Monthly Archives: septembre 2011

Pas d’accord

Vous connaissez le graffiti géant de la Köpenickerstr.? C’est une gigantesque inscription qu’on voit quand on se dirige vers la Mauerplatz. Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’auteur de cette phrase a de la suite dans les idées…

La photo n’est pas très bonne, la faute au soleil d’aujourd’hui. Cette phrase me trotte dans la tête depuis trop longtemps, je ne suis pas d’accord avec son contenu- ou celui que je pense comprendre, je prends mes précautions :), donc je poste pour le dire. Non mais.

Voyez par vous-même (au pire, en vous rendant ici):

Meine Antwort: Grenzen gibt es einfach weil sie man zulässt. Wenn man sie nicht will, dann sind sie auch raus. In Politik wie im normalen Leben!

PS: si jamais quelqu’un veut m’expliquer le coup de « oben und unten ». Je soupçonnerais presque une histoire de quartiers, certains bâtiments à étages étant divisés entre deux circonscriptions… mais il semblerait bien que je doive donner ma langue au chat. Hilfe!

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Dislocation

Ok, je ne fais pas dans l’originalité aujourd’hui. Ce panneau existe depuis des siècles et il a déjà été blogué de partout. Notamment ici, blog assez  sympathique à parcourir pour ceux qui ne connaissent pas, d’ailleurs.

Donc, j’en viens à la question du jour. Pas de savoir comment on a fait pour aller la mettre tout là haut, cette affiche. Ou de combien de temps elle trône sur cet immeuble. Ni même ce qu’est Hornbach- ça ça sera pour une autre fois, si vous avez de la chance. Ma question est donc: mais qu’est-ce que c’est que cette formulation bizarroïde?! Si je m’écoutais, moi, non germanophone maternelle, je dirais à Monsieur ou Madame chef Hornbach:

« mais t’as rien compris!! en bon allemand, on dit:

- Ich würde Ihnen als Haus Hornbach empfehlen.

OU

- Ihnen würde ich als Haus Hornbach empfehlen.

OU

- Als Haus würde ich Ihnen Hornbach empfehlen. »

Le tout dit avec les gros yeux, bien entendu. J’adore critiquer, c’est maladif, voilà, j’assume. Il faut.

Autrement dit: cette publicité me perturbe. Je voudrais tout biffer et refaire la phrase. Mon idée révolutionnaire pour la Warschauer. et son réaménagement : commencer par cette affiche, passer par une phrase plus sympa sur le plan grammatical OU par une dislocation quelconque. Voir ici ce que c’est sur le plan linguistique. Mais là, tel quel, tous les matins en me dirigeant vers la gare de la Warschauer., je suis dans le même état d’esprit: mais pourquoi? comment? c’est un exercice de style? une formulation utilisée chez les commerciaux uniquement? pourquoi on ne m’a rien dit?! complot chez mes profs d’allemands et mes amis, pas d’autre explication possible.

Sinon, dans l’absolu…faudrait peut être leur dire que leur slogan est un poil trop long. La pub marche, ça, c’est sûr.  La preuve: elle me sort pas de la tête, au moins j’associe le nom « Hornbach » à quelque chose d’autre qu’un mot vaguement imprononçable. Mais le slogan à rallonge, la couleur, la mise en forme…je crois que je ne me ferai jamais aux pubs de ce pays. Même quand c’est juste des mots, même quand c’est pour Ben&Jerry, je cale. Maintenant la vraie question c’est de savoir pourquoi les publicités en français, certainement aussi basiques, ne me font pas cet effet. Et c’est parti pour de la réflexion intense…

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Portraits de déracinés: # 1

Ca fait un bout de temps que me trotte dans la tête l’idée de décrire les gens que je rencontre. La ville, on la vit et on la comprend au fil des rencontres que l’on fait- ou non.

Première de la série: A., une Allemande du Sud. Pour être honnête, je n’ai pas vraiment compris d’où. Je crois aussi que ça lui est égal. A. est venue à Berlin parce que la vie l’y a portée. L’idée d’économiser, une histoire de coeur comme on en a à 20 ans, la réputation de Berlin pour tous les jeunes un peu rebelle, et le tour était joué. 30 ans passés, jolie comme tout, typiquement le cliché de l’Allemande blonde aux yeux bleues, grande, sportive, qui donne l’air assuré. Sauf qu’il n’en est rien. Comme pour beaucoup, il y a l’apparence, et ensuite la réalité. Et surtout une phrase qui revient: « Ich weiss es auch nicht, ob Berlin mein Zuhaus ist ».

