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Maîtriser l’allemand, pourquoi et comment

Si vous lisez régulièrement ce blog, vous avez déjà du remarquer des incartades sur la langue allemande et sa maîtrise, ou plutôt sa non-maîtrise. Cela n’a rien d’un hasard: d’une part, certes, j’aime foncièrement cette langue, riche en harmoniques et en sonorités, bien loin de ce qu’on nous apprend en classe et que l’on a tendance à assimiler beaucoup trop vite à une langue barbare.

Mais surtout, il y a le fait que l’Allemand, pour une personne qui vit ici, est une vraie nécessité. J’ai trop vu cette idée s’imposer au cours du temps pour ne pas vouloir la défendre sur ce blog. Au risque d’enfoncer des portes ouvertes, je préfère donc me répéter ici pour tous les candidats à l’expatriation, attirés par les lumières de Berlin ou d’ailleurs:

Partir en Allemagne sans parler un mot d’allemand est une très mauvaise idée.

Pourquoi?

On pourrait accumuler les raisons pratiques, du détail aux problèmes existentiels. Cela va du fait que toute inscription au chômage en cette période de crise requiert une bonne maîtrise de l’allemand au regard des administrations, jusqu’au fait que vous passerez à côté de 90% de la vie locale.  Venir dans une ville pour un emploi,  faire son trou dans un groupe international dont une grosse partie repartira, perdre son emploi, se débattre pour en retrouver un, finir par tout abandonner, relation et amis durement gagnés, simplement parce qu’on a pas pris les mesures qu’il fallait en temps voulu, c’est assez classique et…franchement dommage.

Pour le résumer en quelques mots: ne pas vous intéresser à la langue locale revient à vous marginaliser et vous placer en situation précaire.

Santé, travail, budget, loisirs: vous êtes sûrs de vouloir passer à côté des meilleures offres dans tous ces champs? Au bout de trois ans à Berlin, j’ai trop vu de gens arriver en pensant que l’anglais leur suffirait, que l’allemand appris une fois par semaine en cours du soir, après 8 heures de travail, ça irait. Un an plus tard, la moitié repart. Les cours du soir pris à la va-vite n’ont jamais été aussi bondés et difficiles d’accès que depuis ces quatre dernières années, l’Allemagne passant pour un Eldorado rescapé de la crise, en particulier auprès des pays latins ou de la Grèce. Si vous souhaitez venir en Allemagne,  ou d’ailleurs aller n’importe où dans le monde, il faut vous préparer à cette réalité et agir en conséquence.

Comment faire?

Prendre des cours dès que vous le pouvez, et s’y tenir. Patience et longueur de temps. Si vous ne pouvez pas faire de temps dans votre vie de tous les jours, il faut passer par le biais du séjour linguistique. Si au contraire, c’est quelque chose que vous ne pouvez pas vous imposer, il faut trouver un moyen de donner une place, même petite, à l’allemand dans votre vie quotidienne. Si vous n’avez pas vraiment pu prévoir, que vous bougez pour cause d’obligation professionnelle ou familiale, cherchez les bons cours sur place, dès que vous le pouvez. Il y a des dizaines de choses disponibles sur le marché, qui peuvent prendre des formes multiples: séjours linguistiques, cours d’allemand intensifs en immersion locale, tandems franco-allemands, sites internet surfant sur la vague sociale en les associant aux langues vivantes…Si vous le voulez vraiment, il y a l’embarras du choix, et pas seulement dans les grandes villes attendues. C’est à votre portée. Même la Suisse allemande en propose – le hochdeutsch, ça ne s’apprend pas que dans sa région d’origine, et ça sert partout. L’expérience n’en est que meilleure si vous avez connaissance d’un dialecte recherché (souabe, bavarois…). Comprendre un minimum le Schwützer Deutsch, par exemple, que vous entendrez parler autour de vous en faisant du tourisme à Zurich ou à Gstaad ne pourra que vous servir: combien d’employeurs allemands rêvent de pouvoir accéder au marché suisse? Tapez Zurich tourisme dans Google pour vous faire une idée et y penser, ça vaut largement le coup d’envisager un séjour linguistique dans une petite ville méconnue et si jolie…Des exemples comme ça, il y en a beaucoup, dans des villes moyennes (Heidelberg), minuscules (Tübingen) ou bien à large rayonnement (Hambourg, Munich…) A vous de faire votre choix avant de partir, ou, comme dit plus haut, trouver une autre solution qui vous convienne.

