Lecture à thème: Berlin Alexanderplatz

J’ai enfin fini la lecture d’un livre dont je voulais vous parler depuis longtemps ici.

Bon j’avoue qu’une partie du problème tient à sa taille (plus de 600 pages en poche), au fait que je n’hiberne plus et donc consacre moins de temps à mon blog et à la lecture…Ok. Mais il y a aussi autre chose: c’est un roman très dense, et pour moi un chef d’oeuvre déroutant auquel je ne m’attendais absolument pas. Je l’ai acheté sur un coup de tête, par simple curiosité, suite à l’appel du titre qui me disait (très) vaguement quelque chose…

Qu’est-ce que ça raconte? Eh bien, en soi, rien de bien excitant. C’est l’histoire d’un nul, à Berlin, à la fin des années 20. L’histoire d’un petit délinquant/ truand un peu balourd, pas fin psychologue, maquereau à ses heures, parfois un brin meurtrier. Mais en un sens, le roman ne raconte rien. Il décrit la médiocrité humaine, la bêtise des sentiments, la lâcheté et l’absurdité. En ce sens, on peut le rapprocher de Voyage au bout de la nuit. A ceci près que la leçon sur l’humain n’y est pas aussi présente. Chez Céline, si on a bien compris la portée du livre, on le referme et on se dit que l’humanisme est souhaitable, mais ne sert à rien. Chez Döblin, on a simplement lu une histoire.

Dans Berlin Alexanderplatz, tout a lieu dans la maîtrise de la langue. Je me demande d’ailleurs si le fait que le roman ait été retraduit seulement récemment n’est pas l’une des raisons pour laquelle le livre est si peu connu en France. On se sent happé par le style. Dans la nouvelle traduction,  l’influence du Berlinois est nettement présente, ainsi que celle du langage populaire, voire celle de la folie de ces années 20. Le dialogue est déconstruit, rebelle et extrêmement vif. Plus vous progressez dans la lecture, plus vous êtes pris dans le jeu: quelle scène l’auteur cherche-t-il à faire revivre ou détourner? Franz a-t-il un coeur? Qu’attendent les personnages de la vie? Et ainsi de suite…

Au-delà de ces considérations intellectuelles sur le style choisi (et le brio du traducteur), je me suis surprise à y trouver des clés sur le Berlin d’aujourd’hui, un peu à tous les niveaux. Il y a par exemple la description magistrale des anciens abattoirs de Berlin, dont j’ai par la suite trouvé trace via le blog de David par cet article et qui valent le coup d’oeil. Ou alors ces allusions à l’Alexanderplatz elle-même, les travaux qui l’agitent à l’époque et qui ressemblent singulièrement à ceux d’aujourd’hui. Des scènes prises sur le vif dans le Zeitungsviertel où se situent tant d’entreprises aujourd’hui, vers la Zimmerstr. et le Spittelmarkt de facon plus générale. Sur un plan plus difficile à analyser ou expliquer, les personnages vous semblent familiers dans leurs expressions ou leurs attitudes…un peu comme si le langage berlinois portait une ambiance qui n’avait pas changé dans la ville depuis 1929. Il y a aussi toutes ces allusions historiques, tous cette attention portée mine de rien vers l’agitation politique et le bouillonnement absurde des idées…en lisant ce livre, on a également l’impression que l’histoire de Berlin sur les dix années à venir est là, concentrée et comme en attente.

Un autre avis ici.

En résumé: un roman fataliste, pas forcément recommandable pour ceux qui lisent peu habituellement, de par son côté pavé…mais un très bon livre pour quiconque aime Berlin et cherche à comprendre son passé, voire son présent. Et à mon avis un chef d’oeuvre qu’on peut lire plusieurs fois de suite!

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