Scènes de drague

N’en déplaise aux défenseurs les plus ardus de ce pays, je finis par me résoudre à écrire ce post, sur mon blog, pour enfoncer une porte ouverte. A savoir: la drague, ici, ce n’est pas ça. Mais alors, pas du tout du tout.

Même s’ils existent visiblement des gens qui ne voient pas le problème.

Néanmoins, comme je suis sûre de mon opinion après l’avoir mûrement réfléchie en trois ans sur place, pour le leur prouver aux défenseurs (parce que je vois déjà les boulets de canon arriver, en plus ce sera des filles casées avec un Allemand, hein), voici quelques liens à consulter afin de voir que d’autres Français(es) vivent la même chose. A savoir un sentiment grandissant d’être devenu(e) incroyablement moche à son insu, que le travail, c’est la santé, ou encore de tomber quasiment tous les jours de l’année sur des gens qui sont:

a/ en couple. Le pire, c’est que subitement vous avez l’impression qu’ils sont à 90% en mode inséparables -comme les oiseaux. Ils font tout ensemble. Réflexes coordonnés, tout ça tout ça. Rien que par leur façon de sonner à l’interphone vous savez à qui vous avez affaire. Des zamoureux qui énervent la nana de la chanson tellement ils dégoulinent de bons sentiments (rappelons au passage que 35% des Berlinois de 25 à 35 ans sont célibataires, donc véner’ sur ce point en particulier. Théoriquement, vous avez donc des raisons d’espérer trouver un deckel, ou un topf, selon). Vous les entendez donc, ces doux agneaux, roucouler pérorer en l’espace de la microseconde nécessaire pour actionner l’ouverture de la porte de votre immeuble. Quand ils racontent leur vie, pardon leurs histoires, c’est aussi en mode coopératif. Ils s’interrompent pour se congratuler de locutions lunaires:  »tout à fait »,  »c’est exactement ça » etc., etc. Usant. (j’espère qu’ils ne me lisent pas ces deux-là…)

b/ chasseurs du même gibier que vous. Soit en réel, et là très souvent, vous le voyez de suite, c’est bien. Soit en hypothétique, et dans ce cas vous vous demandez pendant des semaines si malgré la rumeur tendant à faire croire que non, en fait ils ne seraient pas quand même. C’est vrai quoi, cette indifférence polie qui se concentre sur la conversation.

c/ non envisageables. Mais là, il est possible qu’à un moment vous finissiez par ne plus voir du tout cette catégorie. Il est même possible que vous vous retrouviez paumzingu’ le coeur meurtri pour quelqu’un qui n’était même pas votre genre à la base et auquel, pour toutes les raisons que je vais vous décrire ci-dessous, vous n’avez rien compris.

d/ en cours de reconversion à l’international. D’ailleurs ça peut vous arriver.  J’en connais qui vont se reconnaître. Vous vivez dans l’ancienne capitale prussienne et vous êtes avec un Italien qui passe l’hiver à vous casser les oreilles avec le soleil romain. Par exemple. L’été, vous le passez ici ou là-bas, mais surtout, trop souvent avec sa mamma. Elle vous explique comment cuisiner sainement: préparer des ventrées de pâtes. Donc, dans les rues que vous côtoyez, comptez avec des couples qui en fait, n’ont absolument aucun lien intime avec le pays. Polono-espagnols, franco-italiens, brésilien-portugais, que sais-je. Dans une telle situation d’incompréhension des techniques de drague germaniques, tout s’explique. Et je vous laisse libre de juger à quel point cette assertion de ma part est vraie ou fausse. En toute démocratie.

Et après il y a : les Autres.

