Tag Archives: expatriation

Bloggo ergo sum. Oder nicht.

Il y a sans doute autant de raisons de bloguer qu’il y a de blogueurs.

Mais moi j’en suis au stade où, pour la première fois, je ne vois plus aucune raison de le faire. J’ai juste envie de faire des choses normales, de parler de choses banales, bref de vivre ma vie en devenant une blogueuse du dimanche parmi les milliers d’autres.

Ceci est une miniature. Si, si, je vous assure. Saurez-vous dire où cette photo a été prise?

La différence par rapport à avant, c’est qu’il y a eu quelque chose qui était de l’ordre du nécessaire. Derrière mes billets pavés, derrière beaucoup, beaucoup de réflexion sur des choses remarquées ici et là, j’ai répondu à ma façon à un besoin de visibilité auquel je ne cédais pas d’un pouce dans la vie offline. Il y a beaucoup d’excuses bienséantes pour accepter de se faire marcher sur les pieds et de s’effacer.

Aujourd’hui, un blog, une rencontre et un événement traumatisant plus loin, le problème est réglé ou en passe de l’être. Combien de temps m’aura-t-il fallu pour arriver à la case départ, ceci dit.

Même si des questions de fond restent et me donnent un bon prétexte pour maintenir ce domaine en vie:

C’est où chez moi.

Comment aimer à la fois deux pays de façon égale.

Ca veut dire quoi vivre dans un pays en y étant étranger.

Ces trois questions, je compte bien continuer à y répondre ici, avec des choses qui ne portent pas à conséquence au milieu. Il y a tellement de choses à dire en tant qu’expat. J’observe la vie à Paris comme un Allemand le ferait, ou presque. La ville dont je suis originaire me paraît si lointaine que je ne fais plus vraiment le lien avec ce que j’y ai vécu. Je ne dirais pas non non plus à mettre plein de sousous rien que dans une nuit dans un sublime hôtel à Paris. C’est dire à quel point je suis déracinée et à quel point je vais vous rabattre les oreilles dans les prochains mois.

Sur un autre sujet, ou pas, n’hésitez pas à aller faire un tour chez Elodie, qui a un vrai projet de blog bien sympathique et beaucoup moins prise de tête ;)

http://www.goodmorningberlin.com/
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Le dilemme de Pâques

J’aimerais lancer une question grave aux foules d’expats qui lisent ce blog: comment faites-vous pour remédier aux problèmes liés à la distance ? Je n’ai toujours pas trouvé la réponse. Pendant un temps, j’ai simplement repoussé les choses que je ne pouvais caser nulle part à un avenir indéfini. Le réalisme sur ce sujet ne m’atteint pas depuis si longtemps que ça. Comment combiner 5 semaines de congés avec une envie permanente d’être de part et d’autre du Rhin, et les moyens humains de n’être que d’un côté?!

Le moment où j’en reviens à ce simple constat dans sa forme la plus stricte, c’est Pâques. Vous disposez de 4 jours qui ne sont même pas comptés comme des vacances, une aubaine, pour faire ce que vous voulez. La famille estime donc  »normal » que vous reveniez, les amis allemands  »normal » que vous alliez enfin faire un tour dans leur chez eux puisqu’avant- il- n’y- avait -jamais- eu- d’aubaine- comme celle-ci -depuis- le- temps -qu’ils- vous- invitent. Et après, vous avez des invitations pour des pots qui doivent avoir lieu depuis des années dans le Brandenbourg, la Thüringe, à Paris, en Normandie et chez les Chtis.Les amis que vous ne voyez jamais, vous aimeriez bien les revoir à cette occasion. Embarras du choix, quand tu nous tiens…

J’ai essayé plusieurs méthodes pour choisir sans risque de me faire taper dessus regretter:

- faire le point sur QUI on voit au quotidien

- idem sur ce qui supplient depuis la nuit des temps

- allouer un budget annuel neutre assez large pour pouvoir aller là où je veux (en Europe, s’entend) sans pleurer mon or ou bien, pire, renoncer à cause de lui

Plus récemment, j’ai recours à l’épluchage de la question travail, famille, patrie, amis en reprenant tout mon agenda annuel. Jeter un oeil sur qui j’ai vu et qui je vais voir sur une période d’un an me permet d’éviter de me laisser influencer par des impressions faussées par une mémoire sélective. On peut aussi décliner cette étude sur les activités de tourisme réalisées. Plutôt que de faire du spontané comme à l’habitude et ne plus se rendre compte qu’on a quand même fait beaucoup de choses, ça aide. Y compris pour l’ego :)

Donc, cette année, pour Pâques, je me décide à faire une petite visite de Paris comme si j’étais touriste et à aller voir une famille que je délaisse un peu trop à mon goût. Je me demande si une balade guidée dans le Marais ne serait pas un moyen de poser des bonnes bases sur une ville dont je me rends compte que je ne la connais pas si bien que ça…

Il y aurait même moyen d’ajouter un restau qui déchire grâce à ce super blog dont je commence à penser qu’il s’agit d’une Bible. Un Japonais par exemple, il y en a des tellement bons à foison là-bas. Manger des okonomiyakis, à Berlin, pas si facile. Rue Sainte-Anne par contre…Ou alors un restaurant de viande (non je ne deviens pas vorace).