Alles in allem, la question principale reste la même : combien de chances décidez-vous de vous donner en préparant votre vie dans une ville germanophone? De la même manière que les cours de français sont nécessaires pour pouvoir vivre en France, à l’étranger ça fonctionne de cette façon. L’anglais ne suffit simplement pas. D’ailleurs, l’un des plus gros écueils est la tentation de vous entourer uniquement de ce cocon international.

A bon entendeur…

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Berlinification

Berlinification, n.f, création langagière déposée par moi. Processus par lequel un individu lambda se retrouve par de nombreux traits assimilable aux Berlinois de souche. Les stades de la mutation sont difficiles à évaluer, voici donc une liste non exhaustive des symptômes frappant la victime, ci après dénommée simplement « Lambda »:

- aucune réflexion au moment de l’achat d’un produit bio. Avant, l’individu hésite, agit avec un pincement de coeur ou de porte-monnaie, conscient au final des raisons de son choix. Après, il met ça furieusement dans son panier de courses et est même capable de lâcher des phrases clichés en entrant dans la boutique telles que: « mais où est le rayon bio? » Violent. Surtout quand on sait que Lambda, en bon Berlinois, n’est pas forcément richissime. Suffit de regarder la clientèle des marchés bios pour comprendre. Sur la Warschauerstr., Lambda berlinifié peut même avoir la chance de converser avec une caissière française. Sujet de conversation: le bio, ses bienfaits, son évidence.

- Lambda a accepté la venue de l’hiver. Il a intégré le fait que dans quelques mois il va avoir l’air d’un bonhomme un peu grassouillet et pas franchement sexy. Il accepte avec calme la perspective horrible de subir -10°C ou -15°C à des intervalles réguliers. Il ose même corriger: -15°C, c’est la nuit, une fois par hiver, voire même pas forcément tous les ans. C’est dire, il a du vécu à son actif.

- dans le même esprit de survivant acharné, Lambda se souvient de ce qu’il a appris les années précédentes et du scandale intemporel des hivers berlinois.  Pas le froid, non. Les stocks de luges pour les enfants et les stocks de sel pour les piétons sont insuffisants. C’est un drame chronique qui fait bondir Lambda. Et c’est dans cet ordre qu’il le dit, pas l’inverse. A moins qu’il ne peste d’abord contre la BVG, la ligne M29, M19 et M48, jamais ponctuelles. Dans une vie antérieure, c’était lui qui n’était pas ponctuel, mais il a oublié cette partie de lui-même. Lambda a toujours été irréprochable sur le timing. Puisqu’il vous le dit.

- le Berlinifié s’excite à l’idée d’aller voter. Ancien politicard à ses heures, le monde politique germain le fascine. Quel parti lui correspond, quelles affiches lui plaisent visuellement et sur le plan des idées (car il lit les affiches. Toutes. Parfois même, Lambda se retourne, hausse le nez. Pour votre information, il vient d’aviser un lampadaire électoral). Après vient une phase intense de check de ses informations précédentes. Comment s’appelle le salaud gars qui a parlé l’autre jour il y a 3 mois à la radio. Que je ne vote pas pour lui. Voter prend pour Lambda tout son sens. Avant, c’était un devoir. Maintenant, ça serait presque intéressant. Et de voir que Lambda pense à s’inscrire, en plus, à l’ambassade pour pouvoir voter aussi en France en 2012 et se comporte pareil en France. Impressionnante révolution intérieure.

- Lambda semble comprendre le Berlinois avancé. Il dit parfois des choses qui dépasse l’entendement pour un être innocent et préservé. Un samedi de septembre, cherchant à entamer une conversation avec d’illustres inconnus: « schönes Wetter, wa? » Au coeur de l’hiver, en attendant le bus, a repéré une target: « och, heute ist och ganz schön kalt, nicht wahr? ». Il n’a pas de problèmes pour interpréter la phrase « ick hab ein Weinkuuuuh gemoocht » et réagit de facon appropriée, du tac au tac: « ein Weinkuchen? Wie schön! » Et si on lui demande comment il va, Lambda peut dire « Jut », certes souvent sous l’emprise de l’alcool, mais il faut quand même pouvoir le faire…

