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Le dilemme de Pâques

J’aimerais lancer une question grave aux foules d’expats qui lisent ce blog: comment faites-vous pour remédier aux problèmes liés à la distance ? Je n’ai toujours pas trouvé la réponse. Pendant un temps, j’ai simplement repoussé les choses que je ne pouvais caser nulle part à un avenir indéfini. Le réalisme sur ce sujet ne m’atteint pas depuis si longtemps que ça. Comment combiner 5 semaines de congés avec une envie permanente d’être de part et d’autre du Rhin, et les moyens humains de n’être que d’un côté?!

Le moment où j’en reviens à ce simple constat dans sa forme la plus stricte, c’est Pâques. Vous disposez de 4 jours qui ne sont même pas comptés comme des vacances, une aubaine, pour faire ce que vous voulez. La famille estime donc  »normal » que vous reveniez, les amis allemands  »normal » que vous alliez enfin faire un tour dans leur chez eux puisqu’avant- il- n’y- avait -jamais- eu- d’aubaine- comme celle-ci -depuis- le- temps -qu’ils- vous- invitent. Et après, vous avez des invitations pour des pots qui doivent avoir lieu depuis des années dans le Brandenbourg, la Thüringe, à Paris, en Normandie et chez les Chtis.Les amis que vous ne voyez jamais, vous aimeriez bien les revoir à cette occasion. Embarras du choix, quand tu nous tiens…

J’ai essayé plusieurs méthodes pour choisir sans risque de me faire taper dessus regretter:

- faire le point sur QUI on voit au quotidien

- idem sur ce qui supplient depuis la nuit des temps

- allouer un budget annuel neutre assez large pour pouvoir aller là où je veux (en Europe, s’entend) sans pleurer mon or ou bien, pire, renoncer à cause de lui

Plus récemment, j’ai recours à l’épluchage de la question travail, famille, patrie, amis en reprenant tout mon agenda annuel. Jeter un oeil sur qui j’ai vu et qui je vais voir sur une période d’un an me permet d’éviter de me laisser influencer par des impressions faussées par une mémoire sélective. On peut aussi décliner cette étude sur les activités de tourisme réalisées. Plutôt que de faire du spontané comme à l’habitude et ne plus se rendre compte qu’on a quand même fait beaucoup de choses, ça aide. Y compris pour l’ego :)

Donc, cette année, pour Pâques, je me décide à faire une petite visite de Paris comme si j’étais touriste et à aller voir une famille que je délaisse un peu trop à mon goût. Je me demande si une balade guidée dans le Marais ne serait pas un moyen de poser des bonnes bases sur une ville dont je me rends compte que je ne la connais pas si bien que ça…

Il y aurait même moyen d’ajouter un restau qui déchire grâce à ce super blog dont je commence à penser qu’il s’agit d’une Bible. Un Japonais par exemple, il y en a des tellement bons à foison là-bas. Manger des okonomiyakis, à Berlin, pas si facile. Rue Sainte-Anne par contre…Ou alors un restaurant de viande (non je ne deviens pas vorace).

Le Vendredi de Pâques, si vous voyez une nana en Birkenstock devant ce bâtiment, ce sera sans doute moi...

Et vous, ça vous arrive de vous sentir un peu étouffés par le nombre de choses et de personnes que vous pourriez faire ou voir en juste 4 jours? Et comment gérez-vous les demandes à géographie variable?

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Bien prévoir son week-end à Berlin

Les beaux jours reviennent, on se demande tous beaucoup plus sérieusement qu’avant ce qu’on va pouvoir aller voir dehors et plus généralement sur la planète Terre.

A Berlin, les expat’s ont d’abord l’attention attirée par la fermeture de l’aéroport de Tegel, prévue pour le début de l’été. Ciel mon avion! disent certains. Super! disent les autres, Schönefeld c’est mieux, c’est plus près, il y a le S-Bahn. etc. etc. Reste encore la question, soit dit en passant, de ce que va devenir le terrain de Tegel et la stratégie des gens qui avaient leurs petites habitudes chez Air France, lequel se fait piquer quelques parts de marché dans l’histoire, apparemment. Mais ça, on verra plus tard.

