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Parmi les (fausses) énigmes de la vie

Comment se fait-il que des intentions pour le moins honorables puissent mener à l’opposé de ce que l’on souhaite? Phénomène certes très humain, mais  aussi très bizarre, et qui engendre ce qu’on appelle pudiquement un cercle vicieux.

Changer un truc pour être plus présent là d’où on vient, finir par l’être encore moins, si ce n’est en réel, du moins dans le ressenti. Se sentir mal d’être de moins en moins là-bas pour avoir tenté d’y être plus, et chercher d’autres solutions sans renoncer à l’ici. Toucher à une organisation déjà précaire en croyant l’améliorer. Se mettre un peu plus la pression pour pouvoir être un peu plus libre, plus tard, et ne jamais voir ce moment arriver. Avoir de plus en plus les mots dans la gorge.

Le problème, la plupart du temps, ce n’est pas d’être pris dans cet engrenage. Ni d’être expatrié. On peut avoir le même entre Marseille et Lille ou Clermont et Amiens.

Le problème, c’est de ne pas savoir expliquer qu’on se démêne pour trouver une solution meilleure. Rien de plus que de la communication bête et méchante. Avant de réaliser ça, que le problème tient juste en une phrase à dire et à répéter, et surtout avant de pouvoir y remédier en disant adieu à une part non négligeable de sa fierté, on a déjà envisagé 50 scénarios impossibles pour pouvoir combiner une vie ici et une vie là-bas. L’idée met trop longtemps à faire son chemin.


Le Cher vu de loin, mais pas aussi loin que depuis Berlin

Bref, de l’expatriation et de ses joies. A tous ceux qui savent tout gérer, avoir les congés qui vous permettent réellement de combiner vie française et vie allemande, qui savent jouer de leur absence et de leur présence, faire passer leurs messages en toutes circonstances, jongler entre le stress, la vie de tous les jours, les amis qui vous proposent un verre  attendu depuis la nuit des temps quand vous devriez vous manifester, le manque  de  son chez soi, la conscience de n’avoir qu’une seule vie et qu’une seule famille, sans oublier l’envie de prouver son indépendance, je tire mon chapeau. Il faut être sacrément doué pour évoluer sans accrocs entre tous ces écueils.

En 2012, il va falloir changer tout ça. Vaste programme.

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Homo germanicus

Si comme moi vous vous posez parfois des questions bizarres sur le rapport entre les mots germain, Germaine, et Germanie et le fond du caractère allemand, l’article suivant devrait vous aider à mettre un peu les choses au clair sur le plan linguistique. Retenez surtout que l’origine commune entre le mot les Germains et l’emploi qu’on en fait en français, ça a un rapport avec l’authenticité, du moins en étymologie. Voilà qui me parle.

Cela n’empêche que je continue à me poser des questions et à tenter d’élaborer des réponses sur les raisons du pourquoi on est si différents. Cette question de l’authenticité, qui par ailleurs est aussi quelque chose d’agréable à vivre (sentiment de sécurité qui va de pair avec la Gemütlichkeit), est une des nombreuses énigmes de ce pays à mes yeux. Je crois que l’histoire qu’on nous apprend dans les livres et la réalité qu’on perçoit en surface cachent des tendances bien plus profondes et difficiles à identifier. Mais moi, j’aimerais bien. Comprendre. Vous connaissez à savoir comment je fonctionne si vous suivez ce blog. Non?!

Alors voilà une théorie personnelle parmi d’autres. Attention attention.

Si je regarde l’année 2011 en me demandant ce que j’ai le plus remarqué autour de moi, ou plutôt ce qui revient encore et encore et qu’avant je n’étais même pas en mesure de voir dans la ville où je vis, c’est probablement cette quête certaine de l’authenticité. Permanente. Comme une course à qui est le plus honnête, le plus fiable, et le prouve le mieux. Authenticité de la personne, de ses propos, bien fondé d’une entreprise, activité et communiqués de presse justifiés. Certes, c’est une tendance humaine très répandue, qui va bien au-delà du débat simpliste consistant à coller une étiquette sur une population donnée en disant eux ils sont comme ça et que d’ailleurs notre chère Marine apprécie beaucoup. C’est également l’une des conséquences du 11 Septembre. Après tout nous sommes bel et bien dans l’ère du soupçon, qu’on aime ou non, et ça concerne l’ensemble du monde occidental. Montrer patte blanche, être parfait, c’est une nécessité. On ne peut plus se permettre d’être léger. Notamment en politique. Et sur toutes les questions touchant à la sécurité ou bien à la santé. N’empêche, j’ai parfois l’impression d’être au roi des pays du papier-qui-prouve-que.

