Monthly Archives: mars 2012

Tout empire périra: l’affaire Schlecker

L’actualité vue selon moi, des plombes après tout le monde…

Au cas où certains fans d’informations fraîches venues d’Allemagne auraient loupé l’affaire Schlecker, j’aimerais revenir un peu dessus. C’est vrai, entre ces histoires de présidents déchus d’un côté et de présidents à élire de l’autre, on a un peu de mal à faire de la place à l’incroyable descente aux enfers d’une des chaînes les plus connues en Allemagne. Imaginez un peu que l’existence de la FNAC soit remise en question: voilà l’ordre de grandeur à donner au phénomène Schlecker dans le ressenti de Monsieur Tout le Monde en Allemagne. L’histoire s’ajoute au contexte de crise que nous connaissons tous, mais n’y trouve pas vraiment son origine: au fond, c’est une histoire banale d’échec managérial.

Donc, on reprend. L’Allemagne connaît de nombreuses chaînes de distribution dans le domaine de la droguerie, à la différence de son voisin français où les hypermarchés où l’on trouve de tout sont rois. Demander à vos amis allemands ce qu’ils pensent de Carrefour, vous verrez souvent qu’ils en sont assez fascinés: tout en un magasin! A la différence de ce modèle, un peu comme aux Etats-Unis, les Allemands séparent leurs courses. Aller au supermarché est plutôt de l’ordre de la corvée hebdomadaire, aller à la droguerie de l’ordre du petit plaisir. Schématiquement parlant, mais aussi un peu du point de vue des jeunes immigrées françaises… »J’aime bien DM », combien de fois ai-je entendu ça en trois ans de la part de filles qui viennent du même pays que moi et découvrent ce paradis où aller tuer vingt minutes de son temps tout près de chez soi.

Petit retour sur les réseaux de distribution de part et d’autre du Rhin:

En France, le premier hypermarché a ouvert ses portes en banlieue parisienne en 1963 (Carrefour, encore et toujours, la région parisienne, encore et toujours…). Il s’agit de la forme la plus avancée d’un mouvement de regroupement de supermarchés, nés dans les années 30 en Amérique du Nord, plus précisément au Québec. Les supermarchés sont nés pour répondre à des tendances de fond qui se manifestent dès la fin de la Première Guerre mondidale: augmentation du pouvoir d’achat, élargissement de la classe moyenne, volonté de démocratiser certains produits, accès généralisé à l’automobile, lutte contre la vie chère, etc. On réfléchit à l’optimisation de la rentabilité, et non plus simplement à établir un commerce florissant. Alors on imagine des surfaces permettant d’accueillir tous les moyens de répondre à ces nouveaux défis: c’est la formule française avec Carrefour, Leclerc, Auchan, tous ces hypermarchés qui font fortune en jouant sur les achats en gros et les économies d’échelles. Peu à peu, la clientèle s’habitue à acheter en même temps les produits cosmétiques et la viande, les plantes et les fournitures scolaires. Et d’ailleurs, dans un pays où la libération de la femme passe d’abord par l’emploi à plein temps, le concept des hypermarchés aide largement la population féminine à atteindre ses objectifs, en lui facilitant la vie.

En Allemagne, pendant ce temps, le rythme est différent. Déjà, il y a un élément de fond qui ne sera jamais aussi propice à un modèle d’hypermarchés: on vient de réaliser que les nazis, en prétendant mieux intégrer les femmes, ont enrôlé et manipulé la jeunesse. L’éducation est donc une donnée sensible, et il ne sera pas aussi facile pour les femmes d’envisager de combiner travail et famille. Partant de là, c’est tout un commerce de proximité qui va être maintenu, favorisé par un passage aléatoire devant le magasin, notamment dans les villes moyennes. Il y a aussi le fait qu’une bonne partie de la génération masculine qui serait en mesure d’avoir ces idées après guerre manque. Le soldat français a été battu, les officiers ont été fait prisonniers puis rendus, mais globalement ils sont là. La France a perdu un total de 541 000 personnes, l’Allemagne de plus de 9 millions, dont 5 millions de soldats. Le pays est coupé en deux, voire en trois, selon que l’on prenne le point de vue des canaux de distribution ou bien le point de vue politique. Il faut tout réorganiser, des codes postaux à la taille des usines, appréhender une clientèle qui a vécu d’ersatz pendant de longues années. Tout cela prend du temps.