Le Vendredi de Pâques, si vous voyez une nana en Birkenstock devant ce bâtiment, ce sera sans doute moi...

Et vous, ça vous arrive de vous sentir un peu étouffés par le nombre de choses et de personnes que vous pourriez faire ou voir en juste 4 jours? Et comment gérez-vous les demandes à géographie variable?

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Touche manquante

Au bout de trois ans d’expatriation, Berlin est devenue simplement la ville où je vis. Rien de plus. Ca en aurait presque un côté banal.

Sauf que: vivre à l'étranger, utiliser une autre langue que sa langue maternelle, ce n'est pas quelque chose qui peut devenir si naturel que ça en a l'air. Il manque toujours un petit quelque chose, qui fait que l'on joue, sans cesse, à imaginer sa vie autrement, dans un ailleurs inaccessible. L'idée du retour n'attire pas forcément, mais elle nous habite malgré nous, sachant qu'il y a un certain nombre de vols low cost par jour reliant Paris, Nice ou Lyon en moins de deux heures. Cette idée du retour, c'est un peu comme penser à des vacances aux Maldives quand on touche Harz IV: non envisageable, et d'ailleurs absurde. Seul un joker pourrait la faire devenir réalité. Et pourtant, on y pense.

Mirage de l'expatriation: admirer Paris

Alors dans tout ça on cogite un maximum sur ce qu’on fait de sa vie, sans le vouloir, même quand tout va bien, et on se sent devenir vieux malgré soi. Je n’ai jamais appris autant sur moi-même que depuis que je cherche à comprendre une culture qui n’est pas la mienne. Miroirs réfléchissants.

La dernière chose que j’ai apprise, c’est qu’il me manque une denrée qui ici est pléthore: la simplicité. Placée face à un problème, je vois la solution et l’obstacle généralement assez vite, il n’y a pas vraiment de défaut de compréhension. Mais j’ai tendance à me concentrer sur l’obstacle et non la solution, ce qui engendre des trésors de stratégies de contournement, quand il suffirait d’aller tout droit. Je pense compliqué, je parle compliqué, j’agis compliqué. Je commence d’ailleurs à me demander si les tenants et les aboutissants de mes décisions font sens pour ceux qui me connaissent, et si oui, lequel.

Autour, il y a des gens, principalement des Allemands, vu le lieu, qui pensent effroyablement simple. Quand je fais 50 phrases dans un allemand alambiqué pour répondre OUI ou NON, ça fait louche aux yeux de mon interlocuteur. Et pour cause. Je m’évertue à faire une réponse sans fautes, quitte à endormir mon auditoire en passant par des subordonnées à rallonge. Or je n’ai plus rien à prouver sur ce plan. Pendant que je continue à éviter cet obstacle marginal, lui va utiliser une langue directe, rapide, efficace. Il se fiche des fautes,  voire d’être correct, il se fiche des raisons et autres fioritures encadrant le discours: il veut juste en venir à l’essentiel, quand je considère que l’essentiel est dans la forme. L’allemand a  d’ailleurs un potentiel tellement pragmatique, concentré sur la solution, quoiqu’il arrive.

Je crois bien qu’il me manque cette sorte d’aisance. Ce pays me l’a appris. Je la laisse presque systématiquement de côté hors cadre professionnel, et je fais exactement ce que m’a dit un certain garçon: Du denkst zu viel. Mon aisance à moi, c’est celle des problèmes insolubles. Et non pas celle de la vie pratique, où l’on dit ici sollen ou müssen à tout bout de champ, ce qui évite d’avoir à penser trop. Il y a des moments où je m’interroge sur cette capacité du monde extérieur à sauter d’un problème à un autre, pendant que je m’y enlise à combattre des démons qui n’y sont pas vraiment. J’ai maintenant la réponse: faute de savoir faire simple , à force d’envisager tous les possibles et de penser au conditionnel, on perd son temps. Je suis sans doute une espèce rare, peut-être même un specimen unique. Je viens de perdre un mois, et je n’arrive toujours pas à faire comprendre pourquoi j’ai agi ainsi dans une conversation tranquille. Pourtant, il y a des raisons plus que valables. Certaines formules prennent alors tout leur sens, on doit la suivante à Adenauer:

„Einfach denken ist eine Gabe Gottes. Einfach denken und einfach reden ist eine doppelte Gabe Gottes.“

Voilà donc ma leçon d’expatriée de l’année 2011. Une leçon que je n’aurais sans doute jamais apprise sans avoir eu l’idée saugrenue, et d’ailleurs totalement injustifiée à certains égards, de venir ici. Me voilà pourvue d’une carte de plus en main, et je n’en suis pas mécontente. Reste simplement à savoir quel usage je vais en faire pour les 11 mois restants de 2012.

Et vous, l’expatriation vous a-t-elle amené à vous redécouvrir?