- On s’arrête au feu rouge pour les piétons dans 95% de la ville, Lambda s’y plie avec empressement. Exception notable, la Warschauerstr. Ailleurs, notre ami sera le premier à rappeler à son visiteur que ça ne se fait pas, que ça coûte super cher si on se fait choper, que les bagnoles ne s’arrêteront pas forcément comme en pays angevin (du Bellay, ce visionnaire incompris…) Pis que ça: Lambda regarde d’un oeil noir les cyclistes incompétents, ceux qui mordent de la voie vélo sur la voie piéton, ou bien encore ont le culot de traverser la rue avec leur bolide à deux roues, sans descendre. Ce qui n’empêche pas notre cher ami de rouler avec une vieille bécane déglinguée en dehors de la voie vélo. Lui, il sait manier un vélo. Pas comme les autres.

- Lambda commence à voir d’un oeil vaguement négatif les floppées de touristes qui viennent enrichir découvrir la ville. Choqué par les autocollants associant les touristes aux terroristes posés un peu partout, il n’exprime pourtant que mépris pour ces gens qui se perdent dans le métro pourtant si simple et finissent par provoquer des drames urbains banals (« on a perdu Marcel! Mais où est Marcel?! Chéri, il faut descendre, on a perdu Marcel!! »), ceux qui ne payent pas leur billet et le disent en riant d’un rire gras, et surtout ces Français qui fleurissent avec le soleil. Subitement, de mai à août, Lambda découvre que le touriste français adore Berlin, et s’en énerve. D’abord parce qu’il doit ENCORE traîner sa troupe au Reichstag, ensuite parce que Marcel envisage rarement un tour de la ville à vélo (voyage + barrière langagière+ vélo= « on a perdu Marcel ». 15 fois en 4 heures, 14 fausses alertes, et une vraie). Et pour finir parce que Berlin, c’est SA ville. Pas un bidule qu’on visite en mangeant du curry wurst et en se faisant photographier à Checkpoint Charlie. Pour Lambda, l’idéal du touriste, c’est son ami Oméga qui vient crécher quelques nuitées, comprend l’allemand, reste blasé devant un Kebab, s’extasie devant des Brötchen bios et du Streichkäse, et surtout demande à faire des musées ou activités du type original. Exemple: le simulateur de vol de Weddding. Voir ici pour tous ceux qui cherchent l’inspiration dans une conversation où on vous dit que Checkpoint Charlie est LA chose à voir dans cette ville. Bon ok c’est cher, on fait pas ça tous les jours. Mais ça peut avoir un côté franchement plus marquant que la photo répliquée à des millions d’exemplaires de la porte de Brandenburg.

- Lambda, car on parlait bien de lui, pas des touristes, est presque devenu végétarien, et il ne se porte pas plus mal. Viande au resto, chez soi, on s’offre parfois un filet de saumon, du jambon, des lardons dans une préparation qui autre fois était une quiche et qui maintenant ne ressemble plus à rien du tout. Tout le reste relève de l’aventure culinaire. Lambda n’aime plus vraiment la viande, sa famille et ses amis en visite s’inquiètent de sa santé. Pour les carences et souvent aussi pour voir si Lambda subit une quelconque pression psychologique cherchant à discréditer le rôti de veau aux pistaches.

Bref, un Berlinifié n’est même plus capable de savoir vraiment d’où il vient. Le remède reste encore inconnu.

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Lecture à thème: Berlin Alexanderplatz

J’ai enfin fini la lecture d’un livre dont je voulais vous parler depuis longtemps ici.

Bon j’avoue qu’une partie du problème tient à sa taille (plus de 600 pages en poche), au fait que je n’hiberne plus et donc consacre moins de temps à mon blog et à la lecture…Ok. Mais il y a aussi autre chose: c’est un roman très dense, et pour moi un chef d’oeuvre déroutant auquel je ne m’attendais absolument pas. Je l’ai acheté sur un coup de tête, par simple curiosité, suite à l’appel du titre qui me disait (très) vaguement quelque chose…

Qu’est-ce que ça raconte? Eh bien, en soi, rien de bien excitant. C’est l’histoire d’un nul, à Berlin, à la fin des années 20. L’histoire d’un petit délinquant/ truand un peu balourd, pas fin psychologue, maquereau à ses heures, parfois un brin meurtrier. Mais en un sens, le roman ne raconte rien. Il décrit la médiocrité humaine, la bêtise des sentiments, la lâcheté et l’absurdité. En ce sens, on peut le rapprocher de Voyage au bout de la nuit. A ceci près que la leçon sur l’humain n’y est pas aussi présente. Chez Céline, si on a bien compris la portée du livre, on le referme et on se dit que l’humanisme est souhaitable, mais ne sert à rien. Chez Döblin, on a simplement lu une histoire.