Naissance de Schlecker:

Dans les années 70, après de nombreux bouleversements industriels, plusieurs entrepreneurs sentent l’aubaine après la libération du prix des savons. C’est la naissance de plusieurs chaînes de droguistes, dont Schlecker, DM, Rossmann, les plus célèbres aujourd’hui.

Schlecker est mené par un jeune homme brillant, Anton Schlecker, qui a repris le commerce de charcuterie familial et l’a transformé de fond en comble. C’est un acheteur avisé, il a le sens des priorités et le nez fin, mais pas forcément le sens de l’innovation ou du développement à long terme. Il ouvre des petits magasins, établit la gamme de produits Schlecker, du savon à la tapette à mouche en passant par les rafraîchissements, et prend la tête du marché en comptant 1000 enseignes en 1984. Quelques années plus tard, il commence un déploiement à l’étranger: on voit notamment quelques Schlecker dans le sud-est français (rien que de penser à ces paysages magnifiques j'ai envie de réserver un hôtel à Marseille, mais là je m'égare…), comme à Nice, où cela ne fonctionne pas mal, contrairement à l’Allemagne.  Son pari reste le même que ce qu’il a toujours connu: politique de développement agressive, vente à bas prix, choix du commerce de proximité, réduction des coûts. Pour lui, on ne change pas un modèle qui marche. Il conçoit Schlecker comme la solution de remplacements des droguistes indépendants. Ca tient bon la route pendant vingt bonnes années: en cautionnant quelques mauvais articles de presse on arrive encore à tenir le haut du panier. Les concurrents restent en arrière dans leur stratégie de développement et touchent une clientèle plus minime.

Voilà ce que donne un Schlecker à Berlin Friedrichshain: comme de coutume, une façade taguée, une devanture ru-ti-lante, un nouveau slogan à tomber par terre (For you, vor Ort).

Les premiers signes de faiblesse:

L’histoire de Schlecker, c’est une histoire de développement trop rapide, faite au mépris de la raison. Ca fait penser à ces gens trop brillants, à qui la vie sourit trop vite, et qui tout à coup voient tout fondre entre leurs mains. Pendant que les concurrents de Schlecker prennent leur temps, ouvrent nettement moins de magasins, mais optent pour que ceux-ci soient rentables à long terme, la chaîne bleue et blanche lésine sur les moyens, néglige l’esthétique, se fait mauvaise presse avec des scandales salariaux à répétition, parie que l’omniprésence est le meilleur moyen de se développer. Surtout, à aucun moment entre 1974 et 2000, où les problèmes commencent à être à peu près aussi visible que l’iceberg depuis le pont avant du Titanic, il ne cherche à corriger sa politique d’expansion qui signifie que tout son empire doit avoir des coûts sans cesse dégressifs pour pouvoir continuer à se maintenir en vie. Le problème, avec les colosses aux pieds d’argiles, c’est qu’ils tiennent très bien en place tant que la concurrence ne se montre pas. Mais les choses étant ce qu’elles sont, DM et Rossmann, puis Ihr Platz et Müller, ont vu leurs efforts et leur frugalité payer.

Dès les années 2000, ils ont commencé une politique d’expansion qui a absorbé une grande partie de la clientèle de Schlecker. Contrairement à celui-ci, DM et Rossmann parient sur des espaces très fréquentés et des magasins plus grands et plus attrayants. On en trouve dans la gare à côté du Relay habituel, en face des sorties de métro les plus utilisées, au coin des grandes avenues, dans les centres commerciaux. On y vend plus de choses, certains proposent même des produits Tchibo et l’électroménager le plus simple. On va à Schlecker pour le nécessaire, à Rossmann ou à DM pour dépenser son argent sans avoir de liste fermement établie. De quoi débaucher même la personne qui habite en face de Schlecker. En 2008, le déficit est déjà présent. Rien qu’en 2010, le chiffre d’affaires de Schlecker recule de 650 millions d’euros par rapport à l’an passé. Des chiffres à faire réagir même un Anton Schlecker.

