Category Archives: Chroniques

Germanisation galopante

Derrière le concept du Drogerie Markt se cache une dangereuse lutte culturelle. Expatriés de tous les pays, soyez-en conscients.

Déjà, se balader chez Rossmann à la recherche d’un thé miraculeux peut avoir un côté franchement craignos. On s’en rend compte quand on achète trois boîtes de Husten Tee. 4 jours de souffrance plus tard, les premiers doutes sur l’automédication la médecine naturelle surgissent. On supplie alors son médecin de nous accorder une consultation (mais sans antibiotiques à la clef, ça fait peur les antibiotiques, hein).

Mais surtout, si en plus, vous vous mettez subitement à penser que des choses similaires à ça, ça a son charme, et qu’en plus pour le prix Rossmann aus unserer Werbung, ça vaut le coup, que vous envisagez même un achat compulsif, réfléchissez.  Non seulement vous allez germaniser votre salle de bain, mais en plus vous n’êtes sans doute plus capable de discernement. Ca choquerait Marine, en tous cas. Ce n’est pas ce que vous voulez, oder?!

Je suis d’ailleurs tellement perdue suite à ce choc qu’une partie de moi veut croire que touuuuuuuuuuut le monde en France trouve ça vachement bien.  Ma mémoire doit avoir une Lücke. Un peu comme pour les Birkenstock. On adore, hein?

Complainte de l’expat

Should I stay or should I go now?
Should I stay or should I go now?
If I go there will be trouble
An’ if I stay it will be double
So come on and let me know

This indecision’s bugging me
This is not even a real question
If you don’t want me, set me free
Something that bugs me
Exactly who’m I’m supposed to be
Don’t wanna move, someone chooses for me
Don’t you know which clothes even fit me?
Does this town need me?
Come on and let me know
If this is a place for me
Should I cool it or should I blow?
Don’t you have something to say to me?

Should I stay or should I go now?
This is not even a question
If I go there will be trouble
And if I stay it will be double
I’ll be looking for a new me
So you gotta let me know if you like me
Please help me choose
Should I stay or should I go?
Should I go or should I blow?

Eine einfache Feststellung

Il est tellement simple de venir se brûler les ailes ici. Une idée préconçue sur cette ville, une personne que l’on suit, des projets, ou encore une fuite. Chacun ses raisons. Plus je connais cette ville, plus je connais les gens qui l’habitent, plus j’ai l’impression que nous sommes des papillons de différentes origines attirés par une même flamme.  Il y en a qui échappent et qui continuent à papilloter joyeusement autour. Non pas qu’ils soient plus forts que les autres. Simplement, ils n’ont pas fait d’erreur d’aiguillage: au moment où d’autres sortent du cercle, ils savent garder un accès par des voies mystérieuses. Malgré une rupture ou des heures sup. Partie remise pour leurs ailes.

Parmi les victimes, les uns déménagent, rentrent chez eux, espérant trouver ailleurs ce qu’ils ont perdu ou même n’ont jamais trouvé ici. Les autres restent, toujours attirés par la flamme, totalement fragilisés. Moroses, englués dans le même problème, mettant d’autres noms sur ce mal si répandu.  Pauvreté. Travail inintéressant. Burn out. Maladie. Barrière de langue. Ca, c’est la version officielle.

Le fond du problème, c’est l’ultra moderne solitude. Version locale. Il y a  ici une tendance générale, presque hypocrite, à prendre les symptômes pour la cause. On les brandit pour se présenter comme le Christ en croix, livré à l’indifférence et à l’oubli dans un paysage désertique. Ces oubliés ont un point commun: ne jamais dire, ne jamais vouloir admettre qu’ils ont quitté eux-même le train et que c’est eux qui ne savent plus y remonter. L’enfer, c’est les autres. Pas eux.

« Ich kann mich an keinem Kurs anmelden, es ist mir zu teuer. So kann ich keine neue Leute kennenlernen. »

« Ich habe zuviel Arbeit, verstehst Du? Deswegen ist mein Freundkreis so niedrig geworden. »

« Mir ist es zu anstrengend, die Probleme von anderen Menschen auch behandeln zu müssen. Ich habe genug mit meinen eigenen Problemen. Und wenn keiner mich zuhört, dann soll ich mich nicht im Vorhinein opfern« .