Dans Berlin Alexanderplatz, tout a lieu dans la maîtrise de la langue. Je me demande d’ailleurs si le fait que le roman ait été retraduit seulement récemment n’est pas l’une des raisons pour laquelle le livre est si peu connu en France. On se sent happé par le style. Dans la nouvelle traduction,  l’influence du Berlinois est nettement présente, ainsi que celle du langage populaire, voire celle de la folie de ces années 20. Le dialogue est déconstruit, rebelle et extrêmement vif. Plus vous progressez dans la lecture, plus vous êtes pris dans le jeu: quelle scène l’auteur cherche-t-il à faire revivre ou détourner? Franz a-t-il un coeur? Qu’attendent les personnages de la vie? Et ainsi de suite…

Au-delà de ces considérations intellectuelles sur le style choisi (et le brio du traducteur), je me suis surprise à y trouver des clés sur le Berlin d’aujourd’hui, un peu à tous les niveaux. Il y a par exemple la description magistrale des anciens abattoirs de Berlin, dont j’ai par la suite trouvé trace via le blog de David par cet article et qui valent le coup d’oeil. Ou alors ces allusions à l’Alexanderplatz elle-même, les travaux qui l’agitent à l’époque et qui ressemblent singulièrement à ceux d’aujourd’hui. Des scènes prises sur le vif dans le Zeitungsviertel où se situent tant d’entreprises aujourd’hui, vers la Zimmerstr. et le Spittelmarkt de facon plus générale. Sur un plan plus difficile à analyser ou expliquer, les personnages vous semblent familiers dans leurs expressions ou leurs attitudes…un peu comme si le langage berlinois portait une ambiance qui n’avait pas changé dans la ville depuis 1929. Il y a aussi toutes ces allusions historiques, tous cette attention portée mine de rien vers l’agitation politique et le bouillonnement absurde des idées…en lisant ce livre, on a également l’impression que l’histoire de Berlin sur les dix années à venir est là, concentrée et comme en attente.

Un autre avis ici.

En résumé: un roman fataliste, pas forcément recommandable pour ceux qui lisent peu habituellement, de par son côté pavé…mais un très bon livre pour quiconque aime Berlin et cherche à comprendre son passé, voire son présent. Et à mon avis un chef d’oeuvre qu’on peut lire plusieurs fois de suite!

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Sprachidentität, une idée dépassée?

Parfois je me demande pourquoi je me donne tant de mal pour parler l’allemand. Bien le parler je veux dire: sans Versprecher, sans fautes d’accord, dans la mesure du possible sans accent à couper au couteau.

Il semblerait que je sois membre d’un club en voie de disparition. Le français, c’est sexy: les Allemands, dans le meilleur des mondes,  s’ils avaient le temps, s’ils avaient le courage (soyons honnêtes: c’est là le problème, la plupart du temps) ils le parleraient tous et ils déménageraient à Paris pour s’envoyer des croissants  tous les matins et aller danser sur le son d’un accordéon délicieusement rétrograde ;)- Amélie Poulain, si tu nous lis, comprends-moi bien: tu as eu une influence dévastatrice sur les clichés de l’Allemand moyen…

Et un accent français en allemand, c’est le rêve, d’après eux. D’après la majorité des Français ici également:  pourquoi se donner tant de mal? Pauline, que demandes-tu? Spinnst Du?

Bon, je ne nie pas qu’une petite tendance à ne pas pouvoir prononcer spontanément les h aspirés ( *a- ha- ha -Haltestelle!!*) et à buter sur certains mots (Kirche versus Kirsche…) permet d’attirer l’attention, la sympathie, et beaucoup plus si affinités. Et que des fautes mignonnes font sourire son auditoire, voire le fait se rouler par terre en battant des bras, si vraiment vous venez de faire LE versprecher du siècle (no comments, aucun rapport avec des faits récents je vous assure).

