Category Archives: Culture

Humours croisés sur Derrick

En ce moment, on fait dans les grandes découvertes culturelles sur ce blog…

Découverte de la semaine, je ne pouvais pas ne pas en parler ici:


Vidéo découverte sur ce blog d’expat. J’aime bien le coup de « 281 épisodes et pas une seule scène d’action » :). Ma grand-mère et les vôtres appréciaient sans doute précisément pour cette raison.

On disait bien que l’humour, ce n’était pas vraiment quelque chose d’universel ou d’évident, non? Heureuse de voir que ça n’existe pas que dans un sens, visiblement cela ne fait pas rire du tout la demoiselle qui ne saisit pas l’absurdité de la chose…En allant vérifier le wiki allemand, section « Parodies et Hommages », on constate qu’il y a également de la parodie de Derrick sur territoire allemand, mais pas forcément opéré de la même façon.

On va tenter de récapituler calmement…

Côté français:

Cf. la vidéo précédente faite suite à la mort de Horst Tappert et pas très sympa sur le fond, et les petites piques de nos films à la série: une petite réplique par ci, par là, dans Les Visiteurs, des sketchs plus ou moins oubliés, et certainement des tas de choses que j’ignore.

Côté allemand:

Et sans doute des tas d’autres choses. Comme d’hab, je ne suis pas sûre de saisir l’humour de cette vidéo. C’est long, c’est exagéré, mais ça en fait au moins rire deux-trois, des Allemands ;). Il paraît qu’en plus c’est super connu. Vous en riez jusqu’à quel degré, vous?

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A propos des manuels scolaires…devinette

Amis des vieux bouquins, bonjour…Vous allez être servis aujourd’hui, sous forme de devinette avec lot à l’appui.

J’ai entrepris des fouilles dans notre bibliothèque familiale, du reste déjà bien connue. J’ai fouiné dans les manuels scolaires et cahiers d’écolier sdu temps jadis, en me délectant de la qualité de la langue écrite au début du siècle… Et je suis tombée sur une perle en la matière. Cette langue un peu niaise, un peu improbable, à la façon comtesse de Ségur, le tout dans un petit livre sehr charmant…j’adore.

J’en reviens à mon propos: quel livre ai-je bien pu ressortir aujourd’hui des  armoires de Mère-Grand, sachant que:

- il date de 1877 et a été utilisé comme livre de lecture courante pour enfants jusque 1950 environ

- c’est un pilier de l’éducation façon IIIème République, tiré à 6 millions d’exemplaires

- il y a bien entendu un rapport, dans le sens historique, avec le propos de mon blog, à savoir le franco-allemand. Je ne vous cacherai donc rien: c’est un livre qui dit très clairement que la France, c’est bien, et qui laisse comprendre assez clairement aussi que l’Allemagne, c’est mal. Ah bah tiens.

- il raconte l’histoire d’enfants sillonnant la France et découvrant des choses de la vie (comment on fait le beurre, la vertu de l’hygiène, les merveilles de la France qui incontestablement n’a pas son pareil * ironie consommée par rapport à certains passages, on a parfois l’impression que seule la France a des fleuves, vaches etc.*)

Pour la petite histoire, j’ai découvert ce livre ou plutôt son titre au hasard de la préparation d’un examen de culture gé- donc il y a au moins 500 ans. Et peu de monde semblant connaître ce monument de passéisme, j’ai été aux nouvelles chez les archives de mes grands-parents, qui m’ont fourni deux exemplaires, certes en morceaux, mais délectables. J’adore pour le côté bonhomme, pour les clichés si naïfs (plus naïfs, on meurt, même Mickey Mouse n’y est jamais allé aussi fort. Etre gentil, c’est bien, vous étiez au courant :)? ), pour les clefs historiques que ça donne.

Je crois que les livres et les films influencent les gens parce qu’ils donnent une interprétation au réel. Je crois que les faits, juste les faits, c’est une donnée sèche qui n’explique rien.  Je doute sérieusement qu’un Bordelais, en 1869, aurait crié au scandale s’il avait su qu’on allait perdre l’Alsace-Lorraine 10 mois plus tard (il aurait franchement rigolé, en fait: Napoléon III, perdre? Et concrètement, où serait le problème?). Par contre son fils en 1890, il y a des chances que ça lui importe un peu plus, au point de vouloir tâter du Prussien sur champ de bataille…Alors pourquoi? Réponse, méthode: rien de mieux pour fouiner dans le passé que de tomber sur un best-seller oublié et de se laisser guider par le chant d’une sirène poussiéreuse…

Quand on lit ce livre en particulier, on comprend un peu du racisme et ultra-patriotisme assumé de nos grands-parents ou arrières grands-parents et pourquoi il était si difficile à combattre.  Quand on naît dedans, que personne ne vient à l’idée que ce ne soit pas évident, comment en arriver à comprendre les choses d’un autre point de vue? Il faut un sacré culot , une sacrée clairvoyance pour penser à contre-courant de l’ensemble de sa société…

On comprend aussi d’où est venu ce départ populaire « la fleur au fusil » pour la première guerre mondiale et pourquoi personne n’a vraiment tenté de stopper l’engrenage du début de la guerre. Et la comparaison des différentes versions donne un bel aperçu de l’art de diffuser une idéologie politique via l’éducation…Etre catholique, ne pas être catholique. Avoir l’Alsace-Lorraine ou ne pas l’avoir.  Parler de la guerre ou ne pas en parler.  Penser « en bon Français » ou en « mauvais Français »…avec ce que ça implique.