Bon. Arrivée à ce point de mon blabla, je dois vous concéder que nous, Français, mais surtout Françaises, bénéficions d’un atout majeur à utiliser à bon escient. Parler est en soi avoir fait la moitié du chemin et dissiper une grosse partie des hésitations du monsieur. La moindre trace d’accent français vous confère un potentiel insoupçonné: celui de faire surgir les phéromones dans n’importe quelle atmosphère. Vous êtes fairefureurisch rien qu’en disant votre nom. Même les jours où vous avez l’air de Robocop tellement vous êtes de bonne humeur. Ca prend parfois des proportions sidérantes. Téléphonez par exemple à votre caisse de sécu, tombez sur un homme et expliquez lui avec hargne votre problème d’inscription. Jamais vous n’aurez un niveau de service aussi abouti. Plus vous dites de euh, mieux c’est. Idem au boulot. Le  »léger » accent sera jugé délectable. Toujours, y compris si vous ne le voulez pas. Alors, tant qu’à en arriver à ce niveau-là, autant s’en servir. Non mais.

Donc, les liens:

Manon et son bellâtre

Un constat cinglant de Caroline

Le témoignage de Nat, rescapée du désastre

L’analyse d’Hélène

Voilà. Alors on reprend. La drague, vaste sujet pour tous les expats paumés entre les signes, pardon les langages codés incompréhensibles consistant à masquer l’existence des phéromones pourtant bien présents. Les Allemands aiment les jupes, les talons, tout comme tous les autres. La preuve par Loriot et le discours embrouillé d’un père:

La drague, donc, cette façon d’aborder quelqu’un pour des motifs amoureux et que ça soit à peu près clair pour cette personne, je crains bien qu’elle n’existe pas vraiment ici, sauf très rares exceptions tout à fait louables. Le mieux en fait, c’est quand la personne qui drague peut aussi faire croire qu’elle ne l’a pas fait, comme ça elle ne prend pas trop de risques. Pas encore compris quels risques. Du moins dans le sens homme-femme. Il existe certes des relous mecs qui osent faire comme en France, c’est à dire vous aborder au supermarché, dans la rue, ou bien au resto ou au bar, et là ils sont moins relous, de suite (signe de reconnaissance: ils commencent en grande majorité leur discours par Alles klar? Nouvelles venues, vous saurez que non non, vous n’avez pas l’air mal en point. D’ailleurs heureusement qu’ils font ça. Imaginez un peu les baffes qu’ils se prendraient s’ils utilisaient le mot local pour mademoiselle). Mais ça reste assez rare. La grande majorité ne le fait pas. C’est même tellement rare que parfois, vous qui étiez si peinard sans aucun commentaire non désiré sur votre look ou votre forme physique, vous commencez à présenter tous les symptômes de la femme stylée bien française que jamais auparavant vous n’avez été. Ou alors, vous vous surprenez à avoir une certaine nostalgie pour ces compliments gratuits très français qui, dans le fond, ne mangent pas de pain et vous pousseraient presque à réserver un week-end à Paris ou à Nice sur expedia fr ou un autre site, pour vous remonter le moral (mademoiselle, j’te parle! mademoiselle, tu es belle comme la lune! t’habites où? je t’offre un café! je te porte tes provisions si tu veux! etc. etc. Et vous êtes la seule cruche à sourire à ces phrases reloues, donc ils insistent encore plus. Super).

A l’opposé de ça en Allemagne, il y a les séquences où vous réalisez qu’en fait, pas du tout, vous intéressez probablement tout le monde deux trois mecs pas trop moches et que tout va bien, vous n’êtes pas nobody mais en fait, Scarlett O’Hara remix. Ouais. A vous les amours fous à travers les contrées verdoyantes. Il y a un truc dans l’air. Seulement, arrivé à ce niveau-là d’appréciation de votre personne, l’homme peine souvent à diffuser un message clair. Vous parlez pluie et beau temps, neige et verglas. Le problème pour vous est donc d’identifier assez tôt l’objet du rapprochement de votre interlocuteur, histoire d’être sûre sûre après tout ça. Facile à dire, pas facile à faire. Souvent, vous le captez un peu trop tard le rapprochement. Vous vous retrouvez donc sans aucune forme de certitude, désarmée, vaguement désespérée aussi devant tant d’énigmes. Mon conseil: si vous vous posez la question, c’est déjà bon signe. Parce qu’en soi, c’est digne des meilleurs stratégies et tellement limpide que vous n’y voyez vous même que du feu, que vous vous dites que c’est certainement un schtroumpf. Et pour cause: partie de skat ou motif ultime? Discussion politique ou motif ultime?