« Ich erwarte einfach dass andere sich bei mir melden. Ich bin ja offen. In der Vergangenheit kam ich auf der Leuten zu, hat mir aber nix gebracht. Von daher. Ich warte. »

« Ich bin nicht von hier, ich weiss nicht womit ich anfangen soll. Wo kann ich Leute treffen, wenn keiner was vorschlägt »

Les humains ont besoin d’autres êtres humains. D’autres le disent mieux que moi: nous avons besoin de parler, d’échanger. Pas seulement sur la météo, et pas seulement via Skype ou par mail. Pour sortir de cette logique, la seule réponse est de ne pas fuir. Si personne ne vient à nous, alors il faut aller à l’autre et avoir le courage de mettre les mots sur les choses. Ce qui reste certes très difficile.

La chanson de Souchon à écouter si ça vous dit…

Voir tout ça autour de moi au quotidien me fait de plus en plus mal. Peut-être est-ce de la lucidité due à l’âge ou bien un pessimisme du à certaines rencontres. Toujours est-il que je crains la contagion, qu’elle commence dans quelques semaines ou quelques années. Rester en permanence à bord du train, ou bien savoir y remonter en marche. Quelle force cela doit-il demander au final. Le problème est de savoir et de savoir agir en même temps. Ich frage mich auch langsam ob ich was letztens verpasst oder verloren habe. Etwas fehlt mir nämlich schon.  Hat es schon bei mir angefangen? Es kann  aber wohl sein, dass es nur ein Fehlen amVertrauen ist. Ein bisschen Stress. Oder werde ich bald so schwach und lahm wie alle da draussen, wenn ich nicht aufpasse?

Phrase du jour…

Quand un médecin allemand vous donne spontanément des antibiotiques, vous commencez à craindre légèrement pour votre existence.

Berlinification

Berlinification, n.f, création langagière déposée par moi. Processus par lequel un individu lambda se retrouve par de nombreux traits assimilable aux Berlinois de souche. Les stades de la mutation sont difficiles à évaluer, voici donc une liste non exhaustive des symptômes frappant la victime, ci après dénommée simplement « Lambda »:

- aucune réflexion au moment de l’achat d’un produit bio. Avant, l’individu hésite, agit avec un pincement de coeur ou de porte-monnaie, conscient au final des raisons de son choix. Après, il met ça furieusement dans son panier de courses et est même capable de lâcher des phrases clichés en entrant dans la boutique telles que: « mais où est le rayon bio? » Violent. Surtout quand on sait que Lambda, en bon Berlinois, n’est pas forcément richissime. Suffit de regarder la clientèle des marchés bios pour comprendre. Sur la Warschauerstr., Lambda berlinifié peut même avoir la chance de converser avec une caissière française. Sujet de conversation: le bio, ses bienfaits, son évidence.

- Lambda a accepté la venue de l’hiver. Il a intégré le fait que dans quelques mois il va avoir l’air d’un bonhomme un peu grassouillet et pas franchement sexy. Il accepte avec calme la perspective horrible de subir -10°C ou -15°C à des intervalles réguliers. Il ose même corriger: -15°C, c’est la nuit, une fois par hiver, voire même pas forcément tous les ans. C’est dire, il a du vécu à son actif.

- dans le même esprit de survivant acharné, Lambda se souvient de ce qu’il a appris les années précédentes et du scandale intemporel des hivers berlinois.  Pas le froid, non. Les stocks de luges pour les enfants et les stocks de sel pour les piétons sont insuffisants. C’est un drame chronique qui fait bondir Lambda. Et c’est dans cet ordre qu’il le dit, pas l’inverse. A moins qu’il ne peste d’abord contre la BVG, la ligne M29, M19 et M48, jamais ponctuelles. Dans une vie antérieure, c’était lui qui n’était pas ponctuel, mais il a oublié cette partie de lui-même. Lambda a toujours été irréprochable sur le timing. Puisqu’il vous le dit.

