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Exprimer l’heure en bon Ossie

Pour exprimer l’heure il y a parfois quelques pièges. Notamment régionaux.

La preuve, c’est qu’à la question Wie spät ist es? , la réponse  d’Helmut n’est pas pareille à Berlin et à Stuttgart. J’ai tellement perdu mon latin qu’il a fallu que je me fasse un tableau pour pouvoir retenir tout ça. Sinon le matin en se levant vous avez l’impression qu’un quart d’heure de vécu est en fait trois quarts d’heures de passé. Entre ça et les traumatismes posés par l’existence même de Thorsten, je ne sais pas ce qui est le mieux.

Même les Allemands s’y perdent entre eux. C’est dire. Ah là là c’est compliqué d’apprendre une langue. Déjà que j’ai jamais compris la logique à dire Halb zwei , si en plus il faut comprendre les logiques régionales pour les quarts d’heure…

Wie spät ist es Helmut?

Allemagne de l’Ouest

Allemagne de l’Est

Zwei.

Deux heures.

Halb drei.

Deux heures et demi.

Viertel nach zwei.

Deux heures et quart.

Viertel vor drei.

Trois heures moins le quart.

Viertel drei.

Deux heures et quart.

Drei Viertel drei.

Trois heures moins le quart.

Allemagne de l’Ouest

Allemagne de l’Est

Zwei.

Halb drei.

Viertel nach zwei.

Viertel vor zwei.

Viertel drei.

Drei Viertel drei.

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Le mirage du château dans le ciel

Non je ne vais pas vous refaire Miyazaki…Ce n’est pas l’envie qui me manque, certes.

Aujourd’hui, j’ai envie de faire le point sur ce gigantesque point d’interrogation que représente le mystérieux château de Berlin, inexistant et pourtant bien présent dans les têtes.

Réinventons le fil à couper le beurre et répétons des choses de base: Berlin vit au rythme de ses projets urbains. Mur ou pas mur, Prenzlauerberg versus Neuköln, nouvelle gare rutilante, nouvel aéroport, loyers qui montent, nouvelle ligne de métro qui coupe un axe principal de la ville pour près de deux ans (et encore, ça, c’est le planning…) et j’en passe. Vivre à Berlin, c’est évoluer entre une série de travaux dont on ne voit pas la fin. Cf l’Alexanderplatz. L’océan de ces projets me dépasse. Je frémis à l’idée des millions d’euros qui nous tournent autour pendant que la moitié de la ville vit aux dépends du bon vouloir de start-up microscopiques et de leurs investisseurs. Mais passons, cela fera de toutes façons l’objet d’un billet un jour ou l’autre, cette frilosité salariale ahurissante.

La ville est donc là, ballotée entre la tentation de se replier sur elle-même, l’envie de profiter de la manne touristique, et le besoin d’évoluer en tant que symbole d’un pays qui se cherche malgré lui.

Au milieu de tout cela, nous avons Klaus Wowereit, son maire indéboulonnable, apprécié pour son pragmatisme, ses petites phrases bien trouvées sur sa vie personnelle (es ist gut so) ou sur sa ville (arm aber sexy). Ce n’est pas le sens de la formule qui lui manque. Mais peut-être un peu celui de la gestion de projets.

Depuis quelques temps, ce cher monsieur subit quelques revers. L’aéroport a été retardé deux fois de 50 000 ans à cause de défaillances techniques sur le site (une histoire de porte fusibles ou de système anti-incendie si j'ai bien compris), et on se rend compte qu’il compte faire de la ville une sorte de Disneyland amélioré. De projet en projet, au fur et à mesure que l’on s’acclimate, on comprend mieux l’idée présente derrière chacune des idées qu’il soutient: la rentabilité à tout prix. Ce qui se passe ici semble parfois ni plus ni moins que privilégier les profits immédiats, plutôt que d’aller déterrer, ou mieux, reconstruire, une identité locale en mal d’elle-même.

D’un autre côté, peut-on vraiment lui reprocher d’aller de l’avant? Au moins, avec lui, la ville bouge, plutôt que de se retrancher derrière sa frilosité. Mais derrière Wowereit, il y a aussi une volonté politique bien marquée et décidée au niveau fédéral, donc principalement par des gens qui rêvent très certainement de faire de Berlin un nouveau New-York. A projet titanesque, mises en place ubuesques.

L’un des plus gros chantiers berlinois des dernières années s’appelle le Berliner Schloss. Nom de code francisé: le château qui sera reconstruit un jour où tu seras peut être déjà mort. On en parle depuis en gros 1990. L’année où mes tout derniers stagiaires sont nés, c’est dire.

Un château rêvé par Miyazaki. Rien à voir avec le Berliner Schloss, mais lui au moins il a un côté onirique

De quoi s’agit-il?

  • En face de l’île aux musées, nous disposons actuellement d’une emplacement assez vaste, plus ou moins vide, sur lequel se dressait jadis un superbe château baroque, puis le Palast der Republik, symbole de la RDA.
  • Ce château disparu avait un statut symbolique à plusieurs niveaux. Tout d’abord en ce qui concerne l’avènement et la chute de la défunte Prusse. Pendant la grandeur prussienne, il tient lieu de superbe résidence princière. Au printemps des peuples, on fait de la place du château un lieu de démonstrations politiques plus ou moins pacifiques. En 1918, Karl Liebknecht annonce la défaite depuis l’un de ses balcons et donne naissance à une très éphémère république socialiste allemande. Le château devient alors un musée, dans lequel il y a une ambition un peu similaire à celle qui est à l’origine de la transformation de l’Hermitage en musée- du moins dans l’idée des quelques camarades des années vingt.
  • Après la guerre, le château-musée est plus ou moins détruit. On en sauve quelques éléments socialistes et historiques- notamment le balcon d’où Liebknecht a tenu son fameux discours, et on le détruit pour construire à sa place le Palast der Republik, lequel n’ouvrira néanmoins ses portes qu’en 1976. Ce palace soviétique, bourré d’amiante, a servi au parlement est-allemand, mais également pour de nombreuses rencontres culturelles. Etant donné le contexte d’effervescence au lendemain de la réunification, ainsi que les lois européennes sur les constructions amiantées, on décide de le fermer. En 2002, la décision tombe: le Bundestag a choisi de s’en débarasser définitivement. Ce qui sera chose faite seulement…en 2008.
  • Pendant ce laps de temps, on se décide à lancer un projet faramineux et hardu: reconstruire le Château perdu. Budget prévisionnel: 480 millions d’euros. La politique de rigueur passant par là, la reconstruction a été retardée de trois ans et devrait démarrer, sauf nouvelle reconduite, l’année prochaine. Je ne sais pas pourquoi je parie sur une autre reconduite.