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Maîtriser l’allemand, pourquoi et comment

Si vous lisez régulièrement ce blog, vous avez déjà du remarquer des incartades sur la langue allemande et sa maîtrise, ou plutôt sa non-maîtrise. Cela n’a rien d’un hasard: d’une part, certes, j’aime foncièrement cette langue, riche en harmoniques et en sonorités, bien loin de ce qu’on nous apprend en classe et que l’on a tendance à assimiler beaucoup trop vite à une langue barbare.

Mais surtout, il y a le fait que l’Allemand, pour une personne qui vit ici, est une vraie nécessité. J’ai trop vu cette idée s’imposer au cours du temps pour ne pas vouloir la défendre sur ce blog. Au risque d’enfoncer des portes ouvertes, je préfère donc me répéter ici pour tous les candidats à l’expatriation, attirés par les lumières de Berlin ou d’ailleurs:

Partir en Allemagne sans parler un mot d’allemand est une très mauvaise idée.

Pourquoi?

On pourrait accumuler les raisons pratiques, du détail aux problèmes existentiels. Cela va du fait que toute inscription au chômage en cette période de crise requiert une bonne maîtrise de l’allemand au regard des administrations, jusqu’au fait que vous passerez à côté de 90% de la vie locale.  Venir dans une ville pour un emploi,  faire son trou dans un groupe international dont une grosse partie repartira, perdre son emploi, se débattre pour en retrouver un, finir par tout abandonner, relation et amis durement gagnés, simplement parce qu’on a pas pris les mesures qu’il fallait en temps voulu, c’est assez classique et…franchement dommage.

Pour le résumer en quelques mots: ne pas vous intéresser à la langue locale revient à vous marginaliser et vous placer en situation précaire.

Santé, travail, budget, loisirs: vous êtes sûrs de vouloir passer à côté des meilleures offres dans tous ces champs? Au bout de trois ans à Berlin, j’ai trop vu de gens arriver en pensant que l’anglais leur suffirait, que l’allemand appris une fois par semaine en cours du soir, après 8 heures de travail, ça irait. Un an plus tard, la moitié repart. Les cours du soir pris à la va-vite n’ont jamais été aussi bondés et difficiles d’accès que depuis ces quatre dernières années, l’Allemagne passant pour un Eldorado rescapé de la crise, en particulier auprès des pays latins ou de la Grèce. Si vous souhaitez venir en Allemagne,  ou d’ailleurs aller n’importe où dans le monde, il faut vous préparer à cette réalité et agir en conséquence.

Comment faire?

Prendre des cours dès que vous le pouvez, et s’y tenir. Patience et longueur de temps. Si vous ne pouvez pas faire de temps dans votre vie de tous les jours, il faut passer par le biais du séjour linguistique. Si au contraire, c’est quelque chose que vous ne pouvez pas vous imposer, il faut trouver un moyen de donner une place, même petite, à l’allemand dans votre vie quotidienne. Si vous n’avez pas vraiment pu prévoir, que vous bougez pour cause d’obligation professionnelle ou familiale, cherchez les bons cours sur place, dès que vous le pouvez. Il y a des dizaines de choses disponibles sur le marché, qui peuvent prendre des formes multiples: séjours linguistiques, cours d’allemand intensifs en immersion locale, tandems franco-allemands, sites internet surfant sur la vague sociale en les associant aux langues vivantes…Si vous le voulez vraiment, il y a l’embarras du choix, et pas seulement dans les grandes villes attendues. C’est à votre portée. Même la Suisse allemande en propose – le hochdeutsch, ça ne s’apprend pas que dans sa région d’origine, et ça sert partout. L’expérience n’en est que meilleure si vous avez connaissance d’un dialecte recherché (souabe, bavarois…). Comprendre un minimum le Schwützer Deutsch, par exemple, que vous entendrez parler autour de vous en faisant du tourisme à Zurich ou à Gstaad ne pourra que vous servir: combien d’employeurs allemands rêvent de pouvoir accéder au marché suisse? Tapez Zurich tourisme dans Google pour vous faire une idée et y penser, ça vaut largement le coup d’envisager un séjour linguistique dans une petite ville méconnue et si jolie…Des exemples comme ça, il y en a beaucoup, dans des villes moyennes (Heidelberg), minuscules (Tübingen) ou bien à large rayonnement (Hambourg, Munich…) A vous de faire votre choix avant de partir, ou, comme dit plus haut, trouver une autre solution qui vous convienne.

Alles in allem, la question principale reste la même : combien de chances décidez-vous de vous donner en préparant votre vie dans une ville germanophone? De la même manière que les cours de français sont nécessaires pour pouvoir vivre en France, à l’étranger ça fonctionne de cette façon. L’anglais ne suffit simplement pas. D’ailleurs, l’un des plus gros écueils est la tentation de vous entourer uniquement de ce cocon international.

A bon entendeur…

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Parmi les (fausses) énigmes de la vie

Comment se fait-il que des intentions pour le moins honorables puissent mener à l’opposé de ce que l’on souhaite? Phénomène certes très humain, mais  aussi très bizarre, et qui engendre ce qu’on appelle pudiquement un cercle vicieux.