Au plan professionnel, du moins dans le milieu dans lequel je suis, l’honnêteté un argument de vente de vos produits. Le commercial doit savoir que la première chose qu’on va lui demander en Allemagne, c’est si tout ça est bien authentique, echt. A un moment où à un autre, il sera poussé à aller chercher des certifications pour augmenter son chiffre de ventes et mettre en confiance des consommateurs de plus en plus pointilleux et avides de preuves. Idem quand on pose candidature. Plus vous avez de diplômes dans votre anse, même peu reluisants, plus vous prouvez votre crédibilité, et donc vous vous détachez d’une masse de gens dont on ne peut pas être trop sûrs. Mieux vaut une personne un peu moins compétente qu’un génie un peu menteur. Côté dirigeants et électeurs, on demande aux politiques de démissionner dès qu’on s’aperçoit du moindre mensonge, fût-il vieux de plus de 10 ans. Il faut donc à la fois être irréprochable, jeune, doué, mais surtout authentique. Avoir menti une fois, sur un diplôme, c’est trop. Ce n’est même plus récupérable. C’est sans doute pour cela qu’Helmut Schmidt reste si populaire malgré son langage châtié qui aurait fait scandale en France: lui, il est vrai, en plus il ose même fumer partout quand tout le monde dit que c’est mal. On voit l’homme derrière le masque, et ça, ça plaît. Il peut dire la même chose que Sarrazin, mais comme il est authentique, ein echter Politiker und ein echter Mann, ça fait quand même beaucoup moins de bruit:

Sur le plan pratique, dans la vie de tous les jours, on va tout tester pour le bien du consommateur et de la société. Même mon toaster a fait l’objet d’une évaluation lui décernant un prix comme quoi il grillerait effectivement le pain correctement. Ce que je confirme moi aussi. Il grille bien. Tout ou presque dans la maison est geprüft dans l’espoir de certifier la qualité. Et encore, je ne suis pas au courant du détail des notes attribuées. Même pas pour mon grille-pain.

Toutes ces choses qui m’échappent encore en presque trois ans de présence, j’aimerais bien les comprendre enfin. Une réponse serait d’associer cette quête de l’authenticité à l’esprit protestant qui continue d’imprégner la société allemande, paraît-il. Comme je ne m’y connais pas assez en religion pour pouvoir m’en assurer sans avoir recours à des clichés, je penche surtout pour les conséquences du nazisme pour expliquer tout ça. Au fil des conversations, j’ai l’impression d’avoir accumulé des connaissances qui commencent tout juste à faire sens. Et encore, ça reste à prouver. Pour le dire en quelques mots, la seconde guerre semble tellement avoir traumatisé les consciences de la génération suivante que celle-ci en est venue à l’idée d’établir une sorte de veille sur absolument tous les aspects de la vie, histoire d’être sûre de ne jamais recommencer comme les parents, menant une vie tranquille et se réveillant un beau jour dans un champ de ruines, en ayant du mal à se regarder dans un miroir, en se demandant pourquoi elle a perdu la guerre, que fait la Prusse orientale en Pologne et en Russie, et répétant comme une litanie qu’ils ne savaient rien.

