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Spot the Touri

Spot the Touri: grand jeu de l'été?!

Débat qui reflète très bien l’esprit berlinois actuel: le touriste est-il notre ami? Attention, la bonne réponse officielle est dans la question.

Photo prise dans un des quartiers plus ou moins martyrs de Berlin. Pour en apprendre plus, vous pouvez aussi aller voir par là. A vous de vous placer sur l’échiquier. Dauertourist, immigré, expat, local pur et dur, de quel côté de la force êtes-vous?

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Le mirage du château dans le ciel

Non je ne vais pas vous refaire Miyazaki…Ce n’est pas l’envie qui me manque, certes.

Aujourd’hui, j’ai envie de faire le point sur ce gigantesque point d’interrogation que représente le mystérieux château de Berlin, inexistant et pourtant bien présent dans les têtes.

Réinventons le fil à couper le beurre et répétons des choses de base: Berlin vit au rythme de ses projets urbains. Mur ou pas mur, Prenzlauerberg versus Neuköln, nouvelle gare rutilante, nouvel aéroport, loyers qui montent, nouvelle ligne de métro qui coupe un axe principal de la ville pour près de deux ans (et encore, ça, c’est le planning…) et j’en passe. Vivre à Berlin, c’est évoluer entre une série de travaux dont on ne voit pas la fin. Cf l’Alexanderplatz. L’océan de ces projets me dépasse. Je frémis à l’idée des millions d’euros qui nous tournent autour pendant que la moitié de la ville vit aux dépends du bon vouloir de start-up microscopiques et de leurs investisseurs. Mais passons, cela fera de toutes façons l’objet d’un billet un jour ou l’autre, cette frilosité salariale ahurissante.

La ville est donc là, ballotée entre la tentation de se replier sur elle-même, l’envie de profiter de la manne touristique, et le besoin d’évoluer en tant que symbole d’un pays qui se cherche malgré lui.

Au milieu de tout cela, nous avons Klaus Wowereit, son maire indéboulonnable, apprécié pour son pragmatisme, ses petites phrases bien trouvées sur sa vie personnelle (es ist gut so) ou sur sa ville (arm aber sexy). Ce n’est pas le sens de la formule qui lui manque. Mais peut-être un peu celui de la gestion de projets.

Depuis quelques temps, ce cher monsieur subit quelques revers. L’aéroport a été retardé deux fois de 50 000 ans à cause de défaillances techniques sur le site (une histoire de porte fusibles ou de système anti-incendie si j'ai bien compris), et on se rend compte qu’il compte faire de la ville une sorte de Disneyland amélioré. De projet en projet, au fur et à mesure que l’on s’acclimate, on comprend mieux l’idée présente derrière chacune des idées qu’il soutient: la rentabilité à tout prix. Ce qui se passe ici semble parfois ni plus ni moins que privilégier les profits immédiats, plutôt que d’aller déterrer, ou mieux, reconstruire, une identité locale en mal d’elle-même.

D’un autre côté, peut-on vraiment lui reprocher d’aller de l’avant? Au moins, avec lui, la ville bouge, plutôt que de se retrancher derrière sa frilosité. Mais derrière Wowereit, il y a aussi une volonté politique bien marquée et décidée au niveau fédéral, donc principalement par des gens qui rêvent très certainement de faire de Berlin un nouveau New-York. A projet titanesque, mises en place ubuesques.

L’un des plus gros chantiers berlinois des dernières années s’appelle le Berliner Schloss. Nom de code francisé: le château qui sera reconstruit un jour où tu seras peut être déjà mort. On en parle depuis en gros 1990. L’année où mes tout derniers stagiaires sont nés, c’est dire.

Un château rêvé par Miyazaki. Rien à voir avec le Berliner Schloss, mais lui au moins il a un côté onirique

De quoi s’agit-il?

  • En face de l’île aux musées, nous disposons actuellement d’une emplacement assez vaste, plus ou moins vide, sur lequel se dressait jadis un superbe château baroque, puis le Palast der Republik, symbole de la RDA.
  • Ce château disparu avait un statut symbolique à plusieurs niveaux. Tout d’abord en ce qui concerne l’avènement et la chute de la défunte Prusse. Pendant la grandeur prussienne, il tient lieu de superbe résidence princière. Au printemps des peuples, on fait de la place du château un lieu de démonstrations politiques plus ou moins pacifiques. En 1918, Karl Liebknecht annonce la défaite depuis l’un de ses balcons et donne naissance à une très éphémère république socialiste allemande. Le château devient alors un musée, dans lequel il y a une ambition un peu similaire à celle qui est à l’origine de la transformation de l’Hermitage en musée- du moins dans l’idée des quelques camarades des années vingt.
  • Après la guerre, le château-musée est plus ou moins détruit. On en sauve quelques éléments socialistes et historiques- notamment le balcon d’où Liebknecht a tenu son fameux discours, et on le détruit pour construire à sa place le Palast der Republik, lequel n’ouvrira néanmoins ses portes qu’en 1976. Ce palace soviétique, bourré d’amiante, a servi au parlement est-allemand, mais également pour de nombreuses rencontres culturelles. Etant donné le contexte d’effervescence au lendemain de la réunification, ainsi que les lois européennes sur les constructions amiantées, on décide de le fermer. En 2002, la décision tombe: le Bundestag a choisi de s’en débarasser définitivement. Ce qui sera chose faite seulement…en 2008.
  • Pendant ce laps de temps, on se décide à lancer un projet faramineux et hardu: reconstruire le Château perdu. Budget prévisionnel: 480 millions d’euros. La politique de rigueur passant par là, la reconstruction a été retardée de trois ans et devrait démarrer, sauf nouvelle reconduite, l’année prochaine. Je ne sais pas pourquoi je parie sur une autre reconduite.