Changer un truc pour être plus présent là d’où on vient, finir par l’être encore moins, si ce n’est en réel, du moins dans le ressenti. Se sentir mal d’être de moins en moins là-bas pour avoir tenté d’y être plus, et chercher d’autres solutions sans renoncer à l’ici. Toucher à une organisation déjà précaire en croyant l’améliorer. Se mettre un peu plus la pression pour pouvoir être un peu plus libre, plus tard, et ne jamais voir ce moment arriver. Avoir de plus en plus les mots dans la gorge.

Le problème, la plupart du temps, ce n’est pas d’être pris dans cet engrenage. Ni d’être expatrié. On peut avoir le même entre Marseille et Lille ou Clermont et Amiens.

Le problème, c’est de ne pas savoir expliquer qu’on se démêne pour trouver une solution meilleure. Rien de plus que de la communication bête et méchante. Avant de réaliser ça, que le problème tient juste en une phrase à dire et à répéter, et surtout avant de pouvoir y remédier en disant adieu à une part non négligeable de sa fierté, on a déjà envisagé 50 scénarios impossibles pour pouvoir combiner une vie ici et une vie là-bas. L’idée met trop longtemps à faire son chemin.


Le Cher vu de loin, mais pas aussi loin que depuis Berlin

Bref, de l’expatriation et de ses joies. A tous ceux qui savent tout gérer, avoir les congés qui vous permettent réellement de combiner vie française et vie allemande, qui savent jouer de leur absence et de leur présence, faire passer leurs messages en toutes circonstances, jongler entre le stress, la vie de tous les jours, les amis qui vous proposent un verre  attendu depuis la nuit des temps quand vous devriez vous manifester, le manque  de  son chez soi, la conscience de n’avoir qu’une seule vie et qu’une seule famille, sans oublier l’envie de prouver son indépendance, je tire mon chapeau. Il faut être sacrément doué pour évoluer sans accrocs entre tous ces écueils.

En 2012, il va falloir changer tout ça. Vaste programme.

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Homo germanicus

Si comme moi vous vous posez parfois des questions bizarres sur le rapport entre les mots germain, Germaine, et Germanie et le fond du caractère allemand, l’article suivant devrait vous aider à mettre un peu les choses au clair sur le plan linguistique. Retenez surtout que l’origine commune entre le mot les Germains et l’emploi qu’on en fait en français, ça a un rapport avec l’authenticité, du moins en étymologie. Voilà qui me parle.

Cela n’empêche que je continue à me poser des questions et à tenter d’élaborer des réponses sur les raisons du pourquoi on est si différents. Cette question de l’authenticité, qui par ailleurs est aussi quelque chose d’agréable à vivre (sentiment de sécurité qui va de pair avec la Gemütlichkeit), est une des nombreuses énigmes de ce pays à mes yeux. Je crois que l’histoire qu’on nous apprend dans les livres et la réalité qu’on perçoit en surface cachent des tendances bien plus profondes et difficiles à identifier. Mais moi, j’aimerais bien. Comprendre. Vous connaissez à savoir comment je fonctionne si vous suivez ce blog. Non?!

Alors voilà une théorie personnelle parmi d’autres. Attention attention.

Si je regarde l’année 2011 en me demandant ce que j’ai le plus remarqué autour de moi, ou plutôt ce qui revient encore et encore et qu’avant je n’étais même pas en mesure de voir dans la ville où je vis, c’est probablement cette quête certaine de l’authenticité. Permanente. Comme une course à qui est le plus honnête, le plus fiable, et le prouve le mieux. Authenticité de la personne, de ses propos, bien fondé d’une entreprise, activité et communiqués de presse justifiés. Certes, c’est une tendance humaine très répandue, qui va bien au-delà du débat simpliste consistant à coller une étiquette sur une population donnée en disant eux ils sont comme ça et que d’ailleurs notre chère Marine apprécie beaucoup. C’est également l’une des conséquences du 11 Septembre. Après tout nous sommes bel et bien dans l’ère du soupçon, qu’on aime ou non, et ça concerne l’ensemble du monde occidental. Montrer patte blanche, être parfait, c’est une nécessité. On ne peut plus se permettre d’être léger. Notamment en politique. Et sur toutes les questions touchant à la sécurité ou bien à la santé. N’empêche, j’ai parfois l’impression d’être au roi des pays du papier-qui-prouve-que.

Au plan professionnel, du moins dans le milieu dans lequel je suis, l’honnêteté un argument de vente de vos produits. Le commercial doit savoir que la première chose qu’on va lui demander en Allemagne, c’est si tout ça est bien authentique, echt. A un moment où à un autre, il sera poussé à aller chercher des certifications pour augmenter son chiffre de ventes et mettre en confiance des consommateurs de plus en plus pointilleux et avides de preuves. Idem quand on pose candidature. Plus vous avez de diplômes dans votre anse, même peu reluisants, plus vous prouvez votre crédibilité, et donc vous vous détachez d’une masse de gens dont on ne peut pas être trop sûrs. Mieux vaut une personne un peu moins compétente qu’un génie un peu menteur. Côté dirigeants et électeurs, on demande aux politiques de démissionner dès qu’on s’aperçoit du moindre mensonge, fût-il vieux de plus de 10 ans. Il faut donc à la fois être irréprochable, jeune, doué, mais surtout authentique. Avoir menti une fois, sur un diplôme, c’est trop. Ce n’est même plus récupérable. C’est sans doute pour cela qu’Helmut Schmidt reste si populaire malgré son langage châtié qui aurait fait scandale en France: lui, il est vrai, en plus il ose même fumer partout quand tout le monde dit que c’est mal. On voit l’homme derrière le masque, et ça, ça plaît. Il peut dire la même chose que Sarrazin, mais comme il est authentique, ein echter Politiker und ein echter Mann, ça fait quand même beaucoup moins de bruit:

Sur le plan pratique, dans la vie de tous les jours, on va tout tester pour le bien du consommateur et de la société. Même mon toaster a fait l’objet d’une évaluation lui décernant un prix comme quoi il grillerait effectivement le pain correctement. Ce que je confirme moi aussi. Il grille bien. Tout ou presque dans la maison est geprüft dans l’espoir de certifier la qualité. Et encore, je ne suis pas au courant du détail des notes attribuées. Même pas pour mon grille-pain.

Toutes ces choses qui m’échappent encore en presque trois ans de présence, j’aimerais bien les comprendre enfin. Une réponse serait d’associer cette quête de l’authenticité à l’esprit protestant qui continue d’imprégner la société allemande, paraît-il. Comme je ne m’y connais pas assez en religion pour pouvoir m’en assurer sans avoir recours à des clichés, je penche surtout pour les conséquences du nazisme pour expliquer tout ça. Au fil des conversations, j’ai l’impression d’avoir accumulé des connaissances qui commencent tout juste à faire sens. Et encore, ça reste à prouver. Pour le dire en quelques mots, la seconde guerre semble tellement avoir traumatisé les consciences de la génération suivante que celle-ci en est venue à l’idée d’établir une sorte de veille sur absolument tous les aspects de la vie, histoire d’être sûre de ne jamais recommencer comme les parents, menant une vie tranquille et se réveillant un beau jour dans un champ de ruines, en ayant du mal à se regarder dans un miroir, en se demandant pourquoi elle a perdu la guerre, que fait la Prusse orientale en Pologne et en Russie, et répétant comme une litanie qu’ils ne savaient rien.

Comme le disait JM il y a un an, le nazisme était bien loin d’être une mouvance à part. C’est une sorte de monstre qui a dévoré progressivement non seulement les idées, mais aussi les objets, les habitudes, la façon de vivre, bien avant que cela ne se montre à la surface et que cela devienne vraiment une revendication politique. Que d’évolutions ont été étroitement liées à la période et à cette idéologie. Pour nous, ces évolutions sont neutres. Pour un Allemand, je n’en suis plus si sûre. La prise en charge des enfants,  forme précoce de libération des mères de famille, a abouti à un endoctrinement massif qui a permis d’étouffer dans l’oeuf une très grosse partie de la résistance en Allemagne. Lire par exemple les lettres de Hans et Sophie Scholl pour comprendre à quel point il était difficile de réaliser et de franchir l’étape menant à la résistance quand on est né dans cette idéologie et que tout, absolument tout, toute la journée, de la forme des jouets pour enfants au bock de bière, vous met dans le moule et étouffe jusqu’à l’idée d’une autre réalité.  Pas étonnant du coup qu’aujourd’hui les mères qui travaillent soient si mal vues. Un brin de conservatisme, une dose de connaissances historiques basiques feront de n’importe quelle femme une personne qui va veiller à ne pas laisser sa progéniture aux mains d’une institution dont elle ne connaît pas forcément les valeurs. Sur un autre plan, certaines entreprises ont commencé à se développer grâce à une grande idée de l’époque, voulue par les dirigeants nazis, qui était l’impératif de pouvoir mieux distribuer sur l’ensemble du territoire allemand. Elles vont donc avoir des bras et des yeux partout, pouvoir espionner et encadrer virtuellement un peu tout le monde. Exemple: Riesen. Vendre des bonbons abordables et en profiter pour faire passer le message aux enfants qu’Adolf les aime bien. Idem pour les moyens de communication et leur développement. Le charisme bizarre attribué à la voix d’Hitler n’est ni un hasard ni un mythe. Le nazisme a séduit les comédiens, les artistes, les classes populaires, en jouant sur le lancement de la radio à grande échelle. Les uns y voyaient une chance d’être connus, les autres une chance d’être pris au sérieux en étant plus tenus au courant que jamais. Après le théâtre, après la performance d’acteur, la suite logique, c’était d’être speaker. A l’autre bout, écouter la radio, ça avait un côté magique. Un peu comme d’aller au spectacle. Et qui était le meilleur speaker du pays, pendant que George VI faisait des exercices avec son orthophoniste?

Alors on va tout vérifier et agir quand une chose ou une personne sort du cadre attribué. Peut être est-ce en partie pour ça que ce pays fait un fromage sur des gens qui ont menti pour obtenir son diplôme il y a waoutmille ans. Guttenberg essaie de revenir des mois après, et il ne peut pas selon Henkel qui le dit et le répète (mais pas tout seul) et que le Datenschutz, ici, ça ne rigole pas. Ca créerait même des emplois. Assurons-nous que personne n’ait contacté Frau Schmidt de façon indue ces 40 dernières années et surtout que ça continue comme ça. On va veiller aussi à ce que la presse soit bien vivante. Jamais vu autant de journaux qu’ici. Dès la table du petit déjeuner, il y en a un ou deux sur la table, bien épluchés, qui sont autrement plus épais que les quotidiens français.