Comme le disait JM il y a un an, le nazisme était bien loin d’être une mouvance à part. C’est une sorte de monstre qui a dévoré progressivement non seulement les idées, mais aussi les objets, les habitudes, la façon de vivre, bien avant que cela ne se montre à la surface et que cela devienne vraiment une revendication politique. Que d’évolutions ont été étroitement liées à la période et à cette idéologie. Pour nous, ces évolutions sont neutres. Pour un Allemand, je n’en suis plus si sûre. La prise en charge des enfants,  forme précoce de libération des mères de famille, a abouti à un endoctrinement massif qui a permis d’étouffer dans l’oeuf une très grosse partie de la résistance en Allemagne. Lire par exemple les lettres de Hans et Sophie Scholl pour comprendre à quel point il était difficile de réaliser et de franchir l’étape menant à la résistance quand on est né dans cette idéologie et que tout, absolument tout, toute la journée, de la forme des jouets pour enfants au bock de bière, vous met dans le moule et étouffe jusqu’à l’idée d’une autre réalité.  Pas étonnant du coup qu’aujourd’hui les mères qui travaillent soient si mal vues. Un brin de conservatisme, une dose de connaissances historiques basiques feront de n’importe quelle femme une personne qui va veiller à ne pas laisser sa progéniture aux mains d’une institution dont elle ne connaît pas forcément les valeurs. Sur un autre plan, certaines entreprises ont commencé à se développer grâce à une grande idée de l’époque, voulue par les dirigeants nazis, qui était l’impératif de pouvoir mieux distribuer sur l’ensemble du territoire allemand. Elles vont donc avoir des bras et des yeux partout, pouvoir espionner et encadrer virtuellement un peu tout le monde. Exemple: Riesen. Vendre des bonbons abordables et en profiter pour faire passer le message aux enfants qu’Adolf les aime bien. Idem pour les moyens de communication et leur développement. Le charisme bizarre attribué à la voix d’Hitler n’est ni un hasard ni un mythe. Le nazisme a séduit les comédiens, les artistes, les classes populaires, en jouant sur le lancement de la radio à grande échelle. Les uns y voyaient une chance d’être connus, les autres une chance d’être pris au sérieux en étant plus tenus au courant que jamais. Après le théâtre, après la performance d’acteur, la suite logique, c’était d’être speaker. A l’autre bout, écouter la radio, ça avait un côté magique. Un peu comme d’aller au spectacle. Et qui était le meilleur speaker du pays, pendant que George VI faisait des exercices avec son orthophoniste?

Alors on va tout vérifier et agir quand une chose ou une personne sort du cadre attribué. Peut être est-ce en partie pour ça que ce pays fait un fromage sur des gens qui ont menti pour obtenir son diplôme il y a waoutmille ans. Guttenberg essaie de revenir des mois après, et il ne peut pas selon Henkel qui le dit et le répète (mais pas tout seul) et que le Datenschutz, ici, ça ne rigole pas. Ca créerait même des emplois. Assurons-nous que personne n’ait contacté Frau Schmidt de façon indue ces 40 dernières années et surtout que ça continue comme ça. On va veiller aussi à ce que la presse soit bien vivante. Jamais vu autant de journaux qu’ici. Dès la table du petit déjeuner, il y en a un ou deux sur la table, bien épluchés, qui sont autrement plus épais que les quotidiens français.

La résilience, tout ça tout ça. Mais peut être que je me trompe dans cette interprétation. Je n’ai que mon expérience ici pour tenter de comprendre et je suis preneuse de toute lumière. Affaire à suivre.

Vous en pensez quoi? Vous avez remarqué autre chose qui vous semble revenir en permanence?

PS: Pour en savoir plus sur l’homo germanicus, mais sous un autre point de vue, vous pouvez aussi jeter un oeil chez Lucie. C’est bien fait et ça donne envie d’en lire plus!

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Germanisation galopante

Derrière le concept du Drogerie Markt se cache une dangereuse lutte culturelle. Expatriés de tous les pays, soyez-en conscients.

Déjà, se balader chez Rossmann à la recherche d’un thé miraculeux peut avoir un côté franchement craignos. On s’en rend compte quand on achète trois boîtes de Husten Tee. 4 jours de souffrance plus tard, les premiers doutes sur l’automédication la médecine naturelle surgissent. On supplie alors son médecin de nous accorder une consultation (mais sans antibiotiques à la clef, ça fait peur les antibiotiques, hein).

Mais surtout, si en plus, vous vous mettez subitement à penser que des choses similaires à ça, ça a son charme, et qu’en plus pour le prix Rossmann aus unserer Werbung, ça vaut le coup, que vous envisagez même un achat compulsif, réfléchissez.  Non seulement vous allez germaniser votre salle de bain, mais en plus vous n’êtes sans doute plus capable de discernement. Ca choquerait Marine, en tous cas. Ce n’est pas ce que vous voulez, oder?!

Je suis d’ailleurs tellement perdue suite à ce choc qu’une partie de moi veut croire que touuuuuuuuuuut le monde en France trouve ça vachement bien.  Ma mémoire doit avoir une Lücke. Un peu comme pour les Birkenstock. On adore, hein?

