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Exprimer l’heure en bon Ossie

Pour exprimer l’heure il y a parfois quelques pièges. Notamment régionaux.

La preuve, c’est qu’à la question Wie spät ist es? , la réponse  d’Helmut n’est pas pareille à Berlin et à Stuttgart. J’ai tellement perdu mon latin qu’il a fallu que je me fasse un tableau pour pouvoir retenir tout ça. Sinon le matin en se levant vous avez l’impression qu’un quart d’heure de vécu est en fait trois quarts d’heures de passé. Entre ça et les traumatismes posés par l’existence même de Thorsten, je ne sais pas ce qui est le mieux.

Même les Allemands s’y perdent entre eux. C’est dire. Ah là là c’est compliqué d’apprendre une langue. Déjà que j’ai jamais compris la logique à dire Halb zwei , si en plus il faut comprendre les logiques régionales pour les quarts d’heure…

Wie spät ist es Helmut?

Allemagne de l’Ouest

Allemagne de l’Est

Zwei.

Deux heures.

Halb drei.

Deux heures et demi.

Viertel nach zwei.

Deux heures et quart.

Viertel vor drei.

Trois heures moins le quart.

Viertel drei.

Deux heures et quart.

Drei Viertel drei.

Trois heures moins le quart.

Allemagne de l’Ouest

Allemagne de l’Est

Zwei.

Halb drei.

Viertel nach zwei.

Viertel vor zwei.

Viertel drei.

Drei Viertel drei.

 

Edit: mais pourquoi ce tableau n’apparaît pas correctement?? Bizarre, de mon côté de WordPress tout est en ordre. Donc en fait, pas encore besoin de verres progressif pour le moment, pour ceux qui se demanderaient en voyant l’article- moi je me suis demandé à l’instant. Je garde donc les bonnes adresses ophtalmo dans un coin de ma tête (et de mon blog) pour plus tard…Um um um.

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Bloggo ergo sum. Oder nicht.

Il y a sans doute autant de raisons de bloguer qu’il y a de blogueurs.

Mais moi j’en suis au stade où, pour la première fois, je ne vois plus aucune raison de le faire. J’ai juste envie de faire des choses normales, de parler de choses banales, bref de vivre ma vie en devenant une blogueuse du dimanche parmi les milliers d’autres.

Ceci est une miniature. Si, si, je vous assure. Saurez-vous dire où cette photo a été prise?

La différence par rapport à avant, c’est qu’il y a eu quelque chose qui était de l’ordre du nécessaire. Derrière mes billets pavés, derrière beaucoup, beaucoup de réflexion sur des choses remarquées ici et là, j’ai répondu à ma façon à un besoin de visibilité auquel je ne cédais pas d’un pouce dans la vie offline. Il y a beaucoup d’excuses bienséantes pour accepter de se faire marcher sur les pieds et de s’effacer.

Aujourd’hui, un blog, une rencontre et un événement traumatisant plus loin, le problème est réglé ou en passe de l’être. Combien de temps m’aura-t-il fallu pour arriver à la case départ, ceci dit.

Même si des questions de fond restent et me donnent un bon prétexte pour maintenir ce domaine en vie:

C’est où chez moi.

Comment aimer à la fois deux pays de façon égale.

Ca veut dire quoi vivre dans un pays en y étant étranger.

Ces trois questions, je compte bien continuer à y répondre ici, avec des choses qui ne portent pas à conséquence au milieu. Il y a tellement de choses à dire en tant qu’expat. J’observe la vie à Paris comme un Allemand le ferait, ou presque. La ville dont je suis originaire me paraît si lointaine que je ne fais plus vraiment le lien avec ce que j’y ai vécu. Je ne dirais pas non non plus à mettre plein de sousous rien que dans une nuit dans un sublime hôtel à Paris. C’est dire à quel point je suis déracinée et à quel point je vais vous rabattre les oreilles dans les prochains mois.