Je suis d’ailleurs en train de me demander quelle dose de pré-pensés imprègne nos manuels et nos idées, actuellement. Comment réagiront nos arrières petits enfants en lisant nos livres, en découvrant le fond de nos valeurs? Nous n’avons plus de livres voulus idéologiquement que celui-ci, on est tous d’accord. Mais quelles sont nos idées communément acceptées qui dans 100 ans seront désuetes ou absurdes? La donne, aujourd’hui, c’est en gros (je dis bien « en gros ») d’être pro-Européen, ouvert au monde et aux découvertes culturelles. Et si demain c’était autre chose?

J’aimerais découvrir l’équivalent de ce titre en Allemagne, il y a forcément quelque chose…Quoiqu’il en soit, histoire de ré-enfoncer quelques portes ouvertes: c’est fou ce qu’on a comme chance de vivre aujourd’hui et de pouvoir critiquer les croyances populaires de nos grands-parents et aïeux (amis des portes ouvertes, je vous avais prévenus).

Pour en revenir à nos moutons, j’ai cherché une édition en poche (et moderne s’il vous plaît!), que j’offre à la première personne qui trouve la bonne réponse via les commentaires: de quel livre s’agit-il? Et si personne ne trouve, ça va barder, j’ai déjà quelques idées de mesures punitives :)

Je vous prépare un pot pourri des citations les plus éloquentes et mon avis sur le total, pourquoi j’aime, pourquoi j’aime pas. En attendant: à vos méninges et mères-grands au besoin!

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La magie du Noël allemand

Ou quelques raisons d’aimer la période hivernale…

Il y a un certain nombre de « petites » choses qui contribuent à faire de la période de l’Avent quelque chose de magique ici, au moins à mes yeux. Peut-être que la tradition me saute plus aux yeux parce qu’elle prend des formes qui me surprennent, peut-être aussi que je suis séduite par le côté « exotique » des festivités…Toujours est-il que je ne me lasse pas de cette période de fin d’année, malgré le froid, et malgré le manque de lumière (me demande si la dépression saisonnière ne cherche pas à m’ajouter à son tableau de chasse en me volant toute forme de dynamisme…manque de bol pour elle, la mauvaise herbe a la dent dure et un allié naturel: le pain d’épice :)).

Donc, qu’y a-t-il de si merveilleux ici?

  • Des marchés de Noël bourrés de monde, avec des vins chauds trooooooooooop bons, des Quarkbällchen hors de prix, et des stands bien sympathiques tous les deux mètres. Soit on décide d’ignorer fièrement l’offre et ses avances diaboliques, et on finit légèrement pompette en bavardant l’air de rien avec ses amis. Soit on observe attentivement l’offre toujours aussi diabolique et on craint sérieusement pour son porte-monnaie en faisant la (re)découverte d’objets fascinants. En ce qui me concerne, ça a donné ça: Vu vendredi soir avec l’amie Catherine, j’ai fait une fixette tout le week-end sur l’objet en question, vendu 10 euros. Dommage que je n’ai pas de tapis à taper, ça m’aurait bien tenté de l’acheter le bidule, une fois son utilité comprise…


  • Des sucreries partout et une exagération alimentaire tolérée par tout le monde (sauf peut-être votre mère), au motif que quand-il-fait-froid-le-corps-doit-avoir-des-réserves-graisseuses-en-plus. Donc ça donne: Lebkuchen (qu’est-ce que c’est bon, même vendu en sachet chez Edeka…), Baumkuchen (qu’est-ce que c’est bon tout court), Stollen (il faut absolument que je trouve un vrai faiseur qui les fait à l’ancienne: sous format de 2 kg mi-ni-mum), Plätzchen (je compte bien m’incruster chez les bonnes cuisinières parmi mes amies…). A tous ceux qui ne savent pas ce que c’est les Plätzchen, je dis: pauvres de vous. D’abord vous pouvez aller voir par si vous comprenez le germanique avancé. Ensuite vous pouvez ouvrir les yeux dans les susdits marchés de Noël et voir le nombre de minis-moules à gâteaux vendus de façon industrielle et avec des formes surprenantes, en tirer vos propres conclusions (mon prochain investissement est clair…). Dernière mesure: griller le nombre de pâtisseries qui proposent aux enfants de venir apprendre à les faire sur place, notamment le troisième dimanche de l’Avent. Ou vous faire inviter dans une famille allemande pour comprendre la magie de la chose (et dire adieu à toute forme de régime).
  • Respirer l’ambiance contes de Noël, neige, cadeaux et fête aux lampions. Les rues et les fenêtres se couvrent de décorations (normal me direz-vous, on a ça aussi en France et ailleurs. Je sais. Mais ici ça prend la forme de Lichtbogen et autres décorations à base de bois et de bougies ou similis bougies). La neige crisse sous les pieds, au lieu de se transformer en souplette qui vous fait attraper froid sans vous avoir mis de bon poil auparavant. On vous parle de Frau Holle, et vous dites « Mais c’est qui celle-là? ». Géniale occasion de découvrir un conte d’Europe centrale/ des frères Grimm (vous choisissez ce qui vous paraît le plus socialement politiquement correct). Si vous connaissez déjà, il reste la possibilité de blaguer sur son compte, notamment sur sa très probable découverte récente d’Ikea avec les conséquences que nous connaissons tous (avec un ou deux vins chauds dans le nez, je vous assure que cette théorie offre des possibilités de conversation très, mais alors très larges).

Bon, on parlait de Lebkuchen, c’est bien ça ;)?

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Contes de Noël: Cendrillon, façon DDR

Ca y est, c’est officiel: il fait tellement froid que je ressens le besoin de me calfeutrer chez moi et de savourer des contes, sous forme écrite ou en version filmée. Et bien entendu, je me concentre sur du franco-allemand.

Soyons honnête: chaque année je suis énervée par les théories unilatérales selon lesquelles d’entre nous et eux, seuls les Allemands disposent d’un vrai capital de contes pour enfants. Je vais donc partir dans une théorie franco-allemande, vous pouvez tout de suite aller voir la partie concernant le film en fin d’article si cela vous inspire un peu plus.

L’idée selon laquelle nous n’avons pas de contes propres est fausse, seulement c’est difficile à prouver sans un petit retour en arrière (j’avoue que je ne sais pas nous défendre en direct, ok…Ferais mieux cette année! Notamment grâce à ce post qui me force à lister les arguments ^^). Ce blog étant aussi là pour ça, je profite de l’occasion pour montrer que nous avons aussi de quoi faire. A bon entendeur…

Donc, pour mettre fin à ce débat franco-allemand latent au fond de moi-même et peut être de certains lecteurs:

Les contes, côté français, comme le nom l’indique (« ra-conter »), ce sont d’abord des récits oraux, savamment racontés lors des veillées paysannes qui ont quasiment disparus avec l’urbanisation.  Ils sont faits pour être entendus, cela peut encore se ressentir à la structure de certains (drame en trois actes, avec tension finale, voir par exemple La Barbe bleue. Sous la mise en forme de Perrault, il y a  à mon avis bien autre chose à relever…notamment que c’est fait pour un auditoire!). A un moment ou un autre, des nantis de la cour s’inquiètent de la disparition progressive de ces  récits et se chargent de les coucher sur le papier avec un style relevé. Cela donne le fantastique Cabinet des fées, première « vraie » tentative de sauvegarde de ce patrimoine (courant XVIIIème, si ma mémoire est bonne), après la mode précieuse (fin XVIIème) pour les sauvegarder. Il y a une très belle compilation du Cabinet des fées disponible chez Picquier (très conséquente, aussi), ça peut être un beau cadeau de Noël familial. Je dis ça comme ça, et peut-être aussi parce que j’aurais rêvé de pouvoir avoir ça à partager entre cousins et grands-parents à Noël ;). Si ça vous intéresse, c’est par .

Bref vous m’aurez comprise: les contes français existent bien, et toc. Perrault, le Cabinet des fées, Mademoiselle L’Héritier, Dumas, Nerval, Zola, la comtesse de Ségur (je vous assure qu’elle en a écrit!!) ne comptent pas pour du beurre. Seulement, très souvent, cela relève de l’exercice littéraire et uniquement de celui-ci. On réécrit le conte, on le redécouvre et on le met à disposition d’un public déjà averti qui savoure ses subtilités et juge de son style en fin connaisseur de la langue.

En Allemagne, à l’inverse, les contes mis à disposition du grand public par des connaisseurs des légendes populaires le sont à une période historique assez marquée. Prenez les frères Grimm: ils n’écrivent pas à un moment anodin, et ils ne le font pas d’une façon innocente. Ils collectionnent et rédigent des contes qualifiés de  spécifiquement allemands (on est en plein au moment où notre Bonaparte national -prenez l’expression comme vous le voulez- pousse les peuples européens à se trouver une identité, l’Allemagne en tête…) Et ils le font précisément à la période à laquelle le concept d’enfance s’impose dans les mentalités. J’en ai d’ailleurs touché un mot avec l’histoire du mot « bébé » ici. Ce sont des contes qui sont jusqu’ici porteurs d’une identité claire et d’un message précis: adressés aux enfants. De là à tirer la conclusion que ces contes ont un but éducatif…Alors que nous, eh bien non. Encore une façon de se démarquer, ahlalala ces Français! :)

Bon, je suppose que vous aurez compris mon message et que je peux passer au coeur de mon propos. Pas trop tôt, me direz vous. Je vous entends.

Il y a ici des traditions télévisuelles assez marquées pour les fêtes. Je vous épargne le couplet sur Sissi et ses éternels remakes, je le réserve à un jour improbable de grande fièvre. Par contre je ne vais pas vous épargner avec Trois noisettes pour Cendrillon (Drei Haselnüsse für Aschenbrödel).

Qu’est-ce que c’est?

  • Un film des années 70, avec le style incroyable et improbable des années 70 (allez voir un peu ces costumes! du tonnerre en boule comme diraient certains…ou pas)
  • issu d’une collaboration RDA- Tchécoslovaquie (pardon, impossible de retrouver le nom officiel de l’Etat soviétique de l’époque…). Il y a peut-être un peu de Pologne là-dedans aussi, je ne suis plus très sûre de moi. Lecteurs amis de la langue de Goethe, vous pouvez aller le vérifier sur cette superbe fanpage si le coeur vous en dit.
  • né d’un conte tchèque dont je n’ai pas jamais entendu parler jusqu’ici, de même que son auteur, inconnue au bataillon. Qu’à cela ne tienne: cultivons-nous sauvagement.  Il s’agit d’une des variantes slaves du conte que nous connaissons tous.
  • une référence allemande absolue, du moins à l’Est. Je vous assure: le film passe chaque année de façon réglementaire à la télé et il est regardé de façon quasiment religieuse. Pas moyen d’y couper si vous vivez ici, ce sera votre destin. Autant vous y faire tout de suite. En plus, vous risquez d’aimer.

Personnellement, j’aime: la musique (paraît-il célèbre), la version du conte (beaucoup moins cruelle et interprétable que celle que nous connaissons tous), les paysages neigeux, les dialogues (ah cette simplicité), les animaux partout présents comme des gardiens et tellement plus fiables au fond que les humains…Et aussi le fait qu’on voit un peu de Moritzburg (château près de Dresde) au passage.

Je vous laisse avec un petit trailer inofficiel…

PS: je n’ai pas trouvé ce DVD en vente en France… Appel à témoin: si quelqu’un sait où le trouver en version française, merci de m’en avertir…ça ferait un bien joli cadeau.

Pour tous les fans de contes, vous pouvez aussi investir dans cet autre livre de contes spécifiquement français en allant voir par . Je le recommande fortement!

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Abrégé de Kreuzberg

Une fois n’est pas coutume sur un blog censé parler de Berlin, je vais vous parler de…Berlin. Ahem, ça arrive à des gens très bien vous savez :)

Plus sérieusement: entre deux urgences de ma vie trépidante (sentiment de perdition face à l’immensité depuis quelques temps, seul le Quark pourrait me consoler, à la limite), je tente de lire en allemand. Qui plus est des choses intelligentes. Ce qui n’est pas gagné. Bref.

Donc: j’ai mis la main sur un bouquin édité par la Berlin Story Verlag. Du sérieux quoi. Vous pouvez voir à quoi ça ressemble plus en détails ici. Pour être honnête je vais sans doute prendre des mois pour aller jusqu’au bout- non pas que le propos ne soit pas intéressant (au contraire!!) mais que je suis trop (pré-)occupée par d’autres choses pour pouvoir me concentrer longtemps sur ce type de lecture…hélas. En tous cas je ne peux que vous le recommander si ce type de bouquin vous intéresse, il est vraiment très bien fait!

En croisant ce que j’ai appris de ce bouquin jusqu’ici, ce que m’ont expliqué mes amis allemands et ce que j’ai grapillé ici et là, j’ai acquis deux-trois infos qui me plaisent et je voulais les partager à ma manière:

- Sur le plan sociologique, Kreuzberg est depuis ses origines un vrai phénomène. C’est un quartier d’immigration et d’émigration. Ce que je veux dire par là? C’est un endroit où quasiment personne ne naît ET ne meurt. C’est l’endroit où arrivent (jusqu’ici…) les étrangers qui y restent, 5, 6 ans, avant de s’installer ailleurs dans la ville, s’ils y restent. Et si vous y réfléchissez bien, les noms des stations de métro parlent d’eux-mêmes: Kottbusser Tor, Schlesischer Tor (entraînez-vous à le dire très  très vite et plusieurs fois à la suite :))…des portes. Les anciennes portes de la ville qui marquaient la limite entre la Ville et le « reste du monde ».

- Kreuzberg a des origines françaises. Eh oui,  c’est bon à savoir quand on vous titille parce que vous êtes Français. Les premiers habitants du lieu sont des huguenots français, d’ailleurs souvent jardiniers (je ne comprends pas le rapport de cause à effet, mais il semble y en avoir un. Mystère sociologique de l’histoire, du moins pour moi…) qui fuient la loi de Louis XIV. Ils s’installent sur des terrains proches de Heinrich-Platz et perçent des rues autour desquelles ils installent des potagers. Exemple: Oranienstrasse. Personne ne sait d’où vient le nom qui a dû être déformé plusieurs fois depuis- une des théories est que la ville d’Orange en soit à l’origine. Soit dit en passant, ces huguenots apportent  aussi leur savoir-faire sous forme de variétés de fruits et légumes inconnus dans la région à l’époque (les asperges, par exemple, et dire que je me demandais au début pourquoi diable on en mange à toutes les sauces ici) . Ils sont également pour grosse partie à l’origine de la tradition berlinoise des grands parcs, semble-t-il.

- Le « vrai » Kreuzberg, c’est à Viktoria Park qu’il faut aller le chercher. Plus précisément sur la colline de sable affublée d’un monument, puisque c’est à ça que le quartier doit son nom. Il y a une triste histoire napoléonienne derrière, le monument servant à commémorer l’une des victoires allemandes -plus précisément prussiennes, je crois- contre Bonaparte. Faute de moyen, l’église envisagée a fini par cette simple croix. Pour info pour ceux qui n’y sont jamais allés, ça vaut le détour, rien que pour la vue sur la ville qui est l’une des plus dégagées que je connaisse. La colline de sable est naturelle, elle a simplement été un peu rehaussée lors du réaménagement du parc au début du siècle,  notamment pour que cette croix soit plus visible du bas du parc.

- Kreuzberg a seulement deux grands parcs, dont l’un est issu des conséquences de la seconde guerre et n’a été réintégré qu’en 1989. Il y a le Viktoria Park et il y a Görlitzer Park (le Görli, quoi). Le Görlitzer Park est une ancienne gare, quasiment entièrement détruite par les bombardements.  Prenez en compte le tracé pour vous en rendre compte, une fois qu’on vous l’a dit, ça fait sens…Situé à l’Ouest pendant la partition de Berlin, le terrain était cependant impossible à toucher, et pour cause: les voies ferrées appartenaient à la RDA. Ca fait donc à peine 20 ans que cet espace a été libéré et mis à disposition des habitants. Et Dieu sait qu’on en profite :)

- Administrativement, Kreuzberg est né au début du siècle seulement pour être rattaché à Friedrichshain lors de la grande refonte de 2002.  Ce qui n’a pas été pris avec gaieté de coeur, semblerait-il. Les deux quartiers sont reliés par Oberbaumsbrücke, sur lequel a lieu une Wasserschlacht annuelle que je n’ai pas encore eu l’occasion de voir de mes propres yeux…hélas. Il semblerait que Kreuzberg et Friedrichshain s’affrontent sur le pont par légumes périmés interposés, avec une sombre histoire d’équipes et de Kreuzberg ayant perdu sur l’ensemble de ces batailles…Je n’ai pas tout compris pour le coup ..Il va falloir que j’éclaircisse la question!!

- »Kreuzberg », pour un non-Berlinois, ça veut dire « Turc ». Attendez-vous à ce que de bons Allemands associent le quartier rien que par son nom à une immigration qu’ils estiment ratée (voir le discours sur le Multikulti, je ne vous refais pas la totale). Rares seront ceux qui savent vraiment ce que ça veut dire: forte présence turque aux alentours de Kottbusser Tor en particulier, marché turc, certes…mais rien de ce qu’on pourra vous raconter sur le « danger » de Kreuzberg ne se réalisera- du moins en ce qui me concerne, je n’en ai pas fait l’expérience! Ou alors il faut retourner au premier point (Kreuzberg quartier traditionnel d’immigration), tenter de comprendre la logique et analyser le rapport des Allemands avec le concept.

Des choses à dire sur Kreuzberg et son ambiance, il y en aurait des centaines…Je pourrais vous parler du canal, de la Oranienstrasse, des musées, du 1er mai, du Karnaval der KulturenVous pouvez aussi allez voir au musée municipal (qui malheureusement fait avec les moyens du bord, donc uniquement en allemand) pour apprendre des petites choses qui valent leur pesant de cacahuètes. Et je me réserve le droit de compléter ce post théorique par une petite série sur mes bars et restos préférés de l’arrondissement :)

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Un drôle de mot

Il y a en ce moment beaucoup de naissances autour de moi. Bébé à venir, bébé arrivé, bébé désiré…on n’en sort plus, pour notre plus grand bonheur :). Encore un aujourd’hui! Et tant d’autres à venir…

Toutes choses égales par ailleurs, je n’arrête pas de me tordre le cerveau à chaque tentative de félicitations de naissance en langue germanique. Ce qui est bien, c’est que le mot « das Baby » est le premier mot pour lequel j’ai su associer un nom ET un genre. Chose rarissime (connaître spontanément le genre d’un nom ici, ca relève du défi. Encore mieux encore: connaître aussi le pluriel. On ouvre des grands yeux quand j’y arrive- « on » étant bien évidemment un ou une Allemand(e) bien intentionné(e) toujours prêt à corriger dans la théorie, ne le faisant jamais dans la pratique, s’extasiant subitement quand ca marche parfaitement tout seul… Enfin bref: ceci est une autre histoire).

Revenons à nos moutons. S’il y a bien un truc que j’apprécie dans le fait d’être multilingue, c’est de connaître les origines communes d’un mot ou d’une expression dans plusieurs langues.  Et de pouvoir faire le lien entre deux événements. Ou de comprendre pourquoi un mot a telle ou telle connotation. Ici en Allemagne il y a pléthore d’exemples avec le Francais (article prévu, so I am not spoiling the beans!). Et ce ne sont pas les histoires rigolotes qui manquent autour de la langue… Faire du shopping par exemple (vient au final du vieux francais « échope », désigne si ma mémoire est bonne des sortes de relais en vogue pendant la guerre de Cent ans, visités par des Anglais, revisité par le Franglais…). Ou bien « budget », tiré du francais aussi (de « bourse », non?). Ou bien encore le fait que l’expression « filer à l’anglaise » soit traduite par « to take French leave »…soit deux interprétations pour un même événement, je vous laisse deviner lequel.

Pour le mot « bébé »/ »baby », qui d’ailleurs est utilisé à peu près partout, il y a toute une histoire derrière. Bon, ok, en Allemand, le mot vient de l’anglais « the baby« . Ce qui permet d’identifier au passage l’article (tous les noms étrangers étant en théorie neutres- je dis bien en théorie, parce que les exceptions, hein…). Et bien entendu, le mot  « baby » vient du Francais. Lequel a une grosse dette polonaise. Et on se retrouve aujourd’hui avec une série de mots qui ont été « eingedeutscht », pris dans la langue allemande , après un léger passage ailleurs (« babyseat », « babykisten », « babyspeck » etc. etc.) Vous me suivez…?

Donc: le mot « bébé » vient du francais et désignait à l’origine un nain francais de la cour du roi de Pologne, réfugié en Lorraine. Nain, bouffon, conseiller, le petit personnage est surnommé « Bébé » par le roi et acquiert une telle célébrité que les membres de la cour finissent par utiliser son nom pour les nouveaux-nés. Jusqu’au jour où le mot atterit en Angleterre, puis est relayé jusqu’en Allemagne…et ainsi de suite.

Le plus intéressant à mes yeux dans l’histoire, c’est encore que ce mot vient combler un manque européen: il remplace le vide, il pose les bases pour que l’amour maternel (et paternel, d’ailleurs) puisse naître au sens moderne du terme. Cet amour si évident qu’il y a aujourd’hui pour les enfants, il a mis tant de temps à se développer, à exister dans sa forme actuelle.  Un enfant, c’est d’abord quelqu’un qui n’a pas le droit de parole (de infans, qui ne parle pas, ou plutôt qui n’a pas le droit à la parole). En allemand, « das Kind » vient du haut-allemand et signifie « qui est produit » (erzeugt)… Ca parle de soi-même. Il y aurait des litres et des litres d’encre à verser sur l’histoire de l’enfance (et d’ailleurs certains l’ont déjà fait). Mais dans le fond, l’émergence d’un mot c’est déjà beaucoup non? Sans mot, dur d’accéder à l’idée…dur aussi de considérer une naissance comme l’accomplissement et la suite naturelle, presque attendue, d’un amour.Les mots peuvent diviser, comme ils peuvent unifier, réconcilier, unir les coeurs. Et c’est le cas de ce bien drôle de mot:  « bébé ». Combien de chaleur et de joie seraient perdus sans lui.

Je me demande ce que cela donnerait une naissance ou pas une personne n’utilise ce mot, ni avant, ni après…Das Neugeborene,  Säugling, kleines Kind, nouveau-né, nourrisson, new-born, aka-chan (littéralement: la petite chose rouge). Aucun de ces mots n’exprime à mon avis le bonheur qu’on peut avoir à la vue de ce petit bout d’homme, alors qu’il y a dans le mot « das Baby » tant d’affection et de chaleur.

Comme quoi les mots, quand on les maîtrise, ils peuvent nous donner de belles lecons…Il y a la joie qui mène à l’utilisation du mot, et il y a la joie qui découle de son utilisation. Dire « mein baby » pour un père ou une mère, c’est quelque chose de si accomplissant et de si beau à voir. En allemand ou en francais, une pure merveille.

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Lecture: Tour de Franz

Depuis quelques années, c’est la fête aux livres qui donnent les impressions des étrangers installés dans un nouveau pays. Il y a bien sûr A year in the merde de Stephen Clerk, mais il y a aussi tous ces livres qui prennent le temps de faire une vraie comparaison culturelle. Ou alors tous ceux qui prennent le chose sur le plan de l’humour. En Allemagne, les versions romancées de la vie de certains Ausländer ont un franc succès. Si vous ne connaissez pas encore, foncez vers Maria, ihm schmeckt’s nicht de Jan Weiler. Et non, le livre n’a rien à voir avec le film en termes de qualité. Il s’agit des aventures d’un Italien installé en Allemagne- ça vous paraîtra sans doute souvent exagéré, voire inimaginable (en France, je ne pense pas qu’on aurait choisi le même ton). En tous cas c’est vraiment…köstklich! Je me réserve le droit de revenir sur ce livre, d’ailleurs :)

Mais aujourd’hui, je voulais parler d’une autre de mes découvertes:

De quoi ça parle?

Cécile Calla est journaliste, correspondante du Monde à Berlin. Elle s’y est installée il y a quelques années et explique en courtes chroniques les différences culturelles les plus perturbantes pour les nouveaux arrivants telles qu’elle les a vécues. On parle donc de choses qui arrivent aux expat’ à Berlin: étonnement devant la culture du grill, incompréhension devant la fascination très allemande pour l’Italie, difficulté à comprendre l’humour allemand, sentiment de perdition dans les relations amoureuses…un peu de tout, un peu dans tous les sens, avec beaucoup de légèreté et des scènes qui parlent d’elles-mêmes.

J’ai beaucoup aimé le franc-parler de l’auteur et ses petits exemples toujours bien trouvés. Je ne suis pas forcément d’accord sur tout, mais je m’y retrouve assez dans ces étonnements perpétuels. Et le livre me permet aussi de comprendre deux-trois petites choses qui m’ont échappées jusqu’ici.

En bonus: enfin un livre en allemand d’un niveau assez simple. Je ne sais pas trop à quoi ça tient, mais cette fois-ci je n’ai pas eu à me faire violence pour avancer dans la lecture. A bon entendeur…!

Vous trouvez ça en poche chez Ullstein, par .

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Pourquoi veut-on tant voir Berlin?

Pas de doute, s’il y a une ville en Allemagne qui attire en ce moment, c’est bien Berlin…Effet de mode, ville branchée, jeune, pas chère…La capitale germanique a la cotte.

Côté allemand, Berlin est plutôt mal vue. Ses habitants passent pour des gens arrogants, froids, distants. Le taux de chômage est très haut, le contrôle social faible (vous savez cette manie qu’ont certaines personnes de s’immiscer dans vos affaires pour que vous fassiez les choses à leur manière? C’est ça que j’entends par « contrôle social ». ça peut être la voisine qui vérifie derrière vous que vous faites bien le tri sélectif, comme les gens qui critiquent le look des autres en les croisant dans la rue…). Et il y a une forte minorité turque…je ne vous refais pas la théorie Sarrasin, mais les Turcs en Allemagne…on ne peut pas dire qu’ils soient bien vus, hélas.

Bref: pour un Allemand, une ville attractive, c’est une ville de l’Ouest (et d’une!), voire une petite ville « à taille humaine ». Hambourg, Munich, Stuttgart… un Allemand commencera par vous parler d’elles, puis des villes secondaires, parfois de l’Est, selon votre interlocuteur. Dresde, Leipzig, par exemple.

Reste que nous les Français, on ne voit visiblement pas les choses de la même manière. Avec 30 000 ressortissants ici au bas mot, oui, on peut dire que la ville nous plaît…et quelque chose me dit que je n’ai pas fini d’entendre du Français dans la rue.

A force de m’interroger, j’ai fini par trouver quelques raisons pour lesquelles cette ville nous attire tant:

1. On raisonne sur des modèles différents, les Allemands et nous. Le fédéralisme versus la centralisation, ça vous dit quelque chose?  Après plusieurs mois passés ici, je commence tout juste à prendre la mesure de ce que cela signifie. En termes d’attractivité, de renommé d’une ville, à peu près le jour et la nuit. En France, qu’on l’aime ou non, on pense très souvent Paris et le reste. Cette prédominance parisienne laisse sa trace partout: dans les trajets des trains qui commencent tout juste à évoluer pour éviter un passage absurde par la capitale, dans les activités culturelles (musées, grands théâtres…sont à Paris. En Allemagne, Stuttgart et Hambourg se défendent suffisamment pour être vues comme les meilleures villes pour la musique). Ou encore dans les expressions courantes (« se faire limoger »= se faire envoyer à Limoges, inaccessible depuis Paris dans son sens d’origine; « avoir une mentalité provinciale »…). Cette prédominance est tellement importante qu’elle nous imprègne parfois à notre insu.

Bilan des courses par rapport à mon propos? Eh bien, pour un Français, a priori, les choses sont similaires en Allemagne- personne ne nous a  vraiment expliqué les subtilités qu’il y a derrière le mot « fédéralisme« . Bien entendu, en ce qui me concerne, je savais que d’autres villes étaient plus attractives (Munich par exemple). Mais en bonne Française, j’ai pensé que les trois mois que j’allais passer en Allemagne, mieux valait les passer dans une capitale que je ne connaissais pas encore que dans une ville secondaire, même si tout à fait dynamique par ailleurs- mea culpa, maintenant j’ai compris… Bref: je ne pense pas faire figure d’exception, loin de là.

2. Berlin, c’est pas cher. Facile de s’installer: les colocations sont faciles à trouver (compter entre 250 et 400 euros pour une chambre en plein centre-ville), le discount est presque une religion…pas difficile ici de vivre avec des petits moyens. Parmi les gens qui sont attirés par le rayonnement de cette ville, il y a par conséquent beaucoup d’artistes: musiciens, écrivains, peintres…Facile de venir aussi: les compagnies low-cost sont là, à Schönefeld.

3. Un dynamisme culturel. Je ne parle pas spécifiquement de culture « haut de gamme »- musées & co- qui existe ici aussi, mais plutôt de ce foisonnement d’initiatives qui existe ici. Ce sont des centaines de petits projets qui naissent tous les jours- vite éclos, souvent vite avortés, mais toujours au rendez-vous, éphémères comme la vie d’un papillon. Tous ces artistes qui vivent ici produisent une vie culturelle active dont les formes surprennent au coin d’une rue, par leur forme, par le mode d’expression choisie. Graffitis, peintures murales, looks alternatifs, musique d’exploration, appelez ça comme vous voulez: au fond, on en revient toujours à l’idée que la créativité et ses conséquences ici, ça vole dans l’air…

4. Son histoire. La réunification, le nazisme…qu’on le veuille ou non, ce sont des thématiques qui plaisent en particulier aux Français (pas convaincus? Faites une comparaison internet entre les retombées des 20 ans de la réunification entre les sites français et allemands…). Berlin est LA ville qui réunit à nos yeux tous les pans de cette histoire trouble. C’est à Berlin qu’il y a les traces du Mur, c’est encore à Berlin qu’il y a eu le bunker hitlérien…Je pense que cette mémoire est quelque chose qui joue dans nos perceptions, sinon dans nos ambitions touristiques ou de déménagement.

Sinon…il reste sans doute plein de raisons auxquelles je n’ai pas encore pensé. La question reste ouverte au débat!

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Les auteurs français en Allemagne

La francophilie, vous y croyez encore…? Si ce n’est plus le cas, venez à Berlin et faites une petite enquête: nous avons encore quelques fans…

Première preuve: l’intérêt pour la langue, dont j’ai déjà parlé un peu ici. Beaucoup parlent un peu (voire très bien!) le Français, beaucoup veulent l’apprendre…

Deuxième preuve: l’étalage des librairies. On trouve énormément d’auteurs français classiques et modernes traduits ici- vous avez certainement vu un peu partout des éditions Reclam de nos auteurs classiques ou remarqué le succès (assez surprenant d’ailleurs) d’Astérix. J’ai travaillé pour une maison d’édition berlinoise il y a un an et j’ai eu l’occasion d’en apprendre un peu plus sur le sujet.

Alors, pourquoi un tel intérêt?

Eh bien, en partie en raison du passé communiste de la RDA. Imaginez ce que c’était à l’Est pour avoir l’autorisation de publier un livre politiquement correct…et cherchez quel pays occidental, des années 50 à la fin des années 80, a pu avoir pléthore d’écrivains d’obédience communiste. Sartre, Camus, Merle, Marc Bernard…Certains sont complètement oubliés chez nous et pourtant très connus ici…Ca n’a rien d’un hasard: ils passaient la censure, tout simplement.Pour les auteurs classiques, beaucoup d’entre eux sont passés pour des précurseurs inconnus (y compris d’eux-mêmes, d’ailleurs) de l’idéologie marxiste. Hugo et Zola en sont les deux exemples les plus frappants. Mon Hausmeister me parle aussi sans se lasser des oeuvres de Balzac, il les connaît mieux que moi alors que j’ai fait des études de littérature: le monde à l’envers …:)

Une des caractéristiques de la RDA est d’avoir été un Etat très avancé sur le plan culturel…je ne peux bien évidemment pas le vérifier, mais c’est effectivement l’impression que j’en ai. Tout le monde lisait, tout le monde se cultivait, me disent des gens qui sont de la génération de mes parents…les livres français passaient pour l’une des rares littératures autorisées de qualité.

Si on prend le cas de Robert Merle, la chose est particulièrement frappante. Un peu (hélas…) oubliée en France ces dernières années, son oeuvre a peu de lecteurs en Allemagne de l’Ouest. En revanche, à Berlin l’année dernière, la venue de Pierre Merle, son fils, a été très suivie- je me demande si on a vu autant de monde ici à une lecture publique depuis cette fois-là?!

La littérature française ayant tendance ces derniers temps à devenir de plus en plus « personnelle » (centrée sur le « moi » et les crises existentielles), les choses commencent à bouger un peu. En effet, une des caractéristiques du lectorat germanique, contrairement au lectorat français, est de chercher l’action, le suspens. Par conséquent, les auteurs français qui rencontrent un franc succès ici sont de plus en plus des auteurs de polars ou de thrillers. Fred Vargas au premier rang d’entre eux, avec les très beaux succès éditoriaux d’Aufbau pour ses derniers romans, comme Der Verbotene Ort (Un lien incertain).

Je suis bien curieuse de voir comment les choses vont évoluer…notre littérature dans son ensemble va-t-elle réussir à rester à la hauteur des attentes allemandes?

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Figure berlinoise: Heinrich Zille

Une des grandes figures artistiques populaires de Berlin est Zille, dessinateur né à Dresde et qui a passé le plus clair de son existence à Berlin. Il existe dans le Nikolai Viertel un musée qui lui est dédié et que je compte bien visiter dès que j’aurais un peu de temps!

Zille (1858-1929) est surtout connu pour ses lithographies représentant le « Milljöh » (tiré du français « milieu) ou « demi-monde », au début du XX ème siècle. Les dessins de Zille sont très osés, ou plutôt très francs: manque d’hygiène, promiscuité, sexe en présence d’enfants, mort, tout est montré chez lui, avec un style bien particulier. Jusqu’à aujourd’hui, Zille reste l’un des artistes Berlinois les plus célèbres- son oeuvre est à la fois admirée pour son talent de mise en scène et pour sa portée historique. Les dessins de Zille sont parmi les seuls témoins des milieux populaires berlinois à la fin XIXème- début XXème.

Zille est issu lui-même du milieu qu’il dépeint: issu d’une famille si pauvre qu’il doit dormir des années durant sur de la paille, décrivant lui-même la maison où il est né comme un local à bestiaux ou un autre mot pour l’enfer ( » On peut tuer un être humain avec un appartement comme on le ferait avec une hache »), Zille s’est hissé, grâce au dessin, en haut de la pyramide sociale qu’il a observé sa vie durant. Enfant, il fait tous les métiers possibles, croise toutes les réalités, économise chaque piécette qu’il reçoit pour se payer des cours de dessin.

Ses dessins sont vite accusés d’être pornographiques, voire malsains, dans la société bourgeoise de l’époque. Et on comprend pourquoi: il montre ce qu’on ne veut pas voir. La pendue dans sa chambre de bonne, la prostituée, la mère et son enfant qui vont au fleuve pour se suicider, les enfants qui se mouchent dans leur tablier…Il trouve d’abord sa chance dans un canard « Lustigen Blätter ». Pourtant, dès 1910, Zille commence à recevoir les honneurs de la presse. Son oeuvre « Mein Miljöh » (1914) se vend à 100 000 exemplaires jusqu’à la fin des années 20- ce qui à l’époque, vu les circonstances, est un vrai succès éditorial (resituons: crise économique, crise politique. Le vrai best-seller de l’époque est hélas « Mein Kampf » dont on estime les ventes entre 1925 et 1945 à 10 millions d’exemplaires…)

Zille est l’un des derniers artistes berlinois issus de l’effervescence du XIXème. Proche de Tucholsky et de Max Liebermann, il cherche sa vie durant à accomplir son rêve d’ascension sociale, croyant à peine en son propre succès.

Les Stube d’aujourd’hui sont remplies de ses dessins…il fait pleinement partie de l’atmosphère berlinoise si appréciée. Vous avez donc normalement reconnaître les illustrations que vous voyez en faisant le tour des restaurants germaniques de la ville ;)

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