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Complainte de l’expat

Should I stay or should I go now?
Should I stay or should I go now?
If I go there will be trouble
An’ if I stay it will be double
So come on and let me know

This indecision’s bugging me
This is not even a real question
If you don’t want me, set me free
Something that bugs me
Exactly who’m I’m supposed to be
Don’t wanna move, someone chooses for me
Don’t you know which clothes even fit me?
Does this town need me?
Come on and let me know
If this is a place for me
Should I cool it or should I blow?
Don’t you have something to say to me?

Should I stay or should I go now?
This is not even a question
If I go there will be trouble
And if I stay it will be double
I’ll be looking for a new me
So you gotta let me know if you like me
Please help me choose
Should I stay or should I go?
Should I go or should I blow?

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Eine einfache Feststellung

Il est tellement simple de venir se brûler les ailes ici. Une idée préconçue sur cette ville, une personne que l’on suit, des projets, ou encore une fuite. Chacun ses raisons. Plus je connais cette ville, plus je connais les gens qui l’habitent, plus j’ai l’impression que nous sommes des papillons de différentes origines attirés par une même flamme.  Il y en a qui échappent et qui continuent à papilloter joyeusement autour. Non pas qu’ils soient plus forts que les autres. Simplement, ils n’ont pas fait d’erreur d’aiguillage: au moment où d’autres sortent du cercle, ils savent garder un accès par des voies mystérieuses. Malgré une rupture ou des heures sup. Partie remise pour leurs ailes.

Parmi les victimes, les uns déménagent, rentrent chez eux, espérant trouver ailleurs ce qu’ils ont perdu ou même n’ont jamais trouvé ici. Les autres restent, toujours attirés par la flamme, totalement fragilisés. Moroses, englués dans le même problème, mettant d’autres noms sur ce mal si répandu.  Pauvreté. Travail inintéressant. Burn out. Maladie. Barrière de langue. Ca, c’est la version officielle.

Le fond du problème, c’est l’ultra moderne solitude. Version locale. Il y a  ici une tendance générale, presque hypocrite, à prendre les symptômes pour la cause. On les brandit pour se présenter comme le Christ en croix, livré à l’indifférence et à l’oubli dans un paysage désertique. Ces oubliés ont un point commun: ne jamais dire, ne jamais vouloir admettre qu’ils ont quitté eux-même le train et que c’est eux qui ne savent plus y remonter. L’enfer, c’est les autres. Pas eux.

« Ich kann mich an keinem Kurs anmelden, es ist mir zu teuer. So kann ich keine neue Leute kennenlernen. »

« Ich habe zuviel Arbeit, verstehst Du? Deswegen ist mein Freundkreis so niedrig geworden. »

« Mir ist es zu anstrengend, die Probleme von anderen Menschen auch behandeln zu müssen. Ich habe genug mit meinen eigenen Problemen. Und wenn keiner mich zuhört, dann soll ich mich nicht im Vorhinein opfern« .

« Ich erwarte einfach dass andere sich bei mir melden. Ich bin ja offen. In der Vergangenheit kam ich auf der Leuten zu, hat mir aber nix gebracht. Von daher. Ich warte. »

« Ich bin nicht von hier, ich weiss nicht womit ich anfangen soll. Wo kann ich Leute treffen, wenn keiner was vorschlägt »

Les humains ont besoin d’autres êtres humains. D’autres le disent mieux que moi: nous avons besoin de parler, d’échanger. Pas seulement sur la météo, et pas seulement via Skype ou par mail. Pour sortir de cette logique, la seule réponse est de ne pas fuir. Si personne ne vient à nous, alors il faut aller à l’autre et avoir le courage de mettre les mots sur les choses. Ce qui reste certes très difficile.

La chanson de Souchon à écouter si ça vous dit…

Voir tout ça autour de moi au quotidien me fait de plus en plus mal. Peut-être est-ce de la lucidité due à l’âge ou bien un pessimisme du à certaines rencontres. Toujours est-il que je crains la contagion, qu’elle commence dans quelques semaines ou quelques années. Rester en permanence à bord du train, ou bien savoir y remonter en marche. Quelle force cela doit-il demander au final. Le problème est de savoir et de savoir agir en même temps. Ich frage mich auch langsam ob ich was letztens verpasst oder verloren habe. Etwas fehlt mir nämlich schon.  Hat es schon bei mir angefangen? Es kann  aber wohl sein, dass es nur ein Fehlen amVertrauen ist. Ein bisschen Stress. Oder werde ich bald so schwach und lahm wie alle da draussen, wenn ich nicht aufpasse?

