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Bien prévoir son week-end à Berlin

Les beaux jours reviennent, on se demande tous beaucoup plus sérieusement qu’avant ce qu’on va pouvoir aller voir dehors et plus généralement sur la planète Terre.

A Berlin, les expat’s ont d’abord l’attention attirée par la fermeture de l’aéroport de Tegel, prévue pour le début de l’été. Ciel mon avion! disent certains. Super! disent les autres, Schönefeld c’est mieux, c’est plus près, il y a le S-Bahn. etc. etc. Reste encore la question, soit dit en passant, de ce que va devenir le terrain de Tegel et la stratégie des gens qui avaient leurs petites habitudes chez Air France, lequel se fait piquer quelques parts de marché dans l’histoire, apparemment. Mais ça, on verra plus tard.

Donc, on en revient à nos moutons: les touristes, c’est une vérité qui se répète chaque année pour le plus grand malheur de certains fins théoriciens catastrophistes de l’économie locale, eh bien, ils vont déferler sur la ville dans une logique grégaire. Peut-être serez-vous parmi eux. De mai à août, voire même avant, en particulier le week-end, on va parler ENCORE plus Français et Anglais et tutti quanti dans les rues et les parcs de l’ex capitale prussienne. On ne pourra plus vraiment avancer à la Kochstr., en particulier à pied, on va encore se faire prendre en photo malgré soi devant la porte de Brandenbourg, et chacun se prépare à accueillir ses amis pour une explication (numéro 47 en trois ans) de la coolitude de la vie à Berlin. En un sens, l’arrivée de l’été, c’est un drame, après la délivrance causée par la fonte des glaces. Des coups à vous donner envie d’aller prier.

Implantation strategique de cette eglise sur l'axe Oranienstr.- East Side Gallery: pour les yeux au ciel des locaux face à des hordes de touristes....

Alors, dans tout ça, pour tous ceux qui veulent venir et atterrissent sur mon blog dans un souci très sain de prise d’informations rédigées par une illustre inconnue, je vais me fendre d’un article, voire de deux (l’espoir fait vivre) pour permettre à ces futurs touristes de vivre le mieux possible leur week-end à Berlin -ou carrément leurs vacances . Enfin, aussi pour tenter de minimiser cette logique grégaire qui exaspère jusqu’au dernier des gens qui vivent sur place, y compris les ex-touristes fans du Curry Wurst.

Donc, on fait le point. Pour venir visiter Berlin en en week-end, vous avez besoin de:

- un vol pas cher, pour les fauchés, voire un vol normal pour tous. Berlin est très bien relié. Si vous avez bien suivi ce que j’ai écrit au-dessus, Berlin n’aura bientôt plus qu’un seul aéroport, Schönefeld, lequel est l’aéroport d’où démarrent tous les low-costs actuellement. Schönefeld est situé au sud de Berlin et relativement bien relié (à mon avis) via les transports en commun. Pour les réservations de dernière minute au départ de Paris, compter environ 100 euros (c’est mon expérience qui parle). Alternativement, il y a le train, de nuit ou de jour, qui passe normalement par le Nord de la France, de surcroît en s’y arrêtant.

- qualités essentielles en général telles que: bonne humeur et ouverture d’esprit (des fois que vous finissiez le week-end chez des gens bizarres dont votre arrière-cousine est, semble-t-il, une amie et qui vous ont reconnus au kebab du coin 5 ans après votre dernière entrevue), bon sens (prévoir des chaussures de marche et pas des choses absurdes comme des talons ou des grosses vestes encombrantes), tranquillité (le rythme parisien n’a pas sa place ici)

- un plan de métro et de bus, ainsi que la préparation psychologique nécessaire pour payer son titre de transport.

NB: on ne le répètera jamais assez: ne pas payer son billet de métro à Berlin est une spécialité réservée aux touristes étrangers. Si en plus ils s’en vantent, il y a de très fortes chances que ce soient des Français qui n’ont absolument pas compris qu’ils vont payer des z’euros assez vite. Pas mal d’euros d’ailleurs. Mentalité locale, leçon numéro 1: prenez un forfait transport sans discuter.

- une idée de ce que vous voulez voir parmi les multiples facettes de la ville, comme partout. On peut choisir de faire un week-end à thème: histoire du Mur, passé nazi, grands musées photo and co., parcs. Mais j’en reparlerai dans un second billet, des activités à choisir. Il y a beaucoup trop de choses à dire.

- un endroit où crécher. Là, selon votre profil, multiples possibilités. Un hôtel de base, du couch-surfing si vous avez un côté hype et fauché, un ami qui vous héberge, une auberge de jeunesse, que sais-je. L’important par contre, est de se mettre pas trop loin des attractions que vous allez voir. Berlin est une très grande ville (8 ou 9 fois plus étendue que Paris…), on a vite fait de perdre du temps en transport (même s’ils sont très bons).