Donc, on en revient à nos moutons: les touristes, c’est une vérité qui se répète chaque année pour le plus grand malheur de certains fins théoriciens catastrophistes de l’économie locale, eh bien, ils vont déferler sur la ville dans une logique grégaire. Peut-être serez-vous parmi eux. De mai à août, voire même avant, en particulier le week-end, on va parler ENCORE plus Français et Anglais et tutti quanti dans les rues et les parcs de l’ex capitale prussienne. On ne pourra plus vraiment avancer à la Kochstr., en particulier à pied, on va encore se faire prendre en photo malgré soi devant la porte de Brandenbourg, et chacun se prépare à accueillir ses amis pour une explication (numéro 47 en trois ans) de la coolitude de la vie à Berlin. En un sens, l’arrivée de l’été, c’est un drame, après la délivrance causée par la fonte des glaces. Des coups à vous donner envie d’aller prier.

Implantation strategique de cette eglise sur l'axe Oranienstr.- East Side Gallery: pour les yeux au ciel des locaux face à des hordes de touristes....

Alors, dans tout ça, pour tous ceux qui veulent venir et atterrissent sur mon blog dans un souci très sain de prise d’informations rédigées par une illustre inconnue, je vais me fendre d’un article, voire de deux (l’espoir fait vivre) pour permettre à ces futurs touristes de vivre le mieux possible leur week-end à Berlin -ou carrément leurs vacances . Enfin, aussi pour tenter de minimiser cette logique grégaire qui exaspère jusqu’au dernier des gens qui vivent sur place, y compris les ex-touristes fans du Curry Wurst.

Donc, on fait le point. Pour venir visiter Berlin en en week-end, vous avez besoin de:

- un vol pas cher, pour les fauchés, voire un vol normal pour tous. Berlin est très bien relié. Si vous avez bien suivi ce que j’ai écrit au-dessus, Berlin n’aura bientôt plus qu’un seul aéroport, Schönefeld, lequel est l’aéroport d’où démarrent tous les low-costs actuellement. Schönefeld est situé au sud de Berlin et relativement bien relié (à mon avis) via les transports en commun. Pour les réservations de dernière minute au départ de Paris, compter environ 100 euros (c’est mon expérience qui parle). Alternativement, il y a le train, de nuit ou de jour, qui passe normalement par le Nord de la France, de surcroît en s’y arrêtant.

- qualités essentielles en général telles que: bonne humeur et ouverture d’esprit (des fois que vous finissiez le week-end chez des gens bizarres dont votre arrière-cousine est, semble-t-il, une amie et qui vous ont reconnus au kebab du coin 5 ans après votre dernière entrevue), bon sens (prévoir des chaussures de marche et pas des choses absurdes comme des talons ou des grosses vestes encombrantes), tranquillité (le rythme parisien n’a pas sa place ici)

- un plan de métro et de bus, ainsi que la préparation psychologique nécessaire pour payer son titre de transport.

NB: on ne le répètera jamais assez: ne pas payer son billet de métro à Berlin est une spécialité réservée aux touristes étrangers. Si en plus ils s’en vantent, il y a de très fortes chances que ce soient des Français qui n’ont absolument pas compris qu’ils vont payer des z’euros assez vite. Pas mal d’euros d’ailleurs. Mentalité locale, leçon numéro 1: prenez un forfait transport sans discuter.

- une idée de ce que vous voulez voir parmi les multiples facettes de la ville, comme partout. On peut choisir de faire un week-end à thème: histoire du Mur, passé nazi, grands musées photo and co., parcs. Mais j’en reparlerai dans un second billet, des activités à choisir. Il y a beaucoup trop de choses à dire.

- un endroit où crécher. Là, selon votre profil, multiples possibilités. Un hôtel de base, du couch-surfing si vous avez un côté hype et fauché, un ami qui vous héberge, une auberge de jeunesse, que sais-je. L’important par contre, est de se mettre pas trop loin des attractions que vous allez voir. Berlin est une très grande ville (8 ou 9 fois plus étendue que Paris…), on a vite fait de perdre du temps en transport (même s’ils sont très bons).

