Category Archives: Parlons franco-allemand

Toute la vérité sur le Nutella

J’ai ENFIN compris pourquoi j’ai totalement renoncé au Nutella depuis mon arrivée ici. Voyez plutôt:

Je veux mon Nutella francais!! Et après, on nous dit que la mondialisation, ca lisse toutes les différences de facon dramatique. Je dis non. Preuve à l’appui ;)

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Une autre façon de voir l’art…?

Après un week-end passé avec des étudiants allemands en art, je me suis surprise à NE PAS me demander pourquoi je n’étais plus perturbée par la vision germanique de l’art. Il semblerait que j’ai intégré une partie de leur conception des choses…à ma grande surprise. Je crois qu’on appelle ça de l’intégration :)

Pour revenir rapidement sur les faits: il y a 3 ans et quelques mois, je rencontre à Paris une Allemande en année Erasmus qui deviendra l’une de mes meilleures amies. Elle est étudiante pour devenir professeur d’histoire et d’art, court les expositions et dessine, dessine et dessine encore et toujours. Et là, c’est le drame dans ma tête, au fil de nos conversations je note les informations suivantes:

- les étudiants allemands en art n’ont pas de cours d’histoire de l’art, du moins pas quand ils doivent être profs

- ils accumulent à la place les cours de pédagogie

- ils privilégient nettement l’inventivité à la précision technique- peu de cours de reproduction exacte d’une toile ou d’un objet, mais beaucoup d’examens portant sur la créativité

- ils ne cherchent pas forcément midi à 14 heures, pour ce qui est de trouver un sens à l’oeuvre d’art qu’ils ont sous les yeux, cherchent par contre à identifier les modes de création utilisées

- ils ne se spécialisent pas dans un domaine (dessin, sculpture…), mais font un peu de tout: photographie, peinture, sculpture, marionnettes, collage…

Premier choc culturel, ou premier choc paulinien, j’avais, comment dire, la  bouche ouverte. Le peu que je pensais savoir des études aux beaux arts, à l’époque, allait dans le sens inverse, me montrant un art un peu élitiste, souvent inintelligible (voire voulu comme tel), réservé aux musées et non pas à faire naître au quotidien…Peut-être un préjugé, mais tout de même une idée que l’on m’avait transmise. Pour caricaturer mon idée de l’artiste, quand j’étais de bonne humeur, c’était l’inaccessible  (et géniale) Fabienne Verdier, et quand j’étais de mauvaise humeur, ça donnait ça (ah cet humour gras des années 90):


Les Inconnus – Arrêt culture
Hochgeladen von droogirico. – Sieh mehr Komedie Videos.

Et là encore, l’Allemagne m’a appris qu’il fallait parfois descendre les choses de leur piédestal, ne pas imaginer les artistes comme des gens forcément surdoués et inaccessibles, y croire et oser un peu plus: l’art est bien à portée de chacun d’entre nous (tiens, on dirait une phrase de Mickey), non seulement à regarder (musées & co) mais aussi à créer. Un peu d’inspiration, un peu d’envie, un peu de sérieux, et hop! on peut faire naître quelque chose de nos 10 doigts, quelle que soit notre aptitude de base. Pas seulement en disant qu’on est doué de ses mains, mais en disant que nous aussi, on fait des choses qui peuvent être « ad-mirables. » C’est pas beau de voir les choses comme ça?

Bref,  die Kunst, en Allemagne, c’est plus proche des arts plastiques ou des arts appliqués que de l’art au sens auquel nous l’entendons, nous, semblerait-il…Non pas que les Allemands ne connaissent pas les artistes dits classiques (loin de là!!) mais qu’ils lui donnent un sens plus pratique, pragmatique que nous le faisons. Et il se trouve que ça me plaît bien. Enfin bon, après, je ne suis absolument pas spécialiste des études d’art en France et je ne cherche pas non plus à m’affirmer sur ce terrain que je connais mal.

Pour tous ceux que cela peut intéresser, un lien vers une expo allemande qui me tient à coeur: das Besonderes im Alltag, à Dresde, du 28.01.11 au 06.02.11. Ou comment voir le quotidien autrement. Pour avoir mis (un peu) le nez dedans, je recommande chaleureusement cette exposition à toute personne de passage sur Dresde. Et je précise au passage que cette ville est géniale, il y a plein d’autres choses à faire là-bas dans la série « culture et plus si affinités »: la Frauenkirche, le  Zwinger, la Neustadt...(avis totalement neutre, bien entendu :))

Et une question pour la route, une: et vous, vous avez remarqué des différences majeures dans l’enseignement entre la France et l’Allemagne?  Que ça concerne l’art ou autre chose…On remarque quand même deux-trois choses au passage en parlant de l’Abitur…En ce qui me concerne, ça me perturbe encore un peu, cette importance de la pédagogie ici!

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A propos des manuels scolaires…devinette

Amis des vieux bouquins, bonjour…Vous allez être servis aujourd’hui, sous forme de devinette avec lot à l’appui.

J’ai entrepris des fouilles dans notre bibliothèque familiale, du reste déjà bien connue. J’ai fouiné dans les manuels scolaires et cahiers d’écolier sdu temps jadis, en me délectant de la qualité de la langue écrite au début du siècle… Et je suis tombée sur une perle en la matière. Cette langue un peu niaise, un peu improbable, à la façon comtesse de Ségur, le tout dans un petit livre sehr charmant…j’adore.

J’en reviens à mon propos: quel livre ai-je bien pu ressortir aujourd’hui des  armoires de Mère-Grand, sachant que:

- il date de 1877 et a été utilisé comme livre de lecture courante pour enfants jusque 1950 environ

- c’est un pilier de l’éducation façon IIIème République, tiré à 6 millions d’exemplaires

- il y a bien entendu un rapport, dans le sens historique, avec le propos de mon blog, à savoir le franco-allemand. Je ne vous cacherai donc rien: c’est un livre qui dit très clairement que la France, c’est bien, et qui laisse comprendre assez clairement aussi que l’Allemagne, c’est mal. Ah bah tiens.