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Phrase du jour…

Quand un médecin allemand vous donne spontanément des antibiotiques, vous commencez à craindre légèrement pour votre existence.

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Berlinification

Berlinification, n.f, création langagière déposée par moi. Processus par lequel un individu lambda se retrouve par de nombreux traits assimilable aux Berlinois de souche. Les stades de la mutation sont difficiles à évaluer, voici donc une liste non exhaustive des symptômes frappant la victime, ci après dénommée simplement « Lambda »:

- aucune réflexion au moment de l’achat d’un produit bio. Avant, l’individu hésite, agit avec un pincement de coeur ou de porte-monnaie, conscient au final des raisons de son choix. Après, il met ça furieusement dans son panier de courses et est même capable de lâcher des phrases clichés en entrant dans la boutique telles que: « mais où est le rayon bio? » Violent. Surtout quand on sait que Lambda, en bon Berlinois, n’est pas forcément richissime. Suffit de regarder la clientèle des marchés bios pour comprendre. Sur la Warschauerstr., Lambda berlinifié peut même avoir la chance de converser avec une caissière française. Sujet de conversation: le bio, ses bienfaits, son évidence.

- Lambda a accepté la venue de l’hiver. Il a intégré le fait que dans quelques mois il va avoir l’air d’un bonhomme un peu grassouillet et pas franchement sexy. Il accepte avec calme la perspective horrible de subir -10°C ou -15°C à des intervalles réguliers. Il ose même corriger: -15°C, c’est la nuit, une fois par hiver, voire même pas forcément tous les ans. C’est dire, il a du vécu à son actif.

- dans le même esprit de survivant acharné, Lambda se souvient de ce qu’il a appris les années précédentes et du scandale intemporel des hivers berlinois.  Pas le froid, non. Les stocks de luges pour les enfants et les stocks de sel pour les piétons sont insuffisants. C’est un drame chronique qui fait bondir Lambda. Et c’est dans cet ordre qu’il le dit, pas l’inverse. A moins qu’il ne peste d’abord contre la BVG, la ligne M29, M19 et M48, jamais ponctuelles. Dans une vie antérieure, c’était lui qui n’était pas ponctuel, mais il a oublié cette partie de lui-même. Lambda a toujours été irréprochable sur le timing. Puisqu’il vous le dit.

- le Berlinifié s’excite à l’idée d’aller voter. Ancien politicard à ses heures, le monde politique germain le fascine. Quel parti lui correspond, quelles affiches lui plaisent visuellement et sur le plan des idées (car il lit les affiches. Toutes. Parfois même, Lambda se retourne, hausse le nez. Pour votre information, il vient d’aviser un lampadaire électoral). Après vient une phase intense de check de ses informations précédentes. Comment s’appelle le salaud gars qui a parlé l’autre jour il y a 3 mois à la radio. Que je ne vote pas pour lui. Voter prend pour Lambda tout son sens. Avant, c’était un devoir. Maintenant, ça serait presque intéressant. Et de voir que Lambda pense à s’inscrire, en plus, à l’ambassade pour pouvoir voter aussi en France en 2012 et se comporte pareil en France. Impressionnante révolution intérieure.

- Lambda semble comprendre le Berlinois avancé. Il dit parfois des choses qui dépasse l’entendement pour un être innocent et préservé. Un samedi de septembre, cherchant à entamer une conversation avec d’illustres inconnus: « schönes Wetter, wa? » Au coeur de l’hiver, en attendant le bus, a repéré une target: « och, heute ist och ganz schön kalt, nicht wahr? ». Il n’a pas de problèmes pour interpréter la phrase « ick hab ein Weinkuuuuh gemoocht » et réagit de facon appropriée, du tac au tac: « ein Weinkuchen? Wie schön! » Et si on lui demande comment il va, Lambda peut dire « Jut », certes souvent sous l’emprise de l’alcool, mais il faut quand même pouvoir le faire…

- On s’arrête au feu rouge pour les piétons dans 95% de la ville, Lambda s’y plie avec empressement. Exception notable, la Warschauerstr. Ailleurs, notre ami sera le premier à rappeler à son visiteur que ça ne se fait pas, que ça coûte super cher si on se fait choper, que les bagnoles ne s’arrêteront pas forcément comme en pays angevin (du Bellay, ce visionnaire incompris…) Pis que ça: Lambda regarde d’un oeil noir les cyclistes incompétents, ceux qui mordent de la voie vélo sur la voie piéton, ou bien encore ont le culot de traverser la rue avec leur bolide à deux roues, sans descendre. Ce qui n’empêche pas notre cher ami de rouler avec une vieille bécane déglinguée en dehors de la voie vélo. Lui, il sait manier un vélo. Pas comme les autres.