Il entreprend alors un changement, croyant sans doute pouvoir rétablir la santé d’un colosse de 7000 magasins et 47 000 employés en quelques années, principalement par le biais d’un changement d’images. L’aide d’un cabinet de conseils, comme la mise en avant de ses enfants qui, contrairement à lui, se montrent dans la presse, ne changent rien à l’affaire. On ne change pas cette vérité entreprenariale: le plus facile pour une entreprise est de choisir un modèle de développement, le plus dur, de le changer. Les investisseurs n’ont pas été trouvés comme on le pensait, seuls trois cent cinquante magasins ont changé de look, et le nouveau discours assumé par les enfants, proches des employés et nettement plus chaleureux, ne change rien au fait que le père est le chef d’entreprise le moins aimé d’Allemagne ni au fait que le squelette de 7000 magasins est beaucoup trop coûteux pour ses revenus.

Le dépôt de bilan est donc tombé le 20 janvier dernier. Tout cela ne signifie pas la disparition totale de Schlecker ni l’abandon de la famille, assez coriace, mais annonce des restructurations profondes. En Allemagne, on commence par la fermeture de 2010 filiales. Un élagage massif.

Normalement, Anton cède la place à la génération suivante en août ou en septembre. On n’a pas fini d’en entendre parler…2012, année Schlecker?!

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Le dilemme de Pâques

J’aimerais lancer une question grave aux foules d’expats qui lisent ce blog: comment faites-vous pour remédier aux problèmes liés à la distance ? Je n’ai toujours pas trouvé la réponse. Pendant un temps, j’ai simplement repoussé les choses que je ne pouvais caser nulle part à un avenir indéfini. Le réalisme sur ce sujet ne m’atteint pas depuis si longtemps que ça. Comment combiner 5 semaines de congés avec une envie permanente d’être de part et d’autre du Rhin, et les moyens humains de n’être que d’un côté?!

Le moment où j’en reviens à ce simple constat dans sa forme la plus stricte, c’est Pâques. Vous disposez de 4 jours qui ne sont même pas comptés comme des vacances, une aubaine, pour faire ce que vous voulez. La famille estime donc  »normal » que vous reveniez, les amis allemands  »normal » que vous alliez enfin faire un tour dans leur chez eux puisqu’avant- il- n’y- avait -jamais- eu- d’aubaine- comme celle-ci -depuis- le- temps -qu’ils- vous- invitent. Et après, vous avez des invitations pour des pots qui doivent avoir lieu depuis des années dans le Brandenbourg, la Thüringe, à Paris, en Normandie et chez les Chtis.Les amis que vous ne voyez jamais, vous aimeriez bien les revoir à cette occasion. Embarras du choix, quand tu nous tiens…

J’ai essayé plusieurs méthodes pour choisir sans risque de me faire taper dessus regretter:

- faire le point sur QUI on voit au quotidien

- idem sur ce qui supplient depuis la nuit des temps

- allouer un budget annuel neutre assez large pour pouvoir aller là où je veux (en Europe, s’entend) sans pleurer mon or ou bien, pire, renoncer à cause de lui

Plus récemment, j’ai recours à l’épluchage de la question travail, famille, patrie, amis en reprenant tout mon agenda annuel. Jeter un oeil sur qui j’ai vu et qui je vais voir sur une période d’un an me permet d’éviter de me laisser influencer par des impressions faussées par une mémoire sélective. On peut aussi décliner cette étude sur les activités de tourisme réalisées. Plutôt que de faire du spontané comme à l’habitude et ne plus se rendre compte qu’on a quand même fait beaucoup de choses, ça aide. Y compris pour l’ego :)

Donc, cette année, pour Pâques, je me décide à faire une petite visite de Paris comme si j’étais touriste et à aller voir une famille que je délaisse un peu trop à mon goût. Je me demande si une balade guidée dans le Marais ne serait pas un moyen de poser des bonnes bases sur une ville dont je me rends compte que je ne la connais pas si bien que ça…

Il y aurait même moyen d’ajouter un restau qui déchire grâce à ce super blog dont je commence à penser qu’il s’agit d’une Bible. Un Japonais par exemple, il y en a des tellement bons à foison là-bas. Manger des okonomiyakis, à Berlin, pas si facile. Rue Sainte-Anne par contre…Ou alors un restaurant de viande (non je ne deviens pas vorace).

Le Vendredi de Pâques, si vous voyez une nana en Birkenstock devant ce bâtiment, ce sera sans doute moi...

