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Dislocation

Ok, je ne fais pas dans l’originalité aujourd’hui. Ce panneau existe depuis des siècles et il a déjà été blogué de partout. Notamment ici, blog assez  sympathique à parcourir pour ceux qui ne connaissent pas, d’ailleurs.

Donc, j’en viens à la question du jour. Pas de savoir comment on a fait pour aller la mettre tout là haut, cette affiche. Ou de combien de temps elle trône sur cet immeuble. Ni même ce qu’est Hornbach- ça ça sera pour une autre fois, si vous avez de la chance. Ma question est donc: mais qu’est-ce que c’est que cette formulation bizarroïde?! Si je m’écoutais, moi, non germanophone maternelle, je dirais à Monsieur ou Madame chef Hornbach:

« mais t’as rien compris!! en bon allemand, on dit:

- Ich würde Ihnen als Haus Hornbach empfehlen.

OU

- Ihnen würde ich als Haus Hornbach empfehlen.

OU

- Als Haus würde ich Ihnen Hornbach empfehlen. »

Le tout dit avec les gros yeux, bien entendu. J’adore critiquer, c’est maladif, voilà, j’assume. Il faut.

Autrement dit: cette publicité me perturbe. Je voudrais tout biffer et refaire la phrase. Mon idée révolutionnaire pour la Warschauer. et son réaménagement : commencer par cette affiche, passer par une phrase plus sympa sur le plan grammatical OU par une dislocation quelconque. Voir ici ce que c’est sur le plan linguistique. Mais là, tel quel, tous les matins en me dirigeant vers la gare de la Warschauer., je suis dans le même état d’esprit: mais pourquoi? comment? c’est un exercice de style? une formulation utilisée chez les commerciaux uniquement? pourquoi on ne m’a rien dit?! complot chez mes profs d’allemands et mes amis, pas d’autre explication possible.

Sinon, dans l’absolu…faudrait peut être leur dire que leur slogan est un poil trop long. La pub marche, ça, c’est sûr.  La preuve: elle me sort pas de la tête, au moins j’associe le nom « Hornbach » à quelque chose d’autre qu’un mot vaguement imprononçable. Mais le slogan à rallonge, la couleur, la mise en forme…je crois que je ne me ferai jamais aux pubs de ce pays. Même quand c’est juste des mots, même quand c’est pour Ben&Jerry, je cale. Maintenant la vraie question c’est de savoir pourquoi les publicités en français, certainement aussi basiques, ne me font pas cet effet. Et c’est parti pour de la réflexion intense…

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Portraits de déracinés: # 1

Ca fait un bout de temps que me trotte dans la tête l’idée de décrire les gens que je rencontre. La ville, on la vit et on la comprend au fil des rencontres que l’on fait- ou non.

Première de la série: A., une Allemande du Sud. Pour être honnête, je n’ai pas vraiment compris d’où. Je crois aussi que ça lui est égal. A. est venue à Berlin parce que la vie l’y a portée. L’idée d’économiser, une histoire de coeur comme on en a à 20 ans, la réputation de Berlin pour tous les jeunes un peu rebelle, et le tour était joué. 30 ans passés, jolie comme tout, typiquement le cliché de l’Allemande blonde aux yeux bleues, grande, sportive, qui donne l’air assuré. Sauf qu’il n’en est rien. Comme pour beaucoup, il y a l’apparence, et ensuite la réalité. Et surtout une phrase qui revient: « Ich weiss es auch nicht, ob Berlin mein Zuhaus ist ».

A. est une vraie Européenne, avec des racines allemandes, polonaises, israëliennes, un vrai patrimoine familial qui est fascinant quand elle commence à en parler. Elle est intelligente, a fait des études, elle est cultivée et a des choses à dire. Elle a travaillé dans le milieu culturel, l’édition pour ne pas la nommer, cette passion si fréquente à 20 ans et qui nourrit à peine les quelques élus qui s’accrochent tout de même après leurs interminables enchaînements de Volontariat payés 800 euros nets.La première fois qu’on discute avec A., on se sent tout petit devant tant de volonté, tant de choses à partager. N’empêche.

A. a tout pour être bien dans sa peau et ses baskets,  mais elle voit la vie comme une tragédie permanente. 2 volontariats derrière elle, une histoire de coeur ratée, un peu de mal à joindre les deux bouts mais surtout une incommensurable tendance à se méfier de tout et de tout le monde. Rien ne marche. Un boulot bien payé est bien trop stressant, un boulot en start-up trop prenant, les autres pas son profil. Les collègues ne peuvent pas être bienveillants ou même indifférents, les amis ne sont pas disponibles, la famille distante. Peu importe ce qu’on lui dit, peu importe ce que les gens font pour l’aider ou la rassurer, ce n’est jamais une solution pour elle. Warum wollen Leute mir auch immer sagen, was ich eigentlich tun sollte. Warum lasse ich es immer wieder geschehen?

Dans ce grand Berlin froid et anonyme, je crois bien qu’elle a cherché à prendre refuge de quelque chose et qu’elle en paye maintenant l’addition. Une mère qui n’a pas su gérer sa famille. Une relation qui n’a pas fonctionné. Des rêves qui n’ont pas abouti. Berlin, ville où l’on part ou où on reste pour se ressourcer, puis où on reste seul en oubliant ce qu’on est venu y chercher. A., je la soupçonne de faire partie de ces déracinés berlinois, d’Allemagne ou bien d’ailleurs, qui ont franchi un tel degré de solitude que toute relation devient compliquée. L’ouvrier qui vient réparer quelque chose chez elle peut parvenir à faire pleurer A. en une phrase. Simplement en disant qu’il faut convenir d’un autre RDV, donc qu’elle va devoir s’arranger avec son employeur. A. me raconte ça, les larmes aux yeux, et je me sens intronisée dans son monde. Et ça me donne froid dans le dos de penser que des centaines d’autres ont le même problème ici, et que nous ne les voyons pas. Fichues apparences trompeuses.

