Category Archives: Bouquins et films

Lecture à thème: La femme de midi

La femme de midi est un roman paru en Allemagne en 2007, où il a connu un succès immédiat. Il a notamment reçu le prix du Deutscher Buchpreis, la plus belle récompense littéraire allemande.

Qu’est-ce que ça raconte?

L’histoire d’une femme aux origines juives, qui naît avant la première guerre mondiale, est pourvue d’une mère folle et d’une soeur sans doute un peu trop aimante. Helene est surdouée, belle, mal aimée. Elle passe à travers l’époque comme un navire sans capitaine.

Le livre commence avec l’abandon de son fils dans une gare, à la fin de la guerre. Peter attend des heures durant une mère qui ne revient pas, une mère qui lui semblait l’aimer. Passé ce prologue, le roman se concentre sur la vie d’Helene, comme pour expliquer ce geste par les vestiges de son passé. Cela démarre en Lusace, à Bautzen, entre un père fou d’amour et une femme  »étrangère » que les gens n’aiment pas, qui ne communique plus avec personne et collectionne les objets. Helene grandit avec sa soeur Martha, n’a qu’elle pour seule famille, et seulement son intelligence pour se sortir de toutes les situations. Le père part malgré lui à la guerre, la mère se recroqueville dans sa chambre, Helene ne sait pas quel sens donner à tout cela. Elle place tous ses espoirs dans ses aptitudes et en Martha, son seul repère d’enfant, la seule qui semble lui donner un peu d’amour.

Tout au long du livre, il y aura l’obsession de faire quelque chose de cette intelligence, et de ce rapport pour le moins ambigu avec Martha. L’aimer, la voir se donner à d’autres, tenter de faire des études d’abord pour la surpasser, puis pour faire comme elle, la voir ruiner sa santé, accepter d’être son ombre, tomber amoureuse et quitter Martha, perdre cet amour, vouloir revenir vers Martha, la chercher: voilà ce que raconte le livre. La vie d’un personnage qui a comme point de départ et de retour Martha. A se demander si cette femme de midi, ce n’est pas elle.

En d’autres termes, ce qu’il faut comprendre est que ce livre n’est pas un énième livre sur la période sombre du nazisme, mais l’histoire de deux soeurs menacées par la folie, qui ne tiennent que grâce à l’existence de l’autre. L’époque est une toile de fond, il n’y a pas cette touche dramatique habituelle: les choses sont comme elles sont, on est face à la vie brute, telle qu’elle est ressentie par des personnages qui sont d’abord préoccupés par leur avenir immédiat, l’argent qui ne rentre pas, la vie de bohême berlinoise, le travail à trouver, les gens à aimer, les gens à soigner. L’horreur, la peur de l’avenir, la peur de savoir, sont des données refoulées de façon très réalistes. C’est précisément cet aspect qui m’a parlé.

J’aurais cependant du mal à porter un verdict final sur ce livre qui sent un peu trop le romancier débutant. C’est exactement le contraire de ce qui s’est passé avec Döblin et Berlin Alexanderplatz.

Chez Döblin, le niveau est si élevé qu’il sacrifie les trois quarts de ses lecteurs dans les 50 premières pages. Le style est tellement travaillé que l’on voit d’abord des fautes de langue, quand on est en train de relire un passage de la Bible ou une réécriture de Dante savamment remaquillés par l’auteur en un babillage berlinois destiné à peindre une humanité brute, littéralement idiote et franchement repoussante. On suppose la non-maîtrise involontaire du style, on ne comprend pas où le roman mène, on ne ressent aucune sympathie pour les personnages et l’on se débat pour comprendre où peut bien être le chef d’oeuvre promis. C’est seulement à la faveur d’un petit miracle que l’on peut comprendre l’esprit du roman, qui n’est ni fait pour les gens qui n’ont pas de vraie culture ciblée ou d’affinité littéraire, ni pour ceux qui sont venus chercher une histoire sans autre conséquence, ni pour ceux qui n’ont aucune patience. Ce livre me travaille encore, des mois après l’avoir lu. Il m’a fallu être bloquée dans un train pour réussir à passer le cap de ces 50 pages et enfin entrer dans le texte à ne plus pouvoir le lâcher. J’envisage sérieusement de le relire. Toutes proportions gardées, il est en cela assez proche de l’écriture alambiquée de Flaubert, où on a l’impression que la vie de Frédéric, dans L’éducation sentimentale, est d’un ennui mortel. Or c’est tout le contraire, et on y revient dès que l’on a compris cela. Plusieurs fois. Il y a un côté magnétique à certaines oeuvres.