- il raconte l’histoire d’enfants sillonnant la France et découvrant des choses de la vie (comment on fait le beurre, la vertu de l’hygiène, les merveilles de la France qui incontestablement n’a pas son pareil * ironie consommée par rapport à certains passages, on a parfois l’impression que seule la France a des fleuves, vaches etc.*)

Pour la petite histoire, j’ai découvert ce livre ou plutôt son titre au hasard de la préparation d’un examen de culture gé- donc il y a au moins 500 ans. Et peu de monde semblant connaître ce monument de passéisme, j’ai été aux nouvelles chez les archives de mes grands-parents, qui m’ont fourni deux exemplaires, certes en morceaux, mais délectables. J’adore pour le côté bonhomme, pour les clichés si naïfs (plus naïfs, on meurt, même Mickey Mouse n’y est jamais allé aussi fort. Etre gentil, c’est bien, vous étiez au courant :)? ), pour les clefs historiques que ça donne.

Je crois que les livres et les films influencent les gens parce qu’ils donnent une interprétation au réel. Je crois que les faits, juste les faits, c’est une donnée sèche qui n’explique rien.  Je doute sérieusement qu’un Bordelais, en 1869, aurait crié au scandale s’il avait su qu’on allait perdre l’Alsace-Lorraine 10 mois plus tard (il aurait franchement rigolé, en fait: Napoléon III, perdre? Et concrètement, où serait le problème?). Par contre son fils en 1890, il y a des chances que ça lui importe un peu plus, au point de vouloir tâter du Prussien sur champ de bataille…Alors pourquoi? Réponse, méthode: rien de mieux pour fouiner dans le passé que de tomber sur un best-seller oublié et de se laisser guider par le chant d’une sirène poussiéreuse…

Quand on lit ce livre en particulier, on comprend un peu du racisme et ultra-patriotisme assumé de nos grands-parents ou arrières grands-parents et pourquoi il était si difficile à combattre.  Quand on naît dedans, que personne ne vient à l’idée que ce ne soit pas évident, comment en arriver à comprendre les choses d’un autre point de vue? Il faut un sacré culot , une sacrée clairvoyance pour penser à contre-courant de l’ensemble de sa société…

On comprend aussi d’où est venu ce départ populaire « la fleur au fusil » pour la première guerre mondiale et pourquoi personne n’a vraiment tenté de stopper l’engrenage du début de la guerre. Et la comparaison des différentes versions donne un bel aperçu de l’art de diffuser une idéologie politique via l’éducation…Etre catholique, ne pas être catholique. Avoir l’Alsace-Lorraine ou ne pas l’avoir.  Parler de la guerre ou ne pas en parler.  Penser « en bon Français » ou en « mauvais Français »…avec ce que ça implique.

Je suis d’ailleurs en train de me demander quelle dose de pré-pensés imprègne nos manuels et nos idées, actuellement. Comment réagiront nos arrières petits enfants en lisant nos livres, en découvrant le fond de nos valeurs? Nous n’avons plus de livres voulus idéologiquement que celui-ci, on est tous d’accord. Mais quelles sont nos idées communément acceptées qui dans 100 ans seront désuetes ou absurdes? La donne, aujourd’hui, c’est en gros (je dis bien « en gros ») d’être pro-Européen, ouvert au monde et aux découvertes culturelles. Et si demain c’était autre chose?

J’aimerais découvrir l’équivalent de ce titre en Allemagne, il y a forcément quelque chose…Quoiqu’il en soit, histoire de ré-enfoncer quelques portes ouvertes: c’est fou ce qu’on a comme chance de vivre aujourd’hui et de pouvoir critiquer les croyances populaires de nos grands-parents et aïeux (amis des portes ouvertes, je vous avais prévenus).

Pour en revenir à nos moutons, j’ai cherché une édition en poche (et moderne s’il vous plaît!), que j’offre à la première personne qui trouve la bonne réponse via les commentaires: de quel livre s’agit-il? Et si personne ne trouve, ça va barder, j’ai déjà quelques idées de mesures punitives :)

Je vous prépare un pot pourri des citations les plus éloquentes et mon avis sur le total, pourquoi j’aime, pourquoi j’aime pas. En attendant: à vos méninges et mères-grands au besoin!

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Les pires Versprecher…des autres

Fatigue de fin d’année, un peu de craquage après bientôt deux années de galère avec une langue que je pensais  bien acquise…Je ne sais pas vous mais il semblerait que les Versprecher, ces dernières semaines, me cherchent sciemment. Je me demande s’ils ont une conscience propre: c’est peut-être une forme de harcèlement? Une malédiction de fin d’année? Je confonds allègrement des choses basiques, et ca tous les jours.  Voir notamment toute ma frustration envers la langue allemande dans cet article.

Avant de retourner passer quelques jours en terre natale dans ce paradis de la non-hésitation et du non ridicule langagier (vous ne connaissez pas votre chance si vous échappez à ces deux données), je me suis mise en tête de collectionner tous les versprechers ou dialogues de sourds un peu amusants que j’ai entendu ces derniers temps.

Pas pour me moquer, mais pour me dire qu’au moins, je ne suis pas la seule. J’inclus des choses vues, lues, entendues, en francais ou en allemand, de sombres estrangers perdus comme moi ou bien de vrais natifs un peu fatigués. (Je vous épargne Rachida Dati, contents?)

Voici donc mon top 5, en ordre plus ou moins croissant:

1-

« En face de chez moi, ils ont fait une grande maison pour pouvoir faire de l’esclavage. Je suis d’accord, pas de problème, mais pourquoi devant chez moi? « 

Vérification faite, il s’agissait d’escalade. Et dire que je commencais déjà à bouillir un peu intérieurement…

2-

« Ich bin enttäuscht, dass es hier so ist. Alles verwirrend bei Euch. »

Ne pas confondre enttäuscht et erstaunt

3-

« Einer hat sich verletzt, so der Hausmeister. Aber wer? »

« Wieso fragst Du « wer? » wenn Du gerade « Heiner » gesagt hast? »

« Ich habe nicht Heiner gesagt, sondern « einer ». »

« Also Rainer meinst Du. Alles klar. Also ich glaub es nicht. Ihm geht’s doch gut. »

« … »

4-

« Ah, vous êtes aussi un fumier! »

Fumier, fumeur…na ja.