- prévoir un budget vélo s’il fait beau. Berlin est faite pour le vélo. Si vous ne faites pas de vélo à Berlin, vous ne comprenez pas la ville.

- se renseigner en amont sur les boîtes et les bars en vogue en ce moment. Parce que ça aussi, ça fait partie de la magie de cette ville: savoir suivre les tendances et y être au bon moment…

Bon, toutes ces choses étant dites, je vais enfoncer une porte ouverte: Berlin n’est pas une destination touristique  »classique ».

Sans doute l'un des plus beaux ponts de la ville: l'Oberbaumsbrücke

Ce n’est pas une belle ville comme Hambourg, ce n’est pas une ville riche et ça se voit. D’où l’idée d’en faire un week-end, ou bien un point de départ pour aller voir d’autres choses, à moins que vous ne soyez déjà avertis.

A voir à côté pour les touristes fans de beaux endroits: Lübeck, Dresde, Leipzig, la Pologne, les plages du nord de l’Allemagne. Par exemple.

Parmi les raisons pour lesquelles les touristes énervent tellement les locaux, il y a certainement une grosse part d’agacement face à ces gens qui viennent chercher ce qui n’existe pas, ou plus: une ville fière de son architecture et de sa richesse, comme Paris, Prague ou Cracovie. Pour le tourisme, Berlin est une ville où l’on doit savoir ce que l’on vient chercher en dehors des quelques (réelles) attractions touristiques. Se photographier façon Marcel devant les ruines du mur en mâchant bruyamment un chewing-gum, croire que le parc immobilier et hôtelier de Berlin doit être identique à  la qualité d’un hébergement à Prague, promener son appareil photo devant les monuments berlinois en s’extasiant, c’est un peu comme jeter du sel sur une plaie de votre voisin et chantonner en même temps. Je ne mettrais pas ma main au feu que Berlin ne se voit plus, même après 70 ans de tranquillité, comme une ville déchue et privée de son patrimoine. D’où la haine du touriste qui ne comprend pas cela, ou, précisément, vient le rappeler. Mais bon, moi ce que j’en dis…

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Scènes de drague

N’en déplaise aux défenseurs les plus ardus de ce pays, je finis par me résoudre à écrire ce post, sur mon blog, pour enfoncer une porte ouverte. A savoir: la drague, ici, ce n’est pas ça. Mais alors, pas du tout du tout.

Même s’ils existent visiblement des gens qui ne voient pas le problème.

Néanmoins, comme je suis sûre de mon opinion après l’avoir mûrement réfléchie en trois ans sur place, pour le leur prouver aux défenseurs (parce que je vois déjà les boulets de canon arriver, en plus ce sera des filles casées avec un Allemand, hein), voici quelques liens à consulter afin de voir que d’autres Français(es) vivent la même chose. A savoir un sentiment grandissant d’être devenu(e) incroyablement moche à son insu, que le travail, c’est la santé, ou encore de tomber quasiment tous les jours de l’année sur des gens qui sont:

a/ en couple. Le pire, c’est que subitement vous avez l’impression qu’ils sont à 90% en mode inséparables -comme les oiseaux. Ils font tout ensemble. Réflexes coordonnés, tout ça tout ça. Rien que par leur façon de sonner à l’interphone vous savez à qui vous avez affaire. Des zamoureux qui énervent la nana de la chanson tellement ils dégoulinent de bons sentiments (rappelons au passage que 35% des Berlinois de 25 à 35 ans sont célibataires, donc véner’ sur ce point en particulier. Théoriquement, vous avez donc des raisons d’espérer trouver un deckel, ou un topf, selon). Vous les entendez donc, ces doux agneaux, roucouler pérorer en l’espace de la microseconde nécessaire pour actionner l’ouverture de la porte de votre immeuble. Quand ils racontent leur vie, pardon leurs histoires, c’est aussi en mode coopératif. Ils s’interrompent pour se congratuler de locutions lunaires:  »tout à fait »,  »c’est exactement ça » etc., etc. Usant. (j’espère qu’ils ne me lisent pas ces deux-là…)

b/ chasseurs du même gibier que vous. Soit en réel, et là très souvent, vous le voyez de suite, c’est bien. Soit en hypothétique, et dans ce cas vous vous demandez pendant des semaines si malgré la rumeur tendant à faire croire que non, en fait ils ne seraient pas quand même. C’est vrai quoi, cette indifférence polie qui se concentre sur la conversation.