Mais je m’égare. Dans La femme de midi, au contraire, rien de similaire. Il n’y a absolument aucune prétention au chef d’oeuvre, ni aucune lutte pour le lecteur aux premières pages. On entre dans l’histoire comme on boit du petit-lait. C’est une histoire, point. L’écriture est agréable, le propos séduit d’emblée, les relations étranges des personnages intéressent. On veut comprendre, on s’attache à Helene, on la plaint, on l’admire. Les personnages de cette mère de plus en plus folle, complètement déconnectée de la réalité, de ce père ivre d’amour et aveugle à ses filles, ils ont un côté fascinant. Le début du roman est happant. Je n’ai pas lâché le livre avant 150 pages.

Seulement, passée cette phase d’entrée en matière, on commence à sentir poindre une petite déception. Trop de promesses tuent le roman. L’écriture que l’on trouvait agréable devient un peu mièvre, un brin surannée, les longueurs apparaissent, les personnages ne sont plus si finement analysés. Je me suis surprise à lire en diagonale, à attendre le prochain rebondissement, à guetter les sentiments d’Helene au détour d’une scène de la vie quotidienne, faute de comprendre la portée de tout cela. Ce personnage si parlant au début du livre devient difficile à suivre, même si la lecture est facile. Il y a dans tout ça un peu trop d’efforts de l’auteur pour maintenir le niveau, et stylistique, et en ce qui concerne les événements. On referme le livre en se demandant quelle conclusion en tirer, malgré le talent indéniable de l’auteur. Un roman vite lu, qui a des raisons d’avoir du succès, qui dans l’ensemble m’a plu, mais dont je n’arrive pas à le qualifier d’excellent: drôle d’impression. Peut-être essaye-t-il trop de plaire à son public. C’est sans doute la raison pour laquelle les critiques que j’ai trouvées par ailleurs sont si partagées, tantôt dithyrambiques, tantôt très négatives.

Bientôt d’autres critiques. En 2012, visiblement, je lis comme jamais.

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Lecture à thème: Une femme à Berlin

Aujourd’hui, séquence Arte avec un livre sur la prise de Berlin au début 1945…

Une femme à Berlin est un témoignage historique, rédigé sur le vif, des quelques semaines entourant la prise de Berlin par l’armée soviétique. Âmes sensibles s’abstenir, le ton est rude et le propos peu joyeux. Dans une ville en ruines, livrée à elle-même, privée d’eau, de nourriture, d’informations, les derniers Berlinois essayent de survivre dans un chaos sans nom. Ce sont quelques déserteurs cachés dans les caves ou aux combles, des nazis convaincus et un peu fous, des réfugiés de Prusse orientale annonçant par avance les malheurs à venir, et surtout une écrasante majorité de femmes ayant à faire face à l’évidence: qu’elles le veuillent ou non, elles seront violées, affamées et impuissantes. Il y a celles qui en tirent parti et survivent, et les autres. Le journal relate donc les derniers jours dans les caves, la faim, les relations avec les Russes, les colocations surgies de nulle part avec de parfaits inconnus, l’attitude collective face au viol, la perte de tout repères, puis le lent retour à la vie, du retour de l’eau courante au respect soudain de la propriété privée.

Quel est l’intérêt du livre? Pour moi, surtout dans les vérités intemporelles qu’il donne sur les Berlinois ainsi que les clefs pour comprendre les traumatismes sociaux amenés par la défaite nazie. Sa réception par le public allemand, ou plus précisément l’histoire de son accueil local, est également un point intéressant. L’auteur, anonyme, n’a pas sa langue dans sa poche, et elle met le doigt sur des vérités trop dures à entendre pour une société d’après-guerre ne survivant que grâce à l’oubli volontaire. Ce qu’elle décrit, ce sont des Berlinois qui n’ont que cette phrase à la bouche pour tout accepter, tout subir: tout ça, c’est au Führer qu’on le doit. Une phrase de propagande qui se retourne contre son créateur pour décrire l’horreur et la peur du lendemain. Les hommes allemands sont absents, impuissants, privé de tout moyen d’action. Les femmes subissent, en tirent parti, cherchent les officiers pour obtenir une protection, se débrouillent. Quand elles ne perdent pas la raison.