Sur un autre sujet, ou pas, n’hésitez pas à aller faire un tour chez Elodie, qui a un vrai projet de blog bien sympathique et beaucoup moins prise de tête ;)

http://www.goodmorningberlin.com/
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Le dilemme de Pâques

J’aimerais lancer une question grave aux foules d’expats qui lisent ce blog: comment faites-vous pour remédier aux problèmes liés à la distance? Je n’ai toujours pas trouvé la réponse. Pendant un temps, j’ai simplement repoussé les choses que je ne pouvais caser nulle part à un avenir indéfini. Le réalisme sur ce sujet ne m’atteint pas depuis si longtemps que ça. Comment combiner 5 semaines de congés avec une envie permanente d’être de part et d’autre du Rhin, et les moyens humains de n’être que d’un côté?!

Le moment où j’en reviens à ce simple constat dans sa forme la plus stricte, c’est Pâques. Vous disposez de 4 jours qui ne sont même pas comptés comme des vacances, une aubaine, pour faire ce que vous voulez. La famille estime donc  »normal » que vous reveniez, les amis allemands  »normal » que vous alliez enfin faire un tour dans leur chez eux puisqu’avant- il- n’y- avait -jamais- eu- d’aubaine- comme celle-ci -depuis- le- temps -qu’ils- vous- invitent. Et après, vous avez des invitations pour des pots qui doivent avoir lieu depuis des années dans le Brandenbourg, la Thüringe, à Paris, en Normandie et chez les Chtis.Les amis que vous ne voyez jamais, vous aimeriez bien les revoir à cette occasion. Embarras du choix, quand tu nous tiens…

J’ai essayé plusieurs méthodes pour choisir sans risque de me faire taper dessus regretter:

- faire le point sur QUI on voit au quotidien

- idem sur ce qui supplient depuis la nuit des temps

- allouer un budget annuel neutre assez large pour pouvoir aller là où je veux (en Europe, s’entend) sans pleurer mon or ou bien, pire, renoncer à cause de lui

Plus récemment, j’ai recours à l’épluchage de la question travail, famille, patrie, amis en reprenant tout mon agenda annuel. Jeter un oeil sur qui j’ai vu et qui je vais voir sur une période d’un an me permet d’éviter de me laisser influencer par des impressions faussées par une mémoire sélective. On peut aussi décliner cette étude sur les activités de tourisme réalisées. Plutôt que de faire du spontané comme à l’habitude et ne plus se rendre compte qu’on a quand même fait beaucoup de choses, ça aide. Y compris pour l’ego :)

Donc, cette année, pour Pâques, je me décide à faire une petite visite de Paris comme si j’étais touriste et à aller voir une famille que je délaisse un peu trop à mon goût. Je me demande si une balade guidée dans le Marais ne serait pas un moyen de poser des bonnes bases sur une ville dont je me rends compte que je ne la connais pas si bien que ça…

Il y aurait même moyen d’ajouter un restau qui déchire grâce à ce super blog dont je commence à penser qu’il s’agit d’une Bible. Un Japonais par exemple, il y en a des tellement bons à foison là-bas. Manger des okonomiyakis, à Berlin, pas si facile. Rue Sainte-Anne par contre…Ou alors un restaurant de viande (non je ne deviens pas vorace).

Le Vendredi de Pâques, si vous voyez une nana en Birkenstock devant ce bâtiment, ce sera sans doute moi…

Et vous, ça vous arrive de vous sentir un peu étouffés par le nombre de choses et de personnes que vous pourriez faire ou voir en juste 4 jours? Et comment gérez-vous les demandes à géographie variable?

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Littérature suisse-allemande: Melnitz

Aujourd’hui, un livre moitié hors-sujet: Melnitz, de Charles Lewinsky.

Un pavé qui pourrait en décourager plus d’un par sa taille. Et pourtant, le livre vaut le détour, et de loin.