La résilience, tout ça tout ça. Mais peut être que je me trompe dans cette interprétation. Je n’ai que mon expérience ici pour tenter de comprendre et je suis preneuse de toute lumière. Affaire à suivre.

Vous en pensez quoi? Vous avez remarqué autre chose qui vous semble revenir en permanence?

PS: Pour en savoir plus sur l’homo germanicus, mais sous un autre point de vue, vous pouvez aussi jeter un oeil chez Lucie. C’est bien fait et ça donne envie d’en lire plus!

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Germanisation galopante

Derrière le concept du Drogerie Markt se cache une dangereuse lutte culturelle. Expatriés de tous les pays, soyez-en conscients.

Déjà, se balader chez Rossmann à la recherche d’un thé miraculeux peut avoir un côté franchement craignos. On s’en rend compte quand on achète trois boîtes de Husten Tee. 4 jours de souffrance plus tard, les premiers doutes sur l’automédication la médecine naturelle surgissent. On supplie alors son médecin de nous accorder une consultation (mais sans antibiotiques à la clef, ça fait peur les antibiotiques, hein).

Mais surtout, si en plus, vous vous mettez subitement à penser que des choses similaires à ça, ça a son charme, et qu’en plus pour le prix Rossmann aus unserer Werbung, ça vaut le coup, que vous envisagez même un achat compulsif, réfléchissez.  Non seulement vous allez germaniser votre salle de bain, mais en plus vous n’êtes sans doute plus capable de discernement. Ca choquerait Marine, en tous cas. Ce n’est pas ce que vous voulez, oder?!

Je suis d’ailleurs tellement perdue suite à ce choc qu’une partie de moi veut croire que touuuuuuuuuuut le monde en France trouve ça vachement bien.  Ma mémoire doit avoir une Lücke. Un peu comme pour les Birkenstock. On adore, hein?

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Eine einfache Feststellung

Il est tellement simple de venir se brûler les ailes ici. Une idée préconçue sur cette ville, une personne que l’on suit, des projets, ou encore une fuite. Chacun ses raisons. Plus je connais cette ville, plus je connais les gens qui l’habitent, plus j’ai l’impression que nous sommes des papillons de différentes origines attirés par une même flamme.  Il y en a qui échappent et qui continuent à papilloter joyeusement autour. Non pas qu’ils soient plus forts que les autres. Simplement, ils n’ont pas fait d’erreur d’aiguillage: au moment où d’autres sortent du cercle, ils savent garder un accès par des voies mystérieuses. Malgré une rupture ou des heures sup. Partie remise pour leurs ailes.

Parmi les victimes, les uns déménagent, rentrent chez eux, espérant trouver ailleurs ce qu’ils ont perdu ou même n’ont jamais trouvé ici. Les autres restent, toujours attirés par la flamme, totalement fragilisés. Moroses, englués dans le même problème, mettant d’autres noms sur ce mal si répandu.  Pauvreté. Travail inintéressant. Burn out. Maladie. Barrière de langue. Ca, c’est la version officielle.

Le fond du problème, c’est l’ultra moderne solitude. Version locale. Il y a  ici une tendance générale, presque hypocrite, à prendre les symptômes pour la cause. On les brandit pour se présenter comme le Christ en croix, livré à l’indifférence et à l’oubli dans un paysage désertique. Ces oubliés ont un point commun: ne jamais dire, ne jamais vouloir admettre qu’ils ont quitté eux-même le train et que c’est eux qui ne savent plus y remonter. L’enfer, c’est les autres. Pas eux.

« Ich kann mich an keinem Kurs anmelden, es ist mir zu teuer. So kann ich keine neue Leute kennenlernen. »

« Ich habe zuviel Arbeit, verstehst Du? Deswegen ist mein Freundkreis so niedrig geworden. »

« Mir ist es zu anstrengend, die Probleme von anderen Menschen auch behandeln zu müssen. Ich habe genug mit meinen eigenen Problemen. Und wenn keiner mich zuhört, dann soll ich mich nicht im Vorhinein opfern« .

« Ich erwarte einfach dass andere sich bei mir melden. Ich bin ja offen. In der Vergangenheit kam ich auf der Leuten zu, hat mir aber nix gebracht. Von daher. Ich warte. »

« Ich bin nicht von hier, ich weiss nicht womit ich anfangen soll. Wo kann ich Leute treffen, wenn keiner was vorschlägt »

Les humains ont besoin d’autres êtres humains. D’autres le disent mieux que moi: nous avons besoin de parler, d’échanger. Pas seulement sur la météo, et pas seulement via Skype ou par mail. Pour sortir de cette logique, la seule réponse est de ne pas fuir. Si personne ne vient à nous, alors il faut aller à l’autre et avoir le courage de mettre les mots sur les choses. Ce qui reste certes très difficile.