Le texte a été publié à la suite d’un hasard, les relations de son auteur dans le milieu éditorial y ayant largement aidé. C’est d’abord en anglais qu’il est publié, puis dans un ensemble de langues, à la fin des années 50. Le seul endroit où ça ne marche pas, c’est en Allemagne: sa publication en 1957 est considérée comme un étalage d’immoralité et largement condamné. L’auteur, depuis son anonymat, décide de ne plus autoriser de nouvelles publications en langue allemande avant sa mort. Ce qui nous mène en 2001. Là, les choses commencent lentement à bouger: l’oubli n’est plus à la mode, les derniers témoins historiques se font rares, les langues se délient sur les exactions soviétiques. La publication est donc remise à l’ordre du jour, cette fois avec un vrai succès.

De la personne derrière le texte, nous ne savons rien ou presque, même si des théories existent. Ce que l’on peut déduire du texte est qu’il s’agit d’une femme issue d’un milieu social assez élevé, ayant étudié et voyagé, et probablement une solide expérience de journaliste qui semble être passé en dehors du spectre de la presse officielle. Elle a une trentaine d’années, elle est cultivée et volontaire, s’exprime en russe et en français, est capable de porter une analyse pointue sur son époque. Le reste est assez classique: une Berlinoise qui n’a d’autre choix que de passer de cave en cave au fur à mesure des bombardements, puis une femme sur laquelle se jettent des soldats inconnus, puis quelqu’un qui revient à la vie. En tous les cas, ce n’est pas l’esprit critique  ou visionnaire qui lui manque:

En sortant du magasin, nous avons vu passer un camion qui transportait des troupes allemandes; avec des miroirs rouges, c’est donc la défense antiaérienne. Ils roulaient en direction de la ville, s’éloignaient de nous pour rejoindre le centre. Les hommes étaient assis en silence, regardaient fixement devant eux. Une femme les a interpellés:  »Vous foutez le camp? » Pas de réponse. Nous nous sommes regardées en haussant les épaules. Puis la femme a dit.  »Après tout, ce sont des pauvres diables. »

A l’époque, je me faisais constamment la remarque suivante: mon sentiment, le sentiment de toutes les femmes à l’égard des hommes, était en train de changer. Ils nous font pitié, nous apparaissent affaiblis, misérables. Le sexe faible. Chez les femmes, une espèce de déception collective couve sous la surface. Le monde nazi dominé par les hommes, glorifiant l’homme fort, vacille- et avec lui le mythe de l »’Homme ». Dans les guerres d’antan, les hommes pouvaient se prévaloir du privilège de donner la mort et de la recevoir au nom de la patrie. Aujourd’hui, nous, les femmes, nous partageons ce privilège. Et cela nous transforme, nous confère plus d’aplomb. A la fin de cette guerre-ci, à côté des nombreuses défaites, il y aura aussi la défaite des hommes en tant que sexe.

Ce livre laisse un goût amer et donne envie de savoir comment a eu lieu la lente mutation vers le silence et l’oubli. De ces quelques semaines suivant le siège, on apprend que les traumatismes ont été surmontés par la catharsis: parler sauve. Raconter, encore et encore, est l’unique chance de survivre dans ce monde déréglé.  La chance de Berlin, ça a été que rien n’a été fait de façon isolée. Tout le monde sait et tout le monde en parle. Mais cette parole devra un jour cesser. Ce jour est celui du retour du soldat, l’élément extérieur, justement celui qui n’était pas là, qui ne sait rien. Il va falloir taire les sacrifices et les horreurs subies pour éviter l’opprobe. Très bientôt, la population, d’ailleurs  subitement passée du statut de Volk à celui de Bevölkerung, devra surmonter le traumatisme en affectant la perte de mémoire. Quel destin pour ceux qui ne le peuvent pas?

Lire une autre critique ici.

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De la langue allemande

L’autre jour, je prenais gentiment un vin chaud avec une amie portugaise au marché de Noël. Cette fille parle à peu près couramment les langues suivantes: anglais, allemand, espagnol, italien. Et bien entendu portugais. De quoi la faire se retourner toutes les deux secondes dans une foule bigarrée de touristes qui pensent que personne ne comprend rien à ce qu’ils disent et qui sont encore en train de se demander où est Marcel.