5- Là franchement, il fallait le faire…Mais l’intéressée a-t-elle seulement été informée de sa bourde??

Mes sources:

-  mes amis, mes oreilles (tiens la formule a un relent de Marc Levy. Toutes mes excuses).

- la radio

- un ou deux sites qui les collectionnent, trouvable ici et .

Et vous, un témoignage à faire? Allez, dites-moi que vous êtes témoins ou victimes vous aussi :)

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Sprachidentität, une idée dépassée?

Parfois je me demande pourquoi je me donne tant de mal pour parler l’allemand. Bien le parler je veux dire: sans Versprecher, sans fautes d’accord, dans la mesure du possible sans accent à couper au couteau.

Il semblerait que je sois membre d’un club en voie de disparition. Le français, c’est sexy: les Allemands, dans le meilleur des mondes,  s’ils avaient le temps, s’ils avaient le courage (soyons honnêtes: c’est là le problème, la plupart du temps) ils le parleraient tous et ils déménageraient à Paris pour s’envoyer des croissants  tous les matins et aller danser sur le son d’un accordéon délicieusement rétrograde ;)- Amélie Poulain, si tu nous lis, comprends-moi bien: tu as eu une influence dévastatrice sur les clichés de l’Allemand moyen…

Et un accent français en allemand, c’est le rêve, d’après eux. D’après la majorité des Français ici également:  pourquoi se donner tant de mal? Pauline, que demandes-tu? Spinnst Du?

Bon, je ne nie pas qu’une petite tendance à ne pas pouvoir prononcer spontanément les h aspirés ( *a- ha- ha -Haltestelle!!*) et à buter sur certains mots (Kirche versus Kirsche…) permet d’attirer l’attention, la sympathie, et beaucoup plus si affinités. Et que des fautes mignonnes font sourire son auditoire, voire le fait se rouler par terre en battant des bras, si vraiment vous venez de faire LE versprecher du siècle (no comments, aucun rapport avec des faits récents je vous assure).

Mais quand même! Comment je m’intègre dans un groupe, si ma voix me dénonce toujours comme l’étrangère de service? J’exagère le trait comme d’habitude, mais le problème de fond est là: je crois à la Sprachidentität et je suis encore loin de pouvoir y accéder ici. Je me sens fatiguée de toujours avoir à réexpliquer mon parcours moins de deux minutes après le début d’une conversation: oui je suis étrangère, oui je suis française, oui, oui… Il y a certains moments où ça me donne des envies de revenir au blabla fadasse sur le temps, ce qu’il faut quand même vouloir depuis que Frau Holle a fait des siennes (sérieusement, plaidoyer en passant: on pourrait arrêter de nous faire savoir qu’il fait froid??).

Mais même en admettant qu’un jour dans ma vie ici je parvienne à ne plus être identifiée en un clin d’oeil comme française, la Sprachidentität est-elle une réalité pour le Hochdeutsch, autrement dit la langue d’état? J’en doute de plus en plus et je me demande dans ces conditions où je vais trouver l’énergie pour continuer à progresser (une langue, c’est comme un marathon: la quantité d’efforts à fournir en fin de parcours peut sembler parfois inhumaine…)

Je m’explique: la France est un pays à très forte identité langagière nationale, et ici, c’est…nettement moins le cas. Comparez le nombre de dialectes français auxquels vous avez été confrontés ou que vous avez utilisés et le nombre des dialectes allemands que vous avez pu entendre, vous, en tant qu’étranger (ne surtout pas me catapulter en Saxe ou en Souabe sans préparation psychologique: si je tombe sur un local fier de  sa région, je suis incapable de comprendre le prix d’un simple billet de bus. C’est du vécu…)

La population immigrée en France est elle aussi assez bien intégrée de ce point de vue, dans la mesure où une grosse partie vient de pays dont l’une des langues courantes, voire officielle, est le français. Et la maîtrise de la langue, libre de fautes et de toute forme d’accent, c’est encore la meilleure carte de visite pour une intégration réussie dans « la haute » comme au quotidien…Je ne vous refais pas le débat sur les Turcs et la maîtrise des bases de l’allemand en contrepoint de ça, Thilo Sarrazin le fait si bien (*ironie**)

Sur un autre sujet, quand je pense qu’ici, un accent régional est  TOUJOURS une fierté, un dialecte TOUJOURS un trésor…Allez dire à un Bavarois ou un Saxon de vous parler en hochdeutsch! Au contraire, la France est un pays où on a (trop) longtemps combattu les dialectes locaux, selon une idée que la langue était un outil d’ascension sociale: la cour, les Lumières, les révolutionnaires, Napoléon, Jules Ferry etc., pour une raison politique ou idéologique variant selon les époques, tout ce beau monde a cherché à imposer la langue française, soit par la séduction ( « le roi il parle en français, tu veux lui causer? » :)), soit par la force (sombres heures pour les écoliers incapables de parler français en classe, cf. les études faites par les historiens sur l’histoire de l’éducation en France…). Le hochdeutsch est maléable: on peut faire une loi pour modifier son orthographe du jour au lendemain. Le français, par contre, on y touche pas: il y a même une académie pour le protéger et veiller à sa bonne utilisation, faire entrer ou non des mots déjà utilisés dans le dictionnaire…

Je me souviens encore de l’histoire d’une de mes amies de fac me racontant les reproches faits sur son accent marseillais « trop fort pour pouvoir être professeur » (un professeur le lui disait…). C’était il y a juste 6 ans, elle a perdu son accent depuis… Je me souviens aussi d’avoir noté un certain nombres de personnes d’origine étrangère dans mon  ex-entourage parisien:  Allemands, Néerlandais, Anglais…chacun d’eux parle le français mieux que moi…Et il y a toute cette floppée d’auteurs qui ont choisi la langue française pour écrire, plutôt que la leur: Samuel Beckett, François Cheng, Elie Wiesel, Jorge Semprun…Un peu comme si en France, la langue était porteuse d’une grande liberté, la maîtriser apportant respect et  aussi une certaine forme de pouvoir. On commence tout juste à voir une certaine relaxation envers les langues régionales depuis 20, peut-être 30 ans.