Et vous, ça vous arrive de vous sentir un peu étouffés par le nombre de choses et de personnes que vous pourriez faire ou voir en juste 4 jours? Et comment gérez-vous les demandes à géographie variable?

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Bien prévoir son week-end à Berlin

Les beaux jours reviennent, on se demande tous beaucoup plus sérieusement qu’avant ce qu’on va pouvoir aller voir dehors et plus généralement sur la planète Terre.

A Berlin, les expat’s ont d’abord l’attention attirée par la fermeture de l’aéroport de Tegel, prévue pour le début de l’été. Ciel mon avion! disent certains. Super! disent les autres, Schönefeld c’est mieux, c’est plus près, il y a le S-Bahn. etc. etc. Reste encore la question, soit dit en passant, de ce que va devenir le terrain de Tegel et la stratégie des gens qui avaient leurs petites habitudes chez Air France, lequel se fait piquer quelques parts de marché dans l’histoire, apparemment. Mais ça, on verra plus tard.

Donc, on en revient à nos moutons: les touristes, c’est une vérité qui se répète chaque année pour le plus grand malheur de certains fins théoriciens catastrophistes de l’économie locale, eh bien, ils vont déferler sur la ville dans une logique grégaire. Peut-être serez-vous parmi eux. De mai à août, voire même avant, en particulier le week-end, on va parler ENCORE plus Français et Anglais et tutti quanti dans les rues et les parcs de l’ex capitale prussienne. On ne pourra plus vraiment avancer à la Kochstr., en particulier à pied, on va encore se faire prendre en photo malgré soi devant la porte de Brandenbourg, et chacun se prépare à accueillir ses amis pour une explication (numéro 47 en trois ans) de la coolitude de la vie à Berlin. En un sens, l’arrivée de l’été, c’est un drame, après la délivrance causée par la fonte des glaces. Des coups à vous donner envie d’aller prier.

Implantation strategique de cette eglise sur l'axe Oranienstr.- East Side Gallery: pour les yeux au ciel des locaux face à des hordes de touristes....

Alors, dans tout ça, pour tous ceux qui veulent venir et atterrissent sur mon blog dans un souci très sain de prise d’informations rédigées par une illustre inconnue, je vais me fendre d’un article, voire de deux (l’espoir fait vivre) pour permettre à ces futurs touristes de vivre le mieux possible leur week-end à Berlin -ou carrément leurs vacances . Enfin, aussi pour tenter de minimiser cette logique grégaire qui exaspère jusqu’au dernier des gens qui vivent sur place, y compris les ex-touristes fans du Curry Wurst.

Donc, on fait le point. Pour venir visiter Berlin en en week-end, vous avez besoin de:

- un vol pas cher, pour les fauchés, voire un vol normal pour tous. Berlin est très bien relié. Si vous avez bien suivi ce que j’ai écrit au-dessus, Berlin n’aura bientôt plus qu’un seul aéroport, Schönefeld, lequel est l’aéroport d’où démarrent tous les low-costs actuellement. Schönefeld est situé au sud de Berlin et relativement bien relié (à mon avis) via les transports en commun. Pour les réservations de dernière minute au départ de Paris, compter environ 100 euros (c’est mon expérience qui parle). Alternativement, il y a le train, de nuit ou de jour, qui passe normalement par le Nord de la France, de surcroît en s’y arrêtant.

- qualités essentielles en général telles que: bonne humeur et ouverture d’esprit (des fois que vous finissiez le week-end chez des gens bizarres dont votre arrière-cousine est, semble-t-il, une amie et qui vous ont reconnus au kebab du coin 5 ans après votre dernière entrevue), bon sens (prévoir des chaussures de marche et pas des choses absurdes comme des talons ou des grosses vestes encombrantes), tranquillité (le rythme parisien n’a pas sa place ici)

- un plan de métro et de bus, ainsi que la préparation psychologique nécessaire pour payer son titre de transport.

NB: on ne le répètera jamais assez: ne pas payer son billet de métro à Berlin est une spécialité réservée aux touristes étrangers. Si en plus ils s’en vantent, il y a de très fortes chances que ce soient des Français qui n’ont absolument pas compris qu’ils vont payer des z’euros assez vite. Pas mal d’euros d’ailleurs. Mentalité locale, leçon numéro 1: prenez un forfait transport sans discuter.