Voilà ce que devrait donner la reconstruction. Bon à savoir: on reconstruit les façades à l'identique, mais le dedans, ce sera moderne. Il faut pas pousser Mémé dans les orties quand même.

Nous serons donc pourvus dans quelques années du bâtiment manquant au centre-ville historique, lequel contiendra un musée et le  »Forum Humboldt ». Le tout sera voué à la culture et constitue le plus gros projet allemand du domaine culturel des dernières années.

Derrière ce château et toutes ces promesses repoussées à 2013 (pour la première pierre…) se pose une question de fond: Berlin peut-elle réellement financer l’avenir dont rêve l’état fédéral pour elle? Combien de temps sera-t-on prêts à financer et rêver une ville en New-York européen, quand ses habitants s’y refusent? Ou bien va-t-on assister à l’effet inverse, les Berlinois jetant l’éponge après trente ans de protestation plus ou moins développée?

Je parie sur un épuisement de ces politiques de reconstruction. Non pas pour ces belles raisons éthiques que je me plais à décrire (identité berlinoise, histoire d’âme locale, changement local proactif et non pas décidé de façon artificielle…) mais simplement parce que faire Disneyland, ça coûte cher. Trop cher pour une crise telle que celle que nous traversons. Les dents grincent de partout, l’Allemagne paie depuis trente ans pour un retour sur investissement mal perçu. C’est étrange d’ailleurs ces histoires de perception: la réunification est un miracle historique et souvent décrite par ses habitants comme une catastrophe économique. Demandez aux gens bien pensants de Stuttgart ou Munich de s’exprimer là-dessus. Ca fait parfois vaguement penser à un Fukushima financier truffé de remarques désobligeantes sur ces fichus Ossies.

Bien sûr, et heureusement il reste et restera toujours malgré ces discours, de façon croissante, cette manne touristique surgie à la faveur d’un malentendu que personne ne s’explique vraiment (je disais je ne sais plus trop où que Berlin n’est rien comparée aux autres capitales européennes, ni au plan architectural, ni sur le plan de la richesse…).

Dans 10 ans, la ville sera probablement éclatée en plusieurs petits ilôts qui feront penser à un décor en carton-pâte où les touristes, plus nombreux que les riverains, évolueront tranquillement. Peut-être les start-up auront-elles aussi réussi à créer une seconde Silicon Valley, avec de la chance. Le problème, c’est que je ne vois pas les Berlinois embrasser l’avenir. Comme les Parisiens, ils le fuient, haïssent le changement pour ses conséquences les plus immédiates, et se réfugient dans une frilosité inquiétante. On parle de droits, de devoirs, de respect d’objectifs, de RE-construction, d’économies qui mangent peu à peu l’ambition et la jeunesse. Même les entrepreneurs sont frileux ici. D’envie, de projets d’avenir, de construction tout court et de châteaux en Espagne, il est beaucoup plus rarement question, fautes de moyen. Entre un château prussien et un rêve porté sur l’avenir, je sais ce que je préférerais voir. Le château en Espagne pourrait donner naissance à quelque chose.

Autour, le désert du Brandenbourg, à l’infini. Bilan pessimiste, qui me fera partir comme sans doute beaucoup d’autres s’il vient à se réaliser. J’espère me tromper et je cherche le positif. Il est peut-être dans le visage de ces enfants turcs qui se promenaient jusqu’à la semaine dernière avec le drapeau allemand peint sur les joues, les yeux brillants d’excitation, simplement heureux d’être allemands. Mais ceci est un sujet qui soulève autrement plus de questions.

Et vous, quels pronostics pour Berlin?!

http://berlin.equipier.com/checkpoint-graillons.php#more
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Sommerpause

La blogueuse estime judicieux d’envisager une pause.

Voire de passer à autre chose. Si possible.

Je me suis habituée à venir réfléchir ici. Plus j’écris, mieux je comprends ce pays. C’est une fenêtre magique.

Vous secouez l’édredon de vos pensées, il neige sur votre monde à vous. Il neige des idées, des choses qui hibernaient jusque-là. Ce n’est plus moi qui habite l’Allemagne, mais l’inverse. Je suis d’ailleurs prête à parier que la blonde Mariechen a découvert son bon caractère grâce à son séjour dans le puits. A chacune sa découverte.