c/ non envisageables. Mais là, il est possible qu’à un moment vous finissiez par ne plus voir du tout cette catégorie. Il est même possible que vous vous retrouviez paumzingu’ le coeur meurtri pour quelqu’un qui n’était même pas votre genre à la base et auquel, pour toutes les raisons que je vais vous décrire ci-dessous, vous n’avez rien compris.

d/ en cours de reconversion à l’international. D’ailleurs ça peut vous arriver.  J’en connais qui vont se reconnaître. Vous vivez dans l’ancienne capitale prussienne et vous êtes avec un Italien qui passe l’hiver à vous casser les oreilles avec le soleil romain. Par exemple. L’été, vous le passez ici ou là-bas, mais surtout, trop souvent avec sa mamma. Elle vous explique comment cuisiner sainement: préparer des ventrées de pâtes. Donc, dans les rues que vous côtoyez, comptez avec des couples qui en fait, n’ont absolument aucun lien intime avec le pays. Polono-espagnols, franco-italiens, brésilien-portugais, que sais-je. Dans une telle situation d’incompréhension des techniques de drague germaniques, tout s’explique. Et je vous laisse libre de juger à quel point cette assertion de ma part est vraie ou fausse. En toute démocratie.

Et après il y a : les Autres.

Bon. Arrivée à ce point de mon blabla, je dois vous concéder que nous, Français, mais surtout Françaises, bénéficions d’un atout majeur à utiliser à bon escient. Parler est en soi avoir fait la moitié du chemin et dissiper une grosse partie des hésitations du monsieur. La moindre trace d’accent français vous confère un potentiel insoupçonné: celui de faire surgir les phéromones dans n’importe quelle atmosphère. Vous êtes fairefureurisch rien qu’en disant votre nom. Même les jours où vous avez l’air de Robocop tellement vous êtes de bonne humeur. Ca prend parfois des proportions sidérantes. Téléphonez par exemple à votre caisse de sécu, tombez sur un homme et expliquez lui avec hargne votre problème d’inscription. Jamais vous n’aurez un niveau de service aussi abouti. Plus vous dites de euh, mieux c’est. Idem au boulot. Le  »léger » accent sera jugé délectable. Toujours, y compris si vous ne le voulez pas. Alors, tant qu’à en arriver à ce niveau-là, autant s’en servir. Non mais.

Donc, les liens:

Manon et son bellâtre

Un constat cinglant de Caroline

Le témoignage de Nat, rescapée du désastre

L’analyse d’Hélène

Voilà. Alors on reprend. La drague, vaste sujet pour tous les expats paumés entre les signes, pardon les langages codés incompréhensibles consistant à masquer l’existence des phéromones pourtant bien présents. Les Allemands aiment les jupes, les talons, tout comme tous les autres. La preuve par Loriot et le discours embrouillé d’un père:

La drague, donc, cette façon d’aborder quelqu’un pour des motifs amoureux et que ça soit à peu près clair pour cette personne, je crains bien qu’elle n’existe pas vraiment ici, sauf très rares exceptions tout à fait louables. Le mieux en fait, c’est quand la personne qui drague peut aussi faire croire qu’elle ne l’a pas fait, comme ça elle ne prend pas trop de risques. Pas encore compris quels risques. Du moins dans le sens homme-femme. Il existe certes des relous mecs qui osent faire comme en France, c’est à dire vous aborder au supermarché, dans la rue, ou bien au resto ou au bar, et là ils sont moins relous, de suite (signe de reconnaissance: ils commencent en grande majorité leur discours par Alles klar? Nouvelles venues, vous saurez que non non, vous n’avez pas l’air mal en point. D’ailleurs heureusement qu’ils font ça. Imaginez un peu les baffes qu’ils se prendraient s’ils utilisaient le mot local pour mademoiselle). Mais ça reste assez rare. La grande majorité ne le fait pas. C’est même tellement rare que parfois, vous qui étiez si peinard sans aucun commentaire non désiré sur votre look ou votre forme physique, vous commencez à présenter tous les symptômes de la femme stylée bien française que jamais auparavant vous n’avez été. Ou alors, vous vous surprenez à avoir une certaine nostalgie pour ces compliments gratuits très français qui, dans le fond, ne mangent pas de pain et vous pousseraient presque à réserver un week-end à Paris ou à Nice sur expedia fr ou un autre site, pour vous remonter le moral (mademoiselle, j’te parle! mademoiselle, tu es belle comme la lune! t’habites où? je t’offre un café! je te porte tes provisions si tu veux! etc. etc. Et vous êtes la seule cruche à sourire à ces phrases reloues, donc ils insistent encore plus. Super).