Voilà ce que devrait donner la reconstruction. Bon à savoir: on reconstruit les façades à l'identique, mais le dedans, ce sera moderne. Il faut pas pousser Mémé dans les orties quand même.

Nous serons donc pourvus dans quelques années du bâtiment manquant au centre-ville historique, lequel contiendra un musée et le  »Forum Humboldt ». Le tout sera voué à la culture et constitue le plus gros projet allemand du domaine culturel des dernières années.

Derrière ce château et toutes ces promesses repoussées à 2013 (pour la première pierre…) se pose une question de fond: Berlin peut-elle réellement financer l’avenir dont rêve l’état fédéral pour elle? Combien de temps sera-t-on prêts à financer et rêver une ville en New-York européen, quand ses habitants s’y refusent? Ou bien va-t-on assister à l’effet inverse, les Berlinois jetant l’éponge après trente ans de protestation plus ou moins développée?

Je parie sur un épuisement de ces politiques de reconstruction. Non pas pour ces belles raisons éthiques que je me plais à décrire (identité berlinoise, histoire d’âme locale, changement local proactif et non pas décidé de façon artificielle…) mais simplement parce que faire Disneyland, ça coûte cher. Trop cher pour une crise telle que celle que nous traversons. Les dents grincent de partout, l’Allemagne paie depuis trente ans pour un retour sur investissement mal perçu. C’est étrange d’ailleurs ces histoires de perception: la réunification est un miracle historique et souvent décrite par ses habitants comme une catastrophe économique. Demandez aux gens bien pensants de Stuttgart ou Munich de s’exprimer là-dessus. Ca fait parfois vaguement penser à un Fukushima financier truffé de remarques désobligeantes sur ces fichus Ossies.

Bien sûr, et heureusement il reste et restera toujours malgré ces discours, de façon croissante, cette manne touristique surgie à la faveur d’un malentendu que personne ne s’explique vraiment (je disais je ne sais plus trop où que Berlin n’est rien comparée aux autres capitales européennes, ni au plan architectural, ni sur le plan de la richesse…).

Dans 10 ans, la ville sera probablement éclatée en plusieurs petits ilôts qui feront penser à un décor en carton-pâte où les touristes, plus nombreux que les riverains, évolueront tranquillement. Peut-être les start-up auront-elles aussi réussi à créer une seconde Silicon Valley, avec de la chance. Le problème, c’est que je ne vois pas les Berlinois embrasser l’avenir. Comme les Parisiens, ils le fuient, haïssent le changement pour ses conséquences les plus immédiates, et se réfugient dans une frilosité inquiétante. On parle de droits, de devoirs, de respect d’objectifs, de RE-construction, d’économies qui mangent peu à peu l’ambition et la jeunesse. Même les entrepreneurs sont frileux ici. D’envie, de projets d’avenir, de construction tout court et de châteaux en Espagne, il est beaucoup plus rarement question, fautes de moyen. Entre un château prussien et un rêve porté sur l’avenir, je sais ce que je préférerais voir. Le château en Espagne pourrait donner naissance à quelque chose.

Autour, le désert du Brandenbourg, à l’infini. Bilan pessimiste, qui me fera partir comme sans doute beaucoup d’autres s’il vient à se réaliser. J’espère me tromper et je cherche le positif. Il est peut-être dans le visage de ces enfants turcs qui se promenaient jusqu’à la semaine dernière avec le drapeau allemand peint sur les joues, les yeux brillants d’excitation, simplement heureux d’être allemands. Mais ceci est un sujet qui soulève autrement plus de questions.

Et vous, quels pronostics pour Berlin?!

http://berlin.equipier.com/checkpoint-graillons.php#more
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Lecture à thème: La femme de midi

La femme de midi est un roman paru en Allemagne en 2007, où il a connu un succès immédiat. Il a notamment reçu le prix du Deutscher Buchpreis, la plus belle récompense littéraire allemande.

Qu’est-ce que ça raconte?

L’histoire d’une femme aux origines juives, qui naît avant la première guerre mondiale, est pourvue d’une mère folle et d’une soeur sans doute un peu trop aimante. Helene est surdouée, belle, mal aimée. Elle passe à travers l’époque comme un navire sans capitaine.

Le livre commence avec l’abandon de son fils dans une gare, à la fin de la guerre. Peter attend des heures durant une mère qui ne revient pas, une mère qui lui semblait l’aimer. Passé ce prologue, le roman se concentre sur la vie d’Helene, comme pour expliquer ce geste par les vestiges de son passé. Cela démarre en Lusace, à Bautzen, entre un père fou d’amour et une femme  »étrangère » que les gens n’aiment pas, qui ne communique plus avec personne et collectionne les objets. Helene grandit avec sa soeur Martha, n’a qu’elle pour seule famille, et seulement son intelligence pour se sortir de toutes les situations. Le père part malgré lui à la guerre, la mère se recroqueville dans sa chambre, Helene ne sait pas quel sens donner à tout cela. Elle place tous ses espoirs dans ses aptitudes et en Martha, son seul repère d’enfant, la seule qui semble lui donner un peu d’amour.