- le Berlinifié s’excite à l’idée d’aller voter. Ancien politicard à ses heures, le monde politique germain le fascine. Quel parti lui correspond, quelles affiches lui plaisent visuellement et sur le plan des idées (car il lit les affiches. Toutes. Parfois même, Lambda se retourne, hausse le nez. Pour votre information, il vient d’aviser un lampadaire électoral). Après vient une phase intense de check de ses informations précédentes. Comment s’appelle le salaud gars qui a parlé l’autre jour il y a 3 mois à la radio. Que je ne vote pas pour lui. Voter prend pour Lambda tout son sens. Avant, c’était un devoir. Maintenant, ça serait presque intéressant. Et de voir que Lambda pense à s’inscrire, en plus, à l’ambassade pour pouvoir voter aussi en France en 2012 et se comporte pareil en France. Impressionnante révolution intérieure.

- Lambda semble comprendre le Berlinois avancé. Il dit parfois des choses qui dépasse l’entendement pour un être innocent et préservé. Un samedi de septembre, cherchant à entamer une conversation avec d’illustres inconnus: « schönes Wetter, wa? » Au coeur de l’hiver, en attendant le bus, a repéré une target: « och, heute ist och ganz schön kalt, nicht wahr? ». Il n’a pas de problèmes pour interpréter la phrase « ick hab ein Weinkuuuuh gemoocht » et réagit de facon appropriée, du tac au tac: « ein Weinkuchen? Wie schön! » Et si on lui demande comment il va, Lambda peut dire « Jut », certes souvent sous l’emprise de l’alcool, mais il faut quand même pouvoir le faire…

- On s’arrête au feu rouge pour les piétons dans 95% de la ville, Lambda s’y plie avec empressement. Exception notable, la Warschauerstr. Ailleurs, notre ami sera le premier à rappeler à son visiteur que ça ne se fait pas, que ça coûte super cher si on se fait choper, que les bagnoles ne s’arrêteront pas forcément comme en pays angevin (du Bellay, ce visionnaire incompris…) Pis que ça: Lambda regarde d’un oeil noir les cyclistes incompétents, ceux qui mordent de la voie vélo sur la voie piéton, ou bien encore ont le culot de traverser la rue avec leur bolide à deux roues, sans descendre. Ce qui n’empêche pas notre cher ami de rouler avec une vieille bécane déglinguée en dehors de la voie vélo. Lui, il sait manier un vélo. Pas comme les autres.

- Lambda commence à voir d’un oeil vaguement négatif les floppées de touristes qui viennent enrichir découvrir la ville. Choqué par les autocollants associant les touristes aux terroristes posés un peu partout, il n’exprime pourtant que mépris pour ces gens qui se perdent dans le métro pourtant si simple et finissent par provoquer des drames urbains banals (« on a perdu Marcel! Mais où est Marcel?! Chéri, il faut descendre, on a perdu Marcel!! »), ceux qui ne payent pas leur billet et le disent en riant d’un rire gras, et surtout ces Français qui fleurissent avec le soleil. Subitement, de mai à août, Lambda découvre que le touriste français adore Berlin, et s’en énerve. D’abord parce qu’il doit ENCORE traîner sa troupe au Reichstag, ensuite parce que Marcel envisage rarement un tour de la ville à vélo (voyage + barrière langagière+ vélo= « on a perdu Marcel ». 15 fois en 4 heures, 14 fausses alertes, et une vraie). Et pour finir parce que Berlin, c’est SA ville. Pas un bidule qu’on visite en mangeant du curry wurst et en se faisant photographier à Checkpoint Charlie. Pour Lambda, l’idéal du touriste, c’est son ami Oméga qui vient crécher quelques nuitées, comprend l’allemand, reste blasé devant un Kebab, s’extasie devant des Brötchen bios et du Streichkäse, et surtout demande à faire des musées ou activités du type original. Exemple: le simulateur de vol de Weddding. Voir ici pour tous ceux qui cherchent l’inspiration dans une conversation où on vous dit que Checkpoint Charlie est LA chose à voir dans cette ville. Bon ok c’est cher, on fait pas ça tous les jours. Mais ça peut avoir un côté franchement plus marquant que la photo répliquée à des millions d’exemplaires de la porte de Brandenburg.

- Lambda, car on parlait bien de lui, pas des touristes, est presque devenu végétarien, et il ne se porte pas plus mal. Viande au resto, chez soi, on s’offre parfois un filet de saumon, du jambon, des lardons dans une préparation qui autre fois était une quiche et qui maintenant ne ressemble plus à rien du tout. Tout le reste relève de l’aventure culinaire. Lambda n’aime plus vraiment la viande, sa famille et ses amis en visite s’inquiètent de sa santé. Pour les carences et souvent aussi pour voir si Lambda subit une quelconque pression psychologique cherchant à discréditer le rôti de veau aux pistaches.