Bref, plus vite vous décodez, mieux c’est. L’avantage, c’est que plus vous accumulez de temps de présence en Allemagne (système de points, en fait), plus vous commencez à comprendre tôt. Parce que sinon, ça risque tout de suite d’être l’étape suivante: Hollywoodschaukel (= balancelle judicieusement placée sur un balcon, normalement utilisée pour savourer la tarte et le café le dimanche, façon année 50, avec la grand-mère pas loin) dans le vent froid de l’hiver berlinois. Vous attrapez la mort avant d’avoir réalisé le revirement de situation. Ou bien dîner aux chandelles dans un resto posh de Prenzlau quand on vous a parlé d’aller prendre un verre pour continuer la discussion interminable -et palpitante- sur Helmut Schmidt. Avec en prime la vague impression que vous êtes à compter de ce jour LA femme de la vie de l’homme devant vous, et que ne pas avoir assez faim pour finir ce que vous avez commandé peut avoir des conséquences cataclysmiques. Et qui renonce facilement au statut de Scarlett O’Hara pour cause d’indigestion?!

Donc voilà. On a d’abord le sentiment de ne pas exister pendant des semaines, puis subitement de trop exister pour que ça soit plausible, et puis de ne plus rien comprendre à rien. Tout ça est normal. Inutile de paniquer.

Alors après il y a les filles qui partent du principe qu’elles doivent prendre les choses en main. Pour certaines, ça marche. Pour d’autres, pas.  Les pigeonnes. A vous de voir. C’est sans doute une question du nombre de fois que vous avez essayé. Mais le mieux, c’est encore d’en rire avec eux, ça aide à savoir à quoi s’en tenir ;)

Bon. Après tout ça il est fort possible que vous vous demandiez s’il y a un avantage à ne pas vous reconvertir à l’international, histoire de ne pas perdre de temps si comme 90% d’entre nous vous ne comprenez rien à rien. Eh bien oui, il y en a un, et de taille: la reconversion en homme au foyer. C’est qu’il répondrait quasiment à cette attente féminine éternelle du prince charmant à tous égards à lui tout seul, c’est dire:


Le prince charmant von pascaldinot

Enfin bon, les exceptions existent, hein. Tous les hommes ici ne sont pas Monsieur Propre ou chef cuistot à la maison, même s’ils vous racontent la version glamour sur leurs dons en cuisine italienne au restau de Prenzlau. Méfiez-vous. Je ne voudrais pas vous induire en erreur et que ça me soit reproché par un nouveau type de détracteurs. Mais bon.

Edit de dernière minute: Audrey en parle aussi. Deux fois. Comme quoi.

Posted in Parlons franco-allemand. Tagged with , , , , , , , .

Parmi les (fausses) énigmes de la vie

Comment se fait-il que des intentions pour le moins honorables puissent mener à l’opposé de ce que l’on souhaite? Phénomène certes très humain, mais  aussi très bizarre, et qui engendre ce qu’on appelle pudiquement un cercle vicieux.

Changer un truc pour être plus présent là d’où on vient, finir par l’être encore moins, si ce n’est en réel, du moins dans le ressenti. Se sentir mal d’être de moins en moins là-bas pour avoir tenté d’y être plus, et chercher d’autres solutions sans renoncer à l’ici. Toucher à une organisation déjà précaire en croyant l’améliorer. Se mettre un peu plus la pression pour pouvoir être un peu plus libre, plus tard, et ne jamais voir ce moment arriver. Avoir de plus en plus les mots dans la gorge.