A. est une vraie Européenne, avec des racines allemandes, polonaises, israëliennes, un vrai patrimoine familial qui est fascinant quand elle commence à en parler. Elle est intelligente, a fait des études, elle est cultivée et a des choses à dire. Elle a travaillé dans le milieu culturel, l’édition pour ne pas la nommer, cette passion si fréquente à 20 ans et qui nourrit à peine les quelques élus qui s’accrochent tout de même après leurs interminables enchaînements de Volontariat payés 800 euros nets.La première fois qu’on discute avec A., on se sent tout petit devant tant de volonté, tant de choses à partager. N’empêche.

A. a tout pour être bien dans sa peau et ses baskets,  mais elle voit la vie comme une tragédie permanente. 2 volontariats derrière elle, une histoire de coeur ratée, un peu de mal à joindre les deux bouts mais surtout une incommensurable tendance à se méfier de tout et de tout le monde. Rien ne marche. Un boulot bien payé est bien trop stressant, un boulot en start-up trop prenant, les autres pas son profil. Les collègues ne peuvent pas être bienveillants ou même indifférents, les amis ne sont pas disponibles, la famille distante. Peu importe ce qu’on lui dit, peu importe ce que les gens font pour l’aider ou la rassurer, ce n’est jamais une solution pour elle. Warum wollen Leute mir auch immer sagen, was ich eigentlich tun sollte. Warum lasse ich es immer wieder geschehen?

Dans ce grand Berlin froid et anonyme, je crois bien qu’elle a cherché à prendre refuge de quelque chose et qu’elle en paye maintenant l’addition. Une mère qui n’a pas su gérer sa famille. Une relation qui n’a pas fonctionné. Des rêves qui n’ont pas abouti. Berlin, ville où l’on part ou où on reste pour se ressourcer, puis où on reste seul en oubliant ce qu’on est venu y chercher. A., je la soupçonne de faire partie de ces déracinés berlinois, d’Allemagne ou bien d’ailleurs, qui ont franchi un tel degré de solitude que toute relation devient compliquée. L’ouvrier qui vient réparer quelque chose chez elle peut parvenir à faire pleurer A. en une phrase. Simplement en disant qu’il faut convenir d’un autre RDV, donc qu’elle va devoir s’arranger avec son employeur. A. me raconte ça, les larmes aux yeux, et je me sens intronisée dans son monde. Et ça me donne froid dans le dos de penser que des centaines d’autres ont le même problème ici, et que nous ne les voyons pas. Fichues apparences trompeuses.

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Berlinification

Berlinification, n.f, création langagière déposée par moi. Processus par lequel un individu lambda se retrouve par de nombreux traits assimilable aux Berlinois de souche. Les stades de la mutation sont difficiles à évaluer, voici donc une liste non exhaustive des symptômes frappant la victime, ci après dénommée simplement « Lambda »:

- aucune réflexion au moment de l’achat d’un produit bio. Avant, l’individu hésite, agit avec un pincement de coeur ou de porte-monnaie, conscient au final des raisons de son choix. Après, il met ça furieusement dans son panier de courses et est même capable de lâcher des phrases clichés en entrant dans la boutique telles que: « mais où est le rayon bio? » Violent. Surtout quand on sait que Lambda, en bon Berlinois, n’est pas forcément richissime. Suffit de regarder la clientèle des marchés bios pour comprendre. Sur la Warschauerstr., Lambda berlinifié peut même avoir la chance de converser avec une caissière française. Sujet de conversation: le bio, ses bienfaits, son évidence.

- Lambda a accepté la venue de l’hiver. Il a intégré le fait que dans quelques mois il va avoir l’air d’un bonhomme un peu grassouillet et pas franchement sexy. Il accepte avec calme la perspective horrible de subir -10°C ou -15°C à des intervalles réguliers. Il ose même corriger: -15°C, c’est la nuit, une fois par hiver, voire même pas forcément tous les ans. C’est dire, il a du vécu à son actif.

- dans le même esprit de survivant acharné, Lambda se souvient de ce qu’il a appris les années précédentes et du scandale intemporel des hivers berlinois.  Pas le froid, non. Les stocks de luges pour les enfants et les stocks de sel pour les piétons sont insuffisants. C’est un drame chronique qui fait bondir Lambda. Et c’est dans cet ordre qu’il le dit, pas l’inverse. A moins qu’il ne peste d’abord contre la BVG, la ligne M29, M19 et M48, jamais ponctuelles. Dans une vie antérieure, c’était lui qui n’était pas ponctuel, mais il a oublié cette partie de lui-même. Lambda a toujours été irréprochable sur le timing. Puisqu’il vous le dit.

