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Lecture à thème: Berlin Alexanderplatz

J’ai enfin fini la lecture d’un livre dont je voulais vous parler depuis longtemps ici.

Bon j’avoue qu’une partie du problème tient à sa taille (plus de 600 pages en poche), au fait que je n’hiberne plus et donc consacre moins de temps à mon blog et à la lecture…Ok. Mais il y a aussi autre chose: c’est un roman très dense, et pour moi un chef d’oeuvre déroutant auquel je ne m’attendais absolument pas. Je l’ai acheté sur un coup de tête, par simple curiosité, suite à l’appel du titre qui me disait (très) vaguement quelque chose…

Qu’est-ce que ça raconte? Eh bien, en soi, rien de bien excitant. C’est l’histoire d’un nul, à Berlin, à la fin des années 20. L’histoire d’un petit délinquant/ truand un peu balourd, pas fin psychologue, maquereau à ses heures, parfois un brin meurtrier. Mais en un sens, le roman ne raconte rien. Il décrit la médiocrité humaine, la bêtise des sentiments, la lâcheté et l’absurdité. En ce sens, on peut le rapprocher de Voyage au bout de la nuit. A ceci près que la leçon sur l’humain n’y est pas aussi présente. Chez Céline, si on a bien compris la portée du livre, on le referme et on se dit que l’humanisme est souhaitable, mais ne sert à rien. Chez Döblin, on a simplement lu une histoire.

Dans Berlin Alexanderplatz, tout a lieu dans la maîtrise de la langue. Je me demande d’ailleurs si le fait que le roman ait été retraduit seulement récemment n’est pas l’une des raisons pour laquelle le livre est si peu connu en France. On se sent happé par le style. Dans la nouvelle traduction,  l’influence du Berlinois est nettement présente, ainsi que celle du langage populaire, voire celle de la folie de ces années 20. Le dialogue est déconstruit, rebelle et extrêmement vif. Plus vous progressez dans la lecture, plus vous êtes pris dans le jeu: quelle scène l’auteur cherche-t-il à faire revivre ou détourner? Franz a-t-il un coeur? Qu’attendent les personnages de la vie? Et ainsi de suite…

Au-delà de ces considérations intellectuelles sur le style choisi (et le brio du traducteur), je me suis surprise à y trouver des clés sur le Berlin d’aujourd’hui, un peu à tous les niveaux. Il y a par exemple la description magistrale des anciens abattoirs de Berlin, dont j’ai par la suite trouvé trace via le blog de David par cet article et qui valent le coup d’oeil. Ou alors ces allusions à l’Alexanderplatz elle-même, les travaux qui l’agitent à l’époque et qui ressemblent singulièrement à ceux d’aujourd’hui. Des scènes prises sur le vif dans le Zeitungsviertel où se situent tant d’entreprises aujourd’hui, vers la Zimmerstr. et le Spittelmarkt de facon plus générale. Sur un plan plus difficile à analyser ou expliquer, les personnages vous semblent familiers dans leurs expressions ou leurs attitudes…un peu comme si le langage berlinois portait une ambiance qui n’avait pas changé dans la ville depuis 1929. Il y a aussi toutes ces allusions historiques, tous cette attention portée mine de rien vers l’agitation politique et le bouillonnement absurde des idées…en lisant ce livre, on a également l’impression que l’histoire de Berlin sur les dix années à venir est là, concentrée et comme en attente.

Un autre avis ici.

En résumé: un roman fataliste, pas forcément recommandable pour ceux qui lisent peu habituellement, de par son côté pavé…mais un très bon livre pour quiconque aime Berlin et cherche à comprendre son passé, voire son présent. Et à mon avis un chef d’oeuvre qu’on peut lire plusieurs fois de suite!

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Tout sur Dresde, #1

Nouveau retour sur ce blog, pour vous parler cette fois d’une ville qui me tient à coeur dans ce plat pays: Dresde. Je vous préviens tout de suite, mon objectif est de faire une mini-série, et c’est presque une menace…

Aujourd’hui, quelques photos et remarques en vrac.

Un peu d’histoire: Dresde est surtout connue sur le plan historique pour avoir fait l’objet d’un bombardement massif en février 1945 (environ 7000 tonnes de bombes lâchées sur la ville), reconnu par la plupart des historiens comme stratégiquement injustifié. Les dégâts sont similaires à ceux éprouvés par la ville d’Aix-la-Chapelle, pourtant bombardée 5 fois. Le chiffre des morts à Dresde reste jusqu’à aujourd’hui encore incertain, les estimations variant entre 25 000 et 250 000 morts. Ces destructions ont épargné la Neustadt, partie de la ville construite au XIXème, et quelques quartiers périphériques. D’autres bâtiments sont plus ou moins ressurgi de leurs cendres: le Semperoper, le Zwinger, la Frauenkirche sont à nouveau debout aujourd’hui, non sans peine.

Le résultat, au niveau touristique, est assez surprenant. On trouve une ville qui tente de renouer avec un passé irrécupérable. Faute d’argent, de courage ou d’inventivité, la ville rebâtit un décor en carton pâte pour ses quelques monuments reconstruits à l’identique ou plutôt « dans le goûts de ». Voir la place autour de la Frauenkirche, ça a un côté Disneyland si vous regardez bien les façades colorées:

La Frauenkirche et sa place originale, rebâtie "à l'identique"

C’est d’autant plus dommage que l’Eglise elle-même a été restaurée d’une façon qui prouve un vrai travail de mémoire un peu similaire à l’Eglise berlinoise Gedächtniskirche située sur le Ku’damm.Première remarque: il y a un pan de mur à quelques mètres du bâtiment. Quelques pierres noirâtres auxquelles on peut ne pas prêter attention, mais qui sont un morceau du mur original. Pourquoi? Parce que le bâtiment a été reconstruit volontairement quelques mètres plus loin, pour des raisons pratiques, mais pas question de passer sous silence ce qui est arrivé à ce bijou architectural. Du coup, on le montre, et on appose une plaque avec le témoignage d’un survivant du bombardement. Une cicatrice exhibée, pour ainsi dire.