Tout au long du livre, il y aura l’obsession de faire quelque chose de cette intelligence, et de ce rapport pour le moins ambigu avec Martha. L’aimer, la voir se donner à d’autres, tenter de faire des études d’abord pour la surpasser, puis pour faire comme elle, la voir ruiner sa santé, accepter d’être son ombre, tomber amoureuse et quitter Martha, perdre cet amour, vouloir revenir vers Martha, la chercher: voilà ce que raconte le livre. La vie d’un personnage qui a comme point de départ et de retour Martha. A se demander si cette femme de midi, ce n’est pas elle.

En d’autres termes, ce qu’il faut comprendre est que ce livre n’est pas un énième livre sur la période sombre du nazisme, mais l’histoire de deux soeurs menacées par la folie, qui ne tiennent que grâce à l’existence de l’autre. L’époque est une toile de fond, il n’y a pas cette touche dramatique habituelle: les choses sont comme elles sont, on est face à la vie brute, telle qu’elle est ressentie par des personnages qui sont d’abord préoccupés par leur avenir immédiat, l’argent qui ne rentre pas, la vie de bohême berlinoise, le travail à trouver, les gens à aimer, les gens à soigner. L’horreur, la peur de l’avenir, la peur de savoir, sont des données refoulées de façon très réalistes. C’est précisément cet aspect qui m’a parlé.

J’aurais cependant du mal à porter un verdict final sur ce livre qui sent un peu trop le romancier débutant. C’est exactement le contraire de ce qui s’est passé avec Döblin et Berlin Alexanderplatz.

Chez Döblin, le niveau est si élevé qu’il sacrifie les trois quarts de ses lecteurs dans les 50 premières pages. Le style est tellement travaillé que l’on voit d’abord des fautes de langue, quand on est en train de relire un passage de la Bible ou une réécriture de Dante savamment remaquillés par l’auteur en un babillage berlinois destiné à peindre une humanité brute, littéralement idiote et franchement repoussante. On suppose la non-maîtrise involontaire du style, on ne comprend pas où le roman mène, on ne ressent aucune sympathie pour les personnages et l’on se débat pour comprendre où peut bien être le chef d’oeuvre promis. C’est seulement à la faveur d’un petit miracle que l’on peut comprendre l’esprit du roman, qui n’est ni fait pour les gens qui n’ont pas de vraie culture ciblée ou d’affinité littéraire, ni pour ceux qui sont venus chercher une histoire sans autre conséquence, ni pour ceux qui n’ont aucune patience. Ce livre me travaille encore, des mois après l’avoir lu. Il m’a fallu être bloquée dans un train pour réussir à passer le cap de ces 50 pages et enfin entrer dans le texte à ne plus pouvoir le lâcher. J’envisage sérieusement de le relire. Toutes proportions gardées, il est en cela assez proche de l’écriture alambiquée de Flaubert, où on a l’impression que la vie de Frédéric, dans L’éducation sentimentale, est d’un ennui mortel. Or c’est tout le contraire, et on y revient dès que l’on a compris cela. Plusieurs fois. Il y a un côté magnétique à certaines oeuvres.

Mais je m’égare. Dans La femme de midi, au contraire, rien de similaire. Il n’y a absolument aucune prétention au chef d’oeuvre, ni aucune lutte pour le lecteur aux premières pages. On entre dans l’histoire comme on boit du petit-lait. C’est une histoire, point. L’écriture est agréable, le propos séduit d’emblée, les relations étranges des personnages intéressent. On veut comprendre, on s’attache à Helene, on la plaint, on l’admire. Les personnages de cette mère de plus en plus folle, complètement déconnectée de la réalité, de ce père ivre d’amour et aveugle à ses filles, ils ont un côté fascinant. Le début du roman est happant. Je n’ai pas lâché le livre avant 150 pages.

Seulement, passée cette phase d’entrée en matière, on commence à sentir poindre une petite déception. Trop de promesses tuent le roman. L’écriture que l’on trouvait agréable devient un peu mièvre, un brin surannée, les longueurs apparaissent, les personnages ne sont plus si finement analysés. Je me suis surprise à lire en diagonale, à attendre le prochain rebondissement, à guetter les sentiments d’Helene au détour d’une scène de la vie quotidienne, faute de comprendre la portée de tout cela. Ce personnage si parlant au début du livre devient difficile à suivre, même si la lecture est facile. Il y a dans tout ça un peu trop d’efforts de l’auteur pour maintenir le niveau, et stylistique, et en ce qui concerne les événements. On referme le livre en se demandant quelle conclusion en tirer, malgré le talent indéniable de l’auteur. Un roman vite lu, qui a des raisons d’avoir du succès, qui dans l’ensemble m’a plu, mais dont je n’arrive pas à le qualifier d’excellent: drôle d’impression. Peut-être essaye-t-il trop de plaire à son public. C’est sans doute la raison pour laquelle les critiques que j’ai trouvées par ailleurs sont si partagées, tantôt dithyrambiques, tantôt très négatives.

Bientôt d’autres critiques. En 2012, visiblement, je lis comme jamais.

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Back to basics: les Spätzle

Après un tour dans le Baden-Württemberg, je suis revenue à cette idée de base: la bonne nourriture en Allemagne, ça existe, mais en particulier au Sud. Ah les Auflauf bavarois et les Spätzle et Maultaschen souabes, qu’est-ce que c’est bon.

Je vous concède certes que c’est mieux en hiver. Mais quand même. Alors aujourd’hui, billet à thème: les Spätzle.

Qu’est-ce que c’est:

Des pâtes avec plein, plein d’oeufs dedans, que vous mangez normalement frites dans une poële avec du fromage. Je vous avais prévenu que c’était diététique. Si vous ne savez pas à quoi ça peut ressembler, je vous invite à jeter un coup d’oeil chez Caroline.

En Souabe, impossible de faire l’impasse là-dessus. Toutes les superettes de base en vendent avec des variations à vous en donner le vertige. Il y a une marque que j’ai essayée, Bürger. Et bien, c’est drôlement bon.