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Berlinification

Berlinification, n.f, création langagière déposée par moi. Processus par lequel un individu lambda se retrouve par de nombreux traits assimilable aux Berlinois de souche. Les stades de la mutation sont difficiles à évaluer, voici donc une liste non exhaustive des symptômes frappant la victime, ci après dénommée simplement « Lambda »:

- aucune réflexion au moment de l’achat d’un produit bio. Avant, l’individu hésite, agit avec un pincement de coeur ou de porte-monnaie, conscient au final des raisons de son choix. Après, il met ça furieusement dans son panier de courses et est même capable de lâcher des phrases clichés en entrant dans la boutique telles que: « mais où est le rayon bio? » Violent. Surtout quand on sait que Lambda, en bon Berlinois, n’est pas forcément richissime. Suffit de regarder la clientèle des marchés bios pour comprendre. Sur la Warschauerstr., Lambda berlinifié peut même avoir la chance de converser avec une caissière française. Sujet de conversation: le bio, ses bienfaits, son évidence.

- Lambda a accepté la venue de l’hiver. Il a intégré le fait que dans quelques mois il va avoir l’air d’un bonhomme un peu grassouillet et pas franchement sexy. Il accepte avec calme la perspective horrible de subir -10°C ou -15°C à des intervalles réguliers. Il ose même corriger: -15°C, c’est la nuit, une fois par hiver, voire même pas forcément tous les ans. C’est dire, il a du vécu à son actif.

- dans le même esprit de survivant acharné, Lambda se souvient de ce qu’il a appris les années précédentes et du scandale intemporel des hivers berlinois.  Pas le froid, non. Les stocks de luges pour les enfants et les stocks de sel pour les piétons sont insuffisants. C’est un drame chronique qui fait bondir Lambda. Et c’est dans cet ordre qu’il le dit, pas l’inverse. A moins qu’il ne peste d’abord contre la BVG, la ligne M29, M19 et M48, jamais ponctuelles. Dans une vie antérieure, c’était lui qui n’était pas ponctuel, mais il a oublié cette partie de lui-même. Lambda a toujours été irréprochable sur le timing. Puisqu’il vous le dit.

- le Berlinifié s’excite à l’idée d’aller voter. Ancien politicard à ses heures, le monde politique germain le fascine. Quel parti lui correspond, quelles affiches lui plaisent visuellement et sur le plan des idées (car il lit les affiches. Toutes. Parfois même, Lambda se retourne, hausse le nez. Pour votre information, il vient d’aviser un lampadaire électoral). Après vient une phase intense de check de ses informations précédentes. Comment s’appelle le salaud gars qui a parlé l’autre jour il y a 3 mois à la radio. Que je ne vote pas pour lui. Voter prend pour Lambda tout son sens. Avant, c’était un devoir. Maintenant, ça serait presque intéressant. Et de voir que Lambda pense à s’inscrire, en plus, à l’ambassade pour pouvoir voter aussi en France en 2012 et se comporte pareil en France. Impressionnante révolution intérieure.

- Lambda semble comprendre le Berlinois avancé. Il dit parfois des choses qui dépasse l’entendement pour un être innocent et préservé. Un samedi de septembre, cherchant à entamer une conversation avec d’illustres inconnus: « schönes Wetter, wa? » Au coeur de l’hiver, en attendant le bus, a repéré une target: « och, heute ist och ganz schön kalt, nicht wahr? ». Il n’a pas de problèmes pour interpréter la phrase « ick hab ein Weinkuuuuh gemoocht » et réagit de facon appropriée, du tac au tac: « ein Weinkuchen? Wie schön! » Et si on lui demande comment il va, Lambda peut dire « Jut », certes souvent sous l’emprise de l’alcool, mais il faut quand même pouvoir le faire…

- On s’arrête au feu rouge pour les piétons dans 95% de la ville, Lambda s’y plie avec empressement. Exception notable, la Warschauerstr. Ailleurs, notre ami sera le premier à rappeler à son visiteur que ça ne se fait pas, que ça coûte super cher si on se fait choper, que les bagnoles ne s’arrêteront pas forcément comme en pays angevin (du Bellay, ce visionnaire incompris…) Pis que ça: Lambda regarde d’un oeil noir les cyclistes incompétents, ceux qui mordent de la voie vélo sur la voie piéton, ou bien encore ont le culot de traverser la rue avec leur bolide à deux roues, sans descendre. Ce qui n’empêche pas notre cher ami de rouler avec une vieille bécane déglinguée en dehors de la voie vélo. Lui, il sait manier un vélo. Pas comme les autres.

- Lambda commence à voir d’un oeil vaguement négatif les floppées de touristes qui viennent enrichir découvrir la ville. Choqué par les autocollants associant les touristes aux terroristes posés un peu partout, il n’exprime pourtant que mépris pour ces gens qui se perdent dans le métro pourtant si simple et finissent par provoquer des drames urbains banals (« on a perdu Marcel! Mais où est Marcel?! Chéri, il faut descendre, on a perdu Marcel!! »), ceux qui ne payent pas leur billet et le disent en riant d’un rire gras, et surtout ces Français qui fleurissent avec le soleil. Subitement, de mai à août, Lambda découvre que le touriste français adore Berlin, et s’en énerve. D’abord parce qu’il doit ENCORE traîner sa troupe au Reichstag, ensuite parce que Marcel envisage rarement un tour de la ville à vélo (voyage + barrière langagière+ vélo= « on a perdu Marcel ». 15 fois en 4 heures, 14 fausses alertes, et une vraie). Et pour finir parce que Berlin, c’est SA ville. Pas un bidule qu’on visite en mangeant du curry wurst et en se faisant photographier à Checkpoint Charlie. Pour Lambda, l’idéal du touriste, c’est son ami Oméga qui vient crécher quelques nuitées, comprend l’allemand, reste blasé devant un Kebab, s’extasie devant des Brötchen bios et du Streichkäse, et surtout demande à faire des musées ou activités du type original. Exemple: le simulateur de vol de Weddding. Voir ici pour tous ceux qui cherchent l’inspiration dans une conversation où on vous dit que Checkpoint Charlie est LA chose à voir dans cette ville. Bon ok c’est cher, on fait pas ça tous les jours. Mais ça peut avoir un côté franchement plus marquant que la photo répliquée à des millions d’exemplaires de la porte de Brandenburg.