Emplacement original de l'Eglise


Les lecteurs les plus attentifs auront par ailleurs remarqué que les pierres de l’Eglise sont de deux couleurs différentes. Et non, ce n’est pas fait que pour être joli.

Les pierres de la Frauenkirche auraient-elles une histoire à nous raconter?

L’Eglise comprend l’utilisation de pierres d’origine, replacées grâce à de savants calculs à leur place originale. Elles sont noires, non seulement en raison de l’incendie qui a ravagé l’édifice lors du bombardement, mais également en raison de la pollution industrielle (notamment à cause de l’utilisation intensive de l’Elbe comme axe commercial) au XIXème et XXème siècle. En d’autres termes, l’Eglise a été reconstruite en prenant le rôle de Versöhnungskirche, l’Eglise de la réconciliation.

Plus d’informations sur la Frauenskirche de Dresde ici.

Ailleurs dans la ville, le sentiment d’être dans un vestige du passé et une ville à la redécouverte d’elle-même peut surprendre au coin d’une rue, du quartier touristique aux confins résidentiels. La gentrification fait ici aussi son oeuvre, lentement mais sûrement. La Neustadt, quartier in et mélange savant d’étudiants, de chômeurs et de laissés pour compte de la Wende il y a encore 10 ans, se voit lentement les familles plus riches la repeupler. Les centres commerciaux (Arkaden) se multiplient peu à peu. Voir notamment l’article du Zeit ici.

Un coin de paradis: le Zwinger

Au coeur de la vieille ville

Et on peut comprendre pourquoi Dresde, plus que d’autres villes, évolue en ce sens. Coût de la vie relativement faible. Bon redémarrage pour une ville de l’ex-RDA.  Une petite ville, ni trop grande, ni trop petite (environ 500 000 habitants), qui est à la tête d’un Länder et loin ni de Berlin, ni de la République Tchèque, ni des montagnes en hiver, ni de la Suisse saxonne et de ses merveilles en été. L’environnement immédiat idéal: en 15 minutes, vous êtes au bord de l’Elbe, et vous vous retrouvez sur des pistes vélos magnifiques. A moins que vous ne fassiez de l’aviron ou que vous visitiez un des Burg de la région. De quoi donner vraiment envie d’y aller.

Le seul problème à ce tableau idyllique, c’est la conséquence de ce dont j’ai parlé plus haut: à ville détruite de façon plus ou justifiée, à ville laissée pour compte par la Wende, correspond un certain succès électoral. Je veux bien entendu parler des néo-nazis, qui font bien parler d’eux, notamment lors de l’anniversaire du bombardement de la ville, le 13 février: chaque année, c’est un peu à qui organisera la plus grosse manifestation, d’eux ou de leurs opposants, et laquelle sera interdite. Voir notamment l’article de ce journal.

Je vous parle de sa région la prochaine fois, stay tuned ;)

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Quelques expressions

Ca faisait longtemps que je n’avais pas fait de post sur les problèmes de langue…Alors, pour compenser, quelques expressions rigolotes  que j’ai remarquées récemment :):

1- Lieber ein Spatz in der Hand als eine Taube auf dem Dach.

>> Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras!

Côté français, l’expression remonte au XVIème siècle et semble venir d’une traduction de l’espagnol. La Fontaine popularise l’expression dans l’une de ses Fables. Je n’ai  en revanche pas trouvé l’étymologie allemande.

2- Ich habe einen Frosch im Hals.

>> J’ai un chat dans la gorge.

Côté allemand, l’expression fait référence à un terme médical concernant une partie de la gorge, Ranula. En langue courante: Froschgeschwulst. Côté français, cela vient d’un calembour, vous pouvez lire une petite explication ici.

3- Wer zuletzt lacht, lacht am besten.

>> Rira bien qui rira le dernier.

4- Jemandem einen Korb geben.

>> Envoyer quelqu’un sur les roses.

Dans les deux cas, l’expression remonte au moyen-âge. « Roses » en français désigne ici les roses sauvages, autrement dit les buissons de bord de route. En Allemagne, il semblerait que ce soit une tradition qui soit à l’origine de cette Redewendung: le prétendant envoyant un panier à la jeune femme, celle-ci appréciant ou non le cadeau et le renvoyant par la fenêtre en cas de désaccord.

5- Morgenstund hat Gold im Mund.

>> L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt.

La formule allemande vient directement du latin et fait référence à la figure mythologique de l’Aurore, qui est inondée d’or.

Les expressions et les proverbes, c’est sans doute le plus drôle à apprendre dans une langue…on ne comprend pas toujours la logique, mais en général ça se retient assez facilement. Et vous, il y en a qui vous ont marquées plus que d’autres?

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Kokowäh ou la joie de l’offre cinématographique

Umm, le titre ci-dessus, pour tous ceux qui ignorent l’art et la manière de le lire, est une traduction littérale de la prononciation allemande du mot « coq au vin ». Bon, comme titre de film, cela n’annonce rien de bon, on admet.