Eierspätzle de chez Bürger

Vous me direz: mais encore? Où trouve-t-on ça à Berlin?

Bürger, je n’ai pas vu. N’empêche que Neukauf, alias Edeka, probablement sous la pression conjointe de l’hiver et d’une minorité souabe de plus en plus remarquable, commence à en vendre. Il y a moins de choix qu’à Stuttgart, mais c’est déjà un bon début. Ouvrez l’oeil…

Ensuite, il y a deux trois restaurants qui en font leur fond de commerce. Notamment un dans la Wühlischstr. et surtout un dans la Wienerstr. à Kreuzberg. Et là bas, c’est drôlement, drôlement bon et à un prix tout à fait acceptable (la vente de mes diamants attendra encore un peu pour financer mes sorties gastronomiques). Si vous voyez ça près du Görlitzer Park, foncez:

Spätzle Express, Wiener Str. 14a: la bonne adresse à cuisine souabe

J’ai posé deux-trois questions, l’idée du restaurant est de faire de la cuisine créative autour des spätzle. Vous pouvez en avoir avec des variantes peu recommandées par la tradition souabe, mais très, très bonnes. Les prix sont à mon avis un peu au-dessus de la moyenne berlinoise, mais il me semble que ça vaut quand même le coup. David, qui en plus est souabe, en parle en bien  ici.

Voilà ce qu’on peut espérer y manger:

Assiette de spätzle

Ensuite, pour les fous de cuisine, il y a plein de solutions. A la base, vous avez besoin de farine, d’oeufs, de patience et d’appétit. Enfin, pour la patience, c’est moins sûr: avec certains outils de cuisine dernier cri, ça prend en tout et pour tout 5 minutes grand max. On l’appelle: le Spätzle shaker. Dire ça très très vite plusieurs fois de suite.

Plus d’infos là-dessus chez Flo.

Bref, qui dit mieux pour une spécialité régionale de référence…?

J’ai posé deux-trois questions, l’idée du restaurant est de faire de la cuisine créative autour des spätzle. Vous pouvez en avoir avec des variantes peu recommandées par la tradition souabe, mais très, très bonnes. Les prix sont à mon avis un peu au-dessus de la moyenne berlinoise, mais il me semble que ça vaut quand même le coup. David, qui en plus est souabe, en parle en bien  ici.

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Homo germanicus

Si comme moi vous vous posez parfois des questions bizarres sur le rapport entre les mots germain, Germaine, et Germanie et le fond du caractère allemand, l’article suivant devrait vous aider à mettre un peu les choses au clair sur le plan linguistique. Retenez surtout que l’origine commune entre le mot les Germains et l’emploi qu’on en fait en français, ça a un rapport avec l’authenticité, du moins en étymologie. Voilà qui me parle.

Cela n’empêche que je continue à me poser des questions et à tenter d’élaborer des réponses sur les raisons du pourquoi on est si différents. Cette question de l’authenticité, qui par ailleurs est aussi quelque chose d’agréable à vivre (sentiment de sécurité qui va de pair avec la Gemütlichkeit), est une des nombreuses énigmes de ce pays à mes yeux. Je crois que l’histoire qu’on nous apprend dans les livres et la réalité qu’on perçoit en surface cachent des tendances bien plus profondes et difficiles à identifier. Mais moi, j’aimerais bien. Comprendre. Vous connaissez à savoir comment je fonctionne si vous suivez ce blog. Non?!

Alors voilà une théorie personnelle parmi d’autres. Attention attention.

Si je regarde l’année 2011 en me demandant ce que j’ai le plus remarqué autour de moi, ou plutôt ce qui revient encore et encore et qu’avant je n’étais même pas en mesure de voir dans la ville où je vis, c’est probablement cette quête certaine de l’authenticité. Permanente. Comme une course à qui est le plus honnête, le plus fiable, et le prouve le mieux. Authenticité de la personne, de ses propos, bien fondé d’une entreprise, activité et communiqués de presse justifiés. Certes, c’est une tendance humaine très répandue, qui va bien au-delà du débat simpliste consistant à coller une étiquette sur une population donnée en disant eux ils sont comme ça et que d’ailleurs notre chère Marine apprécie beaucoup. C’est également l’une des conséquences du 11 Septembre. Après tout nous sommes bel et bien dans l’ère du soupçon, qu’on aime ou non, et ça concerne l’ensemble du monde occidental. Montrer patte blanche, être parfait, c’est une nécessité. On ne peut plus se permettre d’être léger. Notamment en politique. Et sur toutes les questions touchant à la sécurité ou bien à la santé. N’empêche, j’ai parfois l’impression d’être au roi des pays du papier-qui-prouve-que.

Au plan professionnel, du moins dans le milieu dans lequel je suis, l’honnêteté un argument de vente de vos produits. Le commercial doit savoir que la première chose qu’on va lui demander en Allemagne, c’est si tout ça est bien authentique, echt. A un moment où à un autre, il sera poussé à aller chercher des certifications pour augmenter son chiffre de ventes et mettre en confiance des consommateurs de plus en plus pointilleux et avides de preuves. Idem quand on pose candidature. Plus vous avez de diplômes dans votre anse, même peu reluisants, plus vous prouvez votre crédibilité, et donc vous vous détachez d’une masse de gens dont on ne peut pas être trop sûrs. Mieux vaut une personne un peu moins compétente qu’un génie un peu menteur. Côté dirigeants et électeurs, on demande aux politiques de démissionner dès qu’on s’aperçoit du moindre mensonge, fût-il vieux de plus de 10 ans. Il faut donc à la fois être irréprochable, jeune, doué, mais surtout authentique. Avoir menti une fois, sur un diplôme, c’est trop. Ce n’est même plus récupérable. C’est sans doute pour cela qu’Helmut Schmidt reste si populaire malgré son langage châtié qui aurait fait scandale en France: lui, il est vrai, en plus il ose même fumer partout quand tout le monde dit que c’est mal. On voit l’homme derrière le masque, et ça, ça plaît. Il peut dire la même chose que Sarrazin, mais comme il est authentique, ein echter Politiker und ein echter Mann, ça fait quand même beaucoup moins de bruit:

Sur le plan pratique, dans la vie de tous les jours, on va tout tester pour le bien du consommateur et de la société. Même mon toaster a fait l’objet d’une évaluation lui décernant un prix comme quoi il grillerait effectivement le pain correctement. Ce que je confirme moi aussi. Il grille bien. Tout ou presque dans la maison est geprüft dans l’espoir de certifier la qualité. Et encore, je ne suis pas au courant du détail des notes attribuées. Même pas pour mon grille-pain.