La chanson de Souchon à écouter si ça vous dit…

Voir tout ça autour de moi au quotidien me fait de plus en plus mal. Peut-être est-ce de la lucidité due à l’âge ou bien un pessimisme du à certaines rencontres. Toujours est-il que je crains la contagion, qu’elle commence dans quelques semaines ou quelques années. Rester en permanence à bord du train, ou bien savoir y remonter en marche. Quelle force cela doit-il demander au final. Le problème est de savoir et de savoir agir en même temps. Ich frage mich auch langsam ob ich was letztens verpasst oder verloren habe. Etwas fehlt mir nämlich schon.  Hat es schon bei mir angefangen? Es kann  aber wohl sein, dass es nur ein Fehlen amVertrauen ist. Ein bisschen Stress. Oder werde ich bald so schwach und lahm wie alle da draussen, wenn ich nicht aufpasse?

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Kündigung

A quoi faut-il s’attendre comme démarches administratives quand on change de boulot de boîte allemande à boîte allemande? Je suis sûre que ça vous passionne tous.

Alors attention, ci-dessous une liste destinée à prouver que non, ce n’est pas la mort:

- vous faites une jolie lettre tout en allemand où vous dites que vous voulez quitter votre poste actuel. Jusque là tout va bien pour vous. Votre employeur, c’est une autre histoire.

- vous faites bien attention de récupérer un Arbeitszeugnis avant de partir de votre entreprise actuelle. Celui-ci suit un code langagier assez précis, l’idéal est encore de le faire vérifier par un vrai germanophone avant de remercier votre employeur pour sa prose. Ce serait dommage de récupérer une recommandation que vous pensez bonne et qui en fait ne l’est pas. En Allemagne, l’Arbeitszeugnis est votre meilleur allié pour l’avenir. Si vous n’en avez pas pour une des entreprises mentionnées sur votre CV, ou que le contenu craint, ça ferme des portes…à photocopier en 15 exemplaires donc, au moins.

- vous appelez la Krankenkasse pour lui faire part de votre décision. Celle-ci ne vous félicite pas, mais vous envoie sur demande une Mitgliedsbescheinigung que vous tendez dans un geste fraternel à votre nouvel employeur, le premier jour. Je soupçonne par contre la Krankenkasse de vous renvoyer une nouvelle carte et de vous demander de détruire la précédente, comme quand vous déménagez.

- vous préparez une liasse de documents que vous expédiez au responsable RH: photocopie de votre carte d’identité, RIB, Lohnsteuerbescheinigung (que l’employeur précédent doit vous donner, même si la Lohnsteuerkarte elle-même a disparu), attestation de l’inscription à la caisse de retraite et surtout, l’équivalent de la carte de séjour qu’on obtient auprès du bureau des étrangers (Freizügigkeitsbescheinigung). Totalement inutile dans la vie de tous les jours pour les membres de l’UE depuis 2005 vu que nous n’en avons plus besoin pour nous installer en Allemagne, cette petite carte est quand même nécessaire pour pour pouvoir aller travailler dans une entreprise avec un certain nombre de salariés. L’Allemagne reste un pays paperassier jusqu’au bout des ongles- sans compter que cette carte semble avoir un coût. Ou comment multiplier les démarches administratives inutiles en se rendant dans un bureau qui a des horaires à coucher dehors. Bon.

Alles klar?! Qui dit mieux?

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Berlinification

Berlinification, n.f, création langagière déposée par moi. Processus par lequel un individu lambda se retrouve par de nombreux traits assimilable aux Berlinois de souche. Les stades de la mutation sont difficiles à évaluer, voici donc une liste non exhaustive des symptômes frappant la victime, ci après dénommée simplement « Lambda »:

- aucune réflexion au moment de l’achat d’un produit bio. Avant, l’individu hésite, agit avec un pincement de coeur ou de porte-monnaie, conscient au final des raisons de son choix. Après, il met ça furieusement dans son panier de courses et est même capable de lâcher des phrases clichés en entrant dans la boutique telles que: « mais où est le rayon bio? » Violent. Surtout quand on sait que Lambda, en bon Berlinois, n’est pas forcément richissime. Suffit de regarder la clientèle des marchés bios pour comprendre. Sur la Warschauerstr., Lambda berlinifié peut même avoir la chance de converser avec une caissière française. Sujet de conversation: le bio, ses bienfaits, son évidence.

- Lambda a accepté la venue de l’hiver. Il a intégré le fait que dans quelques mois il va avoir l’air d’un bonhomme un peu grassouillet et pas franchement sexy. Il accepte avec calme la perspective horrible de subir -10°C ou -15°C à des intervalles réguliers. Il ose même corriger: -15°C, c’est la nuit, une fois par hiver, voire même pas forcément tous les ans. C’est dire, il a du vécu à son actif.

- dans le même esprit de survivant acharné, Lambda se souvient de ce qu’il a appris les années précédentes et du scandale intemporel des hivers berlinois.  Pas le froid, non. Les stocks de luges pour les enfants et les stocks de sel pour les piétons sont insuffisants. C’est un drame chronique qui fait bondir Lambda. Et c’est dans cet ordre qu’il le dit, pas l’inverse. A moins qu’il ne peste d’abord contre la BVG, la ligne M29, M19 et M48, jamais ponctuelles. Dans une vie antérieure, c’était lui qui n’était pas ponctuel, mais il a oublié cette partie de lui-même. Lambda a toujours été irréprochable sur le timing. Puisqu’il vous le dit.