Le problème principal n’est cependant pas là. Le problème est que ce film est un pur produit Til Schweiger. Lectrices, si vous ne connaissez pas, je vous suggère d’aller faire un tour sur Google Images en tapant Til Schweiger. Mais surtout, restez calmes: il date de 1963.

Bien, une fois les choses expliquées de façon carrée, j’aimerais lancer un grand débat. Pourquoi, comment est-il humainement possible qu’un navet, même pourvu de bellâtres, même dégoulinant de bons sentiments sponsorisés par Kleenex et alii, fasse salle comble? Comment se fait-il que régulièrement, méthodiquement, l’un d’entre nous cède lui aussi à l’idée selon laquelle le film ne peut pas être si bête? Mais pourquoi ai-je cédé à l’argumentaire?

Synopsis revu et corrigé par moi:

Til court les jupons, mais dans le fond, il est malheureux et c’est un écrivain torturé, ignoré du grand public qui ne voit pas son génie ô combien éclatant. Et tout un coup, la chance de sa vie lui tombe dessus: son ex, devenue célèbre après avoir piqué un manuscrit qu’il avait jeté à la poubelle, le paie pour écrire le scénario du film basé sur le bouquin. Bon, jusque là tout va bien, surtout qu’on sent bien qu’il va y avoir du rapprochement avec l’ex, très belle d’ailleurs (m’énerve). Sauf que: on lui livre sa fille biologique devant sa porte. Que va devenir pauvre Tilou?

Je ne voudrais pas vous gâcher la suite au cas où vous voudriez le voir, j’en ai assez dit comme ça. Par contre, je croise les doigts pour que ce film ne passe pas les frontières…Ca donne du Nathalie Imbruglia entrecoupé par de courtes scènes de dialogues au contenu palpitant (« Wo bist Du denn? In New York« ), du rire et des larmes de Til avec son indéboulonnable fille Emma, et un gros sentiment de déjà vu. Pour vous donner une idée, la bande-annonce…

Reste ensuite à présenter Til Schweiger pour tous ceux qui ne le connaissent pas.

Til est l’un des acteurs les plus en vogue en Allemagne en ce moment. Il sévit dans des comédies qui se ressemblent par leur format: Männerherzen (Le coeur des hommes), Keinohrhasen, Kokowäh. Et ces prestrations ont souvent une suite: autant dire que ça marche très fort.

En dehors de ça, Til a un talent (je parle sérieusement) qu’il semble exploiter relativement peu. Je n’arrive pas à savoir si c’est une erreur de jugement de ma part, ou bien un choix volontaire de son côté de ne faire que des comédies qualifiées de « typisch Schweiger’chen » par quelques Allemands isolés. On l’a vu notamment dans Inglorious Basterds (il est vrai que son personnage ne parlait pas non plus des masses), où il incarne un tueur de nazis pour le moins déterminé. Et il produit, écrit et réécrit. Autrement dit, il est responsable des plus grands succès commerciaux sur les écrans allemands depuis 15  bonnes années…c’est pas gagné. Vous trouverez d’ailleurs plus d’infos sur lui par ici.

J’ai beau réfléchir, je ne comprends pas. Et c’est pas en voyant la foule de la Berlinale que je vais trouver une réponse. Je vais y voir pour l’équivalent d’un an de cinéma, sinon je craque. Berlin, en dehors du Kino Babylon, ce n’est pas le paradis cinématographique…qu’on me donne une Berlinale tous les trimestres!

Au fait les franco-berlinois…psst…vous allez voir quoi vous?

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Retour aux sources: de Funès en Allemagne!

Bon, c’est l’hiver, le temps ici pince à nouveau méchamment, et l’activité bloguesque chute quelques peu… Hélas. Comme d’autres le disent ailleurs, je crois bien qu’on peut parler d’hibernation. Tout prend une dose d’énergie qui paraît insurmontable, au point qu’on se demande comment faire pour maintenir l’équation « travail-vie sociale-courses-administratif », pourtant encore en équilibre honorable. Si on s’écoutait, on resterait à se lover au fond d’un fauteuil, enroulé dans 4 couvertures (minimum) et avec chocolat chaud à disposition, les yeux dans le vague, quasiment prêt à dire que Tokio Hotel est un sommet musical plutôt que de devoir aller chercher ses Brötchen au coin de la rue. C’est dire.

Seulement, dans un bizarre non- instinct de survie que je ne m’explique toujours pas, je  persiste à geler sur mon vélo pour sillonner (pas tous les jours, j’avoue, mais bon…) la ville. Très étrange phénomène, et surtout très gênant pour le porte-monnaie: la moindre Arkade en vue s’apparente à un oasis de chaleur où je fonce me blottir entre un point de départ et un point d’arrivée toujours trop éloignés l’un de l’autre. Les arcades, par ce temps, c’est comme les gâteaux au chocolat: on résiste difficilement à leur attrait.