Un peu vexée lassée de l’entendre me traduire en français chaque chose qu’un sombre estranger évoluant à moins de 2 mètres de mon vin chaud pouvait bien élucubrer sur Marcel et Jasmine, je lui demande COMMENT elle a appris tout ça. A commencer par l’allemand. Et elle, tout naturellement, avec son accent chantant:

Ah bah oui tu sais je pense que venir dans un pays c’est bon.

En clair dans le texte, et après vérification pour chacune des langues: vous vous pointez sur place et voilà. C’est en effet d’une simplicité enfantine.

J’avais certes oublié qu’elle avait 30 ans, soit 3 ans de barroudage de plus que moi. Sauf que je ne me vois pas tout quitter pour aller m’expatrier à Porto ou à Kuala Lumpur sans maîtriser un seul mot. Encore moins dans les 3 ans qui suivent. Je serais plutôt du genre à apprendre une langue dans mon coin et envisager des choses après, longtemps après. Comme je l’ai fait par exemple pour l’allemand. J’ai été prise au jeu de la langue de Goethe, par son pragmatisme et son côté très précis qui dégage de la gemütlichkeit dans chacune de ses tournures. Quelque chose qui est aux antipodes de l’opinion de mon amie Béatha.

Ah bah non pour moi l’Allemand c’est pas une langue belle, j’aime pas. Pour moi en fait une langue c’est un outil simplement.

Pas très romantique tout cela. J’en viens à me dire que la seule raison pour laquelle je suis capable d’aimer cette langue et de passer pour un ovni aux yeux de tous les autres polyglottes présents sur cette terre, c’est que j’ai eu la chance de mettre la main sur des bouquins qui m’ont transmis le potentiel de cette langue. On peut en faire un simple outil, certes. L’allemand au boulot, pas marrant tous les jours. L’allemand avec le copain berlinois, chaotique, surtout s’il a l’accent local. L’allemand des bouquins par contre…Je me demande si ce n’est pas ça qui donne cette mauvaise réputation à l’allemand: une langue qui passe difficilement en musique, ou dans toute forme de culture facilement consommable, facilement accessible. On ne peut pas dire que le German cool soit favorisé par Tokio Hotel ou par le soleil de la Baltique. Et je commence tout juste à comprendre en quoi mon engouement pour cette langue est désarçonnant.

Une petite sélection de bouquins de ma mémoire pour donner envie, du simple point de vue de la langue (attention je mets un peu tous les niveaux en même temps):

- Der Zug war pünktlich, Heinrich Böll

- Scherbenpark, Alina Bronsky,

- Kalter Hund, Karin Reschke

- Die Verwandlung, Kafka.

- Fräulein Else, Arthur Schnitzler.

- Der Vorleser, Bernhard Schlink.

Et vous si vous aimez cette langue ça vous vient d’où?!

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Lecture à thème: Kalter Hund

Aujourd’hui, revue sur un nouveau titre en allemand: Kalter Hund, de Karin Reschke. Le livre est paru courant 2009 aux éditions Weissbooks.

Quelques mots sur Weissbooks: une toute petite maison d’édition créée fin 2007 par deux grands éditeurs échappés d’un groupe assez connu. Anya Schutzbach et Rainer Weiss, les anciens chefs marketing et programme de Suhrkamp, ont monté leur propre maison à Francfort pour faire vivre les livres tels qu’ils les aiment. Et cela se voit quand on les rencontre, comme dans les distinctions qu’ils obtiennent.  Ils savent communiquer, ils savent donner envie, partager leur passion. « Newcomer des Jahres  » pour la foire de Leipzig 2009, « Gründerpreis » décerné par la ville de Francfort. Je suis prête à parier qu’on entendra encore parler d’eux.

Karin Reschke fait partie des derniers écrivains allemands originaires de Prusse Orientale. Le livre est en fait presque un roman personnel, et c’est surtout de ce point de vue que cela m’a paru intéressant à lire. Page après page, on découvre comment les Allemands de Prusse ont recréé leurs vies dans un Berlin d’après-guerre, divisé, triste et animé par les fantômes du passé. Au milieu de tout cela, des velléités politiques et de la verlorene heimat, il y a la jeunesse qui tente de vivre et de s’épanouir. Rose est la fille d’un couple divorcé, il lui est interdit de voir son père, avec lequel elle a un contact privilégié. Avec le temps, et dans le plus grand secret, la relation reprend. Pendant que la famille amputée par le passé et par la perte de ce père mène une existence indifférente au présent, Rose vit portée au rythme des rendez-vous paternels. On voit Berlin à travers les yeux d’une enfant qui grandit dans une ville en ruines, progressivement écartelée entre deux camps, animée par des retours inattendus au goût bien amer.