Mariechen à la fenêtre

Un jour, comme elle, il va falloir rentrer dans l’ordre des choses, ramener le fuseau à sa place, tirer les conséquences de ce que l’on a remarqué en chemin et faire tomber la neige de façon orthodoxe. Des centaines de petites choses méritent d’être rassemblées.

C’est étrange. Je pensais être rassasiée et il faut que je nourrisse un projet pour pouvoir le devenir.

Simplement, comment vais-je m’y prendre?

Qui vivra verra.

Peut-être que la réponse est ici. Ou pas. La réflexion justifiera amplement un léger ou un long silence sur cet espace.

Rendez-vous au prochain article!

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Le mystère du collègue

Je ne sais pas vous, mais moi, il y a toujours des choses qui me dépassent. Ici, je veux dire.

L’une d’entre elles concerne un aspect de la vie en entreprise. Le sujet n’a rien de grave, il est peut-être même universel. En attendant, ça me travaille. Ca fait des siècles que je voulais en parler ici.

Je conçois que la plupart des gens soient plus matinaux que moi, mais au bout de quatre entreprises vues en trois ans dans cette ville, je ne peux que constater qu’il y a un être qui revient toujours, partout où on va: le collègue matinal. Unique en son genre, isolé des foules (à moins qu’il ne côtoie celles virtuelles sur Badoo?), mais très présent à sa façon.

Appelons-le Thorsten.

Vous arrivez à 9:00, Thorsten est là. Bon, ok, on peut imaginer qu’il arrive chaque matin avec 5 minutes d’avance sur l’heure que tout-le-monde-doit-respecter.

8:15, vous êtes fier d’être déjà là, façon Guido Westerwelle quand il a aligné deux phrases d’anglais sans script: Thorsten est là. L’expérience se répète, ça commence à vous perturber. Vous venez une fois à 8:00, histoire d’être sûr-sûr que c’est bien une histoire de 5 minutes.

Mais non. Il est là DEPUIS 7 HEURES DU MATIN. Seul, concentré, en tête à tête avec son PC, la totale. Parfois même avant, vous dit-il très naturellement quand vous osez lui poser la question avec l’air vexé de quelqu’un qui trouve remarquable de se pointer sur les coups de 08:00.

Alors là vous vous demandez comment il fait, étant donné qu’il habite au fin fond du Brandenbourg, et qu’il a sur sa table le set complet de tupperwares remplis de pommes coupées en morceaux, de Stullen et puis de divers Brötchen. Vous vous imaginez la vie version levers aux horreurs aurores:

  • 4h58: réveil avant le réveil parce qu’on s’habitue à tout
  • 5h30: l’oeil droit bien ouvert, vous vous attaquez à la préparation de l’en-cas de rigueur et mettez vos tupperwares à contribution
  • 7h00: ça y est, vous êtes au boulot, seuuuuuuuuuuuuul. Enfin un peu de calme! Environ deux heures tranquille.
  • 11h00: la faim vous travaille. Normal, la dernière fois que vous avez mangé, c’était vers 5h15. Il vous reste donc simplement à vous attaquer à votre réserve de pommes placée dans le tupperware là droit devant vous. Si elles sont déjà jaunes, vous êtes en retard sur votre planning.
  • 13h00: vous mangez vos Stullen avec délice en 10 minutes face au PC. L’équipe française va tout les jours se goinfrer en 31 minutes au resto (au lieu de 30!!), vous trouvez ça assez étonnant comme phénomène.
  • 16h00: la journée de travail est finie depuis longtemps, mais comme vous vous levez tôt de toutes façons, et que vous êtes forcé de rester jusqu’à 16h00 pour des histoires de contrat, vous êtes resté pour une heure sup où vous ne pensiez probablement qu’à ce contrat injuste.

A 16h01, le garçon a disparu de la circulation.

16h01, c’est l’heure à laquelle moi je commence à devenir vraiment efficace. Mon cerveau doit subir une attaque de je ne sais quoi, ça marche du feu de Dieu de 16h00 à 19h00. J’ai beau me lever aux aurores ces temps-ci et tenter de changer la donne (version moi, faut pas rigoler non plus, même si je suis motivée), le fait est que je suis au top de ma forme laborieuse en fin d’après-midi. Thorsten, lui, c’est l’inverse.

Thorsten est éveillé quand il prend le S-Bahn le matin pour venir du fin fond du Brandenbourg. Il est 6h00, vous luttez avec votre réveil et vous essayez de le planquer sous un oreiller, le matelas, n’importe quoi pourvu qu’il arrête de sonner. Pendant ce temps Thorsten lit Die Zeit dans un coin de train- d’ailleurs avec de la chance il vous le résumera lors d’une quelconque pause clope où vous ne demandez rien à personne.

Lecture favorite de Thorsten. Ca pourrait être Bild, mais non.

A 6h59, vous êtes prêt, fier de vous, et vous commencez à vous dire que vous avez muté depuis quelques temps. Certains vont même jusqu’à se dire qu’à 7h00, ils sont déjà en droit de passer l’aspirateur tant qu’ils y sont- et le pire c’est que parfois ils le font. On appelle ça une forme perverse d’intégration, la voisine vous ayant insufflé l’idée sans s’en rendre compte. Thorsten est en train d’allumer son PC.