Aujourd’hui, je me suis donc retrouvée face au paradis des gadgets inutiles chez Saturn, pâle équivalent local de la Fnac- le « pâle » étant bien entendu totalement subjectif, (*ancienne addict de la Fnac*). Depuis mon acquisition impulsive d’un DVD de Max and Moritz au rabais en dessin animé (appellation abusive, les images sont pour le moins…rebutantes: les couleurs inversées, vous aimez?), il faut dire que je me méfiais…Et là, je tombe sur le rayon de Funès: nouveau choc. On vend ici, en terre germanique, des films de ce comique tellement français. Les Gendarmes, Rabbi Jacob, Fantomas…ils sont là. Et je sens que je risque de craquer pour alimenter ma vidéothèque, qu’est-ce que je peux rire devant 5 ou 6 de ses films…

Sauf que: acheter un film culte pour le voir doublé en allemand, je passe mon chemin. Et visiblement avec raison, d’après les recherches que je viens de faire. La Grande Vadrouille fait l’objet d’un débat parmi les fans allemands, voir notamment le lien suivant: mauvaise synchronisation, trois versions différentes, deux titres pour un seul film. Die grosse Sause. Drei Bruchpiloten in Paris. Et tout ça pour un film qui repose quand même sur un gros fond de clichés sur nos amis allemands…et en plus sur un passé à assumer, ce qui ici, est encore bien douloureux.

Comment ça passe en allemand, concrètement? J’ai cherché la bande-annonce en langue locale, disponible ici (commencez à environ 1:00). De Funès qui parle allemand, grands Dieux. Ca me fait vraiment tout bizarre…

Etonnant, non? Autant je comprends le succès allemand de Bienvenue chez les Chtis, autant là, je suis dépassée…C’était bien le film français que je n’aurais jamais pensé pouvoir regarder avec des Allemands. C’est un peu comme si je devais à chaque fois m’étonner que de Funès soit connu ici. Il y a quelques biographies sérieuses sur le marché, mes collègues citent Le Grand Restaurant, et La Grande Vadrouille a sa page allemande sur Wikipedia. Tout ça est un fait, mais pourquoi suis-je encore étonnée…? Dans le sens inverse, je ne connaissais aucun grand comique allemand avant de venir vivre ici…ou alors j’ai loupé une étape?

Pour tous ceux qui auraient oubliés ce film légendaire, un extrait de dialogue que j’adore, c’est tout juste si on y entend pas l’accent français au couteau, même sans le son:

-Are you ?


-You are ?


-Yes. Happy.


-Glad.


-Where is big moustache ?


-I don’t know. And if you don’t know, I don’t know, no !


-I don’t understand !


-You come with me to pick up Peter.


-No, you, you come with me to pick up MacIntosh.


-No, no you…


-I beg your pardon ?!


-And if you don’t come, I… I…Oh merde alors comment on dit ça… ?


-Comment ça « merde alors » ? But alors, you are French !

-You are not english ?

- No.

Et, pour le plaisir, le passage de l’interrogatoire (je serais d’ailleurs curieuse de savoir si ça fait partie des 7 -ou des 22- minutes coupées dans la version allemande…):

Comment ne peut-on pas rire en voyant ça? :)


Louis de Funès & Bourvil à la Kommandantur
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De l’art de faire une revue de la blogo berlinoise

Une fois tous les 400 ans (au moins), je suis prise d’une idée saugrenue: faire une veille, systématique et organisée, de la blogosphère allemande, et plus particulièrement berlinoise. Il y a des blogs que je suis quasiment au quotidien (béni soit par exemple celui de l’ami David pour tous ses filons sur Friedrichshain), ceux que je surveille quand ça me chante (par exemple, quand j’ai faim et la nostalgie d’un certain temps jadis, celui-ci, le résultat est que je vais faire un casse aux magasins asiatiques dans l’heure qui suit), et puis ceux que j’ignore la plupart du temps parce-que-je-suis-fatiguée-j’ai-parlé-allemand-toute-la-journée-déjà. Soit une écrasante majorité de blogs intéressants, surtout pour une ville dans laquelle on vit…Ahem.

Donc, aujourd’hui est un grand jour: j’ai cherché à consulter un peu de cette masse d’information officieuse sur la vie dans Berlin. Ce qu’il y a bien, avec les blogs, français, allemands, ou encore lunaires, c’est qu’il y a à boire et à manger. On peut apprendre que certaines personnes pourtant très bien sous tous rapports ont parfois des difficultés à communiquer (Selbst ist die Pauline), que la Gentrification touche profondément la Neustadt de Dresde (seule 15% de la population y vivant dans les années 80 y serait encore, voir notamment la vidéo ici) ou que décidément, Westerwelle ne sait pas parler anglais. Tout est donc une question de savoir filtrer l’information, celle qui vous touche personnellement et vous semble crédible, importante, cruciale- vous remarquerez d’ailleurs que par un curieux tour du sort, aucun des exemples précédents n’a de rapport direct avec Berlin, mais passons, c’est comme ça.

Et là, c’est le drame: j’apprends, aujourd’hui, 29 janvier 2011, que j’ai raté un événement crucial lors de ma première année sur le sol berlinois, 2009, alors que j’étais encore dans la fleur de l’âge et susceptible d’un enthousiasme sans pareil. Je pensais pourtant avoir fait le tour de la question avec les 20 ans de la chute du Mur.

Mais non:  faute d’un manque flagrant de curiosité intellectuelle, j’ai raté les 60 ans de l’invention de la Curry Wurst. Je vous assure, je ne savais pas.

Je m’en veux. Je viens d’ailleurs de trouver une ode éloquente à la Curry Wurst en images et en musique (quelle belle voix), que je ne saurais ne pas partager avec vous:

ça me fait rêver, pas vous?

Comment ai-je pris conscience du problème? Eh bien, par le chemin suivant:

1- On consulte ses favoris, section « blogs en allemands », et on pense au passage « mais quand ai-je créé cette catégorie? »

2- On arrive après quelques articles banals sur la Gentrification, Merkel, et les événements berlinois à venir comme le Semi Marathon sur le sacro-saint Blogonade, lequel est effectivement un blog que j’aime suivre, sans même passer par mes favoris poussiéreux, quand j’en ai la force.