A l’opposé de ça en Allemagne, il y a les séquences où vous réalisez qu’en fait, pas du tout, vous intéressez probablement tout le monde deux trois mecs pas trop moches et que tout va bien, vous n’êtes pas nobody mais en fait, Scarlett O’Hara remix. Ouais. A vous les amours fous à travers les contrées verdoyantes. Il y a un truc dans l’air. Seulement, arrivé à ce niveau-là d’appréciation de votre personne, l’homme peine souvent à diffuser un message clair. Vous parlez pluie et beau temps, neige et verglas. Le problème pour vous est donc d’identifier assez tôt l’objet du rapprochement de votre interlocuteur, histoire d’être sûre sûre après tout ça. Facile à dire, pas facile à faire. Souvent, vous le captez un peu trop tard le rapprochement. Vous vous retrouvez donc sans aucune forme de certitude, désarmée, vaguement désespérée aussi devant tant d’énigmes. Mon conseil: si vous vous posez la question, c’est déjà bon signe. Parce qu’en soi, c’est digne des meilleurs stratégies et tellement limpide que vous n’y voyez vous même que du feu, que vous vous dites que c’est certainement un schtroumpf. Et pour cause: partie de skat ou motif ultime? Discussion politique ou motif ultime?

Bref, plus vite vous décodez, mieux c’est. L’avantage, c’est que plus vous accumulez de temps de présence en Allemagne (système de points, en fait), plus vous commencez à comprendre tôt. Parce que sinon, ça risque tout de suite d’être l’étape suivante: Hollywoodschaukel (= balancelle judicieusement placée sur un balcon, normalement utilisée pour savourer la tarte et le café le dimanche, façon année 50, avec la grand-mère pas loin) dans le vent froid de l’hiver berlinois. Vous attrapez la mort avant d’avoir réalisé le revirement de situation. Ou bien dîner aux chandelles dans un resto posh de Prenzlau quand on vous a parlé d’aller prendre un verre pour continuer la discussion interminable -et palpitante- sur Helmut Schmidt. Avec en prime la vague impression que vous êtes à compter de ce jour LA femme de la vie de l’homme devant vous, et que ne pas avoir assez faim pour finir ce que vous avez commandé peut avoir des conséquences cataclysmiques. Et qui renonce facilement au statut de Scarlett O’Hara pour cause d’indigestion?!

Donc voilà. On a d’abord le sentiment de ne pas exister pendant des semaines, puis subitement de trop exister pour que ça soit plausible, et puis de ne plus rien comprendre à rien. Tout ça est normal. Inutile de paniquer.

Alors après il y a les filles qui partent du principe qu’elles doivent prendre les choses en main. Pour certaines, ça marche. Pour d’autres, pas.  Les pigeonnes. A vous de voir. C’est sans doute une question du nombre de fois que vous avez essayé. Mais le mieux, c’est encore d’en rire avec eux, ça aide à savoir à quoi s’en tenir ;)

Bon. Après tout ça il est fort possible que vous vous demandiez s’il y a un avantage à ne pas vous reconvertir à l’international, histoire de ne pas perdre de temps si comme 90% d’entre nous vous ne comprenez rien à rien. Eh bien oui, il y en a un, et de taille: la reconversion en homme au foyer. C’est qu’il répondrait quasiment à cette attente féminine éternelle du prince charmant à tous égards à lui tout seul, c’est dire:


Le prince charmant von pascaldinot

Enfin bon, les exceptions existent, hein. Tous les hommes ici ne sont pas Monsieur Propre ou chef cuistot à la maison, même s’ils vous racontent la version glamour sur leurs dons en cuisine italienne au restau de Prenzlau. Méfiez-vous. Je ne voudrais pas vous induire en erreur et que ça me soit reproché par un nouveau type de détracteurs. Mais bon.