- le Berlinifié s’excite à l’idée d’aller voter. Ancien politicard à ses heures, le monde politique germain le fascine. Quel parti lui correspond, quelles affiches lui plaisent visuellement et sur le plan des idées (car il lit les affiches. Toutes. Parfois même, Lambda se retourne, hausse le nez. Pour votre information, il vient d’aviser un lampadaire électoral). Après vient une phase intense de check de ses informations précédentes. Comment s’appelle le salaud gars qui a parlé l’autre jour il y a 3 mois à la radio. Que je ne vote pas pour lui. Voter prend pour Lambda tout son sens. Avant, c’était un devoir. Maintenant, ça serait presque intéressant. Et de voir que Lambda pense à s’inscrire, en plus, à l’ambassade pour pouvoir voter aussi en France en 2012 et se comporte pareil en France. Impressionnante révolution intérieure.

- Lambda semble comprendre le Berlinois avancé. Il dit parfois des choses qui dépasse l’entendement pour un être innocent et préservé. Un samedi de septembre, cherchant à entamer une conversation avec d’illustres inconnus: « schönes Wetter, wa? » Au coeur de l’hiver, en attendant le bus, a repéré une target: « och, heute ist och ganz schön kalt, nicht wahr? ». Il n’a pas de problèmes pour interpréter la phrase « ick hab ein Weinkuuuuh gemoocht » et réagit de facon appropriée, du tac au tac: « ein Weinkuchen? Wie schön! » Et si on lui demande comment il va, Lambda peut dire « Jut », certes souvent sous l’emprise de l’alcool, mais il faut quand même pouvoir le faire…

- On s’arrête au feu rouge pour les piétons dans 95% de la ville, Lambda s’y plie avec empressement. Exception notable, la Warschauerstr. Ailleurs, notre ami sera le premier à rappeler à son visiteur que ça ne se fait pas, que ça coûte super cher si on se fait choper, que les bagnoles ne s’arrêteront pas forcément comme en pays angevin (du Bellay, ce visionnaire incompris…) Pis que ça: Lambda regarde d’un oeil noir les cyclistes incompétents, ceux qui mordent de la voie vélo sur la voie piéton, ou bien encore ont le culot de traverser la rue avec leur bolide à deux roues, sans descendre. Ce qui n’empêche pas notre cher ami de rouler avec une vieille bécane déglinguée en dehors de la voie vélo. Lui, il sait manier un vélo. Pas comme les autres.

- Lambda commence à voir d’un oeil vaguement négatif les floppées de touristes qui viennent enrichir découvrir la ville. Choqué par les autocollants associant les touristes aux terroristes posés un peu partout, il n’exprime pourtant que mépris pour ces gens qui se perdent dans le métro pourtant si simple et finissent par provoquer des drames urbains banals (« on a perdu Marcel! Mais où est Marcel?! Chéri, il faut descendre, on a perdu Marcel!! »), ceux qui ne payent pas leur billet et le disent en riant d’un rire gras, et surtout ces Français qui fleurissent avec le soleil. Subitement, de mai à août, Lambda découvre que le touriste français adore Berlin, et s’en énerve. D’abord parce qu’il doit ENCORE traîner sa troupe au Reichstag, ensuite parce que Marcel envisage rarement un tour de la ville à vélo (voyage + barrière langagière+ vélo= « on a perdu Marcel ». 15 fois en 4 heures, 14 fausses alertes, et une vraie). Et pour finir parce que Berlin, c’est SA ville. Pas un bidule qu’on visite en mangeant du curry wurst et en se faisant photographier à Checkpoint Charlie. Pour Lambda, l’idéal du touriste, c’est son ami Oméga qui vient crécher quelques nuitées, comprend l’allemand, reste blasé devant un Kebab, s’extasie devant des Brötchen bios et du Streichkäse, et surtout demande à faire des musées ou activités du type original. Exemple: le simulateur de vol de Weddding. Voir ici pour tous ceux qui cherchent l’inspiration dans une conversation où on vous dit que Checkpoint Charlie est LA chose à voir dans cette ville. Bon ok c’est cher, on fait pas ça tous les jours. Mais ça peut avoir un côté franchement plus marquant que la photo répliquée à des millions d’exemplaires de la porte de Brandenburg.

- Lambda, car on parlait bien de lui, pas des touristes, est presque devenu végétarien, et il ne se porte pas plus mal. Viande au resto, chez soi, on s’offre parfois un filet de saumon, du jambon, des lardons dans une préparation qui autre fois était une quiche et qui maintenant ne ressemble plus à rien du tout. Tout le reste relève de l’aventure culinaire. Lambda n’aime plus vraiment la viande, sa famille et ses amis en visite s’inquiètent de sa santé. Pour les carences et souvent aussi pour voir si Lambda subit une quelconque pression psychologique cherchant à discréditer le rôti de veau aux pistaches.

Bref, un Berlinifié n’est même plus capable de savoir vraiment d’où il vient. Le remède reste encore inconnu.

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