3- On est interpellé par le titre de son tout dernier post, qui nous annonce que désormais, le Curry Wurst est aussi disponible en mode pizza. Oui, vous avez bien lu, en pizza. J’en salive déjà.

4- On lit. Lidl vend donc des pizzas au Curry Wurst pour 99 centimes. Laquelle serait, en prime, relativement mangeable. On n’arrête pas le progrès!

5- En état de choc face à cette information, on renonce à écrire un billet sur la Kuchenmanufaktur découverte la veille aux confins de Neuköln et Kreuzberg, et on fait  illico une recherche sur Google avec les mots clés « blog, Curry Wurst, Berlin »

6- On tombe avec ébahissement sur la Vérité, à savoir que le Curry Wurst a eu 60 ans en 2009, et par la même occasion, un musée dédié dans la Schützenstr., juste derrière Checkpoint Charlie, ce qui permet aux touristes de faire d’une pierre deux coups.  Pour le musée du Curry Wurst, j’avoue: je savais, mais j’ignorais totalement sa portée symbolique, et du coup je n’y ai jamais mis les pieds. Une honte. Pour tous les ignorants qui ne tiennent plus, je vous évite la recherche via Google, longue et ardue: allez voir par si vous ne me croyez pas.

Avec 70 millions de Curry Wurst consommées à l’année sur Berlin, des variantes de luxe (vous voyez que j’ai continué la recherche…), je crois bien qu’il est temps de rendre hommage à Herta Heuwer (maintenant je sais comment elle s’appelle) et de bomber le torse: maintenant, je sais. Amis lecteurs, si vous aimez, et que comme moi vous étiez dans l’ignorance, je ne puis vous dire qu’une chose: tous au musée.

Bon, ceci dit…vous lisez la blogo allemande vous…?

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Une autre façon de voir l’art…?

Après un week-end passé avec des étudiants allemands en art, je me suis surprise à NE PAS me demander pourquoi je n’étais plus perturbée par la vision germanique de l’art. Il semblerait que j’ai intégré une partie de leur conception des choses…à ma grande surprise. Je crois qu’on appelle ça de l’intégration :)

Pour revenir rapidement sur les faits: il y a 3 ans et quelques mois, je rencontre à Paris une Allemande en année Erasmus qui deviendra l’une de mes meilleures amies. Elle est étudiante pour devenir professeur d’histoire et d’art, court les expositions et dessine, dessine et dessine encore et toujours. Et là, c’est le drame dans ma tête, au fil de nos conversations je note les informations suivantes:

- les étudiants allemands en art n’ont pas de cours d’histoire de l’art, du moins pas quand ils doivent être profs

- ils accumulent à la place les cours de pédagogie

- ils privilégient nettement l’inventivité à la précision technique- peu de cours de reproduction exacte d’une toile ou d’un objet, mais beaucoup d’examens portant sur la créativité

- ils ne cherchent pas forcément midi à 14 heures, pour ce qui est de trouver un sens à l’oeuvre d’art qu’ils ont sous les yeux, cherchent par contre à identifier les modes de création utilisées

- ils ne se spécialisent pas dans un domaine (dessin, sculpture…), mais font un peu de tout: photographie, peinture, sculpture, marionnettes, collage…

Premier choc culturel, ou premier choc paulinien, j’avais, comment dire, la  bouche ouverte. Le peu que je pensais savoir des études aux beaux arts, à l’époque, allait dans le sens inverse, me montrant un art un peu élitiste, souvent inintelligible (voire voulu comme tel), réservé aux musées et non pas à faire naître au quotidien…Peut-être un préjugé, mais tout de même une idée que l’on m’avait transmise. Pour caricaturer mon idée de l’artiste, quand j’étais de bonne humeur, c’était l’inaccessible  (et géniale) Fabienne Verdier, et quand j’étais de mauvaise humeur, ça donnait ça (ah cet humour gras des années 90):


Les Inconnus – Arrêt culture
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Et là encore, l’Allemagne m’a appris qu’il fallait parfois descendre les choses de leur piédestal, ne pas imaginer les artistes comme des gens forcément surdoués et inaccessibles, y croire et oser un peu plus: l’art est bien à portée de chacun d’entre nous (tiens, on dirait une phrase de Mickey), non seulement à regarder (musées & co) mais aussi à créer. Un peu d’inspiration, un peu d’envie, un peu de sérieux, et hop! on peut faire naître quelque chose de nos 10 doigts, quelle que soit notre aptitude de base. Pas seulement en disant qu’on est doué de ses mains, mais en disant que nous aussi, on fait des choses qui peuvent être « ad-mirables. » C’est pas beau de voir les choses comme ça?

Bref,  die Kunst, en Allemagne, c’est plus proche des arts plastiques ou des arts appliqués que de l’art au sens auquel nous l’entendons, nous, semblerait-il…Non pas que les Allemands ne connaissent pas les artistes dits classiques (loin de là!!) mais qu’ils lui donnent un sens plus pratique, pragmatique que nous le faisons. Et il se trouve que ça me plaît bien. Enfin bon, après, je ne suis absolument pas spécialiste des études d’art en France et je ne cherche pas non plus à m’affirmer sur ce terrain que je connais mal.