7h40, après avoir tourné trois plombes à la recherche de ce que vous étiez en train de faire avant de passer l’aspirateur, vous recommencez à bailler, vous réalisez que vous avez oublié de vous faire à manger, que vous n’avez presque plus de liquide pour le déjeuner non plus, que vous avez une tête à la Mireille Matthieu tellement ce n’est pas dans votre nature tout ça.

Mais vous démarrez, héroïque. Vous voulez y croire. Vous sortez donc, de toutes façons à ce stade, vous n’avez plus rien d’autre à faire que ça, alors voilà. Les yeux vous piquent, vous prenez la rue dans le mauvais sens, vous faites répéter quatre fois à la boulangère ce qu’elle vient de vous demander, à savoir 95 centimes pour un Schokobrötchen, vous faites tomber l’argent par terre. Pendant ce temps, Thorsten a déjà répondu aux 60 mails qu’il a reçu la veille. Résultat que vous obtiendrez sur les coups de 17h00, avec de la chance.

Bilan? De 16h01 à 18h30, pendant que Thorsten mène une vie secrète avant d’aller se coucher, vous commencez à rattraper sa courbe de productivité légendaire. Son existence continue néanmoins à vous perturber. Vous ne pouvez vous empêcher de penser au lendemain, où Thorsten sera là, peut-être dès 6h30 s’il est en grande forme. Thorsten, c’est un de ces gars qui servent de pierre angulaire à l’esprit d’entreprise.

Tout serait en ordre s’il avait les traits vaguement tirés de temps en temps. Mais non. J’ai connu Thorsten sous sa forme Brad Pitt, Thorsten resplendissant de verve qui disait que tout le monde trouvait ça normal dans le Baden-Württemberg et qui râlait quand les autres arrivaient à 9h35, Thorsten qui appelait sa copine à chaque pause dans des élans lyriques à faire pâlir Guillaume Musso, Thorsten qui n’arrêtait pas de rigoler. Tous les Thorsten que j’ai connus jusqu’ici avaient en commun de ne pas avoir l’air de subir le moindre contre-coup de se lever avec le jour. Dans les gènes de Thorsten, il y a un degré de santé qui me dépasse.

Reste encore à éclaircir ce mystère du casse-croûte de Thorsten, en particulier le coup de la pomme, dont j’imagine qu’elle a quand même été coupée à l’aide d’un de ces gadgets faits pour pommes à la fois bio et toujours de la même taille.

Pomme coupée en morceaux. L'idéal pour Thorsten.

Soit sa copine (sa mère?!) lui prépare- ce qui signifie qu’elle se lève à la même heure supposée, soit il le fait lui-même et ça me dépasse encore plus. Thorsten ne va pas à la boulangerie pendant la journée de travail, Thorsten ne va pas au restaurant, sauf cas exceptionnel. Par exemple un pot de départ. Aucun autre être que Thorsten n’arrive à des faits pareils, étant donné que personne n’arrive à amener un casse-croûte fait maison passé le lundi midi. C’en est désarmant. La seule chose que Thorsten s’accorde et fait comme tous les autres, c’est une pause cigarette, en particulier à partir de 15h00. Même le déjeuner hebdomadaire à 1 euro livré sur place il arrive à éviter.

Pour la pomme, l’une de mes théories est qu’elle fait partie d’un régime imposé par une copine tortionnaire. Pommes et Stullen 5 fois par semaine, à vie, voilà ce que je ne peux pas comprendre non plus. Peut-être qu’il n’a pas le choix.

Si jamais quelqu’un a un témoignage à apporter sur ce type de cas, je prends. Se couche-t-il avant 9heures du soir, aime-t-il manger aussi autre chose que des Stullen, dort-il vraiment, peut-on espérer muter un jour comme lui (et d’ailleurs le faut-il). Parce que demain, je sens que je vais me reposer la question.

Ich wünsche Euch einen guten Start in die neue Woche!

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Les touristes et Berlin

Les lecteurs réguliers de ce blog l’auront compris, je n’aime pas les touristes. Ou plutôt: je ne les aime plus. Il paraît que c’est un signe d’intégration. Ce n’est pas moi qui le dit, mais une copine qui est née ici, derrière le Mur. Je pars donc du principe qu’elle a forcément raison. Surtout ne pas admettre qu’on aime pas les gens qui se baladent en ressemblant à rien en général, à commencer par les superbes tee shirts criards obligatoires.

Donc voilà: ici, les touristes ne sont pas tant les bienvenus que ça. C’est un peu comme les Souabes qui ont quitté le merveilleux pays des Spätzle pour venir à la capitale. Les Souabes passent aux dires d’une certaine minorité berlinoise pour des suppôts de Satan. Ils se goinfreraient des Spätzle toute la journée, comme au pays, rouleraient sur l’or, n’auraient aucun intérêt ni respect pour la culture locale. Mais surtout, leur présence est considérée comme insupportable pour le rôle qu’ils jouent sur l’augmentation du coût de la vie. Berlin se veut bien pauvre et sexy, mais il y a des limites. Pas si le tout est noyauté de riches étrangers! Et tout ça d’ailleurs, ça risque de se faire ressentir le 1er mai, comme chaque année.