Mais quand même! Comment je m’intègre dans un groupe, si ma voix me dénonce toujours comme l’étrangère de service? J’exagère le trait comme d’habitude, mais le problème de fond est là: je crois à la Sprachidentität et je suis encore loin de pouvoir y accéder ici. Je me sens fatiguée de toujours avoir à réexpliquer mon parcours moins de deux minutes après le début d’une conversation: oui je suis étrangère, oui je suis française, oui, oui… Il y a certains moments où ça me donne des envies de revenir au blabla fadasse sur le temps, ce qu’il faut quand même vouloir depuis que Frau Holle a fait des siennes (sérieusement, plaidoyer en passant: on pourrait arrêter de nous faire savoir qu’il fait froid??).

Mais même en admettant qu’un jour dans ma vie ici je parvienne à ne plus être identifiée en un clin d’oeil comme française, la Sprachidentität est-elle une réalité pour le Hochdeutsch, autrement dit la langue d’état? J’en doute de plus en plus et je me demande dans ces conditions où je vais trouver l’énergie pour continuer à progresser (une langue, c’est comme un marathon: la quantité d’efforts à fournir en fin de parcours peut sembler parfois inhumaine…)

Je m’explique: la France est un pays à très forte identité langagière nationale, et ici, c’est…nettement moins le cas. Comparez le nombre de dialectes français auxquels vous avez été confrontés ou que vous avez utilisés et le nombre des dialectes allemands que vous avez pu entendre, vous, en tant qu’étranger (ne surtout pas me catapulter en Saxe ou en Souabe sans préparation psychologique: si je tombe sur un local fier de  sa région, je suis incapable de comprendre le prix d’un simple billet de bus. C’est du vécu…)

La population immigrée en France est elle aussi assez bien intégrée de ce point de vue, dans la mesure où une grosse partie vient de pays dont l’une des langues courantes, voire officielle, est le français. Et la maîtrise de la langue, libre de fautes et de toute forme d’accent, c’est encore la meilleure carte de visite pour une intégration réussie dans « la haute » comme au quotidien…Je ne vous refais pas le débat sur les Turcs et la maîtrise des bases de l’allemand en contrepoint de ça, Thilo Sarrazin le fait si bien (*ironie**)

Sur un autre sujet, quand je pense qu’ici, un accent régional est  TOUJOURS une fierté, un dialecte TOUJOURS un trésor…Allez dire à un Bavarois ou un Saxon de vous parler en hochdeutsch! Au contraire, la France est un pays où on a (trop) longtemps combattu les dialectes locaux, selon une idée que la langue était un outil d’ascension sociale: la cour, les Lumières, les révolutionnaires, Napoléon, Jules Ferry etc., pour une raison politique ou idéologique variant selon les époques, tout ce beau monde a cherché à imposer la langue française, soit par la séduction ( « le roi il parle en français, tu veux lui causer? » :)), soit par la force (sombres heures pour les écoliers incapables de parler français en classe, cf. les études faites par les historiens sur l’histoire de l’éducation en France…). Le hochdeutsch est maléable: on peut faire une loi pour modifier son orthographe du jour au lendemain. Le français, par contre, on y touche pas: il y a même une académie pour le protéger et veiller à sa bonne utilisation, faire entrer ou non des mots déjà utilisés dans le dictionnaire…

Je me souviens encore de l’histoire d’une de mes amies de fac me racontant les reproches faits sur son accent marseillais « trop fort pour pouvoir être professeur » (un professeur le lui disait…). C’était il y a juste 6 ans, elle a perdu son accent depuis… Je me souviens aussi d’avoir noté un certain nombres de personnes d’origine étrangère dans mon  ex-entourage parisien:  Allemands, Néerlandais, Anglais…chacun d’eux parle le français mieux que moi…Et il y a toute cette floppée d’auteurs qui ont choisi la langue française pour écrire, plutôt que la leur: Samuel Beckett, François Cheng, Elie Wiesel, Jorge Semprun…Un peu comme si en France, la langue était porteuse d’une grande liberté, la maîtriser apportant respect et  aussi une certaine forme de pouvoir. On commence tout juste à voir une certaine relaxation envers les langues régionales depuis 20, peut-être 30 ans.