- Lambda commence à voir d’un oeil vaguement négatif les floppées de touristes qui viennent enrichir découvrir la ville. Choqué par les autocollants associant les touristes aux terroristes posés un peu partout, il n’exprime pourtant que mépris pour ces gens qui se perdent dans le métro pourtant si simple et finissent par provoquer des drames urbains banals (« on a perdu Marcel! Mais où est Marcel?! Chéri, il faut descendre, on a perdu Marcel!! »), ceux qui ne payent pas leur billet et le disent en riant d’un rire gras, et surtout ces Français qui fleurissent avec le soleil. Subitement, de mai à août, Lambda découvre que le touriste français adore Berlin, et s’en énerve. D’abord parce qu’il doit ENCORE traîner sa troupe au Reichstag, ensuite parce que Marcel envisage rarement un tour de la ville à vélo (voyage + barrière langagière+ vélo= « on a perdu Marcel ». 15 fois en 4 heures, 14 fausses alertes, et une vraie). Et pour finir parce que Berlin, c’est SA ville. Pas un bidule qu’on visite en mangeant du curry wurst et en se faisant photographier à Checkpoint Charlie. Pour Lambda, l’idéal du touriste, c’est son ami Oméga qui vient crécher quelques nuitées, comprend l’allemand, reste blasé devant un Kebab, s’extasie devant des Brötchen bios et du Streichkäse, et surtout demande à faire des musées ou activités du type original. Exemple: le simulateur de vol de Weddding. Voir ici pour tous ceux qui cherchent l’inspiration dans une conversation où on vous dit que Checkpoint Charlie est LA chose à voir dans cette ville. Bon ok c’est cher, on fait pas ça tous les jours. Mais ça peut avoir un côté franchement plus marquant que la photo répliquée à des millions d’exemplaires de la porte de Brandenburg.

- Lambda, car on parlait bien de lui, pas des touristes, est presque devenu végétarien, et il ne se porte pas plus mal. Viande au resto, chez soi, on s’offre parfois un filet de saumon, du jambon, des lardons dans une préparation qui autre fois était une quiche et qui maintenant ne ressemble plus à rien du tout. Tout le reste relève de l’aventure culinaire. Lambda n’aime plus vraiment la viande, sa famille et ses amis en visite s’inquiètent de sa santé. Pour les carences et souvent aussi pour voir si Lambda subit une quelconque pression psychologique cherchant à discréditer le rôti de veau aux pistaches.

Bref, un Berlinifié n’est même plus capable de savoir vraiment d’où il vient. Le remède reste encore inconnu.

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A la gloire du 1er avril !

Ci-dessous une sélection des choses que j’ai repérées de part et d’autre aujourd’hui. Le poisson d’avril, April’s fools’ day, c’est une tradition française à la base alors soyons fiers :)!!

Donc, dans le désordre, vous allez avoir de quoi faire :):

- La super page fake de Sarenza, qui lance une nouvelle marque certes éphémère. Chapeau au conseiller communication et à la mise en forme. J’espère qu’on pourra encore la voir quelques jours en ligne.

- L’innovation aérienne rapportée par Tuxboard. On y croit presque, sans doute à cause de la photo. Voir ici.

- Le Journal du Net est dans le coup aussi, en rapportant des informations fracassantes. J’aime particulièrement le gros titre: « Mediamétrie publie enfin l’audience Internet de juin 2008« . Ou encore: « Comment pousser votre collègue à la faute: Après des années passées à le supporter, vous avez décidé d’agir. Voici comment mettre votre pire ennemi en bien mauvaise posture. 15 stratagèmes« . Tout découvrir par (sur les blagues, pas sur comment rétamer votre collègue).

- Le Nabu attaque les frères Grimm pour la cause du loup: il n’est jamais trop tard pour bien faire. En lire plus ici.

- Google lance un nouveau service révolutionnaire: Google Motion. Pour ceux qui auraient raté ça, la vidéo est disponible ici.

- Le Spiegel fait une sélection assez sympathique, qu’on peut lire . Terreur d’Angela Merkel face au harcèlement téléphonique supposé de BHL, entre autres.