Vous me direz donc, pourquoi ce lien entre les Souabes, les touristes, le coût de la vie?

La gentrification. Encore et toujours. Ce mot horrible en français comme en allemand désigne le mouvement de hausse des loyers en centre-ville qui n’épargne plus Berlin. Il y a le centre-ville, et il y a le reste. Et ça empire par des petites mesures anodines. Mon loyer a été rehaussé de 20 euros mensuels par rapport à celui payé par le locataire précédent. Pour d’autres, c’est une petite lettre qui arrive un jour par la poste annonçant que désormais il faut aligner 80 euros de plus. Purement et simplement.* Autant dire que pour tout le monde, c’est un problème. Pour une branche minoritaire de l’extrême gauche, environ 2000 individus, il n’y a pas à chercher loin dans tout ça. C’est bête comme chou, et donc d’autant plus exaspérant. Et ce beau monde, même minoritaire, influence une bonne partie de la population berlinoise. Ca me fait vaguement penser à ces idées d’extrême droite qui se banalisent sous le prétexte qu’une attitude décomplexée est salutaire. Plus rien n’est grave. Tant qu’on ose réfléchir (notez bien que ce mot est toujours prononcé de façon très bizarre dans ce type de circonstances. Vous avez l’impression que la personne zozotte, quasiment. Bref). Dans le cas présent, c’est un peu la même chose: puisque tout le monde souffre de la hausse des prix, il n’est pas grave d’oser désigner les coupables. Voire de brûler leurs voitures. Ils l’ont bien mérité.

On considère donc, dans toute l’intelligence coutumière à ce genre de raisonnements, que l’on peut facilement attribuer la faute à un groupe ethnique bien marqué. Je ne sais pas vous, moi ça me fait vaguement penser à du racisme. Ce sont donc les mangeurs de Spätzle les coupables, ces Allemands de l’Ouest qui rappliquent aux premiers signes d’enrichissement d’une ville dont ils comptent visiblement voler l’âme. C’est donc ainsi qu’on colle indistinctement sur le dos du capitalisme, de l’invasion souabe et de la modernité le fait que des voisins ne se connaissent plus vraiment, que Berlin change (il est bien connu qu’un changement est forcément pire), que les prix montent alors qu’ils pourraient rester bien bas. Bon, dans tout ça, le fait qu’il y ait autant de Français ou d’Américains ou d’Espagnols dans les rues, ça n’est pas si grave: ce ne sont pas des Souabes, les Berlinois, extrémistes ou pas, ne sont donc pas encore au courant. Surtout gardons bien le secret.

Si encore on pouvait en rester là. Mais non. Il y a en plus des gens, a fortiori étrangers, qui mangent normalement des spaghettis, des cornichons et du boeuf stroganov. Ces gens errent en troupeaux dans la ville. Soit ils sont en version short-vieilles tennis-besace-casquette (celle que j’adore, vous devriez avoir compris), soit il s’agit d’une foule attirée par la réputation de Berlin, capitale de la nuit, étoile montante de la vie culturelle et événementielle de l’Europe, pas chère, agréable, reine de la techno. Les anciens fêtards (enfin, pas si anciens que ça) sont les premiers à hurler sur ces fichus touristes dès qu’une fête prend trop d’ampleur- si vous ne hurlez pas, ça ne sert à rien: tous les touristes sont, par définition, sourds. Les cyclistes pestent contre les touristes, ces gens qui restent des plombes sur une voie vélo si pratique et déserte quand personne ne s’est parqué dessus, à commencer par les flics. Ce qui est bien, dans l’histoire, est que la plupart des touristes passent complètement à côté de la plaque.

Donc, pendant que ces futurs candidats à l’insulte préparent leur voyage en cherchant les meilleurs hôtels à Berlin, je commence à me demander dans quelle mesure ma haine désormais instinctive du touriste dans toute sa platitude résulte de mon bon entendement. Plus le temps passe, plus je me pose la question. Quelles opportunités a cette ville? Ni l’industrie, ni la finance. Impossible ou presque de faire carrière à Berlin hormis trois ou quatre grandes boîtes qui se battent en duel. En revanche, il y a la réputation de Berlin, les lacs, les paysages, le centre-ville. Ces touristes permettent à la ville de jouer dans la cour des grands**. Sans eux, je n’aurais sans doute jamais eu l’idée de venir m’enterrer ici. Je serais certainement à Munich, Hambourg ou Stuttgart. Ils créent de l’emploi, permettent à une ville qui était entièrement close et entièrement germanophone il y a un peu plus de deux décennies de goûter à nouveau à l’international. Et voilà qu’on voudrait vivre sans. Que des clubs collent des étiquettes déclarant que les  »Touris » ne sont pas les bienvenus. Je ne souhaite pas finir comme ça, ou comme les riverains de l’Admiralsbrücke, qui ne supportent plus rien, et ont besoin d’une équipe de médiation pour pouvoir avoir un vague sentiment de quiétude…

Je me demande si une autre ville dans le monde a cette attitude envers le tourisme? Je t’aime moi non plus?