- le Berlinifié s’excite à l’idée d’aller voter. Ancien politicard à ses heures, le monde politique germain le fascine. Quel parti lui correspond, quelles affiches lui plaisent visuellement et sur le plan des idées (car il lit les affiches. Toutes. Parfois même, Lambda se retourne, hausse le nez. Pour votre information, il vient d’aviser un lampadaire électoral). Après vient une phase intense de check de ses informations précédentes. Comment s’appelle le salaud gars qui a parlé l’autre jour il y a 3 mois à la radio. Que je ne vote pas pour lui. Voter prend pour Lambda tout son sens. Avant, c’était un devoir. Maintenant, ça serait presque intéressant. Et de voir que Lambda pense à s’inscrire, en plus, à l’ambassade pour pouvoir voter aussi en France en 2012 et se comporte pareil en France. Impressionnante révolution intérieure.

- Lambda semble comprendre le Berlinois avancé. Il dit parfois des choses qui dépasse l’entendement pour un être innocent et préservé. Un samedi de septembre, cherchant à entamer une conversation avec d’illustres inconnus: « schönes Wetter, wa? » Au coeur de l’hiver, en attendant le bus, a repéré une target: « och, heute ist och ganz schön kalt, nicht wahr? ». Il n’a pas de problèmes pour interpréter la phrase « ick hab ein Weinkuuuuh gemoocht » et réagit de facon appropriée, du tac au tac: « ein Weinkuchen? Wie schön! » Et si on lui demande comment il va, Lambda peut dire « Jut », certes souvent sous l’emprise de l’alcool, mais il faut quand même pouvoir le faire…

- On s’arrête au feu rouge pour les piétons dans 95% de la ville, Lambda s’y plie avec empressement. Exception notable, la Warschauerstr. Ailleurs, notre ami sera le premier à rappeler à son visiteur que ça ne se fait pas, que ça coûte super cher si on se fait choper, que les bagnoles ne s’arrêteront pas forcément comme en pays angevin (du Bellay, ce visionnaire incompris…) Pis que ça: Lambda regarde d’un oeil noir les cyclistes incompétents, ceux qui mordent de la voie vélo sur la voie piéton, ou bien encore ont le culot de traverser la rue avec leur bolide à deux roues, sans descendre. Ce qui n’empêche pas notre cher ami de rouler avec une vieille bécane déglinguée en dehors de la voie vélo. Lui, il sait manier un vélo. Pas comme les autres.

- Lambda commence à voir d’un oeil vaguement négatif les floppées de touristes qui viennent enrichir découvrir la ville. Choqué par les autocollants associant les touristes aux terroristes posés un peu partout, il n’exprime pourtant que mépris pour ces gens qui se perdent dans le métro pourtant si simple et finissent par provoquer des drames urbains banals (« on a perdu Marcel! Mais où est Marcel?! Chéri, il faut descendre, on a perdu Marcel!! »), ceux qui ne payent pas leur billet et le disent en riant d’un rire gras, et surtout ces Français qui fleurissent avec le soleil. Subitement, de mai à août, Lambda découvre que le touriste français adore Berlin, et s’en énerve. D’abord parce qu’il doit ENCORE traîner sa troupe au Reichstag, ensuite parce que Marcel envisage rarement un tour de la ville à vélo (voyage + barrière langagière+ vélo= « on a perdu Marcel ». 15 fois en 4 heures, 14 fausses alertes, et une vraie). Et pour finir parce que Berlin, c’est SA ville. Pas un bidule qu’on visite en mangeant du curry wurst et en se faisant photographier à Checkpoint Charlie. Pour Lambda, l’idéal du touriste, c’est son ami Oméga qui vient crécher quelques nuitées, comprend l’allemand, reste blasé devant un Kebab, s’extasie devant des Brötchen bios et du Streichkäse, et surtout demande à faire des musées ou activités du type original. Exemple: le simulateur de vol de Weddding. Voir ici pour tous ceux qui cherchent l’inspiration dans une conversation où on vous dit que Checkpoint Charlie est LA chose à voir dans cette ville. Bon ok c’est cher, on fait pas ça tous les jours. Mais ça peut avoir un côté franchement plus marquant que la photo répliquée à des millions d’exemplaires de la porte de Brandenburg.

- Lambda, car on parlait bien de lui, pas des touristes, est presque devenu végétarien, et il ne se porte pas plus mal. Viande au resto, chez soi, on s’offre parfois un filet de saumon, du jambon, des lardons dans une préparation qui autre fois était une quiche et qui maintenant ne ressemble plus à rien du tout. Tout le reste relève de l’aventure culinaire. Lambda n’aime plus vraiment la viande, sa famille et ses amis en visite s’inquiètent de sa santé. Pour les carences et souvent aussi pour voir si Lambda subit une quelconque pression psychologique cherchant à discréditer le rôti de veau aux pistaches.

Bref, un Berlinifié n’est même plus capable de savoir vraiment d’où il vient. Le remède reste encore inconnu.

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