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L’hiver arrive: réjouissons-nous

Non, non, ce titre ne se veut pas du tout provocateur…Par le froid qui traîne déjà, j’ai attrapé un grippe assez solide, je cherche donc à me redonner au moins le moral en vue de cet hiver qui s’annonce comme le précédent: froid. Gris. Mais surtout: long.

J’aime les défis et j’ai envie de lutter face à cette adversité: on va donc tenter de trouver 10 bonnes raisons de se réjouir de l’arrivée de la nouvelle saison en lieu et place de l’automne berlinois (quoique ça s’est un peu réchauffé pendant que je cédais du terrain face au virus). Prêts…?

1. L’hiver allemand est synonyme de marché de Noël. Qui dit marché de Noël dit ambiance festive, vin chaud, gauffres et quarktaschen (oui, le nom semble barbare, pourtant Dieu que c’est bon quand on aime le quark…). ça dit aussi enfants à profusion. Les enfants, c’est une chose rare dans les rues ou les parcs en Allemagne, Paris me manque entre autres pour cela: ses hordes d’enfants joyeux. Donc, vivement les marchés de Noël.

2. Le froid est un excellent prétexte pour sortir ses accessoires en laine. Bonnets, pulls, écharpes colorés, ornés de motifs qui nous rappellent les vacances en montagne ou les classes de neige où on habillait les bonhommes de neige entre deux séances de luge…ici les offres sont plus sympathiques et il y a de la marge de manoeuvre- même les cafés s’y mettent (il y a  même des bars spécialisés, apparemment: les strickcafés). J’adore!

3. On voit arriver Noël et les vacances à grands pas. Rien de mieux pour tenir face à l’adversité et au climat que de se dire qu’on va pouvoir faire des stocks de bonne humeur et remmener un bout de France dans sa valise (ou d’ailleurs, hein, je parle de moi mais bon, pas de discrimination ici). Une heure d’avion et des patates pour un vrai plaisir à l’arrivée, dans les deux sens: on (moi) fonce à la boulangerie se payer une vraie baguette ou alors et puis on (je) s’offre un Stollen! Que demande le peuple?!

4. En hiver, mange ce qu’il te plaît. Bon, je sais il y a des limites suite au point précédent (ah ça suffit comme ça!) mais pouvoir se cuisiner quelque chose de bon sans complexe, je crois bien qu’il n’y a que l’hiver qu’on peut faire ça. Tartiflette, fondue, tourte, gratin, soupe, spätzle, brühe…selon les goûts et les origines ça varie, mais l’idée de base reste la même.

5. Hiver= neige. Ici, à tous les coups. Peut-être très peu si on a pas de chance, mais quand même. D’ailleurs vous avez déjà remarqué cet étrange pouvoir de la neige? Avant qu’elle ne tombe, l’atmosphère est facilement électrique, mais une fois qu’elle tombe…tout est magique. Un VRAI bonheur à regarder. Je ne suis jamais aussi calme que lors des premières chutes de neige, on dirait qu’elle pose un voile de pureté et d’apaisement sur la ville. J’étais heureuse comme une gamine l’année dernière, je le serai aussi cette année, si, si!

6. En hiver, on dort bien (à moins d’avoir un problème de chauffage, mais ça c’est une autre histoire). On se réapprovisionne en couettes, couvertures, draps, coussins ou on les redécouvre avec un plaisir de gamin. Et on peut à nouveau établir une théorie sur lequel des deux, lit à la française avec draps ou lit à l’allemande avec sa séparation centrale et couettes, est le plus adapté pour tenir l’hiver. Oh bonheur.

7. On peut redécouvrir les contes et les traditions de chaque pays. Au programme pour moi cette année: en savoir plus sur les contes spécifiquement berlinois. Il y a bien sûr Max und Moritz dont je compte vous parler (billet en cours) mais tant d’autres que j’ignore…Sous forme de livre ou de films. A noter d’ailleurs que le régime communiste a laissé un héritage plutôt riche en versions filmées des contes germaniques…semble-t-il de bonne qualité, puisqu’ils arrivent à être commercialisés jusqu’à aujourd’hui. Trois noisettes pour Cendrillon est un de ces films et il est absolument in-ra-table pour tous les fans de contes de fées (ou plutôt devrais-je dire toutes les fans?)

8. Qui dit hiver dit fêtes. Dans tous les sens du terme. Fêtes religieuses pour les croyants, fêtes traditionnelles pour tous et  fêtes « normales » pour tous ceux qui le souhaitent- en gros la majorité ;). Si on va prendre un verre quelque part, il faut aussi avoir le courage de ressortir. A moins d’avoir une vraie obligation derrière, je reste. Toujours. C’est un principe. Moralité: les pots hivernaux chez les amis se finissent en général par une soirée improvisée jusqu’à ce que l’horloge nous sonne à l’oreille. Et ça, ça me plaît.