* Si vous ne me croyez pas sur la hausse des loyers, relisez cet article du blog de Manon…

** Pour plus d’infos sur le sujet, vous pouvez lire cet article un peu ancien, ou bien même aller voir chez les descendants de Shakespeare.

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Tout empire périra: l’affaire Schlecker

L’actualité vue selon moi, des plombes après tout le monde…

Au cas où certains fans d’informations fraîches venues d’Allemagne auraient loupé l’affaire Schlecker, j’aimerais revenir un peu dessus. C’est vrai, entre ces histoires de présidents déchus d’un côté et de présidents à élire de l’autre, on a un peu de mal à faire de la place à l’incroyable descente aux enfers d’une des chaînes les plus connues en Allemagne. Imaginez un peu que l’existence de la FNAC soit remise en question: voilà l’ordre de grandeur à donner au phénomène Schlecker dans le ressenti de Monsieur Tout le Monde en Allemagne. L’histoire s’ajoute au contexte de crise que nous connaissons tous, mais n’y trouve pas vraiment son origine: au fond, c’est une histoire banale d’échec managérial.

Donc, on reprend. L’Allemagne connaît de nombreuses chaînes de distribution dans le domaine de la droguerie, à la différence de son voisin français où les hypermarchés où l’on trouve de tout sont rois. Demander à vos amis allemands ce qu’ils pensent de Carrefour, vous verrez souvent qu’ils en sont assez fascinés: tout en un magasin! A la différence de ce modèle, un peu comme aux Etats-Unis, les Allemands séparent leurs courses. Aller au supermarché est plutôt de l’ordre de la corvée hebdomadaire, aller à la droguerie de l’ordre du petit plaisir. Schématiquement parlant, mais aussi un peu du point de vue des jeunes immigrées françaises… »J’aime bien DM », combien de fois ai-je entendu ça en trois ans de la part de filles qui viennent du même pays que moi et découvrent ce paradis où aller tuer vingt minutes de son temps tout près de chez soi.

Petit retour sur les réseaux de distribution de part et d’autre du Rhin:

En France, le premier hypermarché a ouvert ses portes en banlieue parisienne en 1963 (Carrefour, encore et toujours, la région parisienne, encore et toujours…). Il s’agit de la forme la plus avancée d’un mouvement de regroupement de supermarchés, nés dans les années 30 en Amérique du Nord, plus précisément au Québec. Les supermarchés sont nés pour répondre à des tendances de fond qui se manifestent dès la fin de la Première Guerre mondidale: augmentation du pouvoir d’achat, élargissement de la classe moyenne, volonté de démocratiser certains produits, accès généralisé à l’automobile, lutte contre la vie chère, etc. On réfléchit à l’optimisation de la rentabilité, et non plus simplement à établir un commerce florissant. Alors on imagine des surfaces permettant d’accueillir tous les moyens de répondre à ces nouveaux défis: c’est la formule française avec Carrefour, Leclerc, Auchan, tous ces hypermarchés qui font fortune en jouant sur les achats en gros et les économies d’échelles. Peu à peu, la clientèle s’habitue à acheter en même temps les produits cosmétiques et la viande, les plantes et les fournitures scolaires. Et d’ailleurs, dans un pays où la libération de la femme passe d’abord par l’emploi à plein temps, le concept des hypermarchés aide largement la population féminine à atteindre ses objectifs, en lui facilitant la vie.

En Allemagne, pendant ce temps, le rythme est différent. Déjà, il y a un élément de fond qui ne sera jamais aussi propice à un modèle d’hypermarchés: on vient de réaliser que les nazis, en prétendant mieux intégrer les femmes, ont enrôlé et manipulé la jeunesse. L’éducation est donc une donnée sensible, et il ne sera pas aussi facile pour les femmes d’envisager de combiner travail et famille. Partant de là, c’est tout un commerce de proximité qui va être maintenu, favorisé par un passage aléatoire devant le magasin, notamment dans les villes moyennes. Il y a aussi le fait qu’une bonne partie de la génération masculine qui serait en mesure d’avoir ces idées après guerre manque. Le soldat français a été battu, les officiers ont été fait prisonniers puis rendus, mais globalement ils sont là. La France a perdu un total de 541 000 personnes, l’Allemagne de plus de 9 millions, dont 5 millions de soldats. Le pays est coupé en deux, voire en trois, selon que l’on prenne le point de vue des canaux de distribution ou bien le point de vue politique. Il faut tout réorganiser, des codes postaux à la taille des usines, appréhender une clientèle qui a vécu d’ersatz pendant de longues années. Tout cela prend du temps.

Naissance de Schlecker:

Dans les années 70, après de nombreux bouleversements industriels, plusieurs entrepreneurs sentent l’aubaine après la libération du prix des savons. C’est la naissance de plusieurs chaînes de droguistes, dont Schlecker, DM, Rossmann, les plus célèbres aujourd’hui.