- une idée de ce que vous voulez voir parmi les multiples facettes de la ville, comme partout. On peut choisir de faire un week-end à thème: histoire du Mur, passé nazi, grands musées photo and co., parcs. Mais j’en reparlerai dans un second billet, des activités à choisir. Il y a beaucoup trop de choses à dire.

- un endroit où crécher. Là, selon votre profil, multiples possibilités. Un hôtel de base, du couch-surfing si vous avez un côté hype et fauché, un ami qui vous héberge, une auberge de jeunesse, que sais-je. L’important par contre, est de se mettre pas trop loin des attractions que vous allez voir. Berlin est une très grande ville (8 ou 9 fois plus étendue que Paris…), on a vite fait de perdre du temps en transport (même s’ils sont très bons).

- prévoir un budget vélo s’il fait beau. Berlin est faite pour le vélo. Si vous ne faites pas de vélo à Berlin, vous ne comprenez pas la ville.

- se renseigner en amont sur les boîtes et les bars en vogue en ce moment. Parce que ça aussi, ça fait partie de la magie de cette ville: savoir suivre les tendances et y être au bon moment…

Bon, toutes ces choses étant dites, je vais enfoncer une porte ouverte: Berlin n’est pas une destination touristique  »classique ».

Sans doute l'un des plus beaux ponts de la ville: l'Oberbaumsbrücke

Ce n’est pas une belle ville comme Hambourg, ce n’est pas une ville riche et ça se voit. D’où l’idée d’en faire un week-end, ou bien un point de départ pour aller voir d’autres choses, à moins que vous ne soyez déjà avertis.

A voir à côté pour les touristes fans de beaux endroits: Lübeck, Dresde, Leipzig, la Pologne, les plages du nord de l’Allemagne. Par exemple.

Parmi les raisons pour lesquelles les touristes énervent tellement les locaux, il y a certainement une grosse part d’agacement face à ces gens qui viennent chercher ce qui n’existe pas, ou plus: une ville fière de son architecture et de sa richesse, comme Paris, Prague ou Cracovie. Pour le tourisme, Berlin est une ville où l’on doit savoir ce que l’on vient chercher en dehors des quelques (réelles) attractions touristiques. Se photographier façon Marcel devant les ruines du mur en mâchant bruyamment un chewing-gum, croire que le parc immobilier et hôtelier de Berlin doit être identique à  la qualité d’un hébergement à Prague, promener son appareil photo devant les monuments berlinois en s’extasiant, c’est un peu comme jeter du sel sur une plaie de votre voisin et chantonner en même temps. Je ne mettrais pas ma main au feu que Berlin ne se voit plus, même après 70 ans de tranquillité, comme une ville déchue et privée de son patrimoine. D’où la haine du touriste qui ne comprend pas cela, ou, précisément, vient le rappeler. Mais bon, moi ce que j’en dis…

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Littérature suisse-allemande: Melnitz

Aujourd’hui, un livre moitié hors-sujet: Melnitz, de Charles Lewinsky.

Un pavé qui pourrait en décourager plus d’un par sa taille. Et pourtant, le livre vaut le détour, et de loin.

Et d’une, c’est un best-seller d’il y a quelques années, pas de meilleure publicité que celle-ci.

Et de deux, il s’agit d’un très beau roman familial courant du XIXème à la fin de la seconde guerre mondiale, présentant un intérêt historique autant qu’humain. Le livre est remarquablement écrit et traduit, on se sent porté par l’ironie du propos, ce détachement presque laconique par rapport aux personnages et à leur destin de famille juive protégée par une frontière fragile. La Suisse, havre de paix, est elle aussi en proie à la montée de l’antisémitisme.

Tout commence avec Salomon, considéré comme le patriarche, contraint comme tant d’autres de s’installer dans l’une des deux bourgardes suisses acceptant la présence de Juifs sur son territoire, Endingen. Salomon, marchand de bestiaux de son état, n’a pas sa langue dans sa poche, et une famille réduite, composée d’une famille adoptive, Hannele, et d’une fille naturelle, Mimi. L’une est pragmatique et sèche, l’autre rêveuse et hautaine. Veillées par l’oncle Melnitz, mort et pourtant présent dans la maisonnée comme un mauvais souvenir, elles se disputent Janki, le cousin lointain, soldat déserteur français et jeune homme ambitieux. De cette dispute et de ses conséquences naît une famille bigarrée, mi-suisse, mi-française, fière de ses origines judaïques et de ses acquis, se libérant progressivement, avec la Suisse, des entraves imposées à la communauté. On voit le rêve bourgeois ressurgir, se débattre, prendre la forme d’un rêve d’intégration illusoire.