Bref, un Berlinifié n’est même plus capable de savoir vraiment d’où il vient. Le remède reste encore inconnu.

A la gloire du 1er avril !

Ci-dessous une sélection des choses que j’ai repérées de part et d’autre aujourd’hui. Le poisson d’avril, April’s fools’ day, c’est une tradition française à la base alors soyons fiers :) !!

Donc, dans le désordre, vous allez avoir de quoi faire :) :

- La super page fake de Sarenza, qui lance une nouvelle marque certes éphémère. Chapeau au conseiller communication et à la mise en forme. J’espère qu’on pourra encore la voir quelques jours en ligne.

- L’innovation aérienne rapportée par Tuxboard. On y croit presque, sans doute à cause de la photo. Voir ici.

- Le Journal du Net est dans le coup aussi, en rapportant des informations fracassantes. J’aime particulièrement le gros titre: « Mediamétrie publie enfin l’audience Internet de juin 2008« . Ou encore: « Comment pousser votre collègue à la faute: Après des années passées à le supporter, vous avez décidé d’agir. Voici comment mettre votre pire ennemi en bien mauvaise posture. 15 stratagèmes« . Tout découvrir par (sur les blagues, pas sur comment rétamer votre collègue).

- Le Nabu attaque les frères Grimm pour la cause du loup: il n’est jamais trop tard pour bien faire. En lire plus ici.

- Google lance un nouveau service révolutionnaire: Google Motion. Pour ceux qui auraient raté ça, la vidéo est disponible ici.

- Le Spiegel fait une sélection assez sympathique, qu’on peut lire . Terreur d’Angela Merkel face au harcèlement téléphonique supposé de BHL, entre autres.

Et vous, vous avez repéré/ vécu des choses rigolotes aujourd’hui?

Un Strassenfeger et des hommes

On ne connaît pas Berlin si on ne connaît pas sa misère. Facile à dire, argument qui enfonce des portes ouvertes…je sais tout ça. Il n’empêche: le rapport à la pauvreté, dans Berlin, c’est toute une histoire.

D’un côté, il y a l’ombre de la gentrification. Cette sorte de mouvement d’éviction progressive des plus pauvres du centre-ville, parce que loyers en augmentation perpétuelle, parce que c’est la vie, parce que voilà, parce que c’est la nouvelle donne. Le Liebig 14, les dernières formes de squats urbains, les droits des proprios qui ne sont pas très clairs, tout ça n’est pas bien accepté, mais vit ses dernières heures. Jean-Michel l’a d’ailleurs déjà très bien résumé dans cet article. Où je veux en venir? Eh bien que non seulement les « squatteurs », mais aussi tous ces gens qui vivent de Harz IV, autrement dit d’un très mince pécule, disparaissent peu à peu du centre de Berlin, faute de pouvoir suivre des loyers qui, mine de rien, sont en hausse de 14% sur un an. C’est ma radio variété qui me le dit dans les infos du matin, alors si même elle s’y met… On a beau démarrer de bas, ça fait quand même mal. En d’autres termes, Berlin, c’est une des capitales européennes où la mixité sociale disparaît, fond progressivement sous nos yeux. Et je me demande quel est le degré d’indifférence ou d’indignation réels que cela provoque sur la population locale, anarchistes exclus.