Et d’une, c’est un best-seller d’il y a quelques années, pas de meilleure publicité que celle-ci.

Et de deux, il s’agit d’un très beau roman familial courant du XIXème à la fin de la seconde guerre mondiale, présentant un intérêt historique autant qu’humain. Le livre est remarquablement écrit et traduit, on se sent porté par l’ironie du propos, ce détachement presque laconique par rapport aux personnages et à leur destin de famille juive protégée par une frontière fragile. La Suisse, havre de paix, est elle aussi en proie à la montée de l’antisémitisme.

Tout commence avec Salomon, considéré comme le patriarche, contraint comme tant d’autres de s’installer dans l’une des deux bourgardes suisses acceptant la présence de Juifs sur son territoire, Endingen. Salomon, marchand de bestiaux de son état, n’a pas sa langue dans sa poche, et une famille réduite, composée d’une famille adoptive, Hannele, et d’une fille naturelle, Mimi. L’une est pragmatique et sèche, l’autre rêveuse et hautaine. Veillées par l’oncle Melnitz, mort et pourtant présent dans la maisonnée comme un mauvais souvenir, elles se disputent Janki, le cousin lointain, soldat déserteur français et jeune homme ambitieux. De cette dispute et de ses conséquences naît une famille bigarrée, mi-suisse, mi-française, fière de ses origines judaïques et de ses acquis, se libérant progressivement, avec la Suisse, des entraves imposées à la communauté. On voit le rêve bourgeois ressurgir, se débattre, prendre la forme d’un rêve d’intégration illusoire.

Une grande partie du livre présente le gonflement subi de la communauté juive helvétique, sa réinstallation progressive dans des villes importantes, Baden, Zürich, et les rapports douloureux avec les nouveaux arrivants, venants la plupart de Russie. Une autre partie décrit quant à elle la perception de la menace nazie, et l’attitude de neutralité suisse conduisant à la fermeture des frontières sur des milliers de fuyards.

Derrière tout cela, il y a la question de l’identité juive comme de l’identité suisse. Le roman raconte en fait un gigantesque mouvement humain dans une Europe de plus en plus déchirée, ainsi que la quasi absence d’un sentiment d’appartenance locale. L’ancien soldat déserteur transmet sa nationalité comme une couronne de laurier, elle se transforme en une maladie mortifère. Et la nationalité suisse ne sauve pas non plus qu’une autre des persécutions, ni de l’errance à la quête de son identité. Pire, quand Allemands et Français s’entendent, le stigmate de l’antisémitisme ressurgit soudainement, là où on ne l’attend pas, pour le plus grand plaisir de l’oncle Melnitz qui foule aux pieds le rêve de Janki, élément perturbateur et porteur de rêves d’intégration, qui, dans le fond, n’avaient pas leur place dans cette famille. Ce qui est raconté, c’est peut être cette façon que chaque membre de la famille a de s’accomoder de cette situation d’exclusion, ou bien précisément de lutter contre elle.

Un grand roman familial avec des personnages forts et attachants, presque dans la lignée des sagas. Le tout porté par une superbe prose, porteuse de dialogues vivants comme de fines analyses psychologiques

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Parmi les (fausses) énigmes de la vie

Comment se fait-il que des intentions pour le moins honorables puissent mener à l’opposé de ce que l’on souhaite? Phénomène certes très humain, mais  aussi très bizarre, et qui engendre ce qu’on appelle pudiquement un cercle vicieux.

Changer un truc pour être plus présent là d’où on vient, finir par l’être encore moins, si ce n’est en réel, du moins dans le ressenti. Se sentir mal d’être de moins en moins là-bas pour avoir tenté d’y être plus, et chercher d’autres solutions sans renoncer à l’ici. Toucher à une organisation déjà précaire en croyant l’améliorer. Se mettre un peu plus la pression pour pouvoir être un peu plus libre, plus tard, et ne jamais voir ce moment arriver. Avoir de plus en plus les mots dans la gorge.