Mes amis allemands ne comprennent absolument pas ça et perçoivent notre langue à partir de leur schéma d’analyse hochdeutsch/ dialekten. Il n’y a qu’à voir le slogan officiel du Baden-Württemberg: Wir können alles. Ausser Hochdeutsch. (Nous sommes capables de tout. Sauf de parler le haut allemand). Logique, mais n’essayez pas d’expliquer à un Allemand le rapport complexe entre la diversité régionale française et la large utilisation de la langue officielle, ça fait apparemment partie des choses qu’il faut vivre pour pouvoir commencer à les appréhender. Alors lui faire comprendre pourquoi diable j’en ai assez de ne pas parler mieux allemand…

Je suppose que la conclusion logique à écouter tirer de toutes ces tergiversations est: « te fais pas de mouron mäuschen, ton allemand il est mignon ». Et qu’il faut chercher un autre vecteur d’intégration pour se convaincre qu’on a fait son trou (bon allez, je me décide pour le schwützer deutsch). Mais lequel? Et comment fait-on pour ne pas sentir constamment étranger quand la langue fait défaut? Au final quelle est mon identité langagière ou ma Sprachidentität? Est-ce le Français, et rien que lui, alors que je l’utilise de moins en moins? Ou bien est-ce que c’est un mélange de français et d’allemand tels que je les maîtrise actuellement…?

Je ne sais pas si je vais pouvoir trouver la réponse avant un bail. Mais bon, en tous les cas, je pense que cette question du rapport à la langue est assez intéressante: quelle est notre langue de référence? pourquoi? et comment on en est venu là? est-ce que la langue influence notre personnalité? Si vous ne connaissez pas encore et que la question vous intéresse un peu, vous pouvez aller voir du côté d’Elias Canetti. Européen avant l’heure, un peu mégalo mais diablement intéressant, personne ne sait vraiment quelle nationalité il avait après lecture  rapide de sa biographie. Le premier tome de son autobiographie est très intéressant à lire pour se donner des clés sur le rapport à la langue allemande imposée sur le tard, entre dégoût et passion…J’aimerais trouver d’autres témoignages comme le sien. Il est disponible en VO par , pour qui veut tenter d’étudier sa fascination pour la langue allemande d’un peu plus près ;)

Et vous, vous avez un rapport particulier à la langue que vous utilisez?

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Le Bavarois en trois leçons

Amis berlinois, bonsoir! Surtout si comme moi vous êtes venus à Berlin en espérant fuir tout ce que l’on associe de façon beaucoup trop rapide aux bobos en Allemagne et que vous êtes maintenant en pleine phase de doute existentiel…

J’ai nommé entre les lignes: le Bavarois. Dans tous les sens du terme.

Je résume ce que cela peut signifier dans votre vie quotidienne:

- Un accent auquel vous comprenez que couic. Enfin, en réalité, un dialecte horrible (à vous de vous faire une opinion) qui peut devenir appréciable pour peu qu’on fasse l’effort. Pour les subtilités, je vous laisse aller voir les indications de mon ami Wikipedia.

- Un gâteau bien, bien sucré (mon Dieu, lectrices, n’essayez surtout pas. Lecteurs: surtout, si vous avez faim, faites-le, mais pas devant les lectrices). Je l’ai pas encore remarqué ici ceci dit, serait-ce encore une particularité française affublée d’un nom germanique??

En images (pour saliver…ahem):

- Des gens. Si vous parlez avec des Allemands francophones cependant, dressez l’oreille pour arriver à reconnaître son apparition au coin d’une conversation. On vous parlera souvent des Bavariens qui font ceci ou cela à Berlin. Il faut traduire :)

Toujours est-il que le Bavarois, ici, c’est un peu comme le Quark: il est partout. Dans l’entreprise. Dans la rue. Chez vos amis. Au téléphone, parce que votre mère vous en parle, elle vient d’en manger et, conséquence apparemment logique d’un raisonnement qui vous échappe, elle vous appelle. Dans vos pensées quand vous ne captez rien à ce qu’on vous dit et que vous cherchez à rapprocher les sonorités d’un dialecte que vous associez inéluctablement à l’incompréhensible.

Il m’arrive parfois de penser qu’il y a en Allemagne un mouvement de migration inversé, les Bavarois venant à Berlin dépenser moins et les Berlinois allant en Bavière gagner plus (cochez la solution qui vous paraît la plus sensée). Et ma conclusion reste la même: mais où suis-je donc? Si seulement on pouvait me donner du vrai dialecte berlinois à tous les coins de rue…Quoique…

Et vous vous avez remarqué la présence d’une communauté, d’un groupe germanique assez marquée ici?

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