Edit de dernière minute: Audrey en parle aussi. Deux fois. Comme quoi.

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Homo germanicus

Si comme moi vous vous posez parfois des questions bizarres sur le rapport entre les mots germain, Germaine, et Germanie et le fond du caractère allemand, l’article suivant devrait vous aider à mettre un peu les choses au clair sur le plan linguistique. Retenez surtout que l’origine commune entre le mot les Germains et l’emploi qu’on en fait en français, ça a un rapport avec l’authenticité, du moins en étymologie. Voilà qui me parle.

Cela n’empêche que je continue à me poser des questions et à tenter d’élaborer des réponses sur les raisons du pourquoi on est si différents. Cette question de l’authenticité, qui par ailleurs est aussi quelque chose d’agréable à vivre (sentiment de sécurité qui va de pair avec la Gemütlichkeit), est une des nombreuses énigmes de ce pays à mes yeux. Je crois que l’histoire qu’on nous apprend dans les livres et la réalité qu’on perçoit en surface cachent des tendances bien plus profondes et difficiles à identifier. Mais moi, j’aimerais bien. Comprendre. Vous connaissez à savoir comment je fonctionne si vous suivez ce blog. Non?!

Alors voilà une théorie personnelle parmi d’autres. Attention attention.

Si je regarde l’année 2011 en me demandant ce que j’ai le plus remarqué autour de moi, ou plutôt ce qui revient encore et encore et qu’avant je n’étais même pas en mesure de voir dans la ville où je vis, c’est probablement cette quête certaine de l’authenticité. Permanente. Comme une course à qui est le plus honnête, le plus fiable, et le prouve le mieux. Authenticité de la personne, de ses propos, bien fondé d’une entreprise, activité et communiqués de presse justifiés. Certes, c’est une tendance humaine très répandue, qui va bien au-delà du débat simpliste consistant à coller une étiquette sur une population donnée en disant eux ils sont comme ça et que d’ailleurs notre chère Marine apprécie beaucoup. C’est également l’une des conséquences du 11 Septembre. Après tout nous sommes bel et bien dans l’ère du soupçon, qu’on aime ou non, et ça concerne l’ensemble du monde occidental. Montrer patte blanche, être parfait, c’est une nécessité. On ne peut plus se permettre d’être léger. Notamment en politique. Et sur toutes les questions touchant à la sécurité ou bien à la santé. N’empêche, j’ai parfois l’impression d’être au roi des pays du papier-qui-prouve-que.

Au plan professionnel, du moins dans le milieu dans lequel je suis, l’honnêteté un argument de vente de vos produits. Le commercial doit savoir que la première chose qu’on va lui demander en Allemagne, c’est si tout ça est bien authentique, echt. A un moment où à un autre, il sera poussé à aller chercher des certifications pour augmenter son chiffre de ventes et mettre en confiance des consommateurs de plus en plus pointilleux et avides de preuves. Idem quand on pose candidature. Plus vous avez de diplômes dans votre anse, même peu reluisants, plus vous prouvez votre crédibilité, et donc vous vous détachez d’une masse de gens dont on ne peut pas être trop sûrs. Mieux vaut une personne un peu moins compétente qu’un génie un peu menteur. Côté dirigeants et électeurs, on demande aux politiques de démissionner dès qu’on s’aperçoit du moindre mensonge, fût-il vieux de plus de 10 ans. Il faut donc à la fois être irréprochable, jeune, doué, mais surtout authentique. Avoir menti une fois, sur un diplôme, c’est trop. Ce n’est même plus récupