Category Archives: Parlons franco-allemand

Bloggo ergo sum. Oder nicht.

Il y a sans doute autant de raisons de bloguer qu’il y a de blogueurs.

Mais moi j’en suis au stade où, pour la première fois, je ne vois plus aucune raison de le faire. J’ai juste envie de faire des choses normales, de parler de choses banales, bref de vivre ma vie en devenant une blogueuse du dimanche parmi les milliers d’autres.

Ceci est une miniature. Si, si, je vous assure. Saurez-vous dire où cette photo a été prise?

La différence par rapport à avant, c’est qu’il y a eu quelque chose qui était de l’ordre du nécessaire. Derrière mes billets pavés, derrière beaucoup, beaucoup de réflexion sur des choses remarquées ici et là, j’ai répondu à ma façon à un besoin de visibilité auquel je ne cédais pas d’un pouce dans la vie offline. Il y a beaucoup d’excuses bienséantes pour accepter de se faire marcher sur les pieds et de s’effacer.

Aujourd’hui, un blog, une rencontre et un événement traumatisant plus loin, le problème est réglé ou en passe de l’être. Combien de temps m’aura-t-il fallu pour arriver à la case départ, ceci dit.

Même si des questions de fond restent et me donnent un bon prétexte pour maintenir ce domaine en vie:

C’est où chez moi.

Comment aimer à la fois deux pays de façon égale.

Ca veut dire quoi vivre dans un pays en y étant étranger.

Ces trois questions, je compte bien continuer à y répondre ici, avec des choses qui ne portent pas à conséquence au milieu. Il y a tellement de choses à dire en tant qu’expat. J’observe la vie à Paris comme un Allemand le ferait, ou presque. La ville dont je suis originaire me paraît si lointaine que je ne fais plus vraiment le lien avec ce que j’y ai vécu. Je ne dirais pas non non plus à mettre plein de sousous rien que dans une nuit dans un sublime hôtel à Paris. C’est dire à quel point je suis déracinée et à quel point je vais vous rabattre les oreilles dans les prochains mois.

Sur un autre sujet, ou pas, n’hésitez pas à aller faire un tour chez Elodie, qui a un vrai projet de blog bien sympathique et beaucoup moins prise de tête ;)

http://www.goodmorningberlin.com/
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Hors sujet: les z’animaux

Après avoir successivement (re)-découvert grâce à ce pays des choses merveilleuses comme le Quark, Til Schweiger, ma passion pour la nourriture, je viens d’ouvrir les yeux sur un nouveau phénomène qui me turlupine.

En fait, les zanimaux sont partout.

Ceci est un chat norvégien. Très sympathique au demeurant.

Dans tous les étages de la vie. Physiquement, administrativement, socialement, fiscalement.

Déjà, il y a les gens qui considèrent qu’un animal de compagnie a sa place au bureau, peut avoir un compte Facebook, et participer pleinement à des séances à but médical en devenant par exemple un Therapiehund. Au début, même quand on aime les animaux, tout ça déroute un peu vu l’ampleur. Peut-être même après d’ailleurs en général on dit ça quand on aime pas. Mais en tous cas, ça se fait.

Ensuite, il y a une tripotée d’allergiques aux chats, lapins, cochons d’inde et tralala qui se baladent autour de nous. Il suffit de mentionner le terme Allergien au printemps, en mode innocent, pour s’en rendre compte. Les larmes aux yeux, les allergiques vous détailleront leurs souffrances. Je peux parler.

En chiffres, cela se traduit par 15 millions de foyers possédant au moins un animal de compagnie en Allemagne, plus des milliards et des milliards d’adoption potentielles (so süss!!).

En France, d’après une étude faite par Santé Vet en 2011, c’est 51% des foyers qui sont concernés. Je ne sais pas pourquoi ça me paraît assez incroyable.

Au fait, le saviez-vous? L’Allemagne dispose d’un système d’impôt pour les animaux de grande taille- comprenez qu’il y a un  impôt sur le chien. Un impôt sur les chevaux est prévu aussi, mais je n’ai pas vraiment suivi l’affaire depuis cet article.

Bon, passé ce post informatif sur un sujet qui n’a rien à voir avec la choucroute, vous pouvez regarder ça si vous hésitez à prendre un chat


The reason some women stay single … von mikropikol

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En vrac, Teil 2

Temps délicieux sur Berlin. Une journée comme celle-ci ferait oublier tous les tourments de l’été. En prenant une glace chez Isabel par exemple…Ou alors en allant prendre un cidre dans une bonne crêperie. Mrmrmrmrmr.

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Revenir de France, c’est rentrer ou partir? J’ai la vague impression de faire des allers et retours en prenant des vols entre deux pays dont on cherche à me faire dire que l’un est la maison et que l’autre, forcément, est…autre chose de non défini.

Dans tout ça, en réalité, l’idée  »maison » a disparu. Plus ou moins. Pour moi comme pour des dizaines d’autres personnes qui vivent ici après une longue route vers eux-mêmes ou vers leur rêve. Il y a l’endroit des souvenirs pour tout le monde. Et il y a l’endroit de l’avenir. Qui est tout sauf stable. Ce combat du monde extérieur pour nous faire coller une étiquette sur ces deux sphères me paraît de plus en plus absurde. Il pousse à se poser des questions inutiles, douloureuses, et apparemment sans retour. Rester. Retourner. A tout jamais, et dire une messe.

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S’expatrier, c’est faire l’expérience de l’esprit critique. Partout, au moment où on s’y attend le moins. On veut faire les choses bien, et on se demande au final si le bien, c’est une idée relative. Bien manger? En France, c’est obligatoirement avec de la viande. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est le site manger-bouger.fr. Et hop un lien. Pendant ce temps, ici, mon médecin est vegan (pour ceux qui ne connaissent pas: il ne consomme aucun produit d’origine animale). Loin d’être le seul d’ailleurs. Des Français m’expliquent que le lait est en fait mauvais pour la santé, et mon premier réflexe est maintenant de les croire. Profiter d’une belle soirée sans nourriture? Ca passe par la case bière, systématiquement. Mais ce n’est pas grave, la bière ce n’est pas vraiment de l’alcool.

Moi je dis: au final empiffrons-nous. Il y aura bien un pays qui justifiera nos excès.

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Merkel a un vrai problème de look. Si même les Allemands l’admettent, c’est que quelque chose est en train de changer. En attendant, elle est normale ET elle gouverne sans avoir à faire de la publicité dessus. Bien ou mal?

Bon sinon, sérieusement…quelqu’un pourrait m’expliquer pourquoi la mode a si peu de place à Berlin, si ce n’est en Allemagne en général?

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Il y a des gens, on les voit, et on sait. Ils sont Français, Anglais, Allemand. Etc. On sait, et donc on juge en conséquence, très vite, de l’attitude à prendre, de la phrase à dire pour engager la conversation. Ca me fait penser à cette expo Kleider machen Leute (hélas terminée): quelle est la part de l’habit dans l’identification d’une personne par une autre? De la même façon qu’on juge d’une personnalité par ses vêtements, la nationalité attribuée passe par un ensemble de strates que l’on décrypte. Le corps, le goût vestimentaire, le mouvement. Dans un second temps, la voix, l’intonation, les formulations. Ce sont de toutes petites choses qui nous définissent aux yeux de l’autre. Toutes ces petites choses qui nous font être et paraître, elles aboutissent à appauvrir ce que nous sommes. Il y a tant de détails, et tant de moyens de savoir à qui nous avons affaire. Et pourtant, on réduit. Dans les mots, si ce n’est dans les pensées. Au final, connaître quelqu’un, c’est avoir fait un si long chemin au-delà des préjugés de la première rencontre…

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Leçon de vie

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Die Welt wird nicht schlimmer.

Sie wird auch nicht besser. Sie bewegt sich, zwecklos und pausenlos. Alles kann passieren.

Was wohl nicht bedeutet, dass wir damit nicht klar kommen sollen. Es ist einfach so.

Manche haben ein kurzes Leben, andere ein langes Leben. Manche haben Möglichkeiten übrig, andere nicht. Es kann sehr schnell gehen. Aber ist die Länge des Lebens das Wesentliche überhaupt?

Ein wenig Aufmerksamkeit und ein wenig Chance könnten manchmal die Lebenszeit verlängern und die Lebensqualität verbessern. Das stimmt, wir wollen immer weiterleben. Bedauerlicherweise kann die Tür zu vielen Möglichkeiten und Weiterleben plötzlich gesperrt oder zerstört werden. Eine riesige Leere kann für die Welt auch entstehen, ohne dass sie es unbedingt weiss.  Manchmal für immer.  Aber fast kein Schwein weiss bescheid. Man liest nur Schlagzeilen und denkt, wie schrecklich es ist. Die jenige die wissen, sie fühlen sich erstmal verzweifelt und verwirrt. Nie hat die Welt so absurd als in die letzten Wochen gewirkt. Es war einfach nicht akzeptabel. Menschen reagieren erstmal so, und zurecht. Wir sind nicht vorprogrammiert damit wir es gleich runterschlucken können, was unsere Mitmenschen und Freunden passiert. Soviel ist sicher.

Aber das Wichtigste liegt nicht dadrin, und diese Verwirrung lässt es uns leicht vergessen. Oft projetzieren wir sehr viel. Unsere eigene Probleme sehen wir dann mit den Augen von dem jenigen der verschollen ist. Traurig sein muss aber keine Verzweiflung enthalten. Zumindest nicht wenn die Person sein Leben richtig geführt hat.

Die Zukunft gibt es nicht unbedingt. Das ist tatsächlich traurig. Wir werden lebenslang diese Leere von seinem Platz in dieser Welt erleben müssen.

Aber dass jemand so gelebt hat, wie er das gemacht hat, bewundere ich sehr. Bis zur letzten Minute ist es bei ihm so gewesen. Mir ist es einfach aufgefallen, dass es nicht unbedingt Mitleid in diesem Trauer geben soll, den er hat doch seine Lebenszeit richtig ausgenutzt. Sein Leben war stets voller Freude und Gelassenheit. Wie stark war er genau? Der jenige den ich kannte hatte nichts zu bedaueren was seine Vergangenheit anging. Nie habe ich ihm dabei gesehen, sich zu beklagen, oder etwas zu bedauern, das er machen können hätte. Was er tun wollte, hat er auch immer getan, für kleine und grosse Dinge. Es war einfach. Die einfachste Form des Glücks. Wie habe ich das denn vergessen können?

Jetzt geht das Leben weiter. Unser. Das bedeutet aber nicht, dass wir ihn loslassen sollen. Loslassen macht keinen Sinn, loslassen vernichtet alles. Wir haben was von ihm gekriegt. Ein paar wichtige Ideen, Erinnerungen, und vielleicht auch einen Auftrag, den ich gerne aufnehmen werde. Selbst der unerwartete Tod hat eine Folge.  Sicher ist, dass ich froh bin, ihn kennengelernt zu haben, es geht weiter über die Verwirrung und den Angst, den selben Schicksaal zu kennen.

Im Schock zu leben macht keinen Sinn. Im Gegenteil können wir vielleicht was daraus verstehen und entwickeln. Wie eine Erbe. Ich bin überzeugt, dass jeder einen Platz vom Anfang an in dieser Welt hat, und etwas daraus machen kann. In dem Fall könnte schon gebärt worden sein. Zwar weiss ich nicht was, und vielleicht bin ich jetzt noch die einzige, die das sieht. Reden bleibt noch schwierig. Doch gibt es was hier in der Tiefe der Traurigkeit dieses Ereignisses, dass mich – und andere- aufmuntern kann und soll. Mag sein, dass es mir nur jetzt dass ich viel überlege auffällt. Aber: es gibt doch was sehr positives, und ich möchte es nicht liegenlassen.

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J’ai rédigé ce texte en hommage à une personne que j’appréciais beaucoup et qui a disparu trop tôt. Ne me demandez pas pourquoi c’est en allemand, je n’en sais rien. J’avais quand même envie de partager ces sentiments quelque part. Beaucoup de choses y sont positives. Je ne suis apparemment pas, ou plus, de ceux qui se laissent complètement emporter par le vent de la tristesse de ces événements. Peut-être est-ce une forme d’héritage. Dans ce cas, cela vaut encore plus la peine d’être partagé.

La vie est étrangement faite. C’est un mouvement perpétuel dans lequel on peut choisir d’opter pour une tendance à long terme, la tristesse ou la joie. L’une ou l’autre peuvent être amplement justifiées, mais une seule permet de construire quelque chose. Choisissons la joie.

Le prochain article sera en français et nettement plus léger, on reviendra à la normale!! En toute logique :)

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Bienvenue à Paris…

…avec les laboratoires Boiron et leur campagne ciblée, qu’on voit partout dans la ville, à commencer par l’aéroport:

Il faudra quand même qu’un jour je me décide à rentrer.

Sponsorisée par Boiron, sans doute.

Ou alors, affranchie à la suite d’un long processus d’aliénation (I don’t speak French, so niiiiiiiiiiiiiice here, I love baguette and art de vivre, French people know how to enjoy time mais regarde les Parisiens sur les passages piétons purée), d’un gain historique au loto pour pouvoir vivre dans un trois-pièces sans avoir à scotcher mes factures impayées sur le frigo (mais pourquoi n’ai-je pas joué vendredi 13?!), ou bien d’une entrée subite en religion pour ne plus avoir à nager dans un océan de stress comme au bon vieux temps jadis.

Paris version bisounours, ce ne doit quand même pas être si mal. Sinon, d’ailleurs, on aurait pas autant de gros naïfs lâchés dans les rues touristes enthousiastes. Ni d’ailleurs la moindre nostalgie, ou bien jalousie.

Ceci dit je ne sais pas pourquoi je n’ai pas envie de presser le mouvement pour croire en ma réussite dans l’une ou l’autre des possibilités que j’ai évoquées ci-dessus. Depuis que j’ai revu cette affiche à la station de bus, puis devant le boulanger, et ensuite à Monoprix. Mon premier réflexe de l’aéroport n’a fait que se confirmer: crispation immédiate.

Boiron met les moyens, et la clientèle parisienne semble de fait être un bon marché. Reste à savoir si c’est un mythe, une réalité, un fait qui existe partout ailleurs aussi, ou bien encore un devenir auquel on donne vie rien qu’en répandant un verdict implicite. M’enfin, ça vaut certainement mieux que des campagnes sexistes à deux balles.

La pub, symptôme d’une façon de vivre, ou bien simplement un moyen de créer un marché? Le débat est ouvert…

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Le dilemme de Pâques

J’aimerais lancer une question grave aux foules d’expats qui lisent ce blog: comment faites-vous pour remédier aux problèmes liés à la distance ? Je n’ai toujours pas trouvé la réponse. Pendant un temps, j’ai simplement repoussé les choses que je ne pouvais caser nulle part à un avenir indéfini. Le réalisme sur ce sujet ne m’atteint pas depuis si longtemps que ça. Comment combiner 5 semaines de congés avec une envie permanente d’être de part et d’autre du Rhin, et les moyens humains de n’être que d’un côté?!

Le moment où j’en reviens à ce simple constat dans sa forme la plus stricte, c’est Pâques. Vous disposez de 4 jours qui ne sont même pas comptés comme des vacances, une aubaine, pour faire ce que vous voulez. La famille estime donc  »normal » que vous reveniez, les amis allemands  »normal » que vous alliez enfin faire un tour dans leur chez eux puisqu’avant- il- n’y- avait -jamais- eu- d’aubaine- comme celle-ci -depuis- le- temps -qu’ils- vous- invitent. Et après, vous avez des invitations pour des pots qui doivent avoir lieu depuis des années dans le Brandenbourg, la Thüringe, à Paris, en Normandie et chez les Chtis.Les amis que vous ne voyez jamais, vous aimeriez bien les revoir à cette occasion. Embarras du choix, quand tu nous tiens…

J’ai essayé plusieurs méthodes pour choisir sans risque de me faire taper dessus regretter:

- faire le point sur QUI on voit au quotidien

- idem sur ce qui supplient depuis la nuit des temps

- allouer un budget annuel neutre assez large pour pouvoir aller là où je veux (en Europe, s’entend) sans pleurer mon or ou bien, pire, renoncer à cause de lui

Plus récemment, j’ai recours à l’épluchage de la question travail, famille, patrie, amis en reprenant tout mon agenda annuel. Jeter un oeil sur qui j’ai vu et qui je vais voir sur une période d’un an me permet d’éviter de me laisser influencer par des impressions faussées par une mémoire sélective. On peut aussi décliner cette étude sur les activités de tourisme réalisées. Plutôt que de faire du spontané comme à l’habitude et ne plus se rendre compte qu’on a quand même fait beaucoup de choses, ça aide. Y compris pour l’ego :)

Donc, cette année, pour Pâques, je me décide à faire une petite visite de Paris comme si j’étais touriste et à aller voir une famille que je délaisse un peu trop à mon goût. Je me demande si une balade guidée dans le Marais ne serait pas un moyen de poser des bonnes bases sur une ville dont je me rends compte que je ne la connais pas si bien que ça…

Il y aurait même moyen d’ajouter un restau qui déchire grâce à ce super blog dont je commence à penser qu’il s’agit d’une Bible. Un Japonais par exemple, il y en a des tellement bons à foison là-bas. Manger des okonomiyakis, à Berlin, pas si facile. Rue Sainte-Anne par contre…Ou alors un restaurant de viande (non je ne deviens pas vorace).

Le Vendredi de Pâques, si vous voyez une nana en Birkenstock devant ce bâtiment, ce sera sans doute moi...

Et vous, ça vous arrive de vous sentir un peu étouffés par le nombre de choses et de personnes que vous pourriez faire ou voir en juste 4 jours? Et comment gérez-vous les demandes à géographie variable?

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Littérature suisse-allemande: Melnitz

Aujourd’hui, un livre moitié hors-sujet: Melnitz, de Charles Lewinsky.

Un pavé qui pourrait en décourager plus d’un par sa taille. Et pourtant, le livre vaut le détour, et de loin.

Et d’une, c’est un best-seller d’il y a quelques années, pas de meilleure publicité que celle-ci.

Et de deux, il s’agit d’un très beau roman familial courant du XIXème à la fin de la seconde guerre mondiale, présentant un intérêt historique autant qu’humain. Le livre est remarquablement écrit et traduit, on se sent porté par l’ironie du propos, ce détachement presque laconique par rapport aux personnages et à leur destin de famille juive protégée par une frontière fragile. La Suisse, havre de paix, est elle aussi en proie à la montée de l’antisémitisme.

Tout commence avec Salomon, considéré comme le patriarche, contraint comme tant d’autres de s’installer dans l’une des deux bourgardes suisses acceptant la présence de Juifs sur son territoire, Endingen. Salomon, marchand de bestiaux de son état, n’a pas sa langue dans sa poche, et une famille réduite, composée d’une famille adoptive, Hannele, et d’une fille naturelle, Mimi. L’une est pragmatique et sèche, l’autre rêveuse et hautaine. Veillées par l’oncle Melnitz, mort et pourtant présent dans la maisonnée comme un mauvais souvenir, elles se disputent Janki, le cousin lointain, soldat déserteur français et jeune homme ambitieux. De cette dispute et de ses conséquences naît une famille bigarrée, mi-suisse, mi-française, fière de ses origines judaïques et de ses acquis, se libérant progressivement, avec la Suisse, des entraves imposées à la communauté. On voit le rêve bourgeois ressurgir, se débattre, prendre la forme d’un rêve d’intégration illusoire.

Une grande partie du livre présente le gonflement subi de la communauté juive helvétique, sa réinstallation progressive dans des villes importantes, Baden, Zürich, et les rapports douloureux avec les nouveaux arrivants, venants la plupart de Russie. Une autre partie décrit quant à elle la perception de la menace nazie, et l’attitude de neutralité suisse conduisant à la fermeture des frontières sur des milliers de fuyards.

Derrière tout cela, il y a la question de l’identité juive comme de l’identité suisse. Le roman raconte en fait un gigantesque mouvement humain dans une Europe de plus en plus déchirée, ainsi que la quasi absence d’un sentiment d’appartenance locale. L’ancien soldat déserteur transmet sa nationalité comme une couronne de laurier, elle se transforme en une maladie mortifère. Et la nationalité suisse ne sauve pas non plus qu’une autre des persécutions, ni de l’errance à la quête de son identité. Pire, quand Allemands et Français s’entendent, le stigmate de l’antisémitisme ressurgit soudainement, là où on ne l’attend pas, pour le plus grand plaisir de l’oncle Melnitz qui foule aux pieds le rêve de Janki, élément perturbateur et porteur de rêves d’intégration, qui, dans le fond, n’avaient pas leur place dans cette famille. Ce qui est raconté, c’est peut être cette façon que chaque membre de la famille a de s’accomoder de cette situation d’exclusion, ou bien précisément de lutter contre elle.

Un grand roman familial avec des personnages forts et attachants, presque dans la lignée des sagas. Le tout porté par une superbe prose, porteuse de dialogues vivants comme de fines analyses psychologiques

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En vrac

Le pire, quand on évolue dans Berlin, c’est de tomber sur de parfaits inconnus dont on sait tout de suite que c’est du comme vous: Français. On passe de trop longs instants à se regarder d’un air mauvais. Le premier qui parle a perdu.

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Printemps météorologique sur Berlin: il fait en gros le même temps que début décembre. La différence, c’est que maintenant il faut en plus être content.

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Que quelqu’un m’explique pourquoi les francophiles et francophones locaux disent  »ich spreche nur ein bisschen Französisch » pour signifier  »je suis bilingue ». Limite s’il ne faut pas les menacer pour qu’ils sortent trois phrases en français parfait, consistant à vous dire qu’ils sont en train de se ridiculiser. Pendant ce temps, vous passez pour une cruche diplômée à force d’accumuler les fautes d’articles, tout en osant dire que vous parlez pas trop mal l’Allemand. Ca doit être un complexe national qui aboutit à nous faire passer pour des frimeurs…ou bien quoi?!

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Pendant que l’Allemagne s’enfonce dans l’idée que les différences est-ouest sont intangibles, l’écart entre Berlin Ouest et Berlin Est se gomme progressivement. Aplanissement des loyers, tout est plus cher. Il faut diviser la ville entre centre-ville et périphérie, et non plus entre quartiers. La ville s’internationalise. C’est peut être le seul endroit d’Allemagne où les mots  »Ossie » et  »Wessie » ne sortent pas à tout bout de champ. N’empêche: vous mettez les mêmes ailleurs, ils vous ressortiront les mêmes préjugés et les mêmes reproches.

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L’intégration est depuis 60 ans un sujet douloureux et le reste. Elle est ressentie comme un phénomène lié à la maîtrise de la langue allemande. Ne pas parler= ne pas être intégré. Cf la politique de l’Arbeitsamt qui lie ses prestations à la maîtrise de l’allemand, pendant que le Finanzamt de l’autre côté interdit aux employeurs de financer des cours de langues à ses employés autrement que par le biais d’un prélèvement salarial. Il y a aussi le concept de Gastarbeiter. Des gens dont on attendait qu’ils viennent travailler et puis qu’ils rentrent gentiment chez eux. Qui ne l’ont pas forcément fait, et qui sont maintenant là, ni vraiment intégrés, ni vraiment rejetés. On les aime bien, mais tout le monde ne comprend pas vraiment. Relire le livre Maria, ihm schmeckt’s nicht sous cet éclairage. Il y a les Berlinois du Sud fiers de parler le haut-allemand, qui  »ne se sentent plus chez eux » à force d’entendre autre chose que de l’Allemand dans les rues, et les gens du Brandenburg, qui sont fiers d’avoir acquis l’accent berlinois pour pouvoir avoir des racines plus locales. Et au-delà de ce petit monde un brin auto-centré, il y a des Turcs, des néonazis et une extrême gauche assez active.

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Un mot oublié de ma grand-mère qui revient à la surface:  »avant la guerre, Paris et les autres grandes villes parlaient toutes les langues, sans que l’on pense forcément être à l’étranger. Ca a changé ». D’où nous vient cette sorte d’aversion pour le multilinguisme? Paris bénéficie d’une immigration dont la langue est souvent le français. Berlin, non. Mais cela signifie-t-il que Berlin est plus ouverte au monde extérieur?

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Scènes de drague

N’en déplaise aux défenseurs les plus ardus de ce pays, je finis par me résoudre à écrire ce post, sur mon blog, pour enfoncer une porte ouverte. A savoir: la drague, ici, ce n’est pas ça. Mais alors, pas du tout du tout.

Même s’ils existent visiblement des gens qui ne voient pas le problème.

Néanmoins, comme je suis sûre de mon opinion après l’avoir mûrement réfléchie en trois ans sur place, pour le leur prouver aux défenseurs (parce que je vois déjà les boulets de canon arriver, en plus ce sera des filles casées avec un Allemand, hein), voici quelques liens à consulter afin de voir que d’autres Français(es) vivent la même chose. A savoir un sentiment grandissant d’être devenu(e) incroyablement moche à son insu, que le travail, c’est la santé, ou encore de tomber quasiment tous les jours de l’année sur des gens qui sont:

a/ en couple. Le pire, c’est que subitement vous avez l’impression qu’ils sont à 90% en mode inséparables -comme les oiseaux. Ils font tout ensemble. Réflexes coordonnés, tout ça tout ça. Rien que par leur façon de sonner à l’interphone vous savez à qui vous avez affaire. Des zamoureux qui énervent la nana de la chanson tellement ils dégoulinent de bons sentiments (rappelons au passage que 35% des Berlinois de 25 à 35 ans sont célibataires, donc véner’ sur ce point en particulier. Théoriquement, vous avez donc des raisons d’espérer trouver un deckel, ou un topf, selon). Vous les entendez donc, ces doux agneaux, roucouler pérorer en l’espace de la microseconde nécessaire pour actionner l’ouverture de la porte de votre immeuble. Quand ils racontent leur vie, pardon leurs histoires, c’est aussi en mode coopératif. Ils s’interrompent pour se congratuler de locutions lunaires:  »tout à fait »,  »c’est exactement ça » etc., etc. Usant. (j’espère qu’ils ne me lisent pas ces deux-là…)

b/ chasseurs du même gibier que vous. Soit en réel, et là très souvent, vous le voyez de suite, c’est bien. Soit en hypothétique, et dans ce cas vous vous demandez pendant des semaines si malgré la rumeur tendant à faire croire que non, en fait ils ne seraient pas quand même. C’est vrai quoi, cette indifférence polie qui se concentre sur la conversation.

c/ non envisageables. Mais là, il est possible qu’à un moment vous finissiez par ne plus voir du tout cette catégorie. Il est même possible que vous vous retrouviez paumzingu’ le coeur meurtri pour quelqu’un qui n’était même pas votre genre à la base et auquel, pour toutes les raisons que je vais vous décrire ci-dessous, vous n’avez rien compris.

d/ en cours de reconversion à l’international. D’ailleurs ça peut vous arriver.  J’en connais qui vont se reconnaître. Vous vivez dans l’ancienne capitale prussienne et vous êtes avec un Italien qui passe l’hiver à vous casser les oreilles avec le soleil romain. Par exemple. L’été, vous le passez ici ou là-bas, mais surtout, trop souvent avec sa mamma. Elle vous explique comment cuisiner sainement: préparer des ventrées de pâtes. Donc, dans les rues que vous côtoyez, comptez avec des couples qui en fait, n’ont absolument aucun lien intime avec le pays. Polono-espagnols, franco-italiens, brésilien-portugais, que sais-je. Dans une telle situation d’incompréhension des techniques de drague germaniques, tout s’explique. Et je vous laisse libre de juger à quel point cette assertion de ma part est vraie ou fausse. En toute démocratie.

Et après il y a : les Autres.

Bon. Arrivée à ce point de mon blabla, je dois vous concéder que nous, Français, mais surtout Françaises, bénéficions d’un atout majeur à utiliser à bon escient. Parler est en soi avoir fait la moitié du chemin et dissiper une grosse partie des hésitations du monsieur. La moindre trace d’accent français vous confère un potentiel insoupçonné: celui de faire surgir les phéromones dans n’importe quelle atmosphère. Vous êtes fairefureurisch rien qu’en disant votre nom. Même les jours où vous avez l’air de Robocop tellement vous êtes de bonne humeur. Ca prend parfois des proportions sidérantes. Téléphonez par exemple à votre caisse de sécu, tombez sur un homme et expliquez lui avec hargne votre problème d’inscription. Jamais vous n’aurez un niveau de service aussi abouti. Plus vous dites de euh, mieux c’est. Idem au boulot. Le  »léger » accent sera jugé délectable. Toujours, y compris si vous ne le voulez pas. Alors, tant qu’à en arriver à ce niveau-là, autant s’en servir. Non mais.

Donc, les liens:

Manon et son bellâtre

Un constat cinglant de Caroline

Le témoignage de Nat, rescapée du désastre

L’analyse d’Hélène

Voilà. Alors on reprend. La drague, vaste sujet pour tous les expats paumés entre les signes, pardon les langages codés incompréhensibles consistant à masquer l’existence des phéromones pourtant bien présents. Les Allemands aiment les jupes, les talons, tout comme tous les autres. La preuve par Loriot et le discours embrouillé d’un père:

La drague, donc, cette façon d’aborder quelqu’un pour des motifs amoureux et que ça soit à peu près clair pour cette personne, je crains bien qu’elle n’existe pas vraiment ici, sauf très rares exceptions tout à fait louables. Le mieux en fait, c’est quand la personne qui drague peut aussi faire croire qu’elle ne l’a pas fait, comme ça elle ne prend pas trop de risques. Pas encore compris quels risques. Du moins dans le sens homme-femme. Il existe certes des relous mecs qui osent faire comme en France, c’est à dire vous aborder au supermarché, dans la rue, ou bien au resto ou au bar, et là ils sont moins relous, de suite (signe de reconnaissance: ils commencent en grande majorité leur discours par Alles klar? Nouvelles venues, vous saurez que non non, vous n’avez pas l’air mal en point. D’ailleurs heureusement qu’ils font ça. Imaginez un peu les baffes qu’ils se prendraient s’ils utilisaient le mot local pour mademoiselle). Mais ça reste assez rare. La grande majorité ne le fait pas. C’est même tellement rare que parfois, vous qui étiez si peinard sans aucun commentaire non désiré sur votre look ou votre forme physique, vous commencez à présenter tous les symptômes de la femme stylée bien française que jamais auparavant vous n’avez été. Ou alors, vous vous surprenez à avoir une certaine nostalgie pour ces compliments gratuits très français qui, dans le fond, ne mangent pas de pain et vous pousseraient presque à réserver un week-end à Paris ou à Nice sur expedia fr ou un autre site, pour vous remonter le moral (mademoiselle, j’te parle! mademoiselle, tu es belle comme la lune! t’habites où? je t’offre un café! je te porte tes provisions si tu veux! etc. etc. Et vous êtes la seule cruche à sourire à ces phrases reloues, donc ils insistent encore plus. Super).

