlinoise qui se respecte. Voir la photo ci-dessous, c’est vous dire son importance dans ma vie. Ceux qui me connaissent admireront toutefois le fait que ce lapin soit encore parmi nous aujourd’hui. Mais pour combien de temps encore?

N.B: méfiez-vous, le Osterhase est connu en Allemagne pour avoir un côté pervers…il cache vos affaires. C’est bizarre d’ailleurs, depuis quelques temps je ne trouve plus mon Quark à régime…allez donc comprendre!

- le Max und Moritz dont Nat a déjà parlé ici, le Kartoffelnlaube du Nikolaisviertel, temples de la bonne nourriture allemande (si si ça existe). Bon ok, en hiver, ça passe mieux, j’avoue. Mais vous pouvez au moins y prendre une bière!

- avec le retour de la belle saison, on pense aux glaces de façon monomaniaque. Et ça tombe bien, ça court les rues les bons glaciers ici. J’en avais déjà touché deux mots avec mon top 3 2010 ici.

- pour savourer un café tout en jouant aux expats intellos, il y a des opportunités magnifiques. Par exemple à Kreuzköln, au Roderich.

- pour savourer des Warenikis, le restaurant russe de la Mohrenstr. reste décidément parmi mes favoris. Lire d’autres opinions par là.

- dans la série de luxe, le Umspannwerk Ost est ein Muss. La preuve? Ils font des crèmes brûlées comme par chez nous, et je m’y connais;). C’est aussi un bon plan pour aller voir du flamenco ou se cultiver, mine de rien.

Catégorie « cultivons nous sauvagement »:

- merci au Kino Babylon pour le simple fait d’exister. Voir d’ailleurs ce qu’en dit Jean-Michel ici, je ne suis pas la seule à y voir une oasis cinématographique après avoir été confrontée au choix draconien entre le dernier Til Schweiger et le dernier Christian Ulmen. Terrible dilemne, soit dit en passant.

- VHS, on vous aime. Pour tous ceux qui ont un niveau d’allemand potable, c’est l’endroit rêvé pour apprendre tout ce que vous ne savez pas encore, un peu dans tous les domaines. Ca va du tricot au coréen, en passant par la dactylographie. Le tout toujours pour des prix raisonnables et d’après expériences à répétition, toujours fiable. Il vous suffit de bien vous informer et conseiller, et le tour est joué.

- perdu dans la froide grandeur de la Potsdamerplatz, jetez un oeil au musée du cinéma derrière le Kinomax. Les expos là-bas valent nettement le coup, et pas que d’après moi.

- dans un autre genre, et avec un peu de courage, il faut absolument aller voir les musées de la terreur répandus un peu partout dans la ville. Topographie der Terror, exposition gratuite sur l’avènement et la chute de la Gestapo, tout près du Martin-Gropius-Bau. La prison de la Stasi, avec visite guidée. Le musée juif, votre appareil photo à la main, pour saisir sur le vif le travail de l’architecte qui a fait un excellent travail pour rendre l »atmosphère de la Shoah. Le bâtiment a un côté mystique, à l’intérieur comme à l’extérieur. Jeux de lumières, rendu de la peur et de l’horreur, on comprend bien les choses en y allant. Voir mes photos ci-dessous:

Musée juif- Vue depuis l'extérieur

Musée juif- puits de lumière

- pour saisir l’ambiance de la ville au-delà du point de vue touriste, prendre le bus M29 et se payer une bonne heure de trajet. Regarder les gens monter et descendre, en faire une philosophie urbaine. Cette ligne traverse tout Berlin, des quartiers turcs à Tegel. Voir notamment ce qu’en dit Blogonade par .

- toujours pour saisir l’ambiance de la ville, et carrément éventuellement faire des emplettes, aller au marché turc aux bords du Landswehrkanal. Pour moi, c’est similaire à Wazemmes à Lille.

Catégorie mode, attention mesdames :

- sur la Wismarplatz, au Nikolaisviertel et sans doute parfois ailleurs aussi, Bellanatur. On y met un peu le prix, mais la qualité est super et vous êtes à peu près sûres en sortant de porter des vêtements que tout le monde vous enviera- des inconnues vous ont-elles déjà demandé où vous achetiez vos affaires :)?  Je témoigne à trois reprises. Et en plus ils sont sympas, que demande le peuple.

- sur l’Oranienstr. , Südosten. J’y jette un oeil de façon très régulière, ne serait-ce que pour prendre des idées.

- petite mention spéciale pour Orsay, équivalent plus ou moins réussi de Camaieu. La base pour toute nouvelle arrivée, à mon avis, se trouve là-bas.