9. Hiver= ski. J’ai beau ne pas être allée au ski depuis l’an 916, l’idée ne me sort pas de la tête à l’approche du grand froid Peut-être que cette année je vais me laisser tenter. République tchèque, Autriche, Suisse…que des nouvelles pistes à découvrir en tous les cas. A voir!

10. Last but not least: c’est en hiver que les jours recommencent à rallonger! Si, je vous promets!  Sérieusement, s’il y a un plaisir pendant cette saison, c’est bien celui-ci: quand on sait que la fin est proche et qu’on commence à le ressentir…Les quelques minutes de soleil en plus qu’on remarque progressivement, les oiseaux qui recommencent à chanter et dont je m’amuse à repérer les caches avant tout le monde…J’ai adoré l’année dernière et je vais adorer cette année. A tous les coups.

Alors, convaincus…? Et vous c’est quoi vos secrets pour résister à l’hiver?

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Pourquoi veut-on tant voir Berlin?

Pas de doute, s’il y a une ville en Allemagne qui attire en ce moment, c’est bien Berlin…Effet de mode, ville branchée, jeune, pas chère…La capitale germanique a la cotte.

Côté allemand, Berlin est plutôt mal vue. Ses habitants passent pour des gens arrogants, froids, distants. Le taux de chômage est très haut, le contrôle social faible (vous savez cette manie qu’ont certaines personnes de s’immiscer dans vos affaires pour que vous fassiez les choses à leur manière? C’est ça que j’entends par « contrôle social ». ça peut être la voisine qui vérifie derrière vous que vous faites bien le tri sélectif, comme les gens qui critiquent le look des autres en les croisant dans la rue…). Et il y a une forte minorité turque…je ne vous refais pas la théorie Sarrasin, mais les Turcs en Allemagne…on ne peut pas dire qu’ils soient bien vus, hélas.

Bref: pour un Allemand, une ville attractive, c’est une ville de l’Ouest (et d’une!), voire une petite ville « à taille humaine ». Hambourg, Munich, Stuttgart… un Allemand commencera par vous parler d’elles, puis des villes secondaires, parfois de l’Est, selon votre interlocuteur. Dresde, Leipzig, par exemple.

Reste que nous les Français, on ne voit visiblement pas les choses de la même manière. Avec 30 000 ressortissants ici au bas mot, oui, on peut dire que la ville nous plaît…et quelque chose me dit que je n’ai pas fini d’entendre du Français dans la rue.

A force de m’interroger, j’ai fini par trouver quelques raisons pour lesquelles cette ville nous attire tant:

1. On raisonne sur des modèles différents, les Allemands et nous. Le fédéralisme versus la centralisation, ça vous dit quelque chose?  Après plusieurs mois passés ici, je commence tout juste à prendre la mesure de ce que cela signifie. En termes d’attractivité, de renommé d’une ville, à peu près le jour et la nuit. En France, qu’on l’aime ou non, on pense très souvent Paris et le reste. Cette prédominance parisienne laisse sa trace partout: dans les trajets des trains qui commencent tout juste à évoluer pour éviter un passage absurde par la capitale, dans les activités culturelles (musées, grands théâtres…sont à Paris. En Allemagne, Stuttgart et Hambourg se défendent suffisamment pour être vues comme les meilleures villes pour la musique). Ou encore dans les expressions courantes (« se faire limoger »= se faire envoyer à Limoges, inaccessible depuis Paris dans son sens d’origine; « avoir une mentalité provinciale »…). Cette prédominance est tellement importante qu’elle nous imprègne parfois à notre insu.

Bilan des courses par rapport à mon propos? Eh bien, pour un Français, a priori, les choses sont similaires en Allemagne- personne ne nous a  vraiment expliqué les subtilités qu’il y a derrière le mot « fédéralisme« . Bien entendu, en ce qui me concerne, je savais que d’autres villes étaient plus attractives (Munich par exemple). Mais en bonne Française, j’ai pensé que les trois mois que j’allais passer en Allemagne, mieux valait les passer dans une capitale que je ne connaissais pas encore que dans une ville secondaire, même si tout à fait dynamique par ailleurs- mea culpa, maintenant j’ai compris… Bref: je ne pense pas faire figure d’exception, loin de là.

2. Berlin, c’est pas cher. Facile de s’installer: les colocations sont faciles à trouver (compter entre 250 et 400 euros pour une chambre en plein centre-ville), le discount est presque une religion…pas difficile ici de vivre avec des petits moyens. Parmi les gens qui sont attirés par le rayonnement de cette ville, il y a par conséquent beaucoup d’artistes: musiciens, écrivains, peintres…Facile de venir aussi: les compagnies low-cost sont là, à Schönefeld.