Une grande partie du livre présente le gonflement subi de la communauté juive helvétique, sa réinstallation progressive dans des villes importantes, Baden, Zürich, et les rapports douloureux avec les nouveaux arrivants, venants la plupart de Russie. Une autre partie décrit quant à elle la perception de la menace nazie, et l’attitude de neutralité suisse conduisant à la fermeture des frontières sur des milliers de fuyards.

Derrière tout cela, il y a la question de l’identité juive comme de l’identité suisse. Le roman raconte en fait un gigantesque mouvement humain dans une Europe de plus en plus déchirée, ainsi que la quasi absence d’un sentiment d’appartenance locale. L’ancien soldat déserteur transmet sa nationalité comme une couronne de laurier, elle se transforme en une maladie mortifère. Et la nationalité suisse ne sauve pas non plus qu’une autre des persécutions, ni de l’errance à la quête de son identité. Pire, quand Allemands et Français s’entendent, le stigmate de l’antisémitisme ressurgit soudainement, là où on ne l’attend pas, pour le plus grand plaisir de l’oncle Melnitz qui foule aux pieds le rêve de Janki, élément perturbateur et porteur de rêves d’intégration, qui, dans le fond, n’avaient pas leur place dans cette famille. Ce qui est raconté, c’est peut être cette façon que chaque membre de la famille a de s’accomoder de cette situation d’exclusion, ou bien précisément de lutter contre elle.

Un grand roman familial avec des personnages forts et attachants, presque dans la lignée des sagas. Le tout porté par une superbe prose, porteuse de dialogues vivants comme de fines analyses psychologiques

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Back to basics: les Spätzle

Après un tour dans le Baden-Württemberg, je suis revenue à cette idée de base: la bonne nourriture en Allemagne, ça existe, mais en particulier au Sud. Ah les Auflauf bavarois et les Spätzle et Maultaschen souabes, qu’est-ce que c’est bon.

Je vous concède certes que c’est mieux en hiver. Mais quand même. Alors aujourd’hui, billet à thème: les Spätzle.

Qu’est-ce que c’est:

Des pâtes avec plein, plein d’oeufs dedans, que vous mangez normalement frites dans une poële avec du fromage. Je vous avais prévenu que c’était diététique. Si vous ne savez pas à quoi ça peut ressembler, je vous invite à jeter un coup d’oeil chez Caroline.

En Souabe, impossible de faire l’impasse là-dessus. Toutes les superettes de base en vendent avec des variations à vous en donner le vertige. Il y a une marque que j’ai essayée, Bürger. Et bien, c’est drôlement bon.

Eierspätzle de chez Bürger

Vous me direz: mais encore? Où trouve-t-on ça à Berlin?

Bürger, je n’ai pas vu. N’empêche que Neukauf, alias Edeka, probablement sous la pression conjointe de l’hiver et d’une minorité souabe de plus en plus remarquable, commence à en vendre. Il y a moins de choix qu’à Stuttgart, mais c’est déjà un bon début. Ouvrez l’oeil…

Ensuite, il y a deux trois restaurants qui en font leur fond de commerce. Notamment un dans la Wühlischstr. et surtout un dans la Wienerstr. à Kreuzberg. Et là bas, c’est drôlement, drôlement bon et à un prix tout à fait acceptable (la vente de mes diamants attendra encore un peu pour financer mes sorties gastronomiques). Si vous voyez ça près du Görlitzer Park, foncez:

Spätzle Express, Wiener Str. 14a: la bonne adresse à cuisine souabe

J’ai posé deux-trois questions, l’idée du restaurant est de faire de la cuisine créative autour des spätzle. Vous pouvez en avoir avec des variantes peu recommandées par la tradition souabe, mais très, très bonnes. Les prix sont à mon avis un peu au-dessus de la moyenne berlinoise, mais il me semble que ça vaut quand même le coup. David, qui en plus est souabe, en parle en bien  ici.