Et vous, vous avez repéré/ vécu des choses rigolotes aujourd’hui?

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Un Strassenfeger et des hommes

On ne connaît pas Berlin si on ne connaît pas sa misère. Facile à dire, argument qui enfonce des portes ouvertes…je sais tout ça. Il n’empêche: le rapport à la pauvreté, dans Berlin, c’est toute une histoire.

D’un côté, il y a l’ombre de la gentrification. Cette sorte de mouvement d’éviction progressive des plus pauvres du centre-ville, parce que loyers en augmentation perpétuelle, parce que c’est la vie, parce que voilà, parce que c’est la nouvelle donne. Le Liebig 14, les dernières formes de squats urbains, les droits des proprios qui ne sont pas très clairs, tout ça n’est pas bien accepté, mais vit ses dernières heures. Jean-Michel l’a d’ailleurs déjà très bien résumé dans cet article. Où je veux en venir? Eh bien que non seulement les « squatteurs », mais aussi tous ces gens qui vivent de Harz IV, autrement dit d’un très mince pécule, disparaissent peu à peu du centre de Berlin, faute de pouvoir suivre des loyers qui, mine de rien, sont en hausse de 14% sur un an. C’est ma radio variété qui me le dit dans les infos du matin, alors si même elle s’y met… On a beau démarrer de bas, ça fait quand même mal. En d’autres termes, Berlin, c’est une des capitales européennes où la mixité sociale disparaît, fond progressivement sous nos yeux. Et je me demande quel est le degré d’indifférence ou d’indignation réels que cela provoque sur la population locale, anarchistes exclus.

D’un autre côté, il y a cette misère perpétuelle qui hante toutes les grandes villes, sous des formes d’indifférence qui varient du simple au double. Clochards ivres morts devant le Kaisers, Roumaines qui arpentent Checkpoint Charlie en posant inlassablement la même question avec le même ton, la même voix, le regard vide de ceux dont l’espoir et la foi en l’autre ont disparu depuis belle lurette: Speak English? Autre variante, les vendeurs de billets de métro pré-utilisés, à la sauvette, pour un euro, que tout le monde connaît, qui sont là, fidèles à leur poste, auxquels on s’habitue vite: après tout, une économie de 1,30, quel Berlinois saurait le refuser ad vitam eternam…Il y a aussi les nettoyeurs de vitres un peu plus bas sur la Friedrich., qui forcent leur chemin comme tous leurs comparses du monde, et ces automobilistes qui ne savent plus comment dire non, voire comment établir un semblant de conversation, si par hasard l’envie leur en prend. Les chanteurs de métro, sur la U1 en particulier, qui eux réussissent encore à déclencher des échanges entre passagers et animer un peu les coeurs: et qu’on danse, et qu’on rie, le jeudi soir, le samedi soir, sur les dernières stations, en direction de Warschauerstr. Toute cette misère, Berlin la connaît depuis la nuit des temps et vit avec, vous donnant parfois l’impression d’être comme un vieux manteau que vous aimez bien, mais qui va bientôt craquer sous le poids des années…Tous ces gens nouveaux, toute cette richesse qui afflue, Berlin saura-t-il l’intégrer pour garder son ouverture d’esprit sur la misère…? Pas si sûr, en tous cas je suis bien curieuse de voir ce que cela va donner. Comparé à mon expérience parisienne, on dirait bien que la chaleur humaine est ici un peu plus développée envers les plus démunis. RDV devant les Volksküche au printemps si vous en doutez.

Fin de la parenthèse généraliste, je voulais vous parler du Strassenfeger. Littéralement: le balayeur, au sens de balayeur de rues. Et une belle allusion à un concept télévisuel assez juteux, sur lequel vous pouvez en apprendre plus en allant par . Qu’est-ce que c’est? Un journal berlinois édité par une association qui cherche à réintégrer les plus pauvres par le travail. Voilà le numéro que j’ai acheté:

Strassenfeger- Mars 2011

L’idée est d’éditer un journal mensuel pour 1,50 euros. 90 centimes sont réservés au vendeur, le vendeur pouvant a priori être n’importe qui, et étant dans les faits la plupart du temps un SDF, voire un bénéficiaire de Harz IV. Vous vous souvenez de la dernière fois que vous avez vu un type avec un journal dans le métro…? Actuellement, il y aurait quelques 850 vendeurs sur Berlin et le Brandenburg, pour quelques 21 000 exemplaires vendus par an. Les chiffres proviennent de la page officielle de l’organisation que vous trouverez ici. J’espère avoir mal compris le propos, sinon ça donne un peu froid dans le dos: quelques 25 exemplaires vendus par personne et par an, soit un gain de 23 euros par personne et par an- de quoi décourager pas mal de monde, à mon sens. Pour 3,5 millions d’habitants sur Berlin (chiffres d’octobre 2010). Dommage pour une si belle initiative, non?