- Lambda, car on parlait bien de lui, pas des touristes, est presque devenu végétarien, et il ne se porte pas plus mal. Viande au resto, chez soi, on s’offre parfois un filet de saumon, du jambon, des lardons dans une préparation qui autre fois était une quiche et qui maintenant ne ressemble plus à rien du tout. Tout le reste relève de l’aventure culinaire. Lambda n’aime plus vraiment la viande, sa famille et ses amis en visite s’inquiètent de sa santé. Pour les carences et souvent aussi pour voir si Lambda subit une quelconque pression psychologique cherchant à discréditer le rôti de veau aux pistaches.

Bref, un Berlinifié n’est même plus capable de savoir vraiment d’où il vient. Le remède reste encore inconnu.

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27 choses!

Voilà, on y est, comme chaque année, le drame du vieillissement frappe. Moi et des centaines de milliers d’innocents à qui je souhaite aussi beaucoup de courage.

Comme je ne me laisse pas abattre aussi facilement, j’ai décidé de faire un décompte de petites choses de la vie ici qui me plaisent et que je souhaite partager avec d’autres, à l’instar d’une autre blogueuse qui se reconnaîtra et que les plus futés reconnaîtront aussi…Je dis ça, je ne dis rien :)

Catégorie nourriture et naschen et bibine, en vrac (parce que manger EST important, et puis la bière aussi):

- vive les Biergarten plus ou moins cachés dans la ville où vous avez la possibilité légale de commander bière sur bière pour ne plus finir par ressembler à rien. Seront cités ici le grand, le célèbre, l’incontournable Prater, mais aussi des endroits un peu moins chics mais tout aussi sympathiques comme le Oranke Orange ou le Biergarten qui se cache derrière les barrières de la Moritzplatz. Mes QG pour l’été.

- un grand hommage au concept du Osterhase, fidèle décorateur domestique de toute Berlinoise qui se respecte. Voir la photo ci-dessous, c’est vous dire son importance dans ma vie. Ceux qui me connaissent admireront toutefois le fait que ce lapin soit encore parmi nous aujourd’hui. Mais pour combien de temps encore?

N.B: méfiez-vous, le Osterhase est connu en Allemagne pour avoir un côté pervers…il cache vos affaires. C’est bizarre d’ailleurs, depuis quelques temps je ne trouve plus mon Quark à régime…allez donc comprendre!

- le Max und Moritz dont Nat a déjà parlé ici, le Kartoffelnlaube du Nikolaisviertel, temples de la bonne nourriture allemande (si si ça existe). Bon ok, en hiver, ça passe mieux, j’avoue. Mais vous pouvez au moins y prendre une bière!

- avec le retour de la belle saison, on pense aux glaces de façon monomaniaque. Et ça tombe bien, ça court les rues les bons glaciers ici. J’en avais déjà touché deux mots avec mon top 3 2010 ici.

- pour savourer un café tout en jouant aux expats intellos, il y a des opportunités magnifiques. Par exemple à Kreuzköln, au Roderich.

- pour savourer des Warenikis, le restaurant russe de la Mohrenstr. reste décidément parmi mes favoris. Lire d’autres opinions par là.

- dans la série de luxe, le Umspannwerk Ost est ein Muss. La preuve? Ils font des crèmes brûlées comme par chez nous, et je m’y connais;). C’est aussi un bon plan pour aller voir du flamenco ou se cultiver, mine de rien.

Catégorie « cultivons nous sauvagement »:

- merci au Kino Babylon pour le simple fait d’exister. Voir d’ailleurs ce qu’en dit Jean-Michel ici, je ne suis pas la seule à y voir une oasis cinématographique après avoir été confrontée au choix draconien entre le dernier Til Schweiger et le dernier Christian Ulmen. Terrible dilemne, soit dit en passant.

- VHS, on vous aime. Pour tous ceux qui ont un niveau d’allemand potable, c’est l’endroit rêvé pour apprendre tout ce que vous ne savez pas encore, un peu dans tous les domaines. Ca va du tricot au coréen, en passant par la dactylographie. Le tout toujours pour des prix raisonnables et d’après expériences à répétition, toujours fiable. Il vous suffit de bien vous informer et conseiller, et le tour est joué.

- perdu dans la froide grandeur de la Potsdamerplatz, jetez un oeil au musée du cinéma derrière le Kinomax. Les expos là-bas valent nettement le coup, et pas que d’après moi.

- dans un autre genre, et avec un peu de courage, il faut absolument aller voir les musées de la terreur répandus un peu partout dans la ville. Topographie der Terror, exposition gratuite sur l’avènement et la chute de la Gestapo, tout près du Martin-Gropius-Bau. La prison de la Stasi, avec visite guidée. Le musée juif, votre appareil photo à la main, pour saisir sur le vif le travail de l’architecte qui a fait un excellent travail pour rendre l »atmosphère de la Shoah. Le bâtiment a un côté mystique, à l’intérieur comme à l’extérieur. Jeux de lumières, rendu de la peur et de l’horreur, on comprend bien les choses en y allant. Voir mes photos ci-dessous:

Musée juif- Vue depuis l'extérieur

Musée juif- puits de lumière

- pour saisir l’ambiance de la ville au-delà du point de vue touriste, prendre le bus M29 et se payer une bonne heure de trajet. Regarder les gens monter et descendre, en faire une philosophie urbaine. Cette ligne traverse tout Berlin, des quartiers turcs à Tegel. Voir notamment ce qu’en dit Blogonade par .