Le problème, la plupart du temps, ce n’est pas d’être pris dans cet engrenage. Ni d’être expatrié. On peut avoir le même entre Marseille et Lille ou Clermont et Amiens.

Le problème, c’est de ne pas savoir expliquer qu’on se démêne pour trouver une solution meilleure. Rien de plus que de la communication bête et méchante. Avant de réaliser ça, que le problème tient juste en une phrase à dire et à répéter, et surtout avant de pouvoir y remédier en disant adieu à une part non négligeable de sa fierté, on a déjà envisagé 50 scénarios impossibles pour pouvoir combiner une vie ici et une vie là-bas. L’idée met trop longtemps à faire son chemin.


Le Cher vu de loin, mais pas aussi loin que depuis Berlin

Bref, de l’expatriation et de ses joies. A tous ceux qui savent tout gérer, avoir les congés qui vous permettent réellement de combiner vie française et vie allemande, qui savent jouer de leur absence et de leur présence, faire passer leurs messages en toutes circonstances, jongler entre le stress, la vie de tous les jours, les amis qui vous proposent un verre  attendu depuis la nuit des temps quand vous devriez vous manifester, le manque  de  son chez soi, la conscience de n’avoir qu’une seule vie et qu’une seule famille, sans oublier l’envie de prouver son indépendance, je tire mon chapeau. Il faut être sacrément doué pour évoluer sans accrocs entre tous ces écueils.

En 2012, il va falloir changer tout ça. Vaste programme.

Posted in Chroniques. Tagged with , , , , , , , , , , .

Homo germanicus

Si comme moi vous vous posez parfois des questions bizarres sur le rapport entre les mots germain, Germaine, et Germanie et le fond du caractère allemand, l’article suivant devrait vous aider à mettre un peu les choses au clair sur le plan linguistique. Retenez surtout que l’origine commune entre le mot les Germains et l’emploi qu’on en fait en français, ça a un rapport avec l’authenticité, du moins en étymologie. Voilà qui me parle.

Cela n’empêche que je continue à me poser des questions et à tenter d’élaborer des réponses sur les raisons du pourquoi on est si différents. Cette question de l’authenticité, qui par ailleurs est aussi quelque chose d’agréable à vivre (sentiment de sécurité qui va de pair avec la Gemütlichkeit), est une des nombreuses énigmes de ce pays à mes yeux. Je crois que l’histoire qu’on nous apprend dans les livres et la réalité qu’on perçoit en surface cachent des tendances bien plus profondes et difficiles à identifier. Mais moi, j’aimerais bien. Comprendre. Vous connaissez à savoir comment je fonctionne si vous suivez ce blog. Non?!

Alors voilà une théorie personnelle parmi d’autres. Attention attention.

Si je regarde l’année 2011 en me demandant ce que j’ai le plus remarqué autour de moi, ou plutôt ce qui revient encore et encore et qu’avant je n’étais même pas en mesure de voir dans la ville où je vis, c’est probablement cette quête certaine de l’authenticité. Permanente. Comme une course à qui est le plus honnête, le plus fiable, et le prouve le mieux. Authenticité de la personne, de ses propos, bien fondé d’une entreprise, activité et communiqués de presse justifiés. Certes, c’est une tendance humaine très répandue, qui va bien au-delà du débat simpliste consistant à coller une étiquette sur une population donnée en disant eux ils sont comme ça et que d’ailleurs notre chère Marine apprécie beaucoup. C’est également l’une des conséquences du 11 Septembre. Après tout nous sommes bel et bien dans l’ère du soupçon, qu’on aime ou non, et ça concerne l’ensemble du monde occidental. Montrer patte blanche, être parfait, c’est une nécessité. On ne peut plus se permettre d’être léger. Notamment en politique. Et sur toutes les questions touchant à la sécurité ou bien à la santé. N’empêche, j’ai parfois l’impression d’être au roi des pays du papier-qui-prouve-que.