- on ne peut pas s’habiller à Berlin sans inclure un côté résolument vintage. Pour le faire sans trop se ruiner, préférez les marchés aux puces. Celui de Mauerpark bien trop cher dès qu’on ne parle pas suffisamment allemand pour pouvoir faire illusion, celui de la Boxhagenerplatz pour le plaisir des yeux, ou encore celui de la Ostbahnhof. Et pas que pour les nippes, d’ailleurs.

Last but not least, hors catégorie: un grill au Görli!!

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Lecture à thème: Berlin Alexanderplatz

J’ai enfin fini la lecture d’un livre dont je voulais vous parler depuis longtemps ici.

Bon j’avoue qu’une partie du problème tient à sa taille (plus de 600 pages en poche), au fait que je n’hiberne plus et donc consacre moins de temps à mon blog et à la lecture…Ok. Mais il y a aussi autre chose: c’est un roman très dense, et pour moi un chef d’oeuvre déroutant auquel je ne m’attendais absolument pas. Je l’ai acheté sur un coup de tête, par simple curiosité, suite à l’appel du titre qui me disait (très) vaguement quelque chose…

Qu’est-ce que ça raconte? Eh bien, en soi, rien de bien excitant. C’est l’histoire d’un nul, à Berlin, à la fin des années 20. L’histoire d’un petit délinquant/ truand un peu balourd, pas fin psychologue, maquereau à ses heures, parfois un brin meurtrier. Mais en un sens, le roman ne raconte rien. Il décrit la médiocrité humaine, la bêtise des sentiments, la lâcheté et l’absurdité. En ce sens, on peut le rapprocher de Voyage au bout de la nuit. A ceci près que la leçon sur l’humain n’y est pas aussi présente. Chez Céline, si on a bien compris la portée du livre, on le referme et on se dit que l’humanisme est souhaitable, mais ne sert à rien. Chez Döblin, on a simplement lu une histoire.

Dans Berlin Alexanderplatz, tout a lieu dans la maîtrise de la langue. Je me demande d’ailleurs si le fait que le roman ait été retraduit seulement récemment n’est pas l’une des raisons pour laquelle le livre est si peu connu en France. On se sent happé par le style. Dans la nouvelle traduction,  l’influence du Berlinois est nettement présente, ainsi que celle du langage populaire, voire celle de la folie de ces années 20. Le dialogue est déconstruit, rebelle et extrêmement vif. Plus vous progressez dans la lecture, plus vous êtes pris dans le jeu: quelle scène l’auteur cherche-t-il à faire revivre ou détourner? Franz a-t-il un coeur? Qu’attendent les personnages de la vie? Et ainsi de suite…

Au-delà de ces considérations intellectuelles sur le style choisi (et le brio du traducteur), je me suis surprise à y trouver des clés sur le Berlin d’aujourd’hui, un peu à tous les niveaux. Il y a par exemple la description magistrale des anciens abattoirs de Berlin, dont j’ai par la suite trouvé trace via le blog de David par cet article et qui valent le coup d’oeil. Ou alors ces allusions à l’Alexanderplatz elle-même, les travaux qui l’agitent à l’époque et qui ressemblent singulièrement à ceux d’aujourd’hui. Des scènes prises sur le vif dans le Zeitungsviertel où se situent tant d’entreprises aujourd’hui, vers la Zimmerstr. et le Spittelmarkt de facon plus générale. Sur un plan plus difficile à analyser ou expliquer, les personnages vous semblent familiers dans leurs expressions ou leurs attitudes…un peu comme si le langage berlinois portait une ambiance qui n’avait pas changé dans la ville depuis 1929. Il y a aussi toutes ces allusions historiques, tous cette attention portée mine de rien vers l’agitation politique et le bouillonnement absurde des idées…en lisant ce livre, on a également l’impression que l’histoire de Berlin sur les dix années à venir est là, concentrée et comme en attente.

Un autre avis ici.

En résumé: un roman fataliste, pas forcément recommandable pour ceux qui lisent peu habituellement, de par son côté pavé…mais un très bon livre pour quiconque aime Berlin et cherche à comprendre son passé, voire son présent. Et à mon avis un chef d’oeuvre qu’on peut lire plusieurs fois de suite!

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Tout sur Dresde, #1

Nouveau retour sur ce blog, pour vous parler cette fois d’une ville qui me tient à coeur dans ce plat pays: Dresde. Je vous préviens tout de suite, mon objectif est de faire une mini-série, et c’est presque une menace…

Aujourd’hui, quelques photos et remarques en vrac.