Schlecker est mené par un jeune homme brillant, Anton Schlecker, qui a repris le commerce de charcuterie familial et l’a transformé de fond en comble. C’est un acheteur avisé, il a le sens des priorités et le nez fin, mais pas forcément le sens de l’innovation ou du développement à long terme. Il ouvre des petits magasins, établit la gamme de produits Schlecker, du savon à la tapette à mouche en passant par les rafraîchissements, et prend la tête du marché en comptant 1000 enseignes en 1984. Quelques années plus tard, il commence un déploiement à l’étranger: on voit notamment quelques Schlecker dans le sud-est français (rien que de penser à ces paysages magnifiques j'ai envie de réserver un hôtel à Marseille, mais là je m'égare…), comme à Nice, où cela ne fonctionne pas mal, contrairement à l’Allemagne.  Son pari reste le même que ce qu’il a toujours connu: politique de développement agressive, vente à bas prix, choix du commerce de proximité, réduction des coûts. Pour lui, on ne change pas un modèle qui marche. Il conçoit Schlecker comme la solution de remplacements des droguistes indépendants. Ca tient bon la route pendant vingt bonnes années: en cautionnant quelques mauvais articles de presse on arrive encore à tenir le haut du panier. Les concurrents restent en arrière dans leur stratégie de développement et touchent une clientèle plus minime.

Voilà ce que donne un Schlecker à Berlin Friedrichshain: comme de coutume, une façade taguée, une devanture ru-ti-lante, un nouveau slogan à tomber par terre (For you, vor Ort).

Les premiers signes de faiblesse:

L’histoire de Schlecker, c’est une histoire de développement trop rapide, faite au mépris de la raison. Ca fait penser à ces gens trop brillants, à qui la vie sourit trop vite, et qui tout à coup voient tout fondre entre leurs mains. Pendant que les concurrents de Schlecker prennent leur temps, ouvrent nettement moins de magasins, mais optent pour que ceux-ci soient rentables à long terme, la chaîne bleue et blanche lésine sur les moyens, néglige l’esthétique, se fait mauvaise presse avec des scandales salariaux à répétition, parie que l’omniprésence est le meilleur moyen de se développer. Surtout, à aucun moment entre 1974 et 2000, où les problèmes commencent à être à peu près aussi visible que l’iceberg depuis le pont avant du Titanic, il ne cherche à corriger sa politique d’expansion qui signifie que tout son empire doit avoir des coûts sans cesse dégressifs pour pouvoir continuer à se maintenir en vie. Le problème, avec les colosses aux pieds d’argiles, c’est qu’ils tiennent très bien en place tant que la concurrence ne se montre pas. Mais les choses étant ce qu’elles sont, DM et Rossmann, puis Ihr Platz et Müller, ont vu leurs efforts et leur frugalité payer.

Dès les années 2000, ils ont commencé une politique d’expansion qui a absorbé une grande partie de la clientèle de Schlecker. Contrairement à celui-ci, DM et Rossmann parient sur des espaces très fréquentés et des magasins plus grands et plus attrayants. On en trouve dans la gare à côté du Relay habituel, en face des sorties de métro les plus utilisées, au coin des grandes avenues, dans les centres commerciaux. On y vend plus de choses, certains proposent même des produits Tchibo et l’électroménager le plus simple. On va à Schlecker pour le nécessaire, à Rossmann ou à DM pour dépenser son argent sans avoir de liste fermement établie. De quoi débaucher même la personne qui habite en face de Schlecker. En 2008, le déficit est déjà présent. Rien qu’en 2010, le chiffre d’affaires de Schlecker recule de 650 millions d’euros par rapport à l’an passé. Des chiffres à faire réagir même un Anton Schlecker.

Il entreprend alors un changement, croyant sans doute pouvoir rétablir la santé d’un colosse de 7000 magasins et 47 000 employés en quelques années, principalement par le biais d’un changement d’images. L’aide d’un cabinet de conseils, comme la mise en avant de ses enfants qui, contrairement à lui, se montrent dans la presse, ne changent rien à l’affaire. On ne change pas cette vérité entreprenariale: le plus facile pour une entreprise est de choisir un modèle de développement, le plus dur, de le changer. Les investisseurs n’ont pas été trouvés comme on le pensait, seuls trois cent cinquante magasins ont changé de look, et le nouveau discours assumé par les enfants, proches des employés et nettement plus chaleureux, ne change rien au fait que le père est le chef d’entreprise le moins aimé d’Allemagne ni au fait que le squelette de 7000 magasins est beaucoup trop coûteux pour ses revenus.

Le dépôt de bilan est donc tombé le 20 janvier dernier. Tout cela ne signifie pas la disparition totale de Schlecker ni l’abandon de la famille, assez coriace, mais annonce des restructurations profondes. En Allemagne, on commence par la fermeture de 2010 filiales. Un élagage massif.

Normalement, Anton cède la place à la génération suivante en août ou en septembre. On n’a pas fini d’en entendre parler…2012, année Schlecker?!