Voilà ce qu’on peut espérer y manger:

Assiette de spätzle

Ensuite, pour les fous de cuisine, il y a plein de solutions. A la base, vous avez besoin de farine, d’oeufs, de patience et d’appétit. Enfin, pour la patience, c’est moins sûr: avec certains outils de cuisine dernier cri, ça prend en tout et pour tout 5 minutes grand max. On l’appelle: le Spätzle shaker. Dire ça très très vite plusieurs fois de suite.

Plus d’infos là-dessus chez Flo.

Bref, qui dit mieux pour une spécialité régionale de référence…?

J’ai posé deux-trois questions, l’idée du restaurant est de faire de la cuisine créative autour des spätzle. Vous pouvez en avoir avec des variantes peu recommandées par la tradition souabe, mais très, très bonnes. Les prix sont à mon avis un peu au-dessus de la moyenne berlinoise, mais il me semble que ça vaut quand même le coup. David, qui en plus est souabe, en parle en bien  ici.

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En vrac

Le pire, quand on évolue dans Berlin, c’est de tomber sur de parfaits inconnus dont on sait tout de suite que c’est du comme vous: Français. On passe de trop longs instants à se regarder d’un air mauvais. Le premier qui parle a perdu.

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Printemps météorologique sur Berlin: il fait en gros le même temps que début décembre. La différence, c’est que maintenant il faut en plus être content.

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Que quelqu’un m’explique pourquoi les francophiles et francophones locaux disent  »ich spreche nur ein bisschen Französisch » pour signifier  »je suis bilingue ». Limite s’il ne faut pas les menacer pour qu’ils sortent trois phrases en français parfait, consistant à vous dire qu’ils sont en train de se ridiculiser. Pendant ce temps, vous passez pour une cruche diplômée à force d’accumuler les fautes d’articles, tout en osant dire que vous parlez pas trop mal l’Allemand. Ca doit être un complexe national qui aboutit à nous faire passer pour des frimeurs…ou bien quoi?!

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Pendant que l’Allemagne s’enfonce dans l’idée que les différences est-ouest sont intangibles, l’écart entre Berlin Ouest et Berlin Est se gomme progressivement. Aplanissement des loyers, tout est plus cher. Il faut diviser la ville entre centre-ville et périphérie, et non plus entre quartiers. La ville s’internationalise. C’est peut être le seul endroit d’Allemagne où les mots  »Ossie » et  »Wessie » ne sortent pas à tout bout de champ. N’empêche: vous mettez les mêmes ailleurs, ils vous ressortiront les mêmes préjugés et les mêmes reproches.

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L’intégration est depuis 60 ans un sujet douloureux et le reste. Elle est ressentie comme un phénomène lié à la maîtrise de la langue allemande. Ne pas parler= ne pas être intégré. Cf la politique de l’Arbeitsamt qui lie ses prestations à la maîtrise de l’allemand, pendant que le Finanzamt de l’autre côté interdit aux employeurs de financer des cours de langues à ses employés autrement que par le biais d’un prélèvement salarial. Il y a aussi le concept de Gastarbeiter. Des gens dont on attendait qu’ils viennent travailler et puis qu’ils rentrent gentiment chez eux. Qui ne l’ont pas forcément fait, et qui sont maintenant là, ni vraiment intégrés, ni vraiment rejetés. On les aime bien, mais tout le monde ne comprend pas vraiment. Relire le livre Maria, ihm schmeckt’s nicht sous cet éclairage. Il y a les Berlinois du Sud fiers de parler le haut-allemand, qui  »ne se sentent plus chez eux » à force d’entendre autre chose que de l’Allemand dans les rues, et les gens du Brandenburg, qui sont fiers d’avoir acquis l’accent berlinois pour pouvoir avoir des racines plus locales. Et au-delà de ce petit monde un brin auto-centré, il y a des Turcs, des néonazis et une extrême gauche assez active.

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Un mot oublié de ma grand-mère qui revient à la surface:  »avant la guerre, Paris et les autres grandes villes parlaient toutes les langues, sans que l’on pense forcément être à l’étranger. Ca a changé ». D’où nous vient cette sorte d’aversion pour le multilinguisme? Paris bénéficie d’une immigration dont la langue est souvent le français. Berlin, non. Mais cela signifie-t-il que Berlin est plus ouverte au monde extérieur?

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