Mes amis allemands ne comprennent absolument pas ça et perçoivent notre langue à partir de leur schéma d’analyse hochdeutsch/ dialekten. Il n’y a qu’à voir le slogan officiel du Baden-Württemberg: Wir können alles. Ausser Hochdeutsch. (Nous sommes capables de tout. Sauf de parler le haut allemand). Logique, mais n’essayez pas d’expliquer à un Allemand le rapport complexe entre la diversité régionale française et la large utilisation de la langue officielle, ça fait apparemment partie des choses qu’il faut vivre pour pouvoir commencer à les appréhender. Alors lui faire comprendre pourquoi diable j’en ai assez de ne pas parler mieux allemand…

Je suppose que la conclusion logique à écouter tirer de toutes ces tergiversations est: « te fais pas de mouron mäuschen, ton allemand il est mignon ». Et qu’il faut chercher un autre vecteur d’intégration pour se convaincre qu’on a fait son trou (bon allez, je me décide pour le schwützer deutsch). Mais lequel? Et comment fait-on pour ne pas sentir constamment étranger quand la langue fait défaut? Au final quelle est mon identité langagière ou ma Sprachidentität? Est-ce le Français, et rien que lui, alors que je l’utilise de moins en moins? Ou bien est-ce que c’est un mélange de français et d’allemand tels que je les maîtrise actuellement…?

Je ne sais pas si je vais pouvoir trouver la réponse avant un bail. Mais bon, en tous les cas, je pense que cette question du rapport à la langue est assez intéressante: quelle est notre langue de référence? pourquoi? et comment on en est venu là? est-ce que la langue influence notre personnalité? Si vous ne connaissez pas encore et que la question vous intéresse un peu, vous pouvez aller voir du côté d’Elias Canetti. Européen avant l’heure, un peu mégalo mais diablement intéressant, personne ne sait vraiment quelle nationalité il avait après lecture  rapide de sa biographie. Le premier tome de son autobiographie est très intéressant à lire pour se donner des clés sur le rapport à la langue allemande imposée sur le tard, entre dégoût et passion…J’aimerais trouver d’autres témoignages comme le sien. Il est disponible en VO par , pour qui veut tenter d’étudier sa fascination pour la langue allemande d’un peu plus près ;)

Et vous, vous avez un rapport particulier à la langue que vous utilisez?

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Contes de Noël: Cendrillon, façon DDR

Ca y est, c’est officiel: il fait tellement froid que je ressens le besoin de me calfeutrer chez moi et de savourer des contes, sous forme écrite ou en version filmée. Et bien entendu, je me concentre sur du franco-allemand.

Soyons honnête: chaque année je suis énervée par les théories unilatérales selon lesquelles d’entre nous et eux, seuls les Allemands disposent d’un vrai capital de contes pour enfants. Je vais donc partir dans une théorie franco-allemande, vous pouvez tout de suite aller voir la partie concernant le film en fin d’article si cela vous inspire un peu plus.

L’idée selon laquelle nous n’avons pas de contes propres est fausse, seulement c’est difficile à prouver sans un petit retour en arrière (j’avoue que je ne sais pas nous défendre en direct, ok…Ferais mieux cette année! Notamment grâce à ce post qui me force à lister les arguments ^^). Ce blog étant aussi là pour ça, je profite de l’occasion pour montrer que nous avons aussi de quoi faire. A bon entendeur…

Donc, pour mettre fin à ce débat franco-allemand latent au fond de moi-même et peut être de certains lecteurs:

Les contes, côté français, comme le nom l’indique (« ra-conter »), ce sont d’abord des récits oraux, savamment racontés lors des veillées paysannes qui ont quasiment disparus avec l’urbanisation.  Ils sont faits pour être entendus, cela peut encore se ressentir à la structure de certains (drame en trois actes, avec tension finale, voir par exemple La Barbe bleue. Sous la mise en forme de Perrault, il y a  à mon avis bien autre chose à relever…notamment que c’est fait pour un auditoire!). A un moment ou un autre, des nantis de la cour s’inquiètent de la disparition progressive de ces  récits et se chargent de les coucher sur le papier avec un style relevé. Cela donne le fantastique Cabinet des fées, première « vraie » tentative de sauvegarde de ce patrimoine (courant XVIIIème, si ma mémoire est bonne), après la mode précieuse (fin XVIIème) pour les sauvegarder. Il y a une très belle compilation du Cabinet des fées disponible chez Picquier (très conséquente, aussi), ça peut être un beau cadeau de Noël familial. Je dis ça comme ça, et peut-être aussi parce que j’aurais rêvé de pouvoir avoir ça à partager entre cousins et grands-parents à Noël ;). Si ça vous intéresse, c’est par .

Bref vous m’aurez comprise: les contes français existent bien, et toc. Perrault, le Cabinet des fées, Mademoiselle L’Héritier, Dumas, Nerval, Zola, la comtesse de Ségur (je vous assure qu’elle en a écrit!!) ne comptent pas pour du beurre. Seulement, très souvent, cela relève de l’exercice littéraire et uniquement de celui-ci. On réécrit le conte, on le redécouvre et on le met à disposition d’un public déjà averti qui savoure ses subtilités et juge de son style en fin connaisseur de la langue.

En Allemagne, à l’inverse, les contes mis à disposition du grand public par des connaisseurs des légendes populaires le sont à une période historique assez marquée. Prenez les frères Grimm: ils n’écrivent pas à un moment anodin, et ils ne le font pas d’une façon innocente. Ils collectionnent et rédigent des contes qualifiés de  spécifiquement allemands (on est en plein au moment où notre Bonaparte national -prenez l’expression comme vous le voulez- pousse les peuples européens à se trouver une identité, l’Allemagne en tête…) Et ils le font précisément à la période à laquelle le concept d’enfance s’impose dans les mentalités. J’en ai d’ailleurs touché un mot avec l’histoire du mot « bébé » ici. Ce sont des contes qui sont jusqu’ici porteurs d’une identité claire et d’un message précis: adressés aux enfants. De là à tirer la conclusion que ces contes ont un but éducatif…Alors que nous, eh bien non. Encore une façon de se démarquer, ahlalala ces Français! :)

Bon, je suppose que vous aurez compris mon message et que je peux passer au coeur de mon propos. Pas trop tôt, me direz vous. Je vous entends.