Un peu d’histoire: Dresde est surtout connue sur le plan historique pour avoir fait l’objet d’un bombardement massif en février 1945 (environ 7000 tonnes de bombes lâchées sur la ville), reconnu par la plupart des historiens comme stratégiquement injustifié. Les dégâts sont similaires à ceux éprouvés par la ville d’Aix-la-Chapelle, pourtant bombardée 5 fois. Le chiffre des morts à Dresde reste jusqu’à aujourd’hui encore incertain, les estimations variant entre 25 000 et 250 000 morts. Ces destructions ont épargné la Neustadt, partie de la ville construite au XIXème, et quelques quartiers périphériques. D’autres bâtiments sont plus ou moins ressurgi de leurs cendres: le Semperoper, le Zwinger, la Frauenkirche sont à nouveau debout aujourd’hui, non sans peine.

Le résultat, au niveau touristique, est assez surprenant. On trouve une ville qui tente de renouer avec un passé irrécupérable. Faute d’argent, de courage ou d’inventivité, la ville rebâtit un décor en carton pâte pour ses quelques monuments reconstruits à l’identique ou plutôt « dans le goûts de ». Voir la place autour de la Frauenkirche, ça a un côté Disneyland si vous regardez bien les façades colorées:

La Frauenkirche et sa place originale, rebâtie "à l'identique"

C’est d’autant plus dommage que l’Eglise elle-même a été restaurée d’une façon qui prouve un vrai travail de mémoire un peu similaire à l’Eglise berlinoise Gedächtniskirche située sur le Ku’damm.Première remarque: il y a un pan de mur à quelques mètres du bâtiment. Quelques pierres noirâtres auxquelles on peut ne pas prêter attention, mais qui sont un morceau du mur original. Pourquoi? Parce que le bâtiment a été reconstruit volontairement quelques mètres plus loin, pour des raisons pratiques, mais pas question de passer sous silence ce qui est arrivé à ce bijou architectural. Du coup, on le montre, et on appose une plaque avec le témoignage d’un survivant du bombardement. Une cicatrice exhibée, pour ainsi dire.

Emplacement original de l'Eglise


Les lecteurs les plus attentifs auront par ailleurs remarqué que les pierres de l’Eglise sont de deux couleurs différentes. Et non, ce n’est pas fait que pour être joli.

Les pierres de la Frauenkirche auraient-elles une histoire à nous raconter?

L’Eglise comprend l’utilisation de pierres d’origine, replacées grâce à de savants calculs à leur place originale. Elles sont noires, non seulement en raison de l’incendie qui a ravagé l’édifice lors du bombardement, mais également en raison de la pollution industrielle (notamment à cause de l’utilisation intensive de l’Elbe comme axe commercial) au XIXème et XXème siècle. En d’autres termes, l’Eglise a été reconstruite en prenant le rôle de Versöhnungskirche, l’Eglise de la réconciliation.

Plus d’informations sur la Frauenskirche de Dresde ici.

Ailleurs dans la ville, le sentiment d’être dans un vestige du passé et une ville à la redécouverte d’elle-même peut surprendre au coin d’une rue, du quartier touristique aux confins résidentiels. La gentrification fait ici aussi son oeuvre, lentement mais sûrement. La Neustadt, quartier in et mélange savant d’étudiants, de chômeurs et de laissés pour compte de la Wende il y a encore 10 ans, se voit lentement les familles plus riches la repeupler. Les centres commerciaux (Arkaden) se multiplient peu à peu. Voir notamment l’article du Zeit ici.

Un coin de paradis: le Zwinger

Au coeur de la vieille ville

Et on peut comprendre pourquoi Dresde, plus que d’autres villes, évolue en ce sens. Coût de la vie relativement faible. Bon redémarrage pour une ville de l’ex-RDA.  Une petite ville, ni trop grande, ni trop petite (environ 500 000 habitants), qui est à la tête d’un Länder et loin ni de Berlin, ni de la République Tchèque, ni des montagnes en hiver, ni de la Suisse saxonne et de ses merveilles en été. L’environnement immédiat idéal: en 15 minutes, vous êtes au bord de l’Elbe, et vous vous retrouvez sur des pistes vélos magnifiques. A moins que vous ne fassiez de l’aviron ou que vous visitiez un des Burg de la région. De quoi donner vraiment envie d’y aller.

Le seul problème à ce tableau idyllique, c’est la conséquence de ce dont j’ai parlé plus haut: à ville détruite de façon plus ou justifiée, à ville laissée pour compte par la Wende, correspond un certain succès électoral. Je veux bien entendu parler des néo-nazis, qui font bien parler d’eux, notamment lors de l’anniversaire du bombardement de la ville, le 13 février: chaque année, c’est un peu à qui organisera la plus grosse manifestation, d’eux ou de leurs opposants, et laquelle sera interdite. Voir notamment l’article de ce journal.

Je vous parle de sa région la prochaine fois, stay tuned ;)

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