- prévoir un budget vélo s’il fait beau. Berlin est faite pour le vélo. Si vous ne faites pas de vélo à Berlin, vous ne comprenez pas la ville.

- se renseigner en amont sur les boîtes et les bars en vogue en ce moment. Parce que ça aussi, ça fait partie de la magie de cette ville: savoir suivre les tendances et y être au bon moment…

Bon, toutes ces choses étant dites, je vais enfoncer une porte ouverte: Berlin n’est pas une destination touristique  »classique ».

Sans doute l'un des plus beaux ponts de la ville: l'Oberbaumsbrücke

Ce n’est pas une belle ville comme Hambourg, ce n’est pas une ville riche et ça se voit. D’où l’idée d’en faire un week-end, ou bien un point de départ pour aller voir d’autres choses, à moins que vous ne soyez déjà avertis.

A voir à côté pour les touristes fans de beaux endroits: Lübeck, Dresde, Leipzig, la Pologne, les plages du nord de l’Allemagne. Par exemple.

Parmi les raisons pour lesquelles les touristes énervent tellement les locaux, il y a certainement une grosse part d’agacement face à ces gens qui viennent chercher ce qui n’existe pas, ou plus: une ville fière de son architecture et de sa richesse, comme Paris, Prague ou Cracovie. Pour le tourisme, Berlin est une ville où l’on doit savoir ce que l’on vient chercher en dehors des quelques (réelles) attractions touristiques. Se photographier façon Marcel devant les ruines du mur en mâchant bruyamment un chewing-gum, croire que le parc immobilier et hôtelier de Berlin doit être identique à  la qualité d’un hébergement à Prague, promener son appareil photo devant les monuments berlinois en s’extasiant, c’est un peu comme jeter du sel sur une plaie de votre voisin et chantonner en même temps. Je ne mettrais pas ma main au feu que Berlin ne se voit plus, même après 70 ans de tranquillité, comme une ville déchue et privée de son patrimoine. D’où la haine du touriste qui ne comprend pas cela, ou, précisément, vient le rappeler. Mais bon, moi ce que j’en dis…

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Berlinification

Berlinification, n.f, création langagière déposée par moi. Processus par lequel un individu lambda se retrouve par de nombreux traits assimilable aux Berlinois de souche. Les stades de la mutation sont difficiles à évaluer, voici donc une liste non exhaustive des symptômes frappant la victime, ci après dénommée simplement « Lambda »:

- aucune réflexion au moment de l’achat d’un produit bio. Avant, l’individu hésite, agit avec un pincement de coeur ou de porte-monnaie, conscient au final des raisons de son choix. Après, il met ça furieusement dans son panier de courses et est même capable de lâcher des phrases clichés en entrant dans la boutique telles que: « mais où est le rayon bio? » Violent. Surtout quand on sait que Lambda, en bon Berlinois, n’est pas forcément richissime. Suffit de regarder la clientèle des marchés bios pour comprendre. Sur la Warschauerstr., Lambda berlinifié peut même avoir la chance de converser avec une caissière française. Sujet de conversation: le bio, ses bienfaits, son évidence.

- Lambda a accepté la venue de l’hiver. Il a intégré le fait que dans quelques mois il va avoir l’air d’un bonhomme un peu grassouillet et pas franchement sexy. Il accepte avec calme la perspective horrible de subir -10°C ou -15°C à des intervalles réguliers. Il ose même corriger: -15°C, c’est la nuit, une fois par hiver, voire même pas forcément tous les ans. C’est dire, il a du vécu à son actif.

- dans le même esprit de survivant acharné, Lambda se souvient de ce qu’il a appris les années précédentes et du scandale intemporel des hivers berlinois.  Pas le froid, non. Les stocks de luges pour les enfants et les stocks de sel pour les piétons sont insuffisants. C’est un drame chronique qui fait bondir Lambda. Et c’est dans cet ordre qu’il le dit, pas l’inverse. A moins qu’il ne peste d’abord contre la BVG, la ligne M29, M19 et M48, jamais ponctuelles. Dans une vie antérieure, c’était lui qui n’était pas ponctuel, mais il a oublié cette partie de lui-même. Lambda a toujours été irréprochable sur le timing. Puisqu’il vous le dit.