Pourquoi ce titre? Le Kalter Hund est un gâteau facile à préparer, symbole des temps de pénurie évoqués dans le livre. Un peu oublié par les Wessies, ce gâteau reste très populaire en ex-RDA, où on pouvait le faire sans difficultés avec les ingrédients disponibles à la vente. Flo en a donné la recette ici. Pour tous les flemmards, ils en vendent aussi à Netto (et ailleurs, certainement…). C’est bon pour l’hiver (suivez mon regard).

Pour la langue: assez accessible, dans la mesure où le roman est l’histoire d’un enfant. Les dernières pages de l’adulte sont elles aussi assez simples d’accès- à mon avis. En tous cas c’est un vrai plaisir à lire, je vais probablement aller piocher dans les autres titres de Karin Reschke très bientôt.

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Lecture à thème: Berlin Alexanderplatz

J’ai enfin fini la lecture d’un livre dont je voulais vous parler depuis longtemps ici.

Bon j’avoue qu’une partie du problème tient à sa taille (plus de 600 pages en poche), au fait que je n’hiberne plus et donc consacre moins de temps à mon blog et à la lecture…Ok. Mais il y a aussi autre chose: c’est un roman très dense, et pour moi un chef d’oeuvre déroutant auquel je ne m’attendais absolument pas. Je l’ai acheté sur un coup de tête, par simple curiosité, suite à l’appel du titre qui me disait (très) vaguement quelque chose…

Qu’est-ce que ça raconte? Eh bien, en soi, rien de bien excitant. C’est l’histoire d’un nul, à Berlin, à la fin des années 20. L’histoire d’un petit délinquant/ truand un peu balourd, pas fin psychologue, maquereau à ses heures, parfois un brin meurtrier. Mais en un sens, le roman ne raconte rien. Il décrit la médiocrité humaine, la bêtise des sentiments, la lâcheté et l’absurdité. En ce sens, on peut le rapprocher de Voyage au bout de la nuit. A ceci près que la leçon sur l’humain n’y est pas aussi présente. Chez Céline, si on a bien compris la portée du livre, on le referme et on se dit que l’humanisme est souhaitable, mais ne sert à rien. Chez Döblin, on a simplement lu une histoire.

Dans Berlin Alexanderplatz, tout a lieu dans la maîtrise de la langue. Je me demande d’ailleurs si le fait que le roman ait été retraduit seulement récemment n’est pas l’une des raisons pour laquelle le livre est si peu connu en France. On se sent happé par le style. Dans la nouvelle traduction,  l’influence du Berlinois est nettement présente, ainsi que celle du langage populaire, voire celle de la folie de ces années 20. Le dialogue est déconstruit, rebelle et extrêmement vif. Plus vous progressez dans la lecture, plus vous êtes pris dans le jeu: quelle scène l’auteur cherche-t-il à faire revivre ou détourner? Franz a-t-il un coeur? Qu’attendent les personnages de la vie? Et ainsi de suite…

Au-delà de ces considérations intellectuelles sur le style choisi (et le brio du traducteur), je me suis surprise à y trouver des clés sur le Berlin d’aujourd’hui, un peu à tous les niveaux. Il y a par exemple la description magistrale des anciens abattoirs de Berlin, dont j’ai par la suite trouvé trace via le blog de David par cet article et qui valent le coup d’oeil. Ou alors ces allusions à l’Alexanderplatz elle-même, les travaux qui l’agitent à l’époque et qui ressemblent singulièrement à ceux d’aujourd’hui. Des scènes prises sur le vif dans le Zeitungsviertel où se situent tant d’entreprises aujourd’hui, vers la Zimmerstr. et le Spittelmarkt de facon plus générale. Sur un plan plus difficile à analyser ou expliquer, les personnages vous semblent familiers dans leurs expressions ou leurs attitudes…un peu comme si le langage berlinois portait une ambiance qui n’avait pas changé dans la ville depuis 1929. Il y a aussi toutes ces allusions historiques, tous cette attention portée mine de rien vers l’agitation politique et le bouillonnement absurde des idées…en lisant ce livre, on a également l’impression que l’histoire de Berlin sur les dix années à venir est là, concentrée et comme en attente.