Comble de l’ironie, l’association Mob. eV, Obdachlose machen mobil, est située en plein Prenzlauerberg, un des quartiers les plus embourgeoisés ces dernières années.  Pas étonnant de retrouver le point de vente le plus proche sur Senefelderplatz, mais pas étonnant non plus de voir les résultats locaux, quasi nuls. Un vendeur de Strassenfeger devant un Bioladen, un vent plus que frais, des gens épuisés par leur semaine de travail qui n’ont pas remarqué ou pas voulu remarquer le SDF transi devant la sortie, quand ils ont les bras chargés de leurs courses et des soucis plus immédiats en tête. En ce qui me concerne, il a fallu un sacré coup de hasard pour que je vienne à l’idée d’acheter mon Strassenfeger…Et dire qu’en plus, c’est Carême pour beaucoup de monde, et que le plus dur n’est pas de donner quelques sous, mais de trouver l’attitude « normale » lors de l’achat: froideur? ton amical? neutralité? Dites-moi que je ne suis pas la seule à oser me poser la question. Dites-moi que cette indifférence  gênée que j’affiche comme tout le monde, probablement 25 jours sur 30 chaque mois, n’est pas quelque chose de normal. Il y a bien quelque chose qu’on peut faire pour réchauffer au moins les coeurs, non? Le pire, pour moi, ce n’est pas la misère, c’est certainement cette impression de devenir transparent, d’attendre que quelqu’un nous remarque, quelque soit la bonne volonté qu’on investisse. Une journée sans un regard et sans une parole, voilà ce que doit être l’enfer pour un de ces vendeurs.

Et vous, au quotidien, vous y pensez à faire face à la pauvreté? Quelle est votre façon de voir les choses et de combattre cette indifférence…? Bon sur ce, il me reste à le lire, ce Strassenfeger. Il parle d’intégration, en un sens ça concerne aussi les expats’ ;)

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Fichu accent

16: 04. L’heure est solennelle, j’appelle Vatenfall.

Bip.

Petite musique et blabla habituel de Vatenfall.

- Guten Tag, mein Name ist Heike T., was kann ich für Sie tun?

- Guten Tag. Also ich würde gern Kunden werden.

-

- Hallo? Hören Sie mich?

- …. Ja.

- Ich würde gern Kunden bei Euch werden.

- Es tut mir leid, das ist gar nicht möglich.

- Errr, wieso nicht?

- Na ja, Vatenfall ist ein Stromanbieter. Mehr nicht.

- Ja, das weiss ich. Genau deswegen rufe ich Sie an.

- Ich kann aber Ihren Anruf wegen dieser Anfrage nicht berücksichtigen. Sowas wird bei uns nicht gemacht. Kunden können nur Kunden sein, wie soll ich das erklären, na ja…

- Ich würde doch gerne Strom kriegen!! Einen Vertrag eröffnen!!

- Asoooooooooooo, Kunden weeeerDen, nicht weeeeeeeeeeerBen, ich verstehe schon (elle rigole, moi aussi). Alles klar. Ich brauche dann Ihren Vorname und Ihren Name bitte.

- Gerne. Vorname: Pauline (et je prends soin de le dire à l’allemande: Paoooolinnn), Name…

- Wie? Praline?

- NEIN. Pauline.

- Ich verstehe Sie nicht, tut mir leid.

- (très calme) Ich wiederhole. Paoooolinnnn. Also: P wie Peter. A wie…wie…wie…(se concentrer pour ne pas sortir le prénom qui me vient à l’esprit) Anton, U wie Uwe, L wie Lise, I wie Imke, N wie Noelia, E wie…Elke. Paoooolinnn.

- Also, PaoooolinnnEEE.

- Ja, genau das.

Il y a des jours, je crois qu’il faudrait enregistrer mes conversations. Du haut vol, mais qu’est-ce que je peux rigoler, en même temps :)

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