Le problème, la plupart du temps, ce n’est pas d’être pris dans cet engrenage. Ni d’être expatrié. On peut avoir le même entre Marseille et Lille ou Clermont et Amiens.

Le problème, c’est de ne pas savoir expliquer qu’on se démêne pour trouver une solution meilleure. Rien de plus que de la communication bête et méchante. Avant de réaliser ça, que le problème tient juste en une phrase à dire et à répéter, et surtout avant de pouvoir y remédier en disant adieu à une part non négligeable de sa fierté, on a déjà envisagé 50 scénarios impossibles pour pouvoir combiner une vie ici et une vie là-bas. L’idée met trop longtemps à faire son chemin.


Le Cher vu de loin, mais pas aussi loin que depuis Berlin

Bref, de l’expatriation et de ses joies. A tous ceux qui savent tout gérer, avoir les congés qui vous permettent réellement de combiner vie française et vie allemande, qui savent jouer de leur absence et de leur présence, faire passer leurs messages en toutes circonstances, jongler entre le stress, la vie de tous les jours, les amis qui vous proposent un verre  attendu depuis la nuit des temps quand vous devriez vous manifester, le manque  de  son chez soi, la conscience de n’avoir qu’une seule vie et qu’une seule famille, sans oublier l’envie de prouver son indépendance, je tire mon chapeau. Il faut être sacrément doué pour évoluer sans accrocs entre tous ces écueils.

En 2012, il va falloir changer tout ça. Vaste programme.

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Germanisation galopante

Derrière le concept du Drogerie Markt se cache une dangereuse lutte culturelle. Expatriés de tous les pays, soyez-en conscients.

Déjà, se balader chez Rossmann à la recherche d’un thé miraculeux peut avoir un côté franchement craignos. On s’en rend compte quand on achète trois boîtes de Husten Tee. 4 jours de souffrance plus tard, les premiers doutes sur l’automédication la médecine naturelle surgissent. On supplie alors son médecin de nous accorder une consultation (mais sans antibiotiques à la clef, ça fait peur les antibiotiques, hein).

Mais surtout, si en plus, vous vous mettez subitement à penser que des choses similaires à ça, ça a son charme, et qu’en plus pour le prix Rossmann aus unserer Werbung, ça vaut le coup, que vous envisagez même un achat compulsif, réfléchissez.  Non seulement vous allez germaniser votre salle de bain, mais en plus vous n’êtes sans doute plus capable de discernement. Ca choquerait Marine, en tous cas. Ce n’est pas ce que vous voulez, oder?!

Je suis d’ailleurs tellement perdue suite à ce choc qu’une partie de moi veut croire que touuuuuuuuuuut le monde en France trouve ça vachement bien.  Ma mémoire doit avoir une Lücke. Un peu comme pour les Birkenstock. On adore, hein?

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De retour sur vos écrans

On arrête de bloguer un jour, et hop, deux mois passent. Comme ça. La vie est étrange…

Plus sérieusement, il se passe pas mal de choses en ce moment, dont je ne souhaite pas forcément parler ici ou pour certaines pas forcément de suite. Et concernant ce blog, j’ai compris deux trois choses récemment. Comme par exemple pourquoi les blogs ont une durée de vie généralement réduite. 3 ans, en moyenne sur une plateforme comme Over Blog. Sauf que je ne suis pas sur Over Blog, c’est juste que j’ai pas d’autres chiffres sous la main et aucune envie de chercher là tout de suite.

Donc je reviens à mes moutons: j’ai commencé ce blog pour partager mes découvertes, mes coups de gueules et mon plaisir à vivre ici. Il y a un an je découvrais encore des tas de choses. Maintenant, je suis presque blasée. Je connais la ville et ses bons coins. Je n’ai presque plus de problèmes ou de gros étonnements au quotidien. Donc en théorie, je n’ai plus rien à partager ici. Sauf que j’aime bien venir ici et que je déteste abandonner un projet.