- toujours pour saisir l’ambiance de la ville, et carrément éventuellement faire des emplettes, aller au marché turc aux bords du Landswehrkanal. Pour moi, c’est similaire à Wazemmes à Lille.

Catégorie mode, attention mesdames :

- sur la Wismarplatz, au Nikolaisviertel et sans doute parfois ailleurs aussi, Bellanatur. On y met un peu le prix, mais la qualité est super et vous êtes à peu près sûres en sortant de porter des vêtements que tout le monde vous enviera- des inconnues vous ont-elles déjà demandé où vous achetiez vos affaires :)?  Je témoigne à trois reprises. Et en plus ils sont sympas, que demande le peuple.

- sur l’Oranienstr. , Südosten. J’y jette un oeil de façon très régulière, ne serait-ce que pour prendre des idées.

- petite mention spéciale pour Orsay, équivalent plus ou moins réussi de Camaieu. La base pour toute nouvelle arrivée, à mon avis, se trouve là-bas.

- on ne peut pas s’habiller à Berlin sans inclure un côté résolument vintage. Pour le faire sans trop se ruiner, préférez les marchés aux puces. Celui de Mauerpark bien trop cher dès qu’on ne parle pas suffisamment allemand pour pouvoir faire illusion, celui de la Boxhagenerplatz pour le plaisir des yeux, ou encore celui de la Ostbahnhof. Et pas que pour les nippes, d’ailleurs.

Last but not least, hors catégorie: un grill au Görli!!

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Lecture à thème: Berlin Alexanderplatz

J’ai enfin fini la lecture d’un livre dont je voulais vous parler depuis longtemps ici.

Bon j’avoue qu’une partie du problème tient à sa taille (plus de 600 pages en poche), au fait que je n’hiberne plus et donc consacre moins de temps à mon blog et à la lecture…Ok. Mais il y a aussi autre chose: c’est un roman très dense, et pour moi un chef d’oeuvre déroutant auquel je ne m’attendais absolument pas. Je l’ai acheté sur un coup de tête, par simple curiosité, suite à l’appel du titre qui me disait (très) vaguement quelque chose…

Qu’est-ce que ça raconte? Eh bien, en soi, rien de bien excitant. C’est l’histoire d’un nul, à Berlin, à la fin des années 20. L’histoire d’un petit délinquant/ truand un peu balourd, pas fin psychologue, maquereau à ses heures, parfois un brin meurtrier. Mais en un sens, le roman ne raconte rien. Il décrit la médiocrité humaine, la bêtise des sentiments, la lâcheté et l’absurdité. En ce sens, on peut le rapprocher de Voyage au bout de la nuit. A ceci près que la leçon sur l’humain n’y est pas aussi présente. Chez Céline, si on a bien compris la portée du livre, on le referme et on se dit que l’humanisme est souhaitable, mais ne sert à rien. Chez Döblin, on a simplement lu une histoire.

Dans Berlin Alexanderplatz, tout a lieu dans la maîtrise de la langue. Je me demande d’ailleurs si le fait que le roman ait été retraduit seulement récemment n’est pas l’une des raisons pour laquelle le livre est si peu connu en France. On se sent happé par le style. Dans la nouvelle traduction,  l’influence du Berlinois est nettement présente, ainsi que celle du langage populaire, voire celle de la folie de ces années 20. Le dialogue est déconstruit, rebelle et extrêmement vif. Plus vous progressez dans la lecture, plus vous êtes pris dans le jeu: quelle scène l’auteur cherche-t-il à faire revivre ou détourner? Franz a-t-il un coeur? Qu’attendent les personnages de la vie? Et ainsi de suite…

Au-delà de ces considérations intellectuelles sur le style choisi (et le brio du traducteur), je me suis surprise à y trouver des clés sur le Berlin d’aujourd’hui, un peu à tous les niveaux. Il y a par exemple la description magistrale des anciens abattoirs de Berlin, dont j’ai par la suite trouvé trace via le blog de David par cet article et qui valent le coup d’oeil. Ou alors ces allusions à l’Alexanderplatz elle-même, les travaux qui l’agitent à l’époque et qui ressemblent singulièrement à ceux d’aujourd’hui. Des scènes prises sur le vif dans le Zeitungsviertel où se situent tant d’entreprises aujourd’hui, vers la Zimmerstr. et le Spittelmarkt de facon plus générale. Sur un plan plus difficile à analyser ou expliquer, les personnages vous semblent familiers dans leurs expressions ou leurs attitudes…un peu comme si le langage berlinois portait une ambiance qui n’avait pas changé dans la ville depuis 1929. Il y a aussi toutes ces allusions historiques, tous cette attention portée mine de rien vers l’agitation politique et le bouillonnement absurde des idées…en lisant ce livre, on a également l’impression que l’histoire de Berlin sur les dix années à venir est là, concentrée et comme en attente.

Un autre avis ici.

En résumé: un roman fataliste, pas forcément recommandable pour ceux qui lisent peu habituellement, de par son côté pavé…mais un très bon livre pour quiconque aime Berlin et cherche à comprendre son passé, voire son présent. Et à mon avis un chef d’oeuvre qu’on peut lire plusieurs fois de suite!

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Un Strassenfeger et des hommes

On ne connaît pas Berlin si on ne connaît pas sa misère. Facile à dire, argument qui enfonce des portes ouvertes…je sais tout ça. Il n’empêche: le rapport à la pauvreté, dans Berlin, c’est toute une histoire.