- le Berlinifié s’excite à l’idée d’aller voter. Ancien politicard à ses heures, le monde politique germain le fascine. Quel parti lui correspond, quelles affiches lui plaisent visuellement et sur le plan des idées (car il lit les affiches. Toutes. Parfois même, Lambda se retourne, hausse le nez. Pour votre information, il vient d’aviser un lampadaire électoral). Après vient une phase intense de check de ses informations précédentes. Comment s’appelle le salaud gars qui a parlé l’autre jour il y a 3 mois à la radio. Que je ne vote pas pour lui. Voter prend pour Lambda tout son sens. Avant, c’était un devoir. Maintenant, ça serait presque intéressant. Et de voir que Lambda pense à s’inscrire, en plus, à l’ambassade pour pouvoir voter aussi en France en 2012 et se comporte pareil en France. Impressionnante révolution intérieure.

- Lambda semble comprendre le Berlinois avancé. Il dit parfois des choses qui dépasse l’entendement pour un être innocent et préservé. Un samedi de septembre, cherchant à entamer une conversation avec d’illustres inconnus: « schönes Wetter, wa? » Au coeur de l’hiver, en attendant le bus, a repéré une target: « och, heute ist och ganz schön kalt, nicht wahr? ». Il n’a pas de problèmes pour interpréter la phrase « ick hab ein Weinkuuuuh gemoocht » et réagit de facon appropriée, du tac au tac: « ein Weinkuchen? Wie schön! » Et si on lui demande comment il va, Lambda peut dire « Jut », certes souvent sous l’emprise de l’alcool, mais il faut quand même pouvoir le faire…

- On s’arrête au feu rouge pour les piétons dans 95% de la ville, Lambda s’y plie avec empressement. Exception notable, la Warschauerstr. Ailleurs, notre ami sera le premier à rappeler à son visiteur que ça ne se fait pas, que ça coûte super cher si on se fait choper, que les bagnoles ne s’arrêteront pas forcément comme en pays angevin (du Bellay, ce visionnaire incompris…) Pis que ça: Lambda regarde d’un oeil noir les cyclistes incompétents, ceux qui mordent de la voie vélo sur la voie piéton, ou bien encore ont le culot de traverser la rue avec leur bolide à deux roues, sans descendre. Ce qui n’empêche pas notre cher ami de rouler avec une vieille bécane déglinguée en dehors de la voie vélo. Lui, il sait manier un vélo. Pas comme les autres.

- Lambda commence à voir d’un oeil vaguement négatif les floppées de touristes qui viennent enrichir découvrir la ville. Choqué par les autocollants associant les touristes aux terroristes posés un peu partout, il n’exprime pourtant que mépris pour ces gens qui se perdent dans le métro pourtant si simple et finissent par provoquer des drames urbains banals (« on a perdu Marcel! Mais où est Marcel?! Chéri, il faut descendre, on a perdu Marcel!! »), ceux qui ne payent pas leur billet et le disent en riant d’un rire gras, et surtout ces Français qui fleurissent avec le soleil. Subitement, de mai à août, Lambda découvre que le touriste français adore Berlin, et s’en énerve. D’abord parce qu’il doit ENCORE traîner sa troupe au Reichstag, ensuite parce que Marcel envisage rarement un tour de la ville à vélo (voyage + barrière langagière+ vélo= « on a perdu Marcel ». 15 fois en 4 heures, 14 fausses alertes, et une vraie). Et pour finir parce que Berlin, c’est SA ville. Pas un bidule qu’on visite en mangeant du curry wurst et en se faisant photographier à Checkpoint Charlie. Pour Lambda, l’idéal du touriste, c’est son ami Oméga qui vient crécher quelques nuitées, comprend l’allemand, reste blasé devant un Kebab, s’extasie devant des Brötchen bios et du Streichkäse, et surtout demande à faire des musées ou activités du type original. Exemple: le simulateur de vol de Weddding. Voir ici pour tous ceux qui cherchent l’inspiration dans une conversation où on vous dit que Checkpoint Charlie est LA chose à voir dans cette ville. Bon ok c’est cher, on fait pas ça tous les jours. Mais ça peut avoir un côté franchement plus marquant que la photo répliquée à des millions d’exemplaires de la porte de Brandenburg.

- Lambda, car on parlait bien de lui, pas des touristes, est presque devenu végétarien, et il ne se porte pas plus mal. Viande au resto, chez soi, on s’offre parfois un filet de saumon, du jambon, des lardons dans une préparation qui autre fois était une quiche et qui maintenant ne ressemble plus à rien du tout. Tout le reste relève de l’aventure culinaire. Lambda n’aime plus vraiment la viande, sa famille et ses amis en visite s’inquiètent de sa santé. Pour les carences et souvent aussi pour voir si Lambda subit une quelconque pression psychologique cherchant à discréditer le rôti de veau aux pistaches.

Bref, un Berlinifié n’est même plus capable de savoir vraiment d’où il vient. Le remède reste encore inconnu.