Un autre avis ici.

En résumé: un roman fataliste, pas forcément recommandable pour ceux qui lisent peu habituellement, de par son côté pavé…mais un très bon livre pour quiconque aime Berlin et cherche à comprendre son passé, voire son présent. Et à mon avis un chef d’oeuvre qu’on peut lire plusieurs fois de suite!

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A propos des manuels scolaires…devinette

Amis des vieux bouquins, bonjour…Vous allez être servis aujourd’hui, sous forme de devinette avec lot à l’appui.

J’ai entrepris des fouilles dans notre bibliothèque familiale, du reste déjà bien connue. J’ai fouiné dans les manuels scolaires et cahiers d’écolier sdu temps jadis, en me délectant de la qualité de la langue écrite au début du siècle… Et je suis tombée sur une perle en la matière. Cette langue un peu niaise, un peu improbable, à la façon comtesse de Ségur, le tout dans un petit livre sehr charmant…j’adore.

J’en reviens à mon propos: quel livre ai-je bien pu ressortir aujourd’hui des  armoires de Mère-Grand, sachant que:

- il date de 1877 et a été utilisé comme livre de lecture courante pour enfants jusque 1950 environ

- c’est un pilier de l’éducation façon IIIème République, tiré à 6 millions d’exemplaires

- il y a bien entendu un rapport, dans le sens historique, avec le propos de mon blog, à savoir le franco-allemand. Je ne vous cacherai donc rien: c’est un livre qui dit très clairement que la France, c’est bien, et qui laisse comprendre assez clairement aussi que l’Allemagne, c’est mal. Ah bah tiens.

- il raconte l’histoire d’enfants sillonnant la France et découvrant des choses de la vie (comment on fait le beurre, la vertu de l’hygiène, les merveilles de la France qui incontestablement n’a pas son pareil * ironie consommée par rapport à certains passages, on a parfois l’impression que seule la France a des fleuves, vaches etc.*)

Pour la petite histoire, j’ai découvert ce livre ou plutôt son titre au hasard de la préparation d’un examen de culture gé- donc il y a au moins 500 ans. Et peu de monde semblant connaître ce monument de passéisme, j’ai été aux nouvelles chez les archives de mes grands-parents, qui m’ont fourni deux exemplaires, certes en morceaux, mais délectables. J’adore pour le côté bonhomme, pour les clichés si naïfs (plus naïfs, on meurt, même Mickey Mouse n’y est jamais allé aussi fort. Etre gentil, c’est bien, vous étiez au courant :)? ), pour les clefs historiques que ça donne.

Je crois que les livres et les films influencent les gens parce qu’ils donnent une interprétation au réel. Je crois que les faits, juste les faits, c’est une donnée sèche qui n’explique rien.  Je doute sérieusement qu’un Bordelais, en 1869, aurait crié au scandale s’il avait su qu’on allait perdre l’Alsace-Lorraine 10 mois plus tard (il aurait franchement rigolé, en fait: Napoléon III, perdre? Et concrètement, où serait le problème?). Par contre son fils en 1890, il y a des chances que ça lui importe un peu plus, au point de vouloir tâter du Prussien sur champ de bataille…Alors pourquoi? Réponse, méthode: rien de mieux pour fouiner dans le passé que de tomber sur un best-seller oublié et de se laisser guider par le chant d’une sirène poussiéreuse…

Quand on lit ce livre en particulier, on comprend un peu du racisme et ultra-patriotisme assumé de nos grands-parents ou arrières grands-parents et pourquoi il était si difficile à combattre.  Quand on naît dedans, que personne ne vient à l’idée que ce ne soit pas évident, comment en arriver à comprendre les choses d’un autre point de vue? Il faut un sacré culot , une sacrée clairvoyance pour penser à contre-courant de l’ensemble de sa société…

On comprend aussi d’où est venu ce départ populaire « la fleur au fusil » pour la première guerre mondiale et pourquoi personne n’a vraiment tenté de stopper l’engrenage du début de la guerre. Et la comparaison des différentes versions donne un bel aperçu de l’art de diffuser une idéologie politique via l’éducation…Etre catholique, ne pas être catholique. Avoir l’Alsace-Lorraine ou ne pas l’avoir.  Parler de la guerre ou ne pas en parler.  Penser « en bon Français » ou en « mauvais Français »…avec ce que ça implique.