3. Un dynamisme culturel. Je ne parle pas spécifiquement de culture « haut de gamme »- musées & co- qui existe ici aussi, mais plutôt de ce foisonnement d’initiatives qui existe ici. Ce sont des centaines de petits projets qui naissent tous les jours- vite éclos, souvent vite avortés, mais toujours au rendez-vous, éphémères comme la vie d’un papillon. Tous ces artistes qui vivent ici produisent une vie culturelle active dont les formes surprennent au coin d’une rue, par leur forme, par le mode d’expression choisie. Graffitis, peintures murales, looks alternatifs, musique d’exploration, appelez ça comme vous voulez: au fond, on en revient toujours à l’idée que la créativité et ses conséquences ici, ça vole dans l’air…

4. Son histoire. La réunification, le nazisme…qu’on le veuille ou non, ce sont des thématiques qui plaisent en particulier aux Français (pas convaincus? Faites une comparaison internet entre les retombées des 20 ans de la réunification entre les sites français et allemands…). Berlin est LA ville qui réunit à nos yeux tous les pans de cette histoire trouble. C’est à Berlin qu’il y a les traces du Mur, c’est encore à Berlin qu’il y a eu le bunker hitlérien…Je pense que cette mémoire est quelque chose qui joue dans nos perceptions, sinon dans nos ambitions touristiques ou de déménagement.

Sinon…il reste sans doute plein de raisons auxquelles je n’ai pas encore pensé. La question reste ouverte au débat!

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Au pays des machines

Avez- vous déjà remarqué l’expression « allumer la machine » en Français? Ca ne vous a jamais semblé imprécis? Sinon, il faut que vous en débattiez avec les Allemands autour de vous…

En effet, en Allemagne, il y a dans la mesure du possible une machine pour tout. Dire « allumer la machine » n’a pas de sens: on vous demandera bien de laquelle vous voulez parler… Une machine à couper le pain à table, une machine à vaisselle et une machine à café bien sûr, une machine à couper les pommes en morceaux de taille exactement équivalente, sans parler de la récurrente brosse à dents électrique, des automates de la vie extérieure…et il reste tous ces ustensiles étranges qui ne vous viendraient même pas à l’esprit en rêve. Pas vraiment des machines, mais pas vraiment des objets auxquels on penserait spontanément en France. Par exemple le pique-oeuf (Eierpiekser), pour être absolument certains qu’un oeuf dur cuira sans se briser…

Moralité? Les Allemands font une confiance folle à la technique et plus généralement aux outils. La technique surpasse la faiblesse humaine, elle est zuverlässig…fiable comme le veulent nos amis allemands. En d’autres mots, c’est exactement le contraire de nous: nous avons une peur très française d’être des pions dans un système (commercial, étatique, administratif, que sais-je encore…) et nous nous faisons plus confiance à l’humain qu’à un système anonyme. Les Allemands, c’est l’inverse: l’humain est source de malentendu, d’imperfections, d’erreurs.Alors on fait confiance à un système travaillé pour devenir précis comme une horloge.

Cette fascination allemande, vous la retrouverez partout: en voulant acheter un billet de train ou de métro, en voulant retirer votre argent, en faisant la cuisine, dans les horaires toujours respectés des trains (j »en reparlerai, de la précision des trains…on rencontre parfois des gens dont l’occupation principale vous laisse…pensif).

Par conséquent, tout le rapport que nous avons avec les objets, nous les Français, est complètement ignoré: le pain qu’on rompt au repas du soir ou du midi, oublié. Le  jus de fruit frais pressé main, oublié. La pâte à tarte faite à l’ancienne, oubliée- on vous taxera même de ce bon vieil argument selon lequel ce n’est pas hygiénique.

Idem pour le rapport humain: il ne faut plus compter sur le guichetier pour votre carte mensuelle, sauf si vraiment vous avez du temps. et si vraiment vous êtes  dans un station importante (amusez-vous donc à repérer les guichets ici). Battez-vous avec la machine moderne, programmée pour refuser tout billet jugé « trop important ». Rien ne m’énerve plus quand je suis à court de petite monnaie: je veux un billet à 2,60, la machine me refuse mon billet de 5 euros. Je veux m’acheter une carte mensuelle, la machine me refuse fréquemment les 4 billets de 20 (prix d’un abonnement ici: 72 euros). Pratique. Surtout quand on sait qu’un même automate cumule rarement les avantages inouïs d’accepter pièces, billets ET carte bancaire. Ca fait partie des petites choses qui pimentent mon quotidien- et qui d’ailleurs me poussent à prendre mon vélo ;)

Et ce n’est pas toujours simple de s’adapter, mine de rien- la routine, les attentes les plus évidentes, c’est ce qu’il y a de plus dur à changer. Quand on a pas la même routine et les mêmes réflexes que les autres, dur de se mettre subitement à suivre…Mais c’est aussi une belle leçon de vie de voir que tout n’est pas comme chez soi et que tout n’est pas « évident ». Et ça, je ne pouvais l’apprendre qu’ici!

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