D’un côté, il y a l’ombre de la gentrification. Cette sorte de mouvement d’éviction progressive des plus pauvres du centre-ville, parce que loyers en augmentation perpétuelle, parce que c’est la vie, parce que voilà, parce que c’est la nouvelle donne. Le Liebig 14, les dernières formes de squats urbains, les droits des proprios qui ne sont pas très clairs, tout ça n’est pas bien accepté, mais vit ses dernières heures. Jean-Michel l’a d’ailleurs déjà très bien résumé dans cet article. Où je veux en venir? Eh bien que non seulement les « squatteurs », mais aussi tous ces gens qui vivent de Harz IV, autrement dit d’un très mince pécule, disparaissent peu à peu du centre de Berlin, faute de pouvoir suivre des loyers qui, mine de rien, sont en hausse de 14% sur un an. C’est ma radio variété qui me le dit dans les infos du matin, alors si même elle s’y met… On a beau démarrer de bas, ça fait quand même mal. En d’autres termes, Berlin, c’est une des capitales européennes où la mixité sociale disparaît, fond progressivement sous nos yeux. Et je me demande quel est le degré d’indifférence ou d’indignation réels que cela provoque sur la population locale, anarchistes exclus.

D’un autre côté, il y a cette misère perpétuelle qui hante toutes les grandes villes, sous des formes d’indifférence qui varient du simple au double. Clochards ivres morts devant le Kaisers, Roumaines qui arpentent Checkpoint Charlie en posant inlassablement la même question avec le même ton, la même voix, le regard vide de ceux dont l’espoir et la foi en l’autre ont disparu depuis belle lurette: Speak English? Autre variante, les vendeurs de billets de métro pré-utilisés, à la sauvette, pour un euro, que tout le monde connaît, qui sont là, fidèles à leur poste, auxquels on s’habitue vite: après tout, une économie de 1,30, quel Berlinois saurait le refuser ad vitam eternam…Il y a aussi les nettoyeurs de vitres un peu plus bas sur la Friedrich., qui forcent leur chemin comme tous leurs comparses du monde, et ces automobilistes qui ne savent plus comment dire non, voire comment établir un semblant de conversation, si par hasard l’envie leur en prend. Les chanteurs de métro, sur la U1 en particulier, qui eux réussissent encore à déclencher des échanges entre passagers et animer un peu les coeurs: et qu’on danse, et qu’on rie, le jeudi soir, le samedi soir, sur les dernières stations, en direction de Warschauerstr. Toute cette misère, Berlin la connaît depuis la nuit des temps et vit avec, vous donnant parfois l’impression d’être comme un vieux manteau que vous aimez bien, mais qui va bientôt craquer sous le poids des années…Tous ces gens nouveaux, toute cette richesse qui afflue, Berlin saura-t-il l’intégrer pour garder son ouverture d’esprit sur la misère…? Pas si sûr, en tous cas je suis bien curieuse de voir ce que cela va donner. Comparé à mon expérience parisienne, on dirait bien que la chaleur humaine est ici un peu plus développée envers les plus démunis. RDV devant les Volksküche au printemps si vous en doutez.

Fin de la parenthèse généraliste, je voulais vous parler du Strassenfeger. Littéralement: le balayeur, au sens de balayeur de rues. Et une belle allusion à un concept télévisuel assez juteux, sur lequel vous pouvez en apprendre plus en allant par . Qu’est-ce que c’est? Un journal berlinois édité par une association qui cherche à réintégrer les plus pauvres par le travail. Voilà le numéro que j’ai acheté:

Strassenfeger- Mars 2011

L’idée est d’éditer un journal mensuel pour 1,50 euros. 90 centimes sont réservés au vendeur, le vendeur pouvant a priori être n’importe qui, et étant dans les faits la plupart du temps un SDF, voire un bénéficiaire de Harz IV. Vous vous souvenez de la dernière fois que vous avez vu un type avec un journal dans le métro…? Actuellement, il y aurait quelques 850 vendeurs sur Berlin et le Brandenburg, pour quelques 21 000 exemplaires vendus par an. Les chiffres proviennent de la page officielle de l’organisation que vous trouverez ici. J’espère avoir mal compris le propos, sinon ça donne un peu froid dans le dos: quelques 25 exemplaires vendus par personne et par an, soit un gain de 23 euros par personne et par an- de quoi décourager pas mal de monde, à mon sens. Pour 3,5 millions d’habitants sur Berlin (chiffres d’octobre 2010). Dommage pour une si belle initiative, non?

Comble de l’ironie, l’association Mob. eV, Obdachlose machen mobil, est située en plein Prenzlauerberg, un des quartiers les plus embourgeoisés ces dernières années.  Pas étonnant de retrouver le point de vente le plus proche sur Senefelderplatz, mais pas étonnant non plus de voir les résultats locaux, quasi nuls. Un vendeur de Strassenfeger devant un Bioladen, un vent plus que frais, des gens épuisés par leur semaine de travail qui n’ont pas remarqué ou pas voulu remarquer le SDF transi devant la sortie, quand ils ont les bras chargés de leurs courses et des soucis plus immédiats en tête. En ce qui me concerne, il a fallu un sacré coup de hasard pour que je vienne à l’idée d’acheter mon Strassenfeger…Et dire qu’en plus, c’est Carême pour beaucoup de monde, et que le plus dur n’est pas de donner quelques sous, mais de trouver l’attitude « normale » lors de l’achat: froideur? ton amical? neutralité? Dites-moi que je ne suis pas la seule à oser me poser la question. Dites-moi que cette indifférence  gênée que j’affiche comme tout le monde, probablement 25 jours sur 30 chaque mois, n’est pas quelque chose de normal. Il y a bien quelque chose qu’on peut faire pour réchauffer au moins les coeurs, non? Le pire, pour moi, ce n’est pas la misère, c’est certainement cette impression de devenir transparent, d’attendre que quelqu’un nous remarque, quelque soit la bonne volonté qu’on investisse. Une journée sans un regard et sans une parole, voilà ce que doit être l’enfer pour un de ces vendeurs.