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De l’art de faire une revue de la blogo berlinoise

Une fois tous les 400 ans (au moins), je suis prise d’une idée saugrenue: faire une veille, systématique et organisée, de la blogosphère allemande, et plus particulièrement berlinoise. Il y a des blogs que je suis quasiment au quotidien (béni soit par exemple celui de l’ami David pour tous ses filons sur Friedrichshain), ceux que je surveille quand ça me chante (par exemple, quand j’ai faim et la nostalgie d’un certain temps jadis, celui-ci, le résultat est que je vais faire un casse aux magasins asiatiques dans l’heure qui suit), et puis ceux que j’ignore la plupart du temps parce-que-je-suis-fatiguée-j’ai-parlé-allemand-toute-la-journée-déjà. Soit une écrasante majorité de blogs intéressants, surtout pour une ville dans laquelle on vit…Ahem.

Donc, aujourd’hui est un grand jour: j’ai cherché à consulter un peu de cette masse d’information officieuse sur la vie dans Berlin. Ce qu’il y a bien, avec les blogs, français, allemands, ou encore lunaires, c’est qu’il y a à boire et à manger. On peut apprendre que certaines personnes pourtant très bien sous tous rapports ont parfois des difficultés à communiquer (Selbst ist die Pauline), que la Gentrification touche profondément la Neustadt de Dresde (seule 15% de la population y vivant dans les années 80 y serait encore, voir notamment la vidéo ici) ou que décidément, Westerwelle ne sait pas parler anglais. Tout est donc une question de savoir filtrer l’information, celle qui vous touche personnellement et vous semble crédible, importante, cruciale- vous remarquerez d’ailleurs que par un curieux tour du sort, aucun des exemples précédents n’a de rapport direct avec Berlin, mais passons, c’est comme ça.

Et là, c’est le drame: j’apprends, aujourd’hui, 29 janvier 2011, que j’ai raté un événement crucial lors de ma première année sur le sol berlinois, 2009, alors que j’étais encore dans la fleur de l’âge et susceptible d’un enthousiasme sans pareil. Je pensais pourtant avoir fait le tour de la question avec les 20 ans de la chute du Mur.

Mais non:  faute d’un manque flagrant de curiosité intellectuelle, j’ai raté les 60 ans de l’invention de la Curry Wurst. Je vous assure, je ne savais pas.

Je m’en veux. Je viens d’ailleurs de trouver une ode éloquente à la Curry Wurst en images et en musique (quelle belle voix), que je ne saurais ne pas partager avec vous:

ça me fait rêver, pas vous?

Comment ai-je pris conscience du problème? Eh bien, par le chemin suivant:

1- On consulte ses favoris, section « blogs en allemands », et on pense au passage « mais quand ai-je créé cette catégorie? »

2- On arrive après quelques articles banals sur la Gentrification, Merkel, et les événements berlinois à venir comme le Semi Marathon sur le sacro-saint Blogonade, lequel est effectivement un blog que j’aime suivre, sans même passer par mes favoris poussiéreux, quand j’en ai la force.

3- On est interpellé par le titre de son tout dernier post, qui nous annonce que désormais, le Curry Wurst est aussi disponible en mode pizza. Oui, vous avez bien lu, en pizza. J’en salive déjà.

4- On lit. Lidl vend donc des pizzas au Curry Wurst pour 99 centimes. Laquelle serait, en prime, relativement mangeable. On n’arrête pas le progrès!

5- En état de choc face à cette information, on renonce à écrire un billet sur la Kuchenmanufaktur découverte la veille aux confins de Neuköln et Kreuzberg, et on fait  illico une recherche sur Google avec les mots clés « blog, Curry Wurst, Berlin »

6- On tombe avec ébahissement sur la Vérité, à savoir que le Curry Wurst a eu 60 ans en 2009, et par la même occasion, un musée dédié dans la Schützenstr., juste derrière Checkpoint Charlie, ce qui permet aux touristes de faire d’une pierre deux coups.  Pour le musée du Curry Wurst, j’avoue: je savais, mais j’ignorais totalement sa portée symbolique, et du coup je n’y ai jamais mis les pieds. Une honte. Pour tous les ignorants qui ne tiennent plus, je vous évite la recherche via Google, longue et ardue: allez voir par si vous ne me croyez pas.

Avec 70 millions de Curry Wurst consommées à l’année sur Berlin, des variantes de luxe (vous voyez que j’ai continué la recherche…), je crois bien qu’il est temps de rendre hommage à Herta Heuwer (maintenant je sais comment elle s’appelle) et de bomber le torse: maintenant, je sais. Amis lecteurs, si vous aimez, et que comme moi vous étiez dans l’ignorance, je ne puis vous dire qu’une chose: tous au musée.

Bon, ceci dit…vous lisez la blogo allemande vous…?

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