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1:0 pour les végétariens

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Überfreundliche Landschaft

Réchauffement spectaculaire de la Spree: les plaques de glace apparaissent

Clin d’oeil à tous ceux qui connaissent la propagande météo berlinoise et plus généralement le froid glacial de ce mois de février. Je suppose que c’est pour protester que mon appareil photo a choisi de donner cette couleur bizarre à l’ensemble.

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Touche manquante

Au bout de trois ans d’expatriation, Berlin est devenue simplement la ville où je vis. Rien de plus. Ca en aurait presque un côté banal.

Sauf que: vivre à l'étranger, utiliser une autre langue que sa langue maternelle, ce n'est pas quelque chose qui peut devenir si naturel que ça en a l'air. Il manque toujours un petit quelque chose, qui fait que l'on joue, sans cesse, à imaginer sa vie autrement, dans un ailleurs inaccessible. L'idée du retour n'attire pas forcément, mais elle nous habite malgré nous, sachant qu'il y a un certain nombre de vols low cost par jour reliant Paris, Nice ou Lyon en moins de deux heures. Cette idée du retour, c'est un peu comme penser à des vacances aux Maldives quand on touche Harz IV: non envisageable, et d'ailleurs absurde. Seul un joker pourrait la faire devenir réalité. Et pourtant, on y pense.

Mirage de l'expatriation: admirer Paris

Alors dans tout ça on cogite un maximum sur ce qu’on fait de sa vie, sans le vouloir, même quand tout va bien, et on se sent devenir vieux malgré soi. Je n’ai jamais appris autant sur moi-même que depuis que je cherche à comprendre une culture qui n’est pas la mienne. Miroirs réfléchissants.

La dernière chose que j’ai apprise, c’est qu’il me manque une denrée qui ici est pléthore: la simplicité. Placée face à un problème, je vois la solution et l’obstacle généralement assez vite, il n’y a pas vraiment de défaut de compréhension. Mais j’ai tendance à me concentrer sur l’obstacle et non la solution, ce qui engendre des trésors de stratégies de contournement, quand il suffirait d’aller tout droit. Je pense compliqué, je parle compliqué, j’agis compliqué. Je commence d’ailleurs à me demander si les tenants et les aboutissants de mes décisions font sens pour ceux qui me connaissent, et si oui, lequel.

Autour, il y a des gens, principalement des Allemands, vu le lieu, qui pensent effroyablement simple. Quand je fais 50 phrases dans un allemand alambiqué pour répondre OUI ou NON, ça fait louche aux yeux de mon interlocuteur. Et pour cause. Je m’évertue à faire une réponse sans fautes, quitte à endormir mon auditoire en passant par des subordonnées à rallonge. Or je n’ai plus rien à prouver sur ce plan. Pendant que je continue à éviter cet obstacle marginal, lui va utiliser une langue directe, rapide, efficace. Il se fiche des fautes,  voire d’être correct, il se fiche des raisons et autres fioritures encadrant le discours: il veut juste en venir à l’essentiel, quand je considère que l’essentiel est dans la forme. L’allemand a  d’ailleurs un potentiel tellement pragmatique, concentré sur la solution, quoiqu’il arrive.

Je crois bien qu’il me manque cette sorte d’aisance. Ce pays me l’a appris. Je la laisse presque systématiquement de côté hors cadre professionnel, et je fais exactement ce que m’a dit un certain garçon: Du denkst zu viel. Mon aisance à moi, c’est celle des problèmes insolubles. Et non pas celle de la vie pratique, où l’on dit ici sollen ou müssen à tout bout de champ, ce qui évite d’avoir à penser trop. Il y a des moments où je m’interroge sur cette capacité du monde extérieur à sauter d’un problème à un autre, pendant que je m’y enlise à combattre des démons qui n’y sont pas vraiment. J’ai maintenant la réponse: faute de savoir faire simple , à force d’envisager tous les possibles et de penser au conditionnel, on perd son temps. Je suis sans doute une espèce rare, peut-être même un specimen unique. Je viens de perdre un mois, et je n’arrive toujours pas à faire comprendre pourquoi j’ai agi ainsi dans une conversation tranquille. Pourtant, il y a des raisons plus que valables. Certaines formules prennent alors tout leur sens, on doit la suivante à Adenauer:

„Einfach denken ist eine Gabe Gottes. Einfach denken und einfach reden ist eine doppelte Gabe Gottes.“

Voilà donc ma leçon d’expatriée de l’année 2011. Une leçon que je n’aurais sans doute jamais apprise sans avoir eu l’idée saugrenue, et d’ailleurs totalement injustifiée à certains égards, de venir ici. Me voilà pourvue d’une carte de plus en main, et je n’en suis pas mécontente. Reste simplement à savoir quel usage je vais en faire pour les 11 mois restants de 2012.

Et vous, l’expatriation vous a-t-elle amené à vous redécouvrir?

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Pensée du jour…

C’est fou comme le marché turc peut vous revigorer. Fruits et légumes pour une semaine pour 5 euros à tout casser. Qu’en plus on vous propose un café tous les vendredis, pas forcément toujours au même étal, ça en devient impayable.

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