Au plan professionnel, du moins dans le milieu dans lequel je suis, l’honnêteté un argument de vente de vos produits. Le commercial doit savoir que la première chose qu’on va lui demander en Allemagne, c’est si tout ça est bien authentique, echt. A un moment où à un autre, il sera poussé à aller chercher des certifications pour augmenter son chiffre de ventes et mettre en confiance des consommateurs de plus en plus pointilleux et avides de preuves. Idem quand on pose candidature. Plus vous avez de diplômes dans votre anse, même peu reluisants, plus vous prouvez votre crédibilité, et donc vous vous détachez d’une masse de gens dont on ne peut pas être trop sûrs. Mieux vaut une personne un peu moins compétente qu’un génie un peu menteur. Côté dirigeants et électeurs, on demande aux politiques de démissionner dès qu’on s’aperçoit du moindre mensonge, fût-il vieux de plus de 10 ans. Il faut donc à la fois être irréprochable, jeune, doué, mais surtout authentique. Avoir menti une fois, sur un diplôme, c’est trop. Ce n’est même plus récupérable. C’est sans doute pour cela qu’Helmut Schmidt reste si populaire malgré son langage châtié qui aurait fait scandale en France: lui, il est vrai, en plus il ose même fumer partout quand tout le monde dit que c’est mal. On voit l’homme derrière le masque, et ça, ça plaît. Il peut dire la même chose que Sarrazin, mais comme il est authentique, ein echter Politiker und ein echter Mann, ça fait quand même beaucoup moins de bruit:

Sur le plan pratique, dans la vie de tous les jours, on va tout tester pour le bien du consommateur et de la société. Même mon toaster a fait l’objet d’une évaluation lui décernant un prix comme quoi il grillerait effectivement le pain correctement. Ce que je confirme moi aussi. Il grille bien. Tout ou presque dans la maison est geprüft dans l’espoir de certifier la qualité. Et encore, je ne suis pas au courant du détail des notes attribuées. Même pas pour mon grille-pain.

Toutes ces choses qui m’échappent encore en presque trois ans de présence, j’aimerais bien les comprendre enfin. Une réponse serait d’associer cette quête de l’authenticité à l’esprit protestant qui continue d’imprégner la société allemande, paraît-il. Comme je ne m’y connais pas assez en religion pour pouvoir m’en assurer sans avoir recours à des clichés, je penche surtout pour les conséquences du nazisme pour expliquer tout ça. Au fil des conversations, j’ai l’impression d’avoir accumulé des connaissances qui commencent tout juste à faire sens. Et encore, ça reste à prouver. Pour le dire en quelques mots, la seconde guerre semble tellement avoir traumatisé les consciences de la génération suivante que celle-ci en est venue à l’idée d’établir une sorte de veille sur absolument tous les aspects de la vie, histoire d’être sûre de ne jamais recommencer comme les parents, menant une vie tranquille et se réveillant un beau jour dans un champ de ruines, en ayant du mal à se regarder dans un miroir, en se demandant pourquoi elle a perdu la guerre, que fait la Prusse orientale en Pologne et en Russie, et répétant comme une litanie qu’ils ne savaient rien.