Je suis d’ailleurs en train de me demander quelle dose de pré-pensés imprègne nos manuels et nos idées, actuellement. Comment réagiront nos arrières petits enfants en lisant nos livres, en découvrant le fond de nos valeurs? Nous n’avons plus de livres voulus idéologiquement que celui-ci, on est tous d’accord. Mais quelles sont nos idées communément acceptées qui dans 100 ans seront désuetes ou absurdes? La donne, aujourd’hui, c’est en gros (je dis bien « en gros ») d’être pro-Européen, ouvert au monde et aux découvertes culturelles. Et si demain c’était autre chose?

J’aimerais découvrir l’équivalent de ce titre en Allemagne, il y a forcément quelque chose…Quoiqu’il en soit, histoire de ré-enfoncer quelques portes ouvertes: c’est fou ce qu’on a comme chance de vivre aujourd’hui et de pouvoir critiquer les croyances populaires de nos grands-parents et aïeux (amis des portes ouvertes, je vous avais prévenus).

Pour en revenir à nos moutons, j’ai cherché une édition en poche (et moderne s’il vous plaît!), que j’offre à la première personne qui trouve la bonne réponse via les commentaires: de quel livre s’agit-il? Et si personne ne trouve, ça va barder, j’ai déjà quelques idées de mesures punitives :)

Je vous prépare un pot pourri des citations les plus éloquentes et mon avis sur le total, pourquoi j’aime, pourquoi j’aime pas. En attendant: à vos méninges et mères-grands au besoin!

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Lecture: Tour de Franz

Depuis quelques années, c’est la fête aux livres qui donnent les impressions des étrangers installés dans un nouveau pays. Il y a bien sûr A year in the merde de Stephen Clerk, mais il y a aussi tous ces livres qui prennent le temps de faire une vraie comparaison culturelle. Ou alors tous ceux qui prennent le chose sur le plan de l’humour. En Allemagne, les versions romancées de la vie de certains Ausländer ont un franc succès. Si vous ne connaissez pas encore, foncez vers Maria, ihm schmeckt’s nicht de Jan Weiler. Et non, le livre n’a rien à voir avec le film en termes de qualité. Il s’agit des aventures d’un Italien installé en Allemagne- ça vous paraîtra sans doute souvent exagéré, voire inimaginable (en France, je ne pense pas qu’on aurait choisi le même ton). En tous cas c’est vraiment…köstklich! Je me réserve le droit de revenir sur ce livre, d’ailleurs :)

Mais aujourd’hui, je voulais parler d’une autre de mes découvertes:

De quoi ça parle?

Cécile Calla est journaliste, correspondante du Monde à Berlin. Elle s’y est installée il y a quelques années et explique en courtes chroniques les différences culturelles les plus perturbantes pour les nouveaux arrivants telles qu’elle les a vécues. On parle donc de choses qui arrivent aux expat’ à Berlin: étonnement devant la culture du grill, incompréhension devant la fascination très allemande pour l’Italie, difficulté à comprendre l’humour allemand, sentiment de perdition dans les relations amoureuses…un peu de tout, un peu dans tous les sens, avec beaucoup de légèreté et des scènes qui parlent d’elles-mêmes.

J’ai beaucoup aimé le franc-parler de l’auteur et ses petits exemples toujours bien trouvés. Je ne suis pas forcément d’accord sur tout, mais je m’y retrouve assez dans ces étonnements perpétuels. Et le livre me permet aussi de comprendre deux-trois petites choses qui m’ont échappées jusqu’ici.

En bonus: enfin un livre en allemand d’un niveau assez simple. Je ne sais pas trop à quoi ça tient, mais cette fois-ci je n’ai pas eu à me faire violence pour avancer dans la lecture. A bon entendeur…!

Vous trouvez ça en poche chez Ullstein, par .