Ce blog va donc devoir changer d’objet, il n’est pas pour autant question que je vous raconte ma vie. Ca serait donc plutôt une accumulation des anecdotes de la vie quotidienne, selon mes envies. Des portraits de gens rencontrés, un avis sur un resto, un peu de tout. Un blog normal quoi. Et toujours avec des coups de gueules de temps en temps sinon vous ne me reconnaîtrez plus.

Question du jour: c’est moi ou tous les jours fériés cette année sont tombés un dimanche? Vaguement ressenti au printemps, vivement ressenti pour Noël prochain. Il y a du foutage de gueule dans l’air. On a intérêt à avoir une belle fête de réunification pour marquer le coup…

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Parenthèse légale et questions d’identité

Je viens partager ici ma découverte du jour, un interview du Monde que vous pouvez lire ici. Thème: la remise en question de la bi-nationalité par les autorités françaises à l’heure actuelle, et le déni qui persiste en Allemagne. Et voici que j’en réapprends subitement sur un sujet qui me paraissait si évident.

Je me passerai de commentaires inutiles sur le sujet. Par contre, voilà un florilège de liens, dans une langue ou une autre. Il y a à boire et à manger, mais comme je suppose mon lectorat lui aussi concerné…appréciez.

- Tout sur l’acquisition de la nationalité allemande.

- La lettre de Marine Le Pen, où l’on (re) prend contact avec la notion de « double allégeance ». Bon, du coup, j’apprends aussi que j’ai fait allégeance comme un preux chevalier à mon pays. Moi qui pensais simplement l’aimer et en tirer des conséquences logiques. Quelle niaiserie de ma part.

- La double nationalité d’après le service public français.

- Une carte du monde avec les pays reconnaissants la double nationalité.

Tout ça me fait battre la campagne et penser à une remarque envieuse qui m’a été faite par un ami allemand. « Wir haben einen Ausweis, ihr habt eine Identitätskarte« . Il voulait en venir au fait que nous osons évoquer le terme d’identité alors que eux ne le peuvent que difficilement. C’était dit avec une pointe de jalousie bien visible.

L’identité allemande, vaste débat. Ne pas chercher à perdre son accent local, ne pas chercher à parler un parfait hochdeutsch, ne pas abandonner son dialecte, s’habiller d’une façon qui fasse typique, sauvegarder des traditions régionales à tout prix…tout ça passe sous le terme générique de « défendre son identité » ici, probablement aussi parce que le papier comme l’idée d’une nationalité allemande manquent- en réalité, l’Allemagne, c’est la fédération libre de plusieurs entités régionales (amis du fil à couper le beurre…).Donc, en toute logique, une « identité » pour chacun ne peut pas vraiment exister aux yeux de l’Etat fédéral. On a un « Ausweis », un laisser-passer, au sens propre, pour circuler d’un Länder à un autre. Rien de plus.

L’identité, techniquement, c’est l’ensemble des données permettant à un individu d’être distingué d’un groupe uniforme, comprendre une masse nationale.  En toute logique, avoir une identité, ça rassure, d’où l’idée de la chercher et de la défendre (par contre la développer, ça c’est une idée plus rare…) Certains la définissent comme un héritage donné à la naissance, à défendre becs et ongles contre des ennemis difficiles à cerner, mais dans le fond souvent vaguement basanés (réécouter Coluche et le sketch « C’est l’histoire d’un mec… »). La modernité aussi, c’est un vecteur qui effraye, destructeur d’une identité figée et fiable. Ecoutez les plus âgés: « de mon temps, on ne tombait pas si bas » (on ne s’habillait pas si mal, on avait des bonnes moeurs etc. Je t’en fiche). Pour moi, les bases d’une identité saine, ce serait plutôt ce que je choisis d’être, donc ce qui m’a été donné et ce dont je suis fière, comme ce que j’ai acquis par moi-même et ce que je veux encore faire. Un peu comme un but à atteindre.

Pourquoi une identité ne saurait pas être multiple, en mouvement? Et pourquoi ne peut-on pas être à la fois français et algérien, allemand, grec…si on aime chacun de  ses deux pays de la même manière? Est-ce qu’on doit dire adieu à ses racines pour vivre dans le temps présent?

Mais peut-être suis-je celle qui a trop d’idéaux. Peut-être est-il temps de penser à vivre en Français pur et dur sur le sol germanique, puisque Dieu nous a mis là- dans ce cas, notez bien que je veux un boulanger certifié « made in France » pas loin de chez moi, plus un Casino ou un Champion avec concombres et tomates empoisonnés français, et surtout pas trop de germanophones autour, c’est désagréable à l’oreille. Quelqu’un transmet à l’ambassade? C’est important, merci. :)

Bon sérieusement, en tant que franco-berlinois, vous en pensez quoi?

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Les pires Versprecher…des autres

Fatigue de fin d’année, un peu de craquage après bientôt deux années de galère avec une langue que je pensais  bien acquise…Je ne sais pas vous mais il semblerait que les Versprecher, ces dernières semaines, me cherchent sciemment. Je me demande s’ils ont une conscience propre: c’est peut-être une forme de harcèlement? Une malédiction de fin d’année? Je confonds allègrement des choses basiques, et ca tous les jours.  Voir notamment toute ma frustration envers la langue allemande dans cet article.

Avant de retourner passer quelques jours en terre natale dans ce paradis de la non-hésitation et du non ridicule langagier (vous ne connaissez pas votre chance si vous échappez à ces deux données), je me suis mise en tête de collectionner tous les versprechers ou dialogues de sourds un peu amusants que j’ai entendu ces derniers temps.

Pas pour me moquer, mais pour me dire qu’au moins, je ne suis pas la seule. J’inclus des choses vues, lues, entendues, en francais ou en allemand, de sombres estrangers perdus comme moi ou bien de vrais natifs un peu fatigués. (Je vous épargne Rachida Dati, contents?)

Voici donc mon top 5, en ordre plus ou moins croissant:

1-

« En face de chez moi, ils ont fait une grande maison pour pouvoir faire de l’esclavage. Je suis d’accord, pas de problème, mais pourquoi devant chez moi? « 

Vérification faite, il s’agissait d’escalade. Et dire que je commencais déjà à bouillir un peu intérieurement…

2-

« Ich bin enttäuscht, dass es hier so ist. Alles verwirrend bei Euch. »

Ne pas confondre enttäuscht et erstaunt

3-

« Einer hat sich verletzt, so der Hausmeister. Aber wer? »

« Wieso fragst Du « wer? » wenn Du gerade « Heiner » gesagt hast? »

« Ich habe nicht Heiner gesagt, sondern « einer ». »

« Also Rainer meinst Du. Alles klar. Also ich glaub es nicht. Ihm geht’s doch gut. »

« … »

4-

« Ah, vous êtes aussi un fumier! »

Fumier, fumeur…na ja.

5- Là franchement, il fallait le faire…Mais l’intéressée a-t-elle seulement été informée de sa bourde??

Mes sources:

-  mes amis, mes oreilles (tiens la formule a un relent de Marc Levy. Toutes mes excuses).

- la radio

- un ou deux sites qui les collectionnent, trouvable ici et .

Et vous, un témoignage à faire? Allez, dites-moi que vous êtes témoins ou victimes vous aussi :)

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Sprachidentität, une idée dépassée?

Parfois je me demande pourquoi je me donne tant de mal pour parler l’allemand. Bien le parler je veux dire: sans Versprecher, sans fautes d’accord, dans la mesure du possible sans accent à couper au couteau.

Il semblerait que je sois membre d’un club en voie de disparition. Le français, c’est sexy: les Allemands, dans le meilleur des mondes,  s’ils avaient le temps, s’ils avaient le courage (soyons honnêtes: c’est là le problème, la plupart du temps) ils le parleraient tous et ils déménageraient à Paris pour s’envoyer des croissants  tous les matins et aller danser sur le son d’un accordéon délicieusement rétrograde ;) - Amélie Poulain, si tu nous lis, comprends-moi bien: tu as eu une influence dévastatrice sur les clichés de l’Allemand moyen…

Et un accent français en allemand, c’est le rêve, d’après eux. D’après la majorité des Français ici également:  pourquoi se donner tant de mal? Pauline, que demandes-tu? Spinnst Du?

Bon, je ne nie pas qu’une petite tendance à ne pas pouvoir prononcer spontanément les h aspirés ( *a- ha- ha -Haltestelle!!*) et à buter sur certains mots (Kirche versus Kirsche…) permet d’attirer l’attention, la sympathie, et beaucoup plus si affinités. Et que des fautes mignonnes font sourire son auditoire, voire le fait se rouler par terre en battant des bras, si vraiment vous venez de faire LE versprecher du siècle (no comments, aucun rapport avec des faits récents je vous assure).

Mais quand même! Comment je m’intègre dans un groupe, si ma voix me dénonce toujours comme l’étrangère de service? J’exagère le trait comme d’habitude, mais le problème de fond est là: je crois à la Sprachidentität et je suis encore loin de pouvoir y accéder ici. Je me sens fatiguée de toujours avoir à réexpliquer mon parcours moins de deux minutes après le début d’une conversation: oui je suis étrangère, oui je suis française, oui, oui… Il y a certains moments où ça me donne des envies de revenir au blabla fadasse sur le temps, ce qu’il faut quand même vouloir depuis que Frau Holle a fait des siennes (sérieusement, plaidoyer en passant: on pourrait arrêter de nous faire savoir qu’il fait froid??).

Mais même en admettant qu’un jour dans ma vie ici je parvienne à ne plus être identifiée en un clin d’oeil comme française, la Sprachidentität est-elle une réalité pour le Hochdeutsch, autrement dit la langue d’état? J’en doute de plus en plus et je me demande dans ces conditions où je vais trouver l’énergie pour continuer à progresser (une langue, c’est comme un marathon: la quantité d’efforts à fournir en fin de parcours peut sembler parfois inhumaine…)

Je m’explique: la France est un pays à très forte identité langagière nationale, et ici, c’est…nettement moins le cas. Comparez le nombre de dialectes français auxquels vous avez été confrontés ou que vous avez utilisés et le nombre des dialectes allemands que vous avez pu entendre, vous, en tant qu’étranger (ne surtout pas me catapulter en Saxe ou en Souabe sans préparation psychologique: si je tombe sur un local fier de  sa région, je suis incapable de comprendre le prix d’un simple billet de bus. C’est du vécu…)

La population immigrée en France est elle aussi assez bien intégrée de ce point de vue, dans la mesure où une grosse partie vient de pays dont l’une des langues courantes, voire officielle, est le français. Et la maîtrise de la langue, libre de fautes et de toute forme d’accent, c’est encore la meilleure carte de visite pour une intégration réussie dans « la haute » comme au quotidien…Je ne vous refais pas le débat sur les Turcs et la maîtrise des bases de l’allemand en contrepoint de ça, Thilo Sarrazin le fait si bien (*ironie**)