A l’opposé de ça en Allemagne, il y a les séquences où vous réalisez qu’en fait, pas du tout, vous intéressez probablement tout le monde deux trois mecs pas trop moches et que tout va bien, vous n’êtes pas nobody mais en fait, Scarlett O’Hara remix. Ouais. A vous les amours fous à travers les contrées verdoyantes. Il y a un truc dans l’air. Seulement, arrivé à ce niveau-là d’appréciation de votre personne, l’homme peine souvent à diffuser un message clair. Vous parlez pluie et beau temps, neige et verglas. Le problème pour vous est donc d’identifier assez tôt l’objet du rapprochement de votre interlocuteur, histoire d’être sûre sûre après tout ça. Facile à dire, pas facile à faire. Souvent, vous le captez un peu trop tard le rapprochement. Vous vous retrouvez donc sans aucune forme de certitude, désarmée, vaguement désespérée aussi devant tant d’énigmes. Mon conseil: si vous vous posez la question, c’est déjà bon signe. Parce qu’en soi, c’est digne des meilleurs stratégies et tellement limpide que vous n’y voyez vous même que du feu, que vous vous dites que c’est certainement un schtroumpf. Et pour cause: partie de skat ou motif ultime? Discussion politique ou motif ultime?

Bref, plus vite vous décodez, mieux c’est. L’avantage, c’est que plus vous accumulez de temps de présence en Allemagne (système de points, en fait), plus vous commencez à comprendre tôt. Parce que sinon, ça risque tout de suite d’être l’étape suivante: Hollywoodschaukel (= balancelle judicieusement placée sur un balcon, normalement utilisée pour savourer la tarte et le café le dimanche, façon année 50, avec la grand-mère pas loin) dans le vent froid de l’hiver berlinois. Vous attrapez la mort avant d’avoir réalisé le revirement de situation. Ou bien dîner aux chandelles dans un resto posh de Prenzlau quand on vous a parlé d’aller prendre un verre pour continuer la discussion interminable -et palpitante- sur Helmut Schmidt. Avec en prime la vague impression que vous êtes à compter de ce jour LA femme de la vie de l’homme devant vous, et que ne pas avoir assez faim pour finir ce que vous avez commandé peut avoir des conséquences cataclysmiques. Et qui renonce facilement au statut de Scarlett O’Hara pour cause d’indigestion?!

Donc voilà. On a d’abord le sentiment de ne pas exister pendant des semaines, puis subitement de trop exister pour que ça soit plausible, et puis de ne plus rien comprendre à rien. Tout ça est normal. Inutile de paniquer.

Alors après il y a les filles qui partent du principe qu’elles doivent prendre les choses en main. Pour certaines, ça marche. Pour d’autres, pas.  Les pigeonnes. A vous de voir. C’est sans doute une question du nombre de fois que vous avez essayé. Mais le mieux, c’est encore d’en rire avec eux, ça aide à savoir à quoi s’en tenir ;)

Bon. Après tout ça il est fort possible que vous vous demandiez s’il y a un avantage à ne pas vous reconvertir à l’international, histoire de ne pas perdre de temps si comme 90% d’entre nous vous ne comprenez rien à rien. Eh bien oui, il y en a un, et de taille: la reconversion en homme au foyer. C’est qu’il répondrait quasiment à cette attente féminine éternelle du prince charmant à tous égards à lui tout seul, c’est dire:


Le prince charmant von pascaldinot

Enfin bon, les exceptions existent, hein. Tous les hommes ici ne sont pas Monsieur Propre ou chef cuistot à la maison, même s’ils vous racontent la version glamour sur leurs dons en cuisine italienne au restau de Prenzlau. Méfiez-vous. Je ne voudrais pas vous induire en erreur et que ça me soit reproché par un nouveau type de détracteurs. Mais bon.

Edit de dernière minute: Audrey en parle aussi. Deux fois. Comme quoi.

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Teaser: vos histoires franco-allemandes

Tanaaaaaaaaa! Je viens de prendre le temps de bidouiller dans mon code et j’ai enfin compris comment mettre les commentaires sur certaines pages où ils manquaient alors que tout était au vert. *Très fière de moi* Ce qui nous permet d’avancer vers une idée qui me trotte dans la tête depuis plusieurs semaines.

Tout ça pour dire que nous avons dès aujourd’hui une nouvelle catégorie. J’ai nommé: Vos histoires franco-allemandes.

Le principe est très simple: il s’agit d’une page spéciale où vous pouvez commenter autant que vous le souhaitez pour dire ce que vous aimez en Allemagne, ce qui vous a fait venir ou bien vous fera venir un jour, votre passé familial, vos envies, votre passion pour la langue, voire encore les aléas de la vie qui vous ont mené à découvrir ce pays…Tout ce qui me paraîtra authentique – et qui sera dans une démarche positive, héhé, sera publié. Bien entendu, j’ai aussi quelque chose à dire, donc attendez-vous à un petit pavé  de ma part dans quelques jours ;). Le but est de partager les témoignages.

A vos plumes!

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