D’un autre côté, il y a cette misère perpétuelle qui hante toutes les grandes villes, sous des formes d’indifférence qui varient du simple au double. Clochards ivres morts devant le Kaisers, Roumaines qui arpentent Checkpoint Charlie en posant inlassablement la même question avec le même ton, la même voix, le regard vide de ceux dont l’espoir et la foi en l’autre ont disparu depuis belle lurette: Speak English? Autre variante, les vendeurs de billets de métro pré-utilisés, à la sauvette, pour un euro, que tout le monde connaît, qui sont là, fidèles à leur poste, auxquels on s’habitue vite: après tout, une économie de 1,30, quel Berlinois saurait le refuser ad vitam eternam…Il y a aussi les nettoyeurs de vitres un peu plus bas sur la Friedrich., qui forcent leur chemin comme tous leurs comparses du monde, et ces automobilistes qui ne savent plus comment dire non, voire comment établir un semblant de conversation, si par hasard l’envie leur en prend. Les chanteurs de métro, sur la U1 en particulier, qui eux réussissent encore à déclencher des échanges entre passagers et animer un peu les coeurs: et qu’on danse, et qu’on rie, le jeudi soir, le samedi soir, sur les dernières stations, en direction de Warschauerstr. Toute cette misère, Berlin la connaît depuis la nuit des temps et vit avec, vous donnant parfois l’impression d’être comme un vieux manteau que vous aimez bien, mais qui va bientôt craquer sous le poids des années…Tous ces gens nouveaux, toute cette richesse qui afflue, Berlin saura-t-il l’intégrer pour garder son ouverture d’esprit sur la misère…? Pas si sûr, en tous cas je suis bien curieuse de voir ce que cela va donner. Comparé à mon expérience parisienne, on dirait bien que la chaleur humaine est ici un peu plus développée envers les plus démunis. RDV devant les Volksküche au printemps si vous en doutez.

Fin de la parenthèse généraliste, je voulais vous parler du Strassenfeger. Littéralement: le balayeur, au sens de balayeur de rues. Et une belle allusion à un concept télévisuel assez juteux, sur lequel vous pouvez en apprendre plus en allant par . Qu’est-ce que c’est? Un journal berlinois édité par une association qui cherche à réintégrer les plus pauvres par le travail. Voilà le numéro que j’ai acheté:

Strassenfeger- Mars 2011

L’idée est d’éditer un journal mensuel pour 1,50 euros. 90 centimes sont réservés au vendeur, le vendeur pouvant a priori être n’importe qui, et étant dans les faits la plupart du temps un SDF, voire un bénéficiaire de Harz IV. Vous vous souvenez de la dernière fois que vous avez vu un type avec un journal dans le métro…? Actuellement, il y aurait quelques 850 vendeurs sur Berlin et le Brandenburg, pour quelques 21 000 exemplaires vendus par an. Les chiffres proviennent de la page officielle de l’organisation que vous trouverez ici. J’espère avoir mal compris le propos, sinon ça donne un peu froid dans le dos: quelques 25 exemplaires vendus par personne et par an, soit un gain de 23 euros par personne et par an- de quoi décourager pas mal de monde, à mon sens. Pour 3,5 millions d’habitants sur Berlin (chiffres d’octobre 2010). Dommage pour une si belle initiative, non?

Comble de l’ironie, l’association Mob. eV, Obdachlose machen mobil, est située en plein Prenzlauerberg, un des quartiers les plus embourgeoisés ces dernières années.  Pas étonnant de retrouver le point de vente le plus proche sur Senefelderplatz, mais pas étonnant non plus de voir les résultats locaux, quasi nuls. Un vendeur de Strassenfeger devant un Bioladen, un vent plus que frais, des gens épuisés par leur semaine de travail qui n’ont pas remarqué ou pas voulu remarquer le SDF transi devant la sortie, quand ils ont les bras chargés de leurs courses et des soucis plus immédiats en tête. En ce qui me concerne, il a fallu un sacré coup de hasard pour que je vienne à l’idée d’acheter mon Strassenfeger…Et dire qu’en plus, c’est Carême pour beaucoup de monde, et que le plus dur n’est pas de donner quelques sous, mais de trouver l’attitude « normale » lors de l’achat: froideur? ton amical? neutralité? Dites-moi que je ne suis pas la seule à oser me poser la question. Dites-moi que cette indifférence  gênée que j’affiche comme tout le monde, probablement 25 jours sur 30 chaque mois, n’est pas quelque chose de normal. Il y a bien quelque chose qu’on peut faire pour réchauffer au moins les coeurs, non? Le pire, pour moi, ce n’est pas la misère, c’est certainement cette impression de devenir transparent, d’attendre que quelqu’un nous remarque, quelque soit la bonne volonté qu’on investisse. Une journée sans un regard et sans une parole, voilà ce que doit être l’enfer pour un de ces vendeurs.