Pour tous ceux que cela peut intéresser, un lien vers une expo allemande qui me tient à coeur: das Besonderes im Alltag, à Dresde, du 28.01.11 au 06.02.11. Ou comment voir le quotidien autrement. Pour avoir mis (un peu) le nez dedans, je recommande chaleureusement cette exposition à toute personne de passage sur Dresde. Et je précise au passage que cette ville est géniale, il y a plein d’autres choses à faire là-bas dans la série « culture et plus si affinités »: la Frauenkirche, le  Zwinger, la Neustadt...(avis totalement neutre, bien entendu :))

Et une question pour la route, une: et vous, vous avez remarqué des différences majeures dans l’enseignement entre la France et l’Allemagne?  Que ça concerne l’art ou autre chose…On remarque quand même deux-trois choses au passage en parlant de l’Abitur…En ce qui me concerne, ça me perturbe encore un peu, cette importance de la pédagogie ici!

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A propos des manuels scolaires…devinette

Amis des vieux bouquins, bonjour…Vous allez être servis aujourd’hui, sous forme de devinette avec lot à l’appui.

J’ai entrepris des fouilles dans notre bibliothèque familiale, du reste déjà bien connue. J’ai fouiné dans les manuels scolaires et cahiers d’écolier sdu temps jadis, en me délectant de la qualité de la langue écrite au début du siècle… Et je suis tombée sur une perle en la matière. Cette langue un peu niaise, un peu improbable, à la façon comtesse de Ségur, le tout dans un petit livre sehr charmant…j’adore.

J’en reviens à mon propos: quel livre ai-je bien pu ressortir aujourd’hui des  armoires de Mère-Grand, sachant que:

- il date de 1877 et a été utilisé comme livre de lecture courante pour enfants jusque 1950 environ

- c’est un pilier de l’éducation façon IIIème République, tiré à 6 millions d’exemplaires

- il y a bien entendu un rapport, dans le sens historique, avec le propos de mon blog, à savoir le franco-allemand. Je ne vous cacherai donc rien: c’est un livre qui dit très clairement que la France, c’est bien, et qui laisse comprendre assez clairement aussi que l’Allemagne, c’est mal. Ah bah tiens.

- il raconte l’histoire d’enfants sillonnant la France et découvrant des choses de la vie (comment on fait le beurre, la vertu de l’hygiène, les merveilles de la France qui incontestablement n’a pas son pareil * ironie consommée par rapport à certains passages, on a parfois l’impression que seule la France a des fleuves, vaches etc.*)

Pour la petite histoire, j’ai découvert ce livre ou plutôt son titre au hasard de la préparation d’un examen de culture gé- donc il y a au moins 500 ans. Et peu de monde semblant connaître ce monument de passéisme, j’ai été aux nouvelles chez les archives de mes grands-parents, qui m’ont fourni deux exemplaires, certes en morceaux, mais délectables. J’adore pour le côté bonhomme, pour les clichés si naïfs (plus naïfs, on meurt, même Mickey Mouse n’y est jamais allé aussi fort. Etre gentil, c’est bien, vous étiez au courant :)? ), pour les clefs historiques que ça donne.

Je crois que les livres et les films influencent les gens parce qu’ils donnent une interprétation au réel. Je crois que les faits, juste les faits, c’est une donnée sèche qui n’explique rien.  Je doute sérieusement qu’un Bordelais, en 1869, aurait crié au scandale s’il avait su qu’on allait perdre l’Alsace-Lorraine 10 mois plus tard (il aurait franchement rigolé, en fait: Napoléon III, perdre? Et concrètement, où serait le problème?). Par contre son fils en 1890, il y a des chances que ça lui importe un peu plus, au point de vouloir tâter du Prussien sur champ de bataille…Alors pourquoi? Réponse, méthode: rien de mieux pour fouiner dans le passé que de tomber sur un best-seller oublié et de se laisser guider par le chant d’une sirène poussiéreuse…

Quand on lit ce livre en particulier, on comprend un peu du racisme et ultra-patriotisme assumé de nos grands-parents ou arrières grands-parents et pourquoi il était si difficile à combattre.  Quand on naît dedans, que personne ne vient à l’idée que ce ne soit pas évident, comment en arriver à comprendre les choses d’un autre point de vue? Il faut un sacré culot , une sacrée clairvoyance pour penser à contre-courant de l’ensemble de sa société…

On comprend aussi d’où est venu ce départ populaire « la fleur au fusil » pour la première guerre mondiale et pourquoi personne n’a vraiment tenté de stopper l’engrenage du début de la guerre. Et la comparaison des différentes versions donne un bel aperçu de l’art de diffuser une idéologie politique via l’éducation…Etre catholique, ne pas être catholique. Avoir l’Alsace-Lorraine ou ne pas l’avoir.  Parler de la guerre ou ne pas en parler.  Penser « en bon Français » ou en « mauvais Français »…avec ce que ça implique.

Je suis d’ailleurs en train de me demander quelle dose de pré-pensés imprègne nos manuels et nos idées, actuellement. Comment réagiront nos arrières petits enfants en lisant nos livres, en découvrant le fond de nos valeurs? Nous n’avons plus de livres voulus idéologiquement que celui-ci, on est tous d’accord. Mais quelles sont nos idées communément acceptées qui dans 100 ans seront désuetes ou absurdes? La donne, aujourd’hui, c’est en gros (je dis bien « en gros ») d’être pro-Européen, ouvert au monde et aux découvertes culturelles. Et si demain c’était autre chose?