Sur un autre sujet, quand je pense qu’ici, un accent régional est  TOUJOURS une fierté, un dialecte TOUJOURS un trésor…Allez dire à un Bavarois ou un Saxon de vous parler en hochdeutsch! Au contraire, la France est un pays où on a (trop) longtemps combattu les dialectes locaux, selon une idée que la langue était un outil d’ascension sociale: la cour, les Lumières, les révolutionnaires, Napoléon, Jules Ferry etc., pour une raison politique ou idéologique variant selon les époques, tout ce beau monde a cherché à imposer la langue française, soit par la séduction ( « le roi il parle en français, tu veux lui causer? » :) ), soit par la force (sombres heures pour les écoliers incapables de parler français en classe, cf. les études faites par les historiens sur l’histoire de l’éducation en France…). Le hochdeutsch est maléable: on peut faire une loi pour modifier son orthographe du jour au lendemain. Le français, par contre, on y touche pas: il y a même une académie pour le protéger et veiller à sa bonne utilisation, faire entrer ou non des mots déjà utilisés dans le dictionnaire…

Je me souviens encore de l’histoire d’une de mes amies de fac me racontant les reproches faits sur son accent marseillais « trop fort pour pouvoir être professeur » (un professeur le lui disait…). C’était il y a juste 6 ans, elle a perdu son accent depuis… Je me souviens aussi d’avoir noté un certain nombres de personnes d’origine étrangère dans mon  ex-entourage parisien:  Allemands, Néerlandais, Anglais…chacun d’eux parle le français mieux que moi…Et il y a toute cette floppée d’auteurs qui ont choisi la langue française pour écrire, plutôt que la leur: Samuel Beckett, François Cheng, Elie Wiesel, Jorge Semprun…Un peu comme si en France, la langue était porteuse d’une grande liberté, la maîtriser apportant respect et  aussi une certaine forme de pouvoir. On commence tout juste à voir une certaine relaxation envers les langues régionales depuis 20, peut-être 30 ans.

Mes amis allemands ne comprennent absolument pas ça et perçoivent notre langue à partir de leur schéma d’analyse hochdeutsch/ dialekten. Il n’y a qu’à voir le slogan officiel du Baden-Württemberg: Wir können alles. Ausser Hochdeutsch. (Nous sommes capables de tout. Sauf de parler le haut allemand). Logique, mais n’essayez pas d’expliquer à un Allemand le rapport complexe entre la diversité régionale française et la large utilisation de la langue officielle, ça fait apparemment partie des choses qu’il faut vivre pour pouvoir commencer à les appréhender. Alors lui faire comprendre pourquoi diable j’en ai assez de ne pas parler mieux allemand…

Je suppose que la conclusion logique à écouter tirer de toutes ces tergiversations est: « te fais pas de mouron mäuschen, ton allemand il est mignon ». Et qu’il faut chercher un autre vecteur d’intégration pour se convaincre qu’on a fait son trou (bon allez, je me décide pour le schwützer deutsch). Mais lequel? Et comment fait-on pour ne pas sentir constamment étranger quand la langue fait défaut? Au final quelle est mon identité langagière ou ma Sprachidentität? Est-ce le Français, et rien que lui, alors que je l’utilise de moins en moins? Ou bien est-ce que c’est un mélange de français et d’allemand tels que je les maîtrise actuellement…?

Je ne sais pas si je vais pouvoir trouver la réponse avant un bail. Mais bon, en tous les cas, je pense que cette question du rapport à la langue est assez intéressante: quelle est notre langue de référence? pourquoi? et comment on en est venu là? est-ce que la langue influence notre personnalité? Si vous ne connaissez pas encore et que la question vous intéresse un peu, vous pouvez aller voir du côté d’Elias Canetti. Européen avant l’heure, un peu mégalo mais diablement intéressant, personne ne sait vraiment quelle nationalité il avait après lecture  rapide de sa biographie. Le premier tome de son autobiographie est très intéressant à lire pour se donner des clés sur le rapport à la langue allemande imposée sur le tard, entre dégoût et passion…J’aimerais trouver d’autres témoignages comme le sien. Il est disponible en VO par , pour qui veut tenter d’étudier sa fascination pour la langue allemande d’un peu plus près ;)

Et vous, vous avez un rapport particulier à la langue que vous utilisez?

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