Et vous, au quotidien, vous y pensez à faire face à la pauvreté? Quelle est votre façon de voir les choses et de combattre cette indifférence…? Bon sur ce, il me reste à le lire, ce Strassenfeger. Il parle d’intégration, en un sens ça concerne aussi les expats’ ;)

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De l’art de faire une revue de la blogo berlinoise

Une fois tous les 400 ans (au moins), je suis prise d’une idée saugrenue: faire une veille, systématique et organisée, de la blogosphère allemande, et plus particulièrement berlinoise. Il y a des blogs que je suis quasiment au quotidien (béni soit par exemple celui de l’ami David pour tous ses filons sur Friedrichshain), ceux que je surveille quand ça me chante (par exemple, quand j’ai faim et la nostalgie d’un certain temps jadis, celui-ci, le résultat est que je vais faire un casse aux magasins asiatiques dans l’heure qui suit), et puis ceux que j’ignore la plupart du temps parce-que-je-suis-fatiguée-j’ai-parlé-allemand-toute-la-journée-déjà. Soit une écrasante majorité de blogs intéressants, surtout pour une ville dans laquelle on vit…Ahem.

Donc, aujourd’hui est un grand jour: j’ai cherché à consulter un peu de cette masse d’information officieuse sur la vie dans Berlin. Ce qu’il y a bien, avec les blogs, français, allemands, ou encore lunaires, c’est qu’il y a à boire et à manger. On peut apprendre que certaines personnes pourtant très bien sous tous rapports ont parfois des difficultés à communiquer (Selbst ist die Pauline), que la Gentrification touche profondément la Neustadt de Dresde (seule 15% de la population y vivant dans les années 80 y serait encore, voir notamment la vidéo ici) ou que décidément, Westerwelle ne sait pas parler anglais. Tout est donc une question de savoir filtrer l’information, celle qui vous touche personnellement et vous semble crédible, importante, cruciale- vous remarquerez d’ailleurs que par un curieux tour du sort, aucun des exemples précédents n’a de rapport direct avec Berlin, mais passons, c’est comme ça.

Et là, c’est le drame: j’apprends, aujourd’hui, 29 janvier 2011, que j’ai raté un événement crucial lors de ma première année sur le sol berlinois, 2009, alors que j’étais encore dans la fleur de l’âge et susceptible d’un enthousiasme sans pareil. Je pensais pourtant avoir fait le tour de la question avec les 20 ans de la chute du Mur.

Mais non:  faute d’un manque flagrant de curiosité intellectuelle, j’ai raté les 60 ans de l’invention de la Curry Wurst. Je vous assure, je ne savais pas.

Je m’en veux. Je viens d’ailleurs de trouver une ode éloquente à la Curry Wurst en images et en musique (quelle belle voix), que je ne saurais ne pas partager avec vous:

ça me fait rêver, pas vous?

Comment ai-je pris conscience du problème? Eh bien, par le chemin suivant:

1- On consulte ses favoris, section « blogs en allemands », et on pense au passage « mais quand ai-je créé cette catégorie? »

2- On arrive après quelques articles banals sur la Gentrification, Merkel, et les événements berlinois à venir comme le Semi Marathon sur le sacro-saint Blogonade, lequel est effectivement un blog que j’aime suivre, sans même passer par mes favoris poussiéreux, quand j’en ai la force.

3- On est interpellé par le titre de son tout dernier post, qui nous annonce que désormais, le Curry Wurst est aussi disponible en mode pizza. Oui, vous avez bien lu, en pizza. J’en salive déjà.

4- On lit. Lidl vend donc des pizzas au Curry Wurst pour 99 centimes. Laquelle serait, en prime, relativement mangeable. On n’arrête pas le progrès!

5- En état de choc face à cette information, on renonce à écrire un billet sur la Kuchenmanufaktur découverte la veille aux confins de Neuköln et Kreuzberg, et on fait  illico une recherche sur Google avec les mots clés « blog, Curry Wurst, Berlin »

6- On tombe avec ébahissement sur la Vérité, à savoir que le Curry Wurst a eu 60 ans en 2009, et par la même occasion, un musée dédié dans la Schützenstr., juste derrière Checkpoint Charlie, ce qui permet aux touristes de faire d’une pierre deux coups.  Pour le musée du Curry Wurst, j’avoue: je savais, mais j’ignorais totalement sa portée symbolique, et du coup je n’y ai jamais mis les pieds. Une honte. Pour tous les ignorants qui ne tiennent plus, je vous évite la recherche via Google, longue et ardue: allez voir par si vous ne me croyez pas.

Avec 70 millions de Curry Wurst consommées à l’année sur Berlin, des variantes de luxe (vous voyez que j’ai continué la recherche…), je crois bien qu’il est temps de rendre hommage à Herta Heuwer (maintenant je sais comment elle s’appelle) et de bomber le torse: maintenant, je sais. Amis lecteurs, si vous aimez, et que comme moi vous étiez dans l’ignorance, je ne puis vous dire qu’une chose: tous au musée.

Bon, ceci dit…vous lisez la blogo allemande vous…?