Il y a ici des traditions télévisuelles assez marquées pour les fêtes. Je vous épargne le couplet sur Sissi et ses éternels remakes, je le réserve à un jour improbable de grande fièvre. Par contre je ne vais pas vous épargner avec Trois noisettes pour Cendrillon (Drei Haselnüsse für Aschenbrödel).

Qu’est-ce que c’est?

  • Un film des années 70, avec le style incroyable et improbable des années 70 (allez voir un peu ces costumes! du tonnerre en boule comme diraient certains…ou pas)
  • issu d’une collaboration RDA- Tchécoslovaquie (pardon, impossible de retrouver le nom officiel de l’Etat soviétique de l’époque…). Il y a peut-être un peu de Pologne là-dedans aussi, je ne suis plus très sûre de moi. Lecteurs amis de la langue de Goethe, vous pouvez aller le vérifier sur cette superbe fanpage si le coeur vous en dit.
  • né d’un conte tchèque dont je n’ai pas jamais entendu parler jusqu’ici, de même que son auteur, inconnue au bataillon. Qu’à cela ne tienne: cultivons-nous sauvagement.  Il s’agit d’une des variantes slaves du conte que nous connaissons tous.
  • une référence allemande absolue, du moins à l’Est. Je vous assure: le film passe chaque année de façon réglementaire à la télé et il est regardé de façon quasiment religieuse. Pas moyen d’y couper si vous vivez ici, ce sera votre destin. Autant vous y faire tout de suite. En plus, vous risquez d’aimer.

Personnellement, j’aime: la musique (paraît-il célèbre), la version du conte (beaucoup moins cruelle et interprétable que celle que nous connaissons tous), les paysages neigeux, les dialogues (ah cette simplicité), les animaux partout présents comme des gardiens et tellement plus fiables au fond que les humains…Et aussi le fait qu’on voit un peu de Moritzburg (château près de Dresde) au passage.

Je vous laisse avec un petit trailer inofficiel…

PS: je n’ai pas trouvé ce DVD en vente en France… Appel à témoin: si quelqu’un sait où le trouver en version française, merci de m’en avertir…ça ferait un bien joli cadeau.

Pour tous les fans de contes, vous pouvez aussi investir dans cet autre livre de contes spécifiquement français en allant voir par . Je le recommande fortement!

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La logique du don

Il y a des choses comme ca qui vous font bondir et vous donnent des envie de partir en courant- chez Môman, au moins, le glauque ne choque presque plus.

Je câle devant les Berlinois qui toussent et crachent dans le bus (encore vu hier!!), les récupérateurs de bouteilles consignées dans les poubelles, qui passent tous les 3 mètres (ils en vivent, au final…) et qui sont partout dans la ville.

Et de même devant cette manie de tout comptabiliser. Chez nous, un service est un service: gratuit. Ici, tout a un coût. Absolument tout. Même un tout petit, je ne trouve pas ca  évident… Vos amis vous demandent expressément de rembourser 2,30 euros sans faute le lendemain (au cas où vous voudriez mettre en bourse cette somme astronomique). Le cordonnier fait mal son boulot, vous lui demandez de rectifier: ok, mais pas sans raquer 3 euros…

Je suppose que c’est un trait très francais de considérer l’entraide comme une évidence gratuite ou bien comme carrément  non existente. A l’inverse, ici, on semble penser qu’il est normal de l’encourager parce qu’elle est trop rare, donc on rémunère.

Dernière découverte en date, celle qui concerne le don du sang, faite grâce à NiKo qui pose décidément des questions apparemment anodines et qui ne le sont jamais autant que ca…

En ce qui concerne le don du sang, je ne suis pas quelqu’un de bien renseigné en général. Peut-être que j’enfonce une porte ouverte pour tous les (franco-)berlinois lecteurs du blog avec ce post…Toujours est-il que la plupart des donneurs de sang en Allemagne sont payés. Oui, vous avez bien lu: payés.

J’ai donné mon sang plusieurs fois en France, à l’EFS. On vous offre un goûter, on discute avec les gens, ca ne dure pas trop longtemps non plus. Et puis on repart tout content: la B.A du jour, voire du trimestre, elle est faite.

Ici, les gens attendent entre 20 et 30 euros pour chaque don du sang. Je trouve ca choquant, voire malsain de la part du donneur. Je donne pour sauver des vies, pourquoi devrais-je le faire pour toucher une rémunération? Ca salit tout non?

J’en ai parlé avec un ami allemand, voici en gros la retranscription de la conversation:

- sag mal  [dis]
- mal  [je dis]

- findest Du das normal, geld für blutspende zu kriegen??  [tu trouves ca normal qu’on soit payé pour donner du sang??]
- das ist gängige praxis hier in DE  [c’est une pratique courante ici en Allemagne]

- das ist bei uns immer ohne entschädigung [chez nous c’est toujours sans rétribution]. verkauft ihr denn mal euer blut? oder wollt ihr leben retten? [vous vendez votre sang? ou alors vous voulez sauver des vies?]

- machen auch nicht alle so. das DRK gibt wohl nur essen und trinken [tout le monde ne fait pas les choses comme ca. La DRK ne donne qu’à boire et à manger]

- AH (denkt ein Weilchen)  [AH] (réfléchit un petit moment) . ich hab also respekt vor DRK. was immer es sein kann.  [du coup j’ai du respect pour la DRK. quoi que ca puisse être.]

- es geht darum, die menschen zu locken.  [c’est pour appâter les gens]. es wird viel mehr blut gebraucht als spender da sind [il y a toujours besoin de plus de sang qu’il n’y a de donneurs]

- habe ich mir auch so gedacht. aber trotzdem. [c’est bien ce que je pensais. mais quand même]. und es bleibt auch so, dass jeder maximal 4x pro jahr spenden darf, oder? [et c’est toujours limité à 4 fois par ans maximum, non?]

- 4x?du kannst blutplasma alle 2 bis 3 tage spenden.  [4 fois? tu peux donner ton plasma tous les 2 ou 3 jours]. vollblutspenden alle 8 wochen [pour la totale c’est toutes les 8 semaines]

- echt?  [sérieux?]

-  ja. das blut regeneriert sich recht schnell  [oui. le sang ca se régénère vraiment vite]

- ich habe irgendwo gelesen, es war laut geschlecht gerechnet. [j’ai lu quelque part que c’était limité en fonction du sexe] 4x für frauen, 6x für männer[4 fois pour les femmes, 6 pour les hommes]

- naja, das ist bestimmt quatsch [umm, c’est certainement des conneries]
- das heiss, es muss wohl menschen geben, die damit leben. furchtbar. oder? [donc en gros, il doit y avoir des gens qui en vivent. c’est glauque. non?]

Je vous laisse tirer vos propres conclusions éthiques/morales sur le problème. Moi, je file à la DRK (dont j’ai compris après quelques efforts qu’il s’agit de la Croix Rouge allemande). En revanche, ca ne m’empêche pas de lancer la question à la volée: la solidarité, c’est culturel, naturel, ou acquis par l’éducation? Parfois je me demande si certains traits de mon caractère ne sont pas typiquement francais, ou typiquement familiaux, ou typiquement de moi, ou typiquement humains…*équation insoluble**Pauline commence une nouvelle série prise de tête* *na ja*.

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L’humour allemand

On décrit trop souvent les Allemands comme des gens sérieux…Au point de décourager les gens d’apprendre leur langue. Dans la série clichés, l’Allemand ne sait pas rire.  Le stress le dévore, il ne dort pas, il ne mange pas, il ne rit pas. Tout juste s’il boit sa bière en décochant quelques signes d’assentiment à vos blagues ;). Bref: il garde les lèvres pincées, droit comme un i. Au mieux, c’est un bellâtre, très souvent blond (…soupir…) aux sourcils froncés dans un effort permanent de réflexion concentrée et pesante. Au pire, c’est un emmerdeur qui va tout contrôler, sa vie, la vôtre, corriger vos fautes d’allemand, remettre le paquet sur le désordre français (on aura compris que les Français font la grève, sont des casseurs, des inconscients, et qu’il est dangereux de vivre à Paris). Ok, j’avoue: j’exagère un peu beaucoup le trait. Mais bon…honnêtement, vous vous êtes jamais dit quelque chose dans le genre « de toutes façons ils savent pas rigoler »? « quelle bande de coinços »?

Je parie que si. Et pour cause: l’humour allemand, ça s’apprend. Les Espagnols, les Anglais, les Italiens, enfin bref, les « Autres », ça va être normalement assez simple de les faire entrer dans nos blagues. L’allemand par contre…non. Et comprendre les siennes, ça peut également relever du défi si on a pas quelques clés en main. La bonne nouvelle dans l’histoire, c’est que tout a une fin et qu’on finit par entrer dans le jeu quand même- il m’arrive maintenant de passer pour une boute-en-train (alors que je suis sérieuse, ça y est je vais me remettre à ruminer…), c’était pas gagné pourtant.

Premier constat: l’humour entendu par les Français, ça fonctionne souvent sur le principe du duo comique placé dans les situations les plus invraisemblables, à la façon Laurel et Hardy. Il y a le couple Bourvil- de Funès, il y a le duo Astérix-Obélix, Haddock-Tintin, etc. En France, on rit souvent aux dépens de l’autre, que ce soit le grand niais au coeur d’or, ou bien le petit rusé et mesquin. Bons amis, les protagonistes vont pourtant montrer une certaine cruauté l’un envers l’autre, le but n’est pas d’être tendre…Ce schéma, on peut le répéter à l’infini, même dans Bienvenue chez les Chtis ou Le dîner de cons où il se retrouve en filigranes plus ou moins évidents.Et du côté du rire au quotidien,  les blagues qu’on échange chez soi tournent au final assez souvent autour de questions liées à la sexualité.

En Allemagne, c’est tout l’inverse. L’humour, c’est comme le reste ici: profondément déroutant. Personne ne comprendra vos blagues au premier abord, et vous ne comprendrez pas non plus les leurs. Ha, ha, ha. Ja, der ist aber witzig, il est marrant, mais vous n’avez rien compris. Récapépétons :)

1. Les Allemands rient de bon coeur, mais plus facilement du comique de situation que de la personne en elle-même. On ne se moque pas des gens: das ist doch gemein! Par contre les ambiances, les situations, l’absurdité d’un groupe, ça peut prendre cher.

La preuve en image avec cette vidéo de Loriot qui peut vous laisser…songeur. Du moins si vous n’avez jamais goûté à l’Allemagne, il faut un peu de temps pour comprendre où est l’humour:

2. On ne rit pas sur le sexe. Le sujet semble tabou, y compris pour en rire. Par contre, on rit sur les femmes et leurs manies sans le moindre complexe (en France, les mêmes choses seraient très certainement impossibles à dire!), sous couvert d’une fascination pour le côté sehr charmant de ces dames (je tombe de plus en plus dans le panneau moi-même, le pire, c’est que ça me fait rire tout en sentant l’embrouille…). Pour ceux qui ne connaissent pas, vous pouvez aller consulter ce blog: échanges savoureux garantis, j’aime par exemple beaucoup ce post!

Edit du 13.12.10: on ne rit pas sur le sexe, quand ça implique des personnes ou que le milieu n’est pas assez intime pour. Cela ne signifie bien entendu pas que jeux de mots et blagues appuyées n’existent pas…

3. Le nerf de la guerre, ici, c’est l’ironie. En bon pays à culture luthérienne, qui peut le plus peut le moins, mieux vaut dire peu et faire mouche que dire trop. Cela vaut pour les signes extérieurs de richesse, l’argent que vous allez dépenser pour vivre, la nourriture. Et aussi en humour…Cela n’exclue pas d’avoir recours à l’absurde, bien sûr. Mais bon, je vous laisse savourer Rainald Grebe (attention les oreilles) et ses paroles savoureuses sur le Land de Brandenburg!

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Le temps de vivre

Ceci est ma contribution au concours de Chrys dont je trouve l’idée vraiment, vraiment sympathique. Le temps, il y a tellement de choses à dire dessus…Le temps qu’on a, le temps qu’on perd, le temps qu’on gagne, le temps qu’on regrette, le temps qu’on a pas (mais dont a toujours le temps de dire qu’on ne l’a pas, c’est encore le plus intéressant ;)), le temps qu’il fait, le temps qu’il faut, etc. , etc. En fait, on passe notre vie à estimer le temps et ses implications: ça au moins, le temps, c’est comme l’espoir dans la légende de Pandore- tout le monde est logé à la même enseigne.

Bref: quand j’ai vu l’idée de Chrys, je me suis dit que c’était génial comme sujet et que je pouvais faire un billet là-dessus. Ce ne sont pas les idées qui me manquent pour alimenter ce blog, mais plutôt le fait que j’aime écrire et poster quelque chose qui correspond à ce que je vis actuellement, enfin plus précisément quand je poste…mon blog n’est pas destiné à être un espace perso (le but, c’est de vous parler de mon affection pour ce pays et des choses que j’y vois), mais c’est quand même un projet dans lequel je mets un petit bout de mon âme. J’ai des posts de prêts, et pourtant je ne les publie pas tant que je ne me reconnais pas dedans au moment où je suis sur mon petit espace admin. Ou le blogging revisité par moi :). Et écrire sur le temps, aujourd’hui, oui ça me dit, et pas qu’un peu!

Je ne vais pas parler de n’importe quel temps- et d’ailleurs, oui, je vais aussi vous en parler de façon à faire une comparaison « rhénane » . Là-haut dans ma liste sommaire il en manque au moins une sorte, celle qui me plaît le plus: le temps vécu. Le temps qu’on apprécie ou non, celui qui nous surprend par sa longueur ou sa rapidité. Dans l’exposition Körpenwelten qui est passée à Berlin l’année dernière (vous savez cette expo sur le corps humain?), il y avait une série de citations, dont une qui m’a beaucoup marquée (forcément, quand on passe le cap fatidique de 25 ans, on commence à cogiter). C’était dans le goût de « man muss ein langes Leben haben, um endlich mal zu wissen, wie kurz das Leben eigentlich ist ».* Autrement dit, qu’on commence à valoriser le temps une fois passé un certain âge, une fois passé l’excitation de la grande jeunesse, une fois passée la prise d’habitude liée à l’entrée dans la vie adulte: conduire, voir le monde, travailler, s’installer, se mettre en couple ou non…Tout ne commence qu’une fois, une fois que la magie du commencement s’évanouit, il nous reste simplement le temps vécu. Au sens passif (la mémoire, qui trie le meilleur comme le pire) et au sens actif (savourer -ou endurer- le moment présent, lui faire dépasser ses limites statistiques, ne pas le compter en secondes, en minutes, heures ou jours, mais en « instants »). Je crois que cette phrase m’a marquée parce qu’elle correspondait, aussi, à ma découverte d’une autre façon d’apprécier les choses.

Je ne peux pas dire si cette découverte est à 100% due à ma présence en Allemagne. Toujours est-il que j’ai nettement changé sur ce plan depuis mon déménagement ici, et que je cherche maintenant vraiment à prendre le temps, plutôt que d’être sur tous les fronts Non pas que j’y arrive (il faudra repasser pour ça…), mais que le concept de Gemütlichkeit, il m’est entré dans la peau. « Gemütlich », c’est un mot qui concerne d’abord une pièce, une atmosphère, une ambiance. Un peu comme l’anglais « cosy ». Mais il y a aussi derrière ce mot un peu de plus de magie: si on vous dit que quelque chose est gemütlich chez vous, c’est un vrai compliment qui vous est fait…Vous avez pris le temps de faire les choses, les minutes sont presque suspendues et on savoure le moment présent à vos côtés. Il y a d’autres mots qui expriment un peu la même idée, au détour d’une phrase, comme une allusion masquée…Günstig, par exemple. J’ai mis un temps fou à comprendre ça, mais je l’ai compris: « günstig » ne veut pas seulement dire « bon marché ». Le mot signifie aussi malin, approprié, avisé. Par exemple: « Es ist ungünstig jetzt zu fahren, wird ehe zu spät » (que je traduirais pas « ce n’est pas avisé d’y aller maintenant, il va être trop tard »). Là où je veux en venir, c’est que la langue allemande a -à mon sens, je pars peut-être dans une théorie qu’un germaniste pourrait descendre en flammes en deux secondes- a une capacité à donner de la valeur au temps.

La parisienne que j’étais était toujours pressée, toujours en train de courir, toujours sur tous les fronts. Je marche moins vite dans les rues berlinoises, je mange moins vite, je suis moins agressive et « straight to the point » qu’auparavant. Ca c’est pour le positif en termes d’attitudes générales (le négatif sur ce plan, pour être honnête, je n’ai pas encore assez de recul pour l’identifier…). Et puis il y a tout ce qui relève de la compréhension de certaines attitudes culturelles: faire les choses dans l’ordre et pas en même temps, c’est important quand on vit ici (les Français ont un don pour gérer des milliards de choses en simultané. Je ne dis pas que c’est bien ou mal, je dis simplement que c’est VRAIMENT l’une de nos capacités nationales…d’ailleurs l’idée de faire un post à ce sujet m’a traversé l’esprit…). Ou encore, dans la série interculturelle:  séparer systématiquement l’utile et l’agréable. Ici, vous allez au cybercafé vérifier une info, vous ne faites autre chose QUE si vous avez payé une session et que vous voulez l’utiliser jusqu’au bout. Du moins je vous déconseille d’aller ouvrir un autre site parce que ça vous traverse l’esprit, si vous êtes entouré d’Allemands à ce moment-là…De même quand vous vous détendez: quand on se détend, on se détend. Enfin bref.

Je pense que cette vision des choses m’a été apportée par Berlin et l’art de vivre ici. Lentement, très lentement, j’ai compris que cette façon d’anticiper et de stresser en amont (il faut bien le dire, pour nous cela se présente comme du stress même si ça n’en est pas…) n’est pas une tentative hystérique pour organiser sa vie, mais une façon de se faire un très beau cadeau à soi-même: s’offrir un petit capital de sérénité, de temps suspendu, pour quelques heures précieuses… Il y a des dizaines de choses qui me manquent de ma vie d’avant et de sa rapidité un peu enivrante, et je ne peux pas nier que parfois, le fait de faire une chose à la fois, de systématiquement chercher à suivre un ordre établi n’est pas une chose facile…Mais la conséquence de cette attitude, elle m’est vraiment bénéfique, et je crois que je ne suis pas la seule: combien je suis devenue calme intérieurement…A ne plus s’y reconnaître.

Pour aller participer chez Chrys, c’est par , et c’est jusqu’au 30 octobre, minuit!

* Il faut avoir une longue vie derrière soi pour enfin se rendre compte à quel point la vie est courte.

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Un drôle de mot

Il y a en ce moment beaucoup de naissances autour de moi. Bébé à venir, bébé arrivé, bébé désiré…on n’en sort plus, pour notre plus grand bonheur :). Encore un aujourd’hui! Et tant d’autres à venir…

Toutes choses égales par ailleurs, je n’arrête pas de me tordre le cerveau à chaque tentative de félicitations de naissance en langue germanique. Ce qui est bien, c’est que le mot « das Baby » est le premier mot pour lequel j’ai su associer un nom ET un genre. Chose rarissime (connaître spontanément le genre d’un nom ici, ca relève du défi. Encore mieux encore: connaître aussi le pluriel. On ouvre des grands yeux quand j’y arrive- « on » étant bien évidemment un ou une Allemand(e) bien intentionné(e) toujours prêt à corriger dans la théorie, ne le faisant jamais dans la pratique, s’extasiant subitement quand ca marche parfaitement tout seul… Enfin bref: ceci est une autre histoire).

Revenons à nos moutons. S’il y a bien un truc que j’apprécie dans le fait d’être multilingue, c’est de connaître les origines communes d’un mot ou d’une expression dans plusieurs langues.  Et de pouvoir faire le lien entre deux événements. Ou de comprendre pourquoi un mot a telle ou telle connotation. Ici en Allemagne il y a pléthore d’exemples avec le Francais (article prévu, so I am not spoiling the beans!). Et ce ne sont pas les histoires rigolotes qui manquent autour de la langue… Faire du shopping par exemple (vient au final du vieux francais « échope », désigne si ma mémoire est bonne des sortes de relais en vogue pendant la guerre de Cent ans, visités par des Anglais, revisité par le Franglais…). Ou bien « budget », tiré du francais aussi (de « bourse », non?). Ou bien encore le fait que l’expression « filer à l’anglaise » soit traduite par « to take French leave »…soit deux interprétations pour un même événement, je vous laisse deviner lequel.

Pour le mot « bébé »/ »baby », qui d’ailleurs est utilisé à peu près partout, il y a toute une histoire derrière. Bon, ok, en Allemand, le mot vient de l’anglais « the baby« . Ce qui permet d’identifier au passage l’article (tous les noms étrangers étant en théorie neutres- je dis bien en théorie, parce que les exceptions, hein…). Et bien entendu, le mot  « baby » vient du Francais. Lequel a une grosse dette polonaise. Et on se retrouve aujourd’hui avec une série de mots qui ont été « eingedeutscht », pris dans la langue allemande , après un léger passage ailleurs (« babyseat », « babykisten », « babyspeck » etc. etc.) Vous me suivez…?

Donc: le mot « bébé » vient du francais et désignait à l’origine un nain francais de la cour du roi de Pologne, réfugié en Lorraine. Nain, bouffon, conseiller, le petit personnage est surnommé « Bébé » par le roi et acquiert une telle célébrité que les membres de la cour finissent par utiliser son nom pour les nouveaux-nés. Jusqu’au jour où le mot atterit en Angleterre, puis est relayé jusqu’en Allemagne…et ainsi de suite.

Le plus intéressant à mes yeux dans l’histoire, c’est encore que ce mot vient combler un manque européen: il remplace le vide, il pose les bases pour que l’amour maternel (et paternel, d’ailleurs) puisse naître au sens moderne du terme. Cet amour si évident qu’il y a aujourd’hui pour les enfants, il a mis tant de temps à se développer, à exister dans sa forme actuelle.  Un enfant, c’est d’abord quelqu’un qui n’a pas le droit de parole (de infans, qui ne parle pas, ou plutôt qui n’a pas le droit à la parole). En allemand, « das Kind » vient du haut-allemand et signifie « qui est produit » (erzeugt)… Ca parle de soi-même. Il y aurait des litres et des litres d’encre à verser sur l’histoire de l’enfance (et d’ailleurs certains l’ont déjà fait). Mais dans le fond, l’émergence d’un mot c’est déjà beaucoup non? Sans mot, dur d’accéder à l’idée…dur aussi de considérer une naissance comme l’accomplissement et la suite naturelle, presque attendue, d’un amour.Les mots peuvent diviser, comme ils peuvent unifier, réconcilier, unir les coeurs. Et c’est le cas de ce bien drôle de mot:  « bébé ». Combien de chaleur et de joie seraient perdus sans lui.

Je me demande ce que cela donnerait une naissance ou pas une personne n’utilise ce mot, ni avant, ni après…Das Neugeborene,  Säugling, kleines Kind, nouveau-né, nourrisson, new-born, aka-chan (littéralement: la petite chose rouge). Aucun de ces mots n’exprime à mon avis le bonheur qu’on peut avoir à la vue de ce petit bout d’homme, alors qu’il y a dans le mot « das Baby » tant d’affection et de chaleur.

Comme quoi les mots, quand on les maîtrise, ils peuvent nous donner de belles lecons…Il y a la joie qui mène à l’utilisation du mot, et il y a la joie qui découle de son utilisation. Dire « mein baby » pour un père ou une mère, c’est quelque chose de si accomplissant et de si beau à voir. En allemand ou en francais, une pure merveille.

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