Toutes ces choses qui m’échappent encore en presque trois ans de présence, j’aimerais bien les comprendre enfin. Une réponse serait d’associer cette quête de l’authenticité à l’esprit protestant qui continue d’imprégner la société allemande, paraît-il. Comme je ne m’y connais pas assez en religion pour pouvoir m’en assurer sans avoir recours à des clichés, je penche surtout pour les conséquences du nazisme pour expliquer tout ça. Au fil des conversations, j’ai l’impression d’avoir accumulé des connaissances qui commencent tout juste à faire sens. Et encore, ça reste à prouver. Pour le dire en quelques mots, la seconde guerre semble tellement avoir traumatisé les consciences de la génération suivante que celle-ci en est venue à l’idée d’établir une sorte de veille sur absolument tous les aspects de la vie, histoire d’être sûre de ne jamais recommencer comme les parents, menant une vie tranquille et se réveillant un beau jour dans un champ de ruines, en ayant du mal à se regarder dans un miroir, en se demandant pourquoi elle a perdu la guerre, que fait la Prusse orientale en Pologne et en Russie, et répétant comme une litanie qu’ils ne savaient rien.

Comme le disait JM il y a un an, le nazisme était bien loin d’être une mouvance à part. C’est une sorte de monstre qui a dévoré progressivement non seulement les idées, mais aussi les objets, les habitudes, la façon de vivre, bien avant que cela ne se montre à la surface et que cela devienne vraiment une revendication politique. Que d’évolutions ont été étroitement liées à la période et à cette idéologie. Pour nous, ces évolutions sont neutres. Pour un Allemand, je n’en suis plus si sûre. La prise en charge des enfants,  forme précoce de libération des mères de famille, a abouti à un endoctrinement massif qui a permis d’étouffer dans l’oeuf une très grosse partie de la résistance en Allemagne. Lire par exemple les lettres de Hans et Sophie Scholl pour comprendre à quel point il était difficile de réaliser et de franchir l’étape menant à la résistance quand on est né dans cette idéologie et que tout, absolument tout, toute la journée, de la forme des jouets pour enfants au bock de bière, vous met dans le moule et étouffe jusqu’à l’idée d’une autre réalité.  Pas étonnant du coup qu’aujourd’hui les mères qui travaillent soient si mal vues. Un brin de conservatisme, une dose de connaissances historiques basiques feront de n’importe quelle femme une personne qui va veiller à ne pas laisser sa progéniture aux mains d’une institution dont elle ne connaît pas forcément les valeurs. Sur un autre plan, certaines entreprises ont commencé à se développer grâce à une grande idée de l’époque, voulue par les dirigeants nazis, qui était l’impératif de pouvoir mieux distribuer sur l’ensemble du territoire allemand. Elles vont donc avoir des bras et des yeux partout, pouvoir espionner et encadrer virtuellement un peu tout le monde. Exemple: Riesen. Vendre des bonbons abordables et en profiter pour faire passer le message aux enfants qu’Adolf les aime bien. Idem pour les moyens de communication et leur développement. Le charisme bizarre attribué à la voix d’Hitler n’est ni un hasard ni un mythe. Le nazisme a séduit les comédiens, les artistes, les classes populaires, en jouant sur le lancement de la radio à grande échelle. Les uns y voyaient une chance d’être connus, les autres une chance d’être pris au sérieux en étant plus tenus au courant que jamais. Après le théâtre, après la performance d’acteur, la suite logique, c’était d’être speaker. A l’autre bout, écouter la radio, ça avait un côté magique. Un peu comme d’aller au spectacle. Et qui était le meilleur speaker du pays, pendant que George VI faisait des exercices avec son orthophoniste?

Alors on va tout vérifier et agir quand une chose ou une personne sort du cadre attribué. Peut être est-ce en partie pour ça que ce pays fait un fromage sur des gens qui ont menti pour obtenir son diplôme il y a waoutmille ans. Guttenberg essaie de revenir des mois après, et il ne peut pas selon Henkel qui le dit et le répète (mais pas tout seul) et que le Datenschutz, ici, ça ne rigole pas. Ca créerait même des emplois. Assurons-nous que personne n’ait contacté Frau Schmidt de façon indue ces 40 dernières années et surtout que ça continue comme ça. On va veiller aussi à ce que la presse soit bien vivante. Jamais vu autant de journaux qu’ici. Dès la table du petit déjeuner, il y en a un ou deux sur la table, bien épluchés, qui sont autrement plus épais que les quotidiens français.

La résilience, tout ça tout ça. Mais peut être que je me trompe dans cette interprétation. Je n’ai que mon expérience ici pour tenter de comprendre et je suis preneuse de toute lumière. Affaire à suivre.

Vous en pensez quoi? Vous avez remarqué autre chose qui vous semble revenir en permanence?

PS: Pour en savoir plus sur l’homo germanicus, mais sous un autre point de vue, vous pouvez aussi jeter un oeil chez Lucie. C’est bien fait et ça donne envie d’en lire plus!

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Lokaler Spruch des Tages…

Fallen ist keene Schande, nur liejenbleiben.

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Monument d’histoire berlinoise: l’Oberbaumbrücke

Difficile de vivre à Berlin sans connaître l’Oberbaumsbrücke. Pourtant, je ne suis pas sûre que tout le monde sache ce qu’il représente ou bien encore tout le poids de l’histoire qui se cache derrière. La preuve, je ne savais pas non plus tout avant de me poser sérieusement la question…Et donc je partage!

L’Oberbaumsbrücke, c’est un pont néogothique qui enjambe la Spree pour relier Friedrichshain et Kreuzberg. Vu de Friedrichshain, donc en venant de la Warschauerstr., ça donne ça:

Il s’agit du pont le plus large de la ville, si j’ai bien compris. Dessus, la ligne de métro U1 fait le lien entre les deux quartiers depuis 1995, suite à une restauration des plus coûteuses. Car on se doute que pour avoir subi les bombardements, l’invasion russe et la guerre froide, il n’en restait plus grand chose, de ce pont. En 1944, pour la petite histoire, il était encore à peu près debout. C’est Hitler, dans un dernier éclair de géniale lucidité, qui a ordonné sa destruction totale pour mettre un point final à l’avancée de quelques ridicules troupes soviétiques prétendant pouvoir conquérir Berlin (une des conséquences du fameux Nerobefehl…). Du coup, en 1945, plus de pont qui tienne. Affaire réglée, invasion pas du tout empêchée. Mais passons.

Pourquoi ce nom? Il faut imaginer que la frontière extérieure de la ville passait à cet endroit à un moment donné. Pour contrôler la Spree, les Berlinois avaient imaginé un système permettant de poursuivre la frontière terrestre et laissaient un passage très étroit pour les bateaux voulant entrer dans la ville et devant montrer patte blanche à la douane au passage. Ce passage était fermé la nuit grâce à un tronc d’arbre nommé Oberbaum. A l’autre bout se trouvait le Unterbaum, donc également un Unterbaumbrücke, aujourd’hui remplacé par le Kronprinzenbrücke. Tout ça date du début 18ème siècle, époque à laquelle un premier pont en bois se situait à l’endroit actuel.

En 1894, moment où la ville a commencé à prendre une véritable ampleur grâce à l’avènement de l’ère prussienne, on décide de donner plus d’allure à ce pont. D’abord parce qu’il est question de relier Stralau (intégré dans l’actuel Friedrichshain) à Kreuzberg via la voie ferrée, ensuite parce que l’on souhaite donner de la prestance à cette ancienne porte de la ville. Otto Stahn, qui a été en quelque sorte l’architecte urbain de Berlin à la fin XIXème, s’occupe de faire les plans. Cela donne un gigantesque pont néogothique qui enjambe le fleuve en 7 voûtes. Dessus, la ligne U1, et en dessous, un espace pour les promeneurs.

Après guerre, on répare le pont comme on peut, et il reste ouvert aux piétons jusqu’en 1961. La suite, on la connaît: l’endroit sert de frontière entre deux Allemagne, et les fuyards se noient à quelques mètres de l’Oberbaumbrücke sans que personne ne puisse faire quoique ce soit. Pas étonnant, dans ce cas de figure, qu’on considère sa reconstruction comme une priorité lors de la réunification: il faut mettre l’accent sur les traits d’union entre l’ancien est et l’ancien ouest pour pouvoir accélérer les choses. Mais d’un autre côté, tout effacer, ce n’est simplement pas faisable. Alors on laisse des traces, on exhibe des cicatrices urbaines. Il s’agit de conserver les traces du passé en gardant des pans de murs entiers (East Side Gallery, juste à côté…) tout en mettant du baume sur les mémoires meurtries en reconstruisant le Berlin perdu, le Berlin d’avant, le Berlin uni. Difficile là-dedans de trouver le bon équilibre, les bonnes décisions en termes de priorité urbaine. Encore aujourd’hui, on en sent les effets. Cela donne parfois l’impression d’être face à un puzzle urbain dont l’assemblage des différentes pièces donne une ville. Vous mettez le quartier des musées autour de la Potsdamer Platz, le Görlitzer Park, l’East Side Gallery, la Spree, l’Oberbaumsbrücke et la Warschauerstr. bout à bout, et ça, c’est Berlin. Assez symptomatique du problème de la ville, non?

Pour finir sur le pont en lui-même, il est maintenant le symbole des deux quartiers réunis dans une seule circonscription administrative, Friedrichshain-Kreuzberg. Depuis 1998, il est le théâtre d’un affrontement assez bizarre: la Gemüseschlacht, bataille de légumes. Mais surtout, il est à un endroit stratégique pour tous les fêtards, que vous croisez normalement avec une bière dans le nez et l’autre dans la main, dans le métro ou sous les arcades…

Bientôt un article du même genre sur la coulée verte. Je devrais ouvrir une catégorie urbanisme moi :)

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Lecture à thème: Kalter Hund

Aujourd’hui, revue sur un nouveau titre en allemand: Kalter Hund, de Karin Reschke. Le livre est paru courant 2009 aux éditions Weissbooks.

Quelques mots sur Weissbooks: une toute petite maison d’édition créée fin 2007 par deux grands éditeurs échappés d’un groupe assez connu. Anya Schutzbach et Rainer Weiss, les anciens chefs marketing et programme de Suhrkamp, ont monté leur propre maison à Francfort pour faire vivre les livres tels qu’ils les aiment. Et cela se voit quand on les rencontre, comme dans les distinctions qu’ils obtiennent.  Ils savent communiquer, ils savent donner envie, partager leur passion. « Newcomer des Jahres  » pour la foire de Leipzig 2009, « Gründerpreis » décerné par la ville de Francfort. Je suis prête à parier qu’on entendra encore parler d’eux.

Karin Reschke fait partie des derniers écrivains allemands originaires de Prusse Orientale. Le livre est en fait presque un roman personnel, et c’est surtout de ce point de vue que cela m’a paru intéressant à lire. Page après page, on découvre comment les Allemands de Prusse ont recréé leurs vies dans un Berlin d’après-guerre, divisé, triste et animé par les fantômes du passé. Au milieu de tout cela, des velléités politiques et de la verlorene heimat, il y a la jeunesse qui tente de vivre et de s’épanouir. Rose est la fille d’un couple divorcé, il lui est interdit de voir son père, avec lequel elle a un contact privilégié. Avec le temps, et dans le plus grand secret, la relation reprend. Pendant que la famille amputée par le passé et par la perte de ce père mène une existence indifférente au présent, Rose vit portée au rythme des rendez-vous paternels. On voit Berlin à travers les yeux d’une enfant qui grandit dans une ville en ruines, progressivement écartelée entre deux camps, animée par des retours inattendus au goût bien amer.

Pourquoi ce titre? Le Kalter Hund est un gâteau facile à préparer, symbole des temps de pénurie évoqués dans le livre. Un peu oublié par les Wessies, ce gâteau reste très populaire en ex-RDA, où on pouvait le faire sans difficultés avec les ingrédients disponibles à la vente. Flo en a donné la recette ici. Pour tous les flemmards, ils en vendent aussi à Netto (et ailleurs, certainement…). C’est bon pour l’hiver (suivez mon regard).

Pour la langue: assez accessible, dans la mesure où le roman est l’histoire d’un enfant. Les dernières pages de l’adulte sont elles aussi assez simples d’accès- à mon avis. En tous cas c’est un vrai plaisir à lire, je vais probablement aller piocher dans les autres titres de Karin Reschke très bientôt.

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Parenthèse légale et questions d’identité

Je viens partager ici ma découverte du jour, un interview du Monde que vous pouvez lire ici. Thème: la remise en question de la bi-nationalité par les autorités françaises à l’heure actuelle, et le déni qui persiste en Allemagne. Et voici que j’en réapprends subitement sur un sujet qui me paraissait si évident.

Je me passerai de commentaires inutiles sur le sujet. Par contre, voilà un florilège de liens, dans une langue ou une autre. Il y a à boire et à manger, mais comme je suppose mon lectorat lui aussi concerné…appréciez.

- Tout sur l’acquisition de la nationalité allemande.

- La lettre de Marine Le Pen, où l’on (re) prend contact avec la notion de « double allégeance ». Bon, du coup, j’apprends aussi que j’ai fait allégeance comme un preux chevalier à mon pays. Moi qui pensais simplement l’aimer et en tirer des conséquences logiques. Quelle niaiserie de ma part.

- La double nationalité d’après le service public français.

- Une carte du monde avec les pays reconnaissants la double nationalité.

Tout ça me fait battre la campagne et penser à une remarque envieuse qui m’a été faite par un ami allemand. « Wir haben einen Ausweis, ihr habt eine Identitätskarte« . Il voulait en venir au fait que nous osons évoquer le terme d’identité alors que eux ne le peuvent que difficilement. C’était dit avec une pointe de jalousie bien visible.

L’identité allemande, vaste débat. Ne pas chercher à perdre son accent local, ne pas chercher à parler un parfait hochdeutsch, ne pas abandonner son dialecte, s’habiller d’une façon qui fasse typique, sauvegarder des traditions régionales à tout prix…tout ça passe sous le terme générique de « défendre son identité » ici, probablement aussi parce que le papier comme l’idée d’une nationalité allemande manquent- en réalité, l’Allemagne, c’est la fédération libre de plusieurs entités régionales (amis du fil à couper le beurre…).Donc, en toute logique, une « identité » pour chacun ne peut pas vraiment exister aux yeux de l’Etat fédéral. On a un « Ausweis », un laisser-passer, au sens propre, pour circuler d’un Länder à un autre. Rien de plus.

L’identité, techniquement, c’est l’ensemble des données permettant à un individu d’être distingué d’un groupe uniforme, comprendre une masse nationale.  En toute logique, avoir une identité, ça rassure, d’où l’idée de la chercher et de la défendre (par contre la développer, ça c’est une idée plus rare…) Certains la définissent comme un héritage donné à la naissance, à défendre becs et ongles contre des ennemis difficiles à cerner, mais dans le fond souvent vaguement basanés (réécouter Coluche et le sketch « C’est l’histoire d’un mec… »). La modernité aussi, c’est un vecteur qui effraye, destructeur d’une identité figée et fiable. Ecoutez les plus âgés: « de mon temps, on ne tombait pas si bas » (on ne s’habillait pas si mal, on avait des bonnes moeurs etc. Je t’en fiche). Pour moi, les bases d’une identité saine, ce serait plutôt ce que je choisis d’être, donc ce qui m’a été donné et ce dont je suis fière, comme ce que j’ai acquis par moi-même et ce que je veux encore faire. Un peu comme un but à atteindre.

Pourquoi une identité ne saurait pas être multiple, en mouvement? Et pourquoi ne peut-on pas être à la fois français et algérien, allemand, grec…si on aime chacun de  ses deux pays de la même manière? Est-ce qu’on doit dire adieu à ses racines pour vivre dans le temps présent?

Mais peut-être suis-je celle qui a trop d’idéaux. Peut-être est-il temps de penser à vivre en Français pur et dur sur le sol germanique, puisque Dieu nous a mis là- dans ce cas, notez bien que je veux un boulanger certifié « made in France » pas loin de chez moi, plus un Casino ou un Champion avec concombres et tomates empoisonnés français, et surtout pas trop de germanophones autour, c’est désagréable à l’oreille. Quelqu’un transmet à l’ambassade? C’est important, merci. :)

Bon sérieusement, en tant que franco-berlinois, vous en pensez quoi?

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27 choses!

Voilà, on y est, comme chaque année, le drame du vieillissement frappe. Moi et des centaines de milliers d’innocents à qui je souhaite aussi beaucoup de courage.

Comme je ne me laisse pas abattre aussi facilement, j’ai décidé de faire un décompte de petites choses de la vie ici qui me plaisent et que je souhaite partager avec d’autres, à l’instar d’une autre blogueuse qui se reconnaîtra et que les plus futés reconnaîtront aussi…Je dis ça, je ne dis rien :)

Catégorie nourriture et naschen et bibine, en vrac (parce que manger EST important, et puis la bière aussi):

- vive les Biergarten plus ou moins cachés dans la ville où vous avez la possibilité légale de commander bière sur bière pour ne plus finir par ressembler à rien. Seront cités ici le grand, le célèbre, l’incontournable Prater, mais aussi des endroits un peu moins chics mais tout aussi sympathiques comme le Oranke Orange ou le Biergarten qui se cache derrière les barrières de la Moritzplatz. Mes QG pour l’été.

- un grand hommage au concept du Osterhase, fidèle décorateur domestique de toute Berlinoise qui se respecte. Voir la photo ci-dessous, c’est vous dire son importance dans ma vie. Ceux qui me connaissent admireront toutefois le fait que ce lapin soit encore parmi nous aujourd’hui. Mais pour combien de temps encore?

N.B: méfiez-vous, le Osterhase est connu en Allemagne pour avoir un côté pervers…il cache vos affaires. C’est bizarre d’ailleurs, depuis quelques temps je ne trouve plus mon Quark à régime…allez donc comprendre!

- le Max und Moritz dont Nat a déjà parlé ici, le Kartoffelnlaube du Nikolaisviertel, temples de la bonne nourriture allemande (si si ça existe). Bon ok, en hiver, ça passe mieux, j’avoue. Mais vous pouvez au moins y prendre une bière!

- avec le retour de la belle saison, on pense aux glaces de façon monomaniaque. Et ça tombe bien, ça court les rues les bons glaciers ici. J’en avais déjà touché deux mots avec mon top 3 2010 ici.

- pour savourer un café tout en jouant aux expats intellos, il y a des opportunités magnifiques. Par exemple à Kreuzköln, au Roderich.

- pour savourer des Warenikis, le restaurant russe de la Mohrenstr. reste décidément parmi mes favoris. Lire d’autres opinions par là.

- dans la série de luxe, le Umspannwerk Ost est ein Muss. La preuve? Ils font des crèmes brûlées comme par chez nous, et je m’y connais;). C’est aussi un bon plan pour aller voir du flamenco ou se cultiver, mine de rien.

Catégorie « cultivons nous sauvagement »:

- merci au Kino Babylon pour le simple fait d’exister. Voir d’ailleurs ce qu’en dit Jean-Michel ici, je ne suis pas la seule à y voir une oasis cinématographique après avoir été confrontée au choix draconien entre le dernier Til Schweiger et le dernier Christian Ulmen. Terrible dilemne, soit dit en passant.

- VHS, on vous aime. Pour tous ceux qui ont un niveau d’allemand potable, c’est l’endroit rêvé pour apprendre tout ce que vous ne savez pas encore, un peu dans tous les domaines. Ca va du tricot au coréen, en passant par la dactylographie. Le tout toujours pour des prix raisonnables et d’après expériences à répétition, toujours fiable. Il vous suffit de bien vous informer et conseiller, et le tour est joué.

- perdu dans la froide grandeur de la Potsdamerplatz, jetez un oeil au musée du cinéma derrière le Kinomax. Les expos là-bas valent nettement le coup, et pas que d’après moi.

- dans un autre genre, et avec un peu de courage, il faut absolument aller voir les musées de la terreur répandus un peu partout dans la ville. Topographie der Terror, exposition gratuite sur l’avènement et la chute de la Gestapo, tout près du Martin-Gropius-Bau. La prison de la Stasi, avec visite guidée. Le musée juif, votre appareil photo à la main, pour saisir sur le vif le travail de l’architecte qui a fait un excellent travail pour rendre l »atmosphère de la Shoah. Le bâtiment a un côté mystique, à l’intérieur comme à l’extérieur. Jeux de lumières, rendu de la peur et de l’horreur, on comprend bien les choses en y allant. Voir mes photos ci-dessous:

Musée juif- Vue depuis l'extérieur

Musée juif- puits de lumière

- pour saisir l’ambiance de la ville au-delà du point de vue touriste, prendre le bus M29 et se payer une bonne heure de trajet. Regarder les gens monter et descendre, en faire une philosophie urbaine. Cette ligne traverse tout Berlin, des quartiers turcs à Tegel. Voir notamment ce qu’en dit Blogonade par .

- toujours pour saisir l’ambiance de la ville, et carrément éventuellement faire des emplettes, aller au marché turc aux bords du Landswehrkanal. Pour moi, c’est similaire à Wazemmes à Lille.

Catégorie mode, attention mesdames :

- sur la Wismarplatz, au Nikolaisviertel et sans doute parfois ailleurs aussi, Bellanatur. On y met un peu le prix, mais la qualité est super et vous êtes à peu près sûres en sortant de porter des vêtements que tout le monde vous enviera- des inconnues vous ont-elles déjà demandé où vous achetiez vos affaires :)?  Je témoigne à trois reprises. Et en plus ils sont sympas, que demande le peuple.

- sur l’Oranienstr. , Südosten. J’y jette un oeil de façon très régulière, ne serait-ce que pour prendre des idées.

- petite mention spéciale pour Orsay, équivalent plus ou moins réussi de Camaieu. La base pour toute nouvelle arrivée, à mon avis, se trouve là-bas.

- on ne peut pas s’habiller à Berlin sans inclure un côté résolument vintage. Pour le faire sans trop se ruiner, préférez les marchés aux puces. Celui de Mauerpark bien trop cher dès qu’on ne parle pas suffisamment allemand pour pouvoir faire illusion, celui de la Boxhagenerplatz pour le plaisir des yeux, ou encore celui de la Ostbahnhof. Et pas que pour les nippes, d’ailleurs.

Last but not least, hors catégorie: un grill au Görli!!

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