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Les auteurs français en Allemagne

La francophilie, vous y croyez encore…? Si ce n’est plus le cas, venez à Berlin et faites une petite enquête: nous avons encore quelques fans…

Première preuve: l’intérêt pour la langue, dont j’ai déjà parlé un peu ici. Beaucoup parlent un peu (voire très bien!) le Français, beaucoup veulent l’apprendre…

Deuxième preuve: l’étalage des librairies. On trouve énormément d’auteurs français classiques et modernes traduits ici- vous avez certainement vu un peu partout des éditions Reclam de nos auteurs classiques ou remarqué le succès (assez surprenant d’ailleurs) d’Astérix. J’ai travaillé pour une maison d’édition berlinoise il y a un an et j’ai eu l’occasion d’en apprendre un peu plus sur le sujet.

Alors, pourquoi un tel intérêt?

Eh bien, en partie en raison du passé communiste de la RDA. Imaginez ce que c’était à l’Est pour avoir l’autorisation de publier un livre politiquement correct…et cherchez quel pays occidental, des années 50 à la fin des années 80, a pu avoir pléthore d’écrivains d’obédience communiste. Sartre, Camus, Merle, Marc Bernard…Certains sont complètement oubliés chez nous et pourtant très connus ici…Ca n’a rien d’un hasard: ils passaient la censure, tout simplement.Pour les auteurs classiques, beaucoup d’entre eux sont passés pour des précurseurs inconnus (y compris d’eux-mêmes, d’ailleurs) de l’idéologie marxiste. Hugo et Zola en sont les deux exemples les plus frappants. Mon Hausmeister me parle aussi sans se lasser des oeuvres de Balzac, il les connaît mieux que moi alors que j’ai fait des études de littérature: le monde à l’envers …:)

Une des caractéristiques de la RDA est d’avoir été un Etat très avancé sur le plan culturel…je ne peux bien évidemment pas le vérifier, mais c’est effectivement l’impression que j’en ai. Tout le monde lisait, tout le monde se cultivait, me disent des gens qui sont de la génération de mes parents…les livres français passaient pour l’une des rares littératures autorisées de qualité.

Si on prend le cas de Robert Merle, la chose est particulièrement frappante. Un peu (hélas…) oubliée en France ces dernières années, son oeuvre a peu de lecteurs en Allemagne de l’Ouest. En revanche, à Berlin l’année dernière, la venue de Pierre Merle, son fils, a été très suivie- je me demande si on a vu autant de monde ici à une lecture publique depuis cette fois-là?!

La littérature française ayant tendance ces derniers temps à devenir de plus en plus « personnelle » (centrée sur le « moi » et les crises existentielles), les choses commencent à bouger un peu. En effet, une des caractéristiques du lectorat germanique, contrairement au lectorat français, est de chercher l’action, le suspens. Par conséquent, les auteurs français qui rencontrent un franc succès ici sont de plus en plus des auteurs de polars ou de thrillers. Fred Vargas au premier rang d’entre eux, avec les très beaux succès éditoriaux d’Aufbau pour ses derniers romans, comme Der Verbotene Ort (Un lien incertain).

Je suis bien curieuse de voir comment les choses vont évoluer…notre littérature dans son ensemble va-t-elle réussir à rester à la hauteur des attentes allemandes?

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Der kleine Nick

Aujourd’hui sort en Allemagne un film que j’ai attendu (et raté) en France: Le petit Nicolas. Qu’on appelle ici « Der kleine Nick« .

Je viens de voir que le Berliner Morgen Post d’aujourd’hui en avait fait une critique élogieuse…de quoi me relancer sur  l’idée d’aller le voir. Vous aurez donc sûrement un petit compte-rendu (« Bericht », comme ils disent ici) dans quelques jours.

De manière générale, il me semble qu’ici les films français sont très bien accueillis, voire même attendus. Bienvenue chez les chtis a été un vrai succès, je ne compte plus les Allemands qui m’en ont parlé spontanément (apparemment l’accent ch’ti aurait été doublé avec un accent spécifique en Allemand – belge? je ne sais plus: à vérifier…) et nous avons apparemment un vrai fan club. Surprenant non? Bon allez, on va pas s’en plaindre :)

En ce qui concerne le livre en soi, vous le trouverez ici sans difficulté. C’est même un très bon moyen d’apprendre la langue! Il y a un an et des poussières, je suis allée à Tübingen (on ne peut pas dire qu’il y ait grand chose là-bas, je me souviens surtout des…librairies…ummmm) et j’ai vu plusieurs petits livres de Reclam sur Der kleine Nick pour les Allemands désireux d’apprendre le français de façon ludique. Voyez plutôt, que demande le peuple!?

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