Et vous, au quotidien, vous y pensez à faire face à la pauvreté? Quelle est votre façon de voir les choses et de combattre cette indifférence…? Bon sur ce, il me reste à le lire, ce Strassenfeger. Il parle d’intégration, en un sens ça concerne aussi les expats’ ;)

Fichu accent

16: 04. L’heure est solennelle, j’appelle Vatenfall.

Bip.

Petite musique et blabla habituel de Vatenfall.

- Guten Tag, mein Name ist Heike T., was kann ich für Sie tun?

- Guten Tag. Also ich würde gern Kunden werden.

-

- Hallo? Hören Sie mich?

- …. Ja.

- Ich würde gern Kunden bei Euch werden.

- Es tut mir leid, das ist gar nicht möglich.

- Errr, wieso nicht?

- Na ja, Vatenfall ist ein Stromanbieter. Mehr nicht.

- Ja, das weiss ich. Genau deswegen rufe ich Sie an.

- Ich kann aber Ihren Anruf wegen dieser Anfrage nicht berücksichtigen. Sowas wird bei uns nicht gemacht. Kunden können nur Kunden sein, wie soll ich das erklären, na ja…

- Ich würde doch gerne Strom kriegen!! Einen Vertrag eröffnen!!

- Asoooooooooooo, Kunden weeeerDen, nicht weeeeeeeeeeerBen, ich verstehe schon (elle rigole, moi aussi). Alles klar. Ich brauche dann Ihren Vorname und Ihren Name bitte.

- Gerne. Vorname: Pauline (et je prends soin de le dire à l’allemande: Paoooolinnn), Name…

- Wie? Praline?

- NEIN. Pauline.

- Ich verstehe Sie nicht, tut mir leid.

- (très calme) Ich wiederhole. Paoooolinnnn. Also: P wie Peter. A wie…wie…wie…(se concentrer pour ne pas sortir le prénom qui me vient à l’esprit) Anton, U wie Uwe, L wie Lise, I wie Imke, N wie Noelia, E wie…Elke. Paoooolinnn.

- Also, PaoooolinnnEEE.

- Ja, genau das.

Il y a des jours, je crois qu’il faudrait enregistrer mes conversations. Du haut vol, mais qu’est-ce que je peux rigoler, en même temps :)

Elan de nostalgie

17 janvier 2011, je quitte Kreuzberg pour aller vers un autre quartier de Berlin. Un quartier in. Un quartier qui me plaît. Pour aller dans un bel appart’ dans lequel je m’imagine pouvoir rester un peu, contrairement aux précédents. Il fait beau, j’ai 50 000 choses à faire, je suis comme une petite fille qui va décorer une maison de poupée. Je dis adieu au temporaire, et pourtant quelque chose cloche. L’air porte un avant-goût de printemps, les couples réapparaissent dans les rues, je vois les choses comme si elles étaient un peu magiques, suspendues dans le temps. Mais alors…?

Le fait est. Je quitte Kreuzberg et j’ai l’impression de le trahir. Les rues que je traverse me manquent déjà, je porte un adieu  silencieux comme un manteau trop lourd. Peut-être est-ce aussi un peu de peur, un peu d’appréhension devant un nouveau commencement. Au meilleur Kebab que je connaisse, le vendeur habituel n’est pas là. Mon Hausmeister ne se montre pas. Les gens travaillent, les rues sont tranquilles, le Görlitzer Park silencieux.

Je retraverserai ces rues, je viendrai faire la fête ici ou profiter d’un grill, j’irai dans les mêmes magasins. Tout ça, je le sais déjà. Mais une partie de moi  crie silencieusement. Le Kreuzberg qui m’a accueilli, le Kreuzberg où j’ai vécu presque 2 ans et où je suis devenue une personne plus forte, plus affirmée, je le quitte.  Quelque chose ici m’a nourri de sa plénitude. Le calme. Les rues larges. La verdure. Les bars à chaque coin de rue. Le mélange des cultures, des langues, le sentiment d’être à ma place tout en pouvant choisir l’anonymat…Il va falloir que je fasse mes racines ailleurs, de l’autre côté de la Spree. Dans un quartier dont j’ai rêvé, mais qui est différent à tous les plans. 20 minutes à vélo, et le sentiment de perdre quelque chose. C’est absurde, et pourtant terriblement vrai.