J’aimerais découvrir l’équivalent de ce titre en Allemagne, il y a forcément quelque chose…Quoiqu’il en soit, histoire de ré-enfoncer quelques portes ouvertes: c’est fou ce qu’on a comme chance de vivre aujourd’hui et de pouvoir critiquer les croyances populaires de nos grands-parents et aïeux (amis des portes ouvertes, je vous avais prévenus).

Pour en revenir à nos moutons, j’ai cherché une édition en poche (et moderne s’il vous plaît!), que j’offre à la première personne qui trouve la bonne réponse via les commentaires: de quel livre s’agit-il? Et si personne ne trouve, ça va barder, j’ai déjà quelques idées de mesures punitives :)

Je vous prépare un pot pourri des citations les plus éloquentes et mon avis sur le total, pourquoi j’aime, pourquoi j’aime pas. En attendant: à vos méninges et mères-grands au besoin!

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La magie du Noël allemand

Ou quelques raisons d’aimer la période hivernale…

Il y a un certain nombre de « petites » choses qui contribuent à faire de la période de l’Avent quelque chose de magique ici, au moins à mes yeux. Peut-être que la tradition me saute plus aux yeux parce qu’elle prend des formes qui me surprennent, peut-être aussi que je suis séduite par le côté « exotique » des festivités…Toujours est-il que je ne me lasse pas de cette période de fin d’année, malgré le froid, et malgré le manque de lumière (me demande si la dépression saisonnière ne cherche pas à m’ajouter à son tableau de chasse en me volant toute forme de dynamisme…manque de bol pour elle, la mauvaise herbe a la dent dure et un allié naturel: le pain d’épice :)).

Donc, qu’y a-t-il de si merveilleux ici?

  • Des marchés de Noël bourrés de monde, avec des vins chauds trooooooooooop bons, des Quarkbällchen hors de prix, et des stands bien sympathiques tous les deux mètres. Soit on décide d’ignorer fièrement l’offre et ses avances diaboliques, et on finit légèrement pompette en bavardant l’air de rien avec ses amis. Soit on observe attentivement l’offre toujours aussi diabolique et on craint sérieusement pour son porte-monnaie en faisant la (re)découverte d’objets fascinants. En ce qui me concerne, ça a donné ça: Vu vendredi soir avec l’amie Catherine, j’ai fait une fixette tout le week-end sur l’objet en question, vendu 10 euros. Dommage que je n’ai pas de tapis à taper, ça m’aurait bien tenté de l’acheter le bidule, une fois son utilité comprise…


  • Des sucreries partout et une exagération alimentaire tolérée par tout le monde (sauf peut-être votre mère), au motif que quand-il-fait-froid-le-corps-doit-avoir-des-réserves-graisseuses-en-plus. Donc ça donne: Lebkuchen (qu’est-ce que c’est bon, même vendu en sachet chez Edeka…), Baumkuchen (qu’est-ce que c’est bon tout court), Stollen (il faut absolument que je trouve un vrai faiseur qui les fait à l’ancienne: sous format de 2 kg mi-ni-mum), Plätzchen (je compte bien m’incruster chez les bonnes cuisinières parmi mes amies…). A tous ceux qui ne savent pas ce que c’est les Plätzchen, je dis: pauvres de vous. D’abord vous pouvez aller voir par si vous comprenez le germanique avancé. Ensuite vous pouvez ouvrir les yeux dans les susdits marchés de Noël et voir le nombre de minis-moules à gâteaux vendus de façon industrielle et avec des formes surprenantes, en tirer vos propres conclusions (mon prochain investissement est clair…). Dernière mesure: griller le nombre de pâtisseries qui proposent aux enfants de venir apprendre à les faire sur place, notamment le troisième dimanche de l’Avent. Ou vous faire inviter dans une famille allemande pour comprendre la magie de la chose (et dire adieu à toute forme de régime).
  • Respirer l’ambiance contes de Noël, neige, cadeaux et fête aux lampions. Les rues et les fenêtres se couvrent de décorations (normal me direz-vous, on a ça aussi en France et ailleurs. Je sais. Mais ici ça prend la forme de Lichtbogen et autres décorations à base de bois et de bougies ou similis bougies). La neige crisse sous les pieds, au lieu de se transformer en souplette qui vous fait attraper froid sans vous avoir mis de bon poil auparavant. On vous parle de Frau Holle, et vous dites « Mais c’est qui celle-là? ». Géniale occasion de découvrir un conte d’Europe centrale/ des frères Grimm (vous choisissez ce qui vous paraît le plus socialement politiquement correct). Si vous connaissez déjà, il reste la possibilité de blaguer sur son compte, notamment sur sa très probable découverte récente d’Ikea avec les conséquences que nous connaissons tous (avec un ou deux vins chauds dans le nez, je vous assure que cette théorie offre des possibilités de conversation très, mais alors très larges).

Bon, on parlait de Lebkuchen, c’est bien ça ;)?

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Contes de Noël: Cendrillon, façon DDR

Ca y est, c’est officiel: il fait tellement froid que je ressens le besoin de me calfeutrer chez moi et de savourer des contes, sous forme écrite ou en version filmée. Et bien entendu, je me concentre sur du franco-allemand.

Soyons honnête: chaque année je suis énervée par les théories unilatérales selon lesquelles d’entre nous et eux, seuls les Allemands disposent d’un vrai capital de contes pour enfants. Je vais donc partir dans une théorie franco-allemande, vous pouvez tout de suite aller voir la partie concernant le film en fin d’article si cela vous inspire un peu plus.