Comme le disait JM il y a un an, le nazisme était bien loin d’être une mouvance à part. C’est une sorte de monstre qui a dévoré progressivement non seulement les idées, mais aussi les objets, les habitudes, la façon de vivre, bien avant que cela ne se montre à la surface et que cela devienne vraiment une revendication politique. Que d’évolutions ont été étroitement liées à la période et à cette idéologie. Pour nous, ces évolutions sont neutres. Pour un Allemand, je n’en suis plus si sûre. La prise en charge des enfants,  forme précoce de libération des mères de famille, a abouti à un endoctrinement massif qui a permis d’étouffer dans l’oeuf une très grosse partie de la résistance en Allemagne. Lire par exemple les lettres de Hans et Sophie Scholl pour comprendre à quel point il était difficile de réaliser et de franchir l’étape menant à la résistance quand on est né dans cette idéologie et que tout, absolument tout, toute la journée, de la forme des jouets pour enfants au bock de bière, vous met dans le moule et étouffe jusqu’à l’idée d’une autre réalité.  Pas étonnant du coup qu’aujourd’hui les mères qui travaillent soient si mal vues. Un brin de conservatisme, une dose de connaissances historiques basiques feront de n’importe quelle femme une personne qui va veiller à ne pas laisser sa progéniture aux mains d’une institution dont elle ne connaît pas forcément les valeurs. Sur un autre plan, certaines entreprises ont commencé à se développer grâce à une grande idée de l’époque, voulue par les dirigeants nazis, qui était l’impératif de pouvoir mieux distribuer sur l’ensemble du territoire allemand. Elles vont donc avoir des bras et des yeux partout, pouvoir espionner et encadrer virtuellement un peu tout le monde. Exemple: Riesen. Vendre des bonbons abordables et en profiter pour faire passer le message aux enfants qu’Adolf les aime bien. Idem pour les moyens de communication et leur développement. Le charisme bizarre attribué à la voix d’Hitler n’est ni un hasard ni un mythe. Le nazisme a séduit les comédiens, les artistes, les classes populaires, en jouant sur le lancement de la radio à grande échelle. Les uns y voyaient une chance d’être connus, les autres une chance d’être pris au sérieux en étant plus tenus au courant que jamais. Après le théâtre, après la performance d’acteur, la suite logique, c’était d’être speaker. A l’autre bout, écouter la radio, ça avait un côté magique. Un peu comme d’aller au spectacle. Et qui était le meilleur speaker du pays, pendant que George VI faisait des exercices avec son orthophoniste?

Alors on va tout vérifier et agir quand une chose ou une personne sort du cadre attribué. Peut être est-ce en partie pour ça que ce pays fait un fromage sur des gens qui ont menti pour obtenir son diplôme il y a waoutmille ans. Guttenberg essaie de revenir des mois après, et il ne peut pas selon Henkel qui le dit et le répète (mais pas tout seul) et que le Datenschutz, ici, ça ne rigole pas. Ca créerait même des emplois. Assurons-nous que personne n’ait contacté Frau Schmidt de façon indue ces 40 dernières années et surtout que ça continue comme ça. On va veiller aussi à ce que la presse soit bien vivante. Jamais vu autant de journaux qu’ici. Dès la table du petit déjeuner, il y en a un ou deux sur la table, bien épluchés, qui sont autrement plus épais que les quotidiens français.

La résilience, tout ça tout ça. Mais peut être que je me trompe dans cette interprétation. Je n’ai que mon expérience ici pour tenter de comprendre et je suis preneuse de toute lumière. Affaire à suivre.

Vous en pensez quoi? Vous avez remarqué autre chose qui vous semble revenir en permanence?

PS: Pour en savoir plus sur l’homo germanicus, mais sous un autre point de vue, vous pouvez aussi jeter un oeil chez Lucie. C’est bien fait et ça donne envie d’en lire plus!

Posted in Chroniques. Tagged with , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , .

Germanisation galopante

Derrière le concept du Drogerie Markt se cache une dangereuse lutte culturelle. Expatriés de tous les pays, soyez-en conscients.

Déjà, se balader chez Rossmann à la recherche d’un thé miraculeux peut avoir un côté franchement craignos. On s’en rend compte quand on achète trois boîtes de Husten Tee. 4 jours de souffrance plus tard, les premiers doutes sur l’automédication la médecine naturelle surgissent. On supplie alors son médecin de nous accorder une consultation (mais sans antibiotiques à la clef, ça fait peur les antibiotiques, hein).

Mais surtout, si en plus, vous vous mettez subitement à penser que des choses similaires à ça, ça a son charme, et qu’en plus pour le prix Rossmann aus unserer Werbung, ça vaut le coup, que vous envisagez même un achat compulsif, réfléchissez.  Non seulement vous allez germaniser votre salle de bain, mais en plus vous n’êtes sans doute plus capable de discernement. Ca choquerait Marine, en tous cas. Ce n’est pas ce que vous voulez, oder?!

Je suis d’ailleurs tellement perdue suite à ce choc qu’une partie de moi veut croire que touuuuuuuuuuut le monde en France trouve ça vachement bien.  Ma mémoire doit avoir une Lücke. Un peu comme pour les Birkenstock. On adore, hein?

Posted in Chroniques. Tagged with , , , , .

Bizarreries…

Quelqu’un peut m’expliquer pourquoi on dit:

- Dieses Problem ist schwer.

en lieu et en place de « schwierig »?

- Ich frage mal kurz.

en lieu et en place de « schnell ».

M’énerve à la fin.

Des idées?

Joyeuses fêtes à tous!

Posted in Langue. Tagged with , , , .

De la langue allemande

L’autre jour, je prenais gentiment un vin chaud avec une amie portugaise au marché de Noël. Cette fille parle à peu près couramment les langues suivantes: anglais, allemand, espagnol, italien. Et bien entendu portugais. De quoi la faire se retourner toutes les deux secondes dans une foule bigarrée de touristes qui pensent que personne ne comprend rien à ce qu’ils disent et qui sont encore en train de se demander où est Marcel.

Un peu vexée lassée de l’entendre me traduire en français chaque chose qu’un sombre estranger évoluant à moins de 2 mètres de mon vin chaud pouvait bien élucubrer sur Marcel et Jasmine, je lui demande COMMENT elle a appris tout ça. A commencer par l’allemand. Et elle, tout naturellement, avec son accent chantant:

Ah bah oui tu sais je pense que venir dans un pays c’est bon.

En clair dans le texte, et après vérification pour chacune des langues: vous vous pointez sur place et voilà. C’est en effet d’une simplicité enfantine.

J’avais certes oublié qu’elle avait 30 ans, soit 3 ans de barroudage de plus que moi. Sauf que je ne me vois pas tout quitter pour aller m’expatrier à Porto ou à Kuala Lumpur sans maîtriser un seul mot. Encore moins dans les 3 ans qui suivent. Je serais plutôt du genre à apprendre une langue dans mon coin et envisager des choses après, longtemps après. Comme je l’ai fait par exemple pour l’allemand. J’ai été prise au jeu de la langue de Goethe, par son pragmatisme et son côté très précis qui dégage de la gemütlichkeit dans chacune de ses tournures. Quelque chose qui est aux antipodes de l’opinion de mon amie Béatha.

Ah bah non pour moi l’Allemand c’est pas une langue belle, j’aime pas. Pour moi en fait une langue c’est un outil simplement.

Pas très romantique tout cela. J’en viens à me dire que la seule raison pour laquelle je suis capable d’aimer cette langue et de passer pour un ovni aux yeux de tous les autres polyglottes présents sur cette terre, c’est que j’ai eu la chance de mettre la main sur des bouquins qui m’ont transmis le potentiel de cette langue. On peut en faire un simple outil, certes. L’allemand au boulot, pas marrant tous les jours. L’allemand avec le copain berlinois, chaotique, surtout s’il a l’accent local. L’allemand des bouquins par contre…Je me demande si ce n’est pas ça qui donne cette mauvaise réputation à l’allemand: une langue qui passe difficilement en musique, ou dans toute forme de culture facilement consommable, facilement accessible. On ne peut pas dire que le German cool soit favorisé par Tokio Hotel ou par le soleil de la Baltique. Et je commence tout juste à comprendre en quoi mon engouement pour cette langue est désarçonnant.

Une petite sélection de bouquins de ma mémoire pour donner envie, du simple point de vue de la langue (attention je mets un peu tous les niveaux en même temps):

- Der Zug war pünktlich, Heinrich Böll

- Scherbenpark, Alina Bronsky,

- Kalter Hund, Karin Reschke

- Die Verwandlung, Kafka.

- Fräulein Else, Arthur Schnitzler.

- Der Vorleser, Bernhard Schlink.

Et vous si vous aimez cette langue ça vous vient d’où?!

Posted in Bouquins et films. Tagged with , , , , , .

Complainte de l’expat

Should I stay or should I go now?
Should I stay or should I go now?
If I go there will be trouble
An’ if I stay it will be double
So come on and let me know

This indecision’s bugging me
This is not even a real question
If you don’t want me, set me free
Something that bugs me
Exactly who’m I’m supposed to be
Don’t wanna move, someone chooses for me
Don’t you know which clothes even fit me?
Does this town need me?
Come on and let me know
If this is a place for me
Should I cool it or should I blow?
Don’t you have something to say to me?

Should I stay or should I go now?
This is not even a question
If I go there will be trouble
And if I stay it will be double
I’ll be looking for a new me
So you gotta let me know if you like me
Please help me choose
Should I stay or should I go?
Should I go or should I blow?

Posted in Chroniques.

Lokaler Spruch des Tages…

Fallen ist keene Schande, nur liejenbleiben.

Posted in Culture, Langue. Tagged with , , , .

Repas de fête

Ceci est une assiette de bouillon avec des pâtes spéciales pour bouillon. Ca fait peur, je sais bien.

Le temps passe et vous ne vous ressemblez pas. Mon premier hiver à Berlin, légendaire pour son froid semblable à à peu près celui de tous les hivers locaux, a été rythmé par les bols de bouillon ou de soupe chez tous les Allemands que je connaissais.  En y repensant je réalise qu’ils étaient tous au régime. Ca me plaisait bien le bouillon, j’avais plus ou moins associé ça au froid, à l’hiver, à l’éclairage à la bougie, à l’accent chantant (heit, ach, rrr, tout ça). Je devais être complètement marteau. J’avais -je crois- même l’illusion l’impression d’avoir mangé à ma faim après deux assiettes. Maintenant que je tente de revivre ça dans un élan de pure nostalgie, même en sachant que je ne peux pas tirer de conclusions hâtives suite à une tentative de faire du bouillon moi-même, même en prenant trois assiettes et des brötchens,  j’arrive aux conclusions suivantes:

1- rien, mais alors rien, d’allemand là-dedans. Sais pas pourquoi je l’avais rangé dans la catégorie « classique-hiver-Berlin ».

2- une fois qu’on a mangé, c’est pareil qu’avant: on a faim. Vraiment faim.

3- c’est vraiment censé être accueillant d’offrir ça à ses invités?!

4- demain, je mange tous les kartoffelnpuffer qui sont sur mon chemin. Et il y en aura. Non négociable.

On ne m’y reprendra plus. Le Champignon, si tu me lis, sache que j’ai maintenant une pensée religieuse envers tes principes alimentaires.

Sinon, quelqu’un saurait me dire ce qui est à la fois gesund et mangeable parmi les spécialités hivernales? Parce que bon, le Kartoffelnpuffer à profusion, ça va un jour. Et je commence à manquer d’inspiration.

Posted in Non classé. Tagged with , , , .

Le point sur Berlin-Rudow…

- Aber wo ist denn Rudow??

- Rudow? Ach, Rudow ist genau da wo Du denkst: « es kann hier aber nichts mehr geben ».

Réponse lancée à la volée par un collègue à un non Berlinois. C’est tellement vrai que je voulais le partager ici. A expérimenter, en particulier quand on va à Schönefeld en bus.

Posted in Non classé. Tagged with , .