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Elan de nostalgie

17 janvier 2011, je quitte Kreuzberg pour aller vers un autre quartier de Berlin. Un quartier in. Un quartier qui me plaît. Pour aller dans un bel appart’ dans lequel je m’imagine pouvoir rester un peu, contrairement aux précédents. Il fait beau, j’ai 50 000 choses à faire, je suis comme une petite fille qui va décorer une maison de poupée. Je dis adieu au temporaire, et pourtant quelque chose cloche. L’air porte un avant-goût de printemps, les couples réapparaissent dans les rues, je vois les choses comme si elles étaient un peu magiques, suspendues dans le temps. Mais alors…?

Le fait est. Je quitte Kreuzberg et j’ai l’impression de le trahir. Les rues que je traverse me manquent déjà, je porte un adieu  silencieux comme un manteau trop lourd. Peut-être est-ce aussi un peu de peur, un peu d’appréhension devant un nouveau commencement. Au meilleur Kebab que je connaisse, le vendeur habituel n’est pas là. Mon Hausmeister ne se montre pas. Les gens travaillent, les rues sont tranquilles, le Görlitzer Park silencieux.

Je retraverserai ces rues, je viendrai faire la fête ici ou profiter d’un grill, j’irai dans les mêmes magasins. Tout ça, je le sais déjà. Mais une partie de moi  crie silencieusement. Le Kreuzberg qui m’a accueilli, le Kreuzberg où j’ai vécu presque 2 ans et où je suis devenue une personne plus forte, plus affirmée, je le quitte.  Quelque chose ici m’a nourri de sa plénitude. Le calme. Les rues larges. La verdure. Les bars à chaque coin de rue. Le mélange des cultures, des langues, le sentiment d’être à ma place tout en pouvant choisir l’anonymat…Il va falloir que je fasse mes racines ailleurs, de l’autre côté de la Spree. Dans un quartier dont j’ai rêvé, mais qui est différent à tous les plans. 20 minutes à vélo, et le sentiment de perdre quelque chose. C’est absurde, et pourtant terriblement vrai.

Demain, j’aurai déjà oublié cette impression. Je voulais simplement m’arrêter un peu, poser des mots sur ce que je ressens maintenant, et le partager. Jamais aucun déménagement ne m’a fait cet effet. L’excitation devant le nouveau, et la nostalgie profonde de ce que je suis en train de quitter. J’ai quitté mon pays, j’ai laissé ma famille et mes amis dans une autre ville, loin, je me suis arrachée de mon socle. Je me demande souvent comment serait ma vie sans ce départ de France, si les choses ne seraient pas plus simples, plus évidentes. Mais jamais je n’ai ressenti quelque chose d’aussi nuancé et pourtant si fort pour un endroit où j’ai vécu. Un peu de tristesse, une once de joie, un brin d’appréhension, une pincée de regret…quelque chose se joue en moi. Comme une petite ode à Kreuzberg, mon premier « chez moi » allemand.

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Abrégé de Kreuzberg

Une fois n’est pas coutume sur un blog censé parler de Berlin, je vais vous parler de…Berlin. Ahem, ça arrive à des gens très bien vous savez :)

Plus sérieusement: entre deux urgences de ma vie trépidante (sentiment de perdition face à l’immensité depuis quelques temps, seul le Quark pourrait me consoler, à la limite), je tente de lire en allemand. Qui plus est des choses intelligentes. Ce qui n’est pas gagné. Bref.

Donc: j’ai mis la main sur un bouquin édité par la Berlin Story Verlag. Du sérieux quoi. Vous pouvez voir à quoi ça ressemble plus en détails ici. Pour être honnête je vais sans doute prendre des mois pour aller jusqu’au bout- non pas que le propos ne soit pas intéressant (au contraire!!) mais que je suis trop (pré-)occupée par d’autres choses pour pouvoir me concentrer longtemps sur ce type de lecture…hélas. En tous cas je ne peux que vous le recommander si ce type de bouquin vous intéresse, il est vraiment très bien fait!

En croisant ce que j’ai appris de ce bouquin jusqu’ici, ce que m’ont expliqué mes amis allemands et ce que j’ai grapillé ici et là, j’ai acquis deux-trois infos qui me plaisent et je voulais les partager à ma manière:

- Sur le plan sociologique, Kreuzberg est depuis ses origines un vrai phénomène. C’est un quartier d’immigration et d’émigration. Ce que je veux dire par là? C’est un endroit où quasiment personne ne naît ET ne meurt. C’est l’endroit où arrivent (jusqu’ici…) les étrangers qui y restent, 5, 6 ans, avant de s’installer ailleurs dans la ville, s’ils y restent. Et si vous y réfléchissez bien, les noms des stations de métro parlent d’eux-mêmes: Kottbusser Tor, Schlesischer Tor (entraînez-vous à le dire très  très vite et plusieurs fois à la suite :))…des portes. Les anciennes portes de la ville qui marquaient la limite entre la Ville et le « reste du monde ».

- Kreuzberg a des origines françaises. Eh oui,  c’est bon à savoir quand on vous titille parce que vous êtes Français. Les premiers habitants du lieu sont des huguenots français, d’ailleurs souvent jardiniers (je ne comprends pas le rapport de cause à effet, mais il semble y en avoir un. Mystère sociologique de l’histoire, du moins pour moi…) qui fuient la loi de Louis XIV. Ils s’installent sur des terrains proches de Heinrich-Platz et perçent des rues autour desquelles ils installent des potagers. Exemple: Oranienstrasse. Personne ne sait d’où vient le nom qui a dû être déformé plusieurs fois depuis- une des théories est que la ville d’Orange en soit à l’origine. Soit dit en passant, ces huguenots apportent  aussi leur savoir-faire sous forme de variétés de fruits et légumes inconnus dans la région à l’époque (les asperges, par exemple, et dire que je me demandais au début pourquoi diable on en mange à toutes les sauces ici) . Ils sont également pour grosse partie à l’origine de la tradition berlinoise des grands parcs, semble-t-il.

- Le « vrai » Kreuzberg, c’est à Viktoria Park qu’il faut aller le chercher. Plus précisément sur la colline de sable affublée d’un monument, puisque c’est à ça que le quartier doit son nom. Il y a une triste histoire napoléonienne derrière, le monument servant à commémorer l’une des victoires allemandes -plus précisément prussiennes, je crois- contre Bonaparte. Faute de moyen, l’église envisagée a fini par cette simple croix. Pour info pour ceux qui n’y sont jamais allés, ça vaut le détour, rien que pour la vue sur la ville qui est l’une des plus dégagées que je connaisse. La colline de sable est naturelle, elle a simplement été un peu rehaussée lors du réaménagement du parc au début du siècle,  notamment pour que cette croix soit plus visible du bas du parc.

- Kreuzberg a seulement deux grands parcs, dont l’un est issu des conséquences de la seconde guerre et n’a été réintégré qu’en 1989. Il y a le Viktoria Park et il y a Görlitzer Park (le Görli, quoi). Le Görlitzer Park est une ancienne gare, quasiment entièrement détruite par les bombardements.  Prenez en compte le tracé pour vous en rendre compte, une fois qu’on vous l’a dit, ça fait sens…Situé à l’Ouest pendant la partition de Berlin, le terrain était cependant impossible à toucher, et pour cause: les voies ferrées appartenaient à la RDA. Ca fait donc à peine 20 ans que cet espace a été libéré et mis à disposition des habitants. Et Dieu sait qu’on en profite :)

- Administrativement, Kreuzberg est né au début du siècle seulement pour être rattaché à Friedrichshain lors de la grande refonte de 2002.  Ce qui n’a pas été pris avec gaieté de coeur, semblerait-il. Les deux quartiers sont reliés par Oberbaumsbrücke, sur lequel a lieu une Wasserschlacht annuelle que je n’ai pas encore eu l’occasion de voir de mes propres yeux…hélas. Il semblerait que Kreuzberg et Friedrichshain s’affrontent sur le pont par légumes périmés interposés, avec une sombre histoire d’équipes et de Kreuzberg ayant perdu sur l’ensemble de ces batailles…Je n’ai pas tout compris pour le coup ..Il va falloir que j’éclaircisse la question!!

- »Kreuzberg », pour un non-Berlinois, ça veut dire « Turc ». Attendez-vous à ce que de bons Allemands associent le quartier rien que par son nom à une immigration qu’ils estiment ratée (voir le discours sur le Multikulti, je ne vous refais pas la totale). Rares seront ceux qui savent vraiment ce que ça veut dire: forte présence turque aux alentours de Kottbusser Tor en particulier, marché turc, certes…mais rien de ce qu’on pourra vous raconter sur le « danger » de Kreuzberg ne se réalisera- du moins en ce qui me concerne, je n’en ai pas fait l’expérience! Ou alors il faut retourner au premier point (Kreuzberg quartier traditionnel d’immigration), tenter de comprendre la logique et analyser le rapport des Allemands avec le concept.

Des choses à dire sur Kreuzberg et son ambiance, il y en aurait des centaines…Je pourrais vous parler du canal, de la Oranienstrasse, des musées, du 1er mai, du Karnaval der KulturenVous pouvez aussi allez voir au musée municipal (qui malheureusement fait avec les moyens du bord, donc uniquement en allemand) pour apprendre des petites choses qui valent leur pesant de cacahuètes. Et je me réserve le droit de compléter ce post théorique par une petite série sur mes bars et restos préférés de l’arrondissement :)

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Le Bavarois en trois leçons

Amis berlinois, bonsoir! Surtout si comme moi vous êtes venus à Berlin en espérant fuir tout ce que l’on associe de façon beaucoup trop rapide aux bobos en Allemagne et que vous êtes maintenant en pleine phase de doute existentiel…

J’ai nommé entre les lignes: le Bavarois. Dans tous les sens du terme.

Je résume ce que cela peut signifier dans votre vie quotidienne:

- Un accent auquel vous comprenez que couic. Enfin, en réalité, un dialecte horrible (à vous de vous faire une opinion) qui peut devenir appréciable pour peu qu’on fasse l’effort. Pour les subtilités, je vous laisse aller voir les indications de mon ami Wikipedia.

- Un gâteau bien, bien sucré (mon Dieu, lectrices, n’essayez surtout pas. Lecteurs: surtout, si vous avez faim, faites-le, mais pas devant les lectrices). Je l’ai pas encore remarqué ici ceci dit, serait-ce encore une particularité française affublée d’un nom germanique??

En images (pour saliver…ahem):

- Des gens. Si vous parlez avec des Allemands francophones cependant, dressez l’oreille pour arriver à reconnaître son apparition au coin d’une conversation. On vous parlera souvent des Bavariens qui font ceci ou cela à Berlin. Il faut traduire :)

Toujours est-il que le Bavarois, ici, c’est un peu comme le Quark: il est partout. Dans l’entreprise. Dans la rue. Chez vos amis. Au téléphone, parce que votre mère vous en parle, elle vient d’en manger et, conséquence apparemment logique d’un raisonnement qui vous échappe, elle vous appelle. Dans vos pensées quand vous ne captez rien à ce qu’on vous dit et que vous cherchez à rapprocher les sonorités d’un dialecte que vous associez inéluctablement à l’incompréhensible.

Il m’arrive parfois de penser qu’il y a en Allemagne un mouvement de migration inversé, les Bavarois venant à Berlin dépenser moins et les Berlinois allant en Bavière gagner plus (cochez la solution qui vous paraît la plus sensée). Et ma conclusion reste la même: mais où suis-je donc? Si seulement on pouvait me donner du vrai dialecte berlinois à tous les coins de rue…Quoique…

Et vous vous avez remarqué la présence d’une communauté, d’un groupe germanique assez marquée ici?

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