L’idée selon laquelle nous n’avons pas de contes propres est fausse, seulement c’est difficile à prouver sans un petit retour en arrière (j’avoue que je ne sais pas nous défendre en direct, ok…Ferais mieux cette année! Notamment grâce à ce post qui me force à lister les arguments ^^). Ce blog étant aussi là pour ça, je profite de l’occasion pour montrer que nous avons aussi de quoi faire. A bon entendeur…

Donc, pour mettre fin à ce débat franco-allemand latent au fond de moi-même et peut être de certains lecteurs:

Les contes, côté français, comme le nom l’indique (« ra-conter »), ce sont d’abord des récits oraux, savamment racontés lors des veillées paysannes qui ont quasiment disparus avec l’urbanisation.  Ils sont faits pour être entendus, cela peut encore se ressentir à la structure de certains (drame en trois actes, avec tension finale, voir par exemple La Barbe bleue. Sous la mise en forme de Perrault, il y a  à mon avis bien autre chose à relever…notamment que c’est fait pour un auditoire!). A un moment ou un autre, des nantis de la cour s’inquiètent de la disparition progressive de ces  récits et se chargent de les coucher sur le papier avec un style relevé. Cela donne le fantastique Cabinet des fées, première « vraie » tentative de sauvegarde de ce patrimoine (courant XVIIIème, si ma mémoire est bonne), après la mode précieuse (fin XVIIème) pour les sauvegarder. Il y a une très belle compilation du Cabinet des fées disponible chez Picquier (très conséquente, aussi), ça peut être un beau cadeau de Noël familial. Je dis ça comme ça, et peut-être aussi parce que j’aurais rêvé de pouvoir avoir ça à partager entre cousins et grands-parents à Noël ;). Si ça vous intéresse, c’est par .

Bref vous m’aurez comprise: les contes français existent bien, et toc. Perrault, le Cabinet des fées, Mademoiselle L’Héritier, Dumas, Nerval, Zola, la comtesse de Ségur (je vous assure qu’elle en a écrit!!) ne comptent pas pour du beurre. Seulement, très souvent, cela relève de l’exercice littéraire et uniquement de celui-ci. On réécrit le conte, on le redécouvre et on le met à disposition d’un public déjà averti qui savoure ses subtilités et juge de son style en fin connaisseur de la langue.

En Allemagne, à l’inverse, les contes mis à disposition du grand public par des connaisseurs des légendes populaires le sont à une période historique assez marquée. Prenez les frères Grimm: ils n’écrivent pas à un moment anodin, et ils ne le font pas d’une façon innocente. Ils collectionnent et rédigent des contes qualifiés de  spécifiquement allemands (on est en plein au moment où notre Bonaparte national -prenez l’expression comme vous le voulez- pousse les peuples européens à se trouver une identité, l’Allemagne en tête…) Et ils le font précisément à la période à laquelle le concept d’enfance s’impose dans les mentalités. J’en ai d’ailleurs touché un mot avec l’histoire du mot « bébé » ici. Ce sont des contes qui sont jusqu’ici porteurs d’une identité claire et d’un message précis: adressés aux enfants. De là à tirer la conclusion que ces contes ont un but éducatif…Alors que nous, eh bien non. Encore une façon de se démarquer, ahlalala ces Français! :)

Bon, je suppose que vous aurez compris mon message et que je peux passer au coeur de mon propos. Pas trop tôt, me direz vous. Je vous entends.

Il y a ici des traditions télévisuelles assez marquées pour les fêtes. Je vous épargne le couplet sur Sissi et ses éternels remakes, je le réserve à un jour improbable de grande fièvre. Par contre je ne vais pas vous épargner avec Trois noisettes pour Cendrillon (Drei Haselnüsse für Aschenbrödel).

Qu’est-ce que c’est?

  • Un film des années 70, avec le style incroyable et improbable des années 70 (allez voir un peu ces costumes! du tonnerre en boule comme diraient certains…ou pas)
  • issu d’une collaboration RDA- Tchécoslovaquie (pardon, impossible de retrouver le nom officiel de l’Etat soviétique de l’époque…). Il y a peut-être un peu de Pologne là-dedans aussi, je ne suis plus très sûre de moi. Lecteurs amis de la langue de Goethe, vous pouvez aller le vérifier sur cette superbe fanpage si le coeur vous en dit.
  • né d’un conte tchèque dont je n’ai pas jamais entendu parler jusqu’ici, de même que son auteur, inconnue au bataillon. Qu’à cela ne tienne: cultivons-nous sauvagement.  Il s’agit d’une des variantes slaves du conte que nous connaissons tous.
  • une référence allemande absolue, du moins à l’Est. Je vous assure: le film passe chaque année de façon réglementaire à la télé et il est regardé de façon quasiment religieuse. Pas moyen d’y couper si vous vivez ici, ce sera votre destin. Autant vous y faire tout de suite. En plus, vous risquez d’aimer.

Personnellement, j’aime: la musique (paraît-il célèbre), la version du conte (beaucoup moins cruelle et interprétable que celle que nous connaissons tous), les paysages neigeux, les dialogues (ah cette simplicité), les animaux partout présents comme des gardiens et tellement plus fiables au fond que les humains…Et aussi le fait qu’on voit un peu de Moritzburg (château près de Dresde) au passage.

Je vous laisse avec un petit trailer inofficiel…

PS: je n’ai pas trouvé ce DVD en vente en France… Appel à témoin: si quelqu’un sait où le trouver en version française, merci de m’en avertir…ça ferait un bien joli cadeau.

Pour tous les fans de contes, vous pouvez aussi investir dans cet autre livre de contes spécifiquement français en allant voir par . Je le recommande fortement!

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