Demain, j’aurai déjà oublié cette impression. Je voulais simplement m’arrêter un peu, poser des mots sur ce que je ressens maintenant, et le partager. Jamais aucun déménagement ne m’a fait cet effet. L’excitation devant le nouveau, et la nostalgie profonde de ce que je suis en train de quitter. J’ai quitté mon pays, j’ai laissé ma famille et mes amis dans une autre ville, loin, je me suis arrachée de mon socle. Je me demande souvent comment serait ma vie sans ce départ de France, si les choses ne seraient pas plus simples, plus évidentes. Mais jamais je n’ai ressenti quelque chose d’aussi nuancé et pourtant si fort pour un endroit où j’ai vécu. Un peu de tristesse, une once de joie, un brin d’appréhension, une pincée de regret…quelque chose se joue en moi. Comme une petite ode à Kreuzberg, mon premier « chez moi » allemand.

Voeux 2011

Je souhaite à tous les lecteurs de ce blog

une très belle année 2011/ ein schönes neues Jahr

Vous ne l’attendiez pas ce post, si?! :)

Non je ne vous ferai pas l’insulte de vous demander si vous avez la gueule de bois…

Que tous vos voeux (enfin un maximum, soyons réalistes, hein :) ) se réalisent. Plein de bonheur (rien que ça), pas de froussardise. Je ne sais pas si le mot existe, du moins en dehors de mon babillage, mais je souhaite que cette année soit une année où on ose:

  • être soi, affirmer ce qu’on aime, affirmer ce qu’on veut -ça c’était pour le développement personnel,
  • assumer ses objectifs, avoir des ambitions et des tripes- ça c’était pour le développement professionnel,
  • manger quand on a faim à sa faim et qu’on le peut (vive l’anti-régime) ,
  • se faire plaisir sans -trop- penser à nos économies-pour-dans-30-ans (ça c’est pour lutter contre notre côté radin intrinsèque),
  • prendre son travail à bras le corps et l’apprécier pour ce qu’il est,
  • être fier de sa famille et de ses amis, et le leur faire savoir à l’occasion,
  • rêver,
  • reconnaître ses peurs et se donner les moyens d’y faire face,
  • prendre le temps, parce qu’on a qu’une vie, une seule année 2011, et parce qu’on le mérite,
  • dans le même ordre d’idée, faire une seule chose à la fois et avec UNE SEULE chose en tête, bref faire face au stress head on

Je vous souhaite aussi et surtout de découvrir des tas de choses tous les jours, de rester curieux, par principe, parce qu’il n’y a rien de plus triste que de considérer a priori que le monde en 2011 ne peut que nous emm…ennuyer. Et que non, la curiosité n’est pas un vilain défaut, de même que la gourmandise: il y a une grosse différence entre se mêler de ce qui ne nous regarde pas et s’intéresser au monde qui nous entoure, entre manger pour s’occuper et apprécier la nourriture qu’on a à disposition… La différence, ça s’appelle la spontanéité, l’appréciation (du moins à mes yeux, et j’ai bien l’impression que l’Allemagne m’en a encore plus convaincue en 2010). Je vous souhaite donc à tous de prendre le temps d’apprécier les choses et les gens que vous avez envie d’aimer/ de rencontrer en 2011 et de vous donner les moyens d’en rater aussi peu que possible.

A nous de faire en sorte que l’année soit belle, en France, en Allemagne, partout. Pour ma part j’ai des centaines de bonnes choses qui m’attendent en 2011 et j’ai déjà une petite idée de certaines d’entre elles. Pour ce qui est du blog, je vous confirme que je vais continuer à sévir par le biais d’articles sur des choses plus ou moins poussiéreuses (cultivons-nous sauvagement) et sur  le franco-allemand tel que je le vis tous les jours à Berlin, bref vous allez pouvoir lire des posts savoureux sur le quark et les gâteaux, Bavarois par exemple, (je précise que certains comprendront ces propos mieux que d’autres) les choses que j’apprécie en Allemagne, parce que je prends un certain plaisir à venir ici régulièrement exprimer ce que m’inspire mon Wahlheimat :) .

Au plaisir de lire vos comments en 2011!

PS: pour des raisons indépendantes de ma volonté, le rythme d’actualisation du blog risque d’être plus lent en janvier…je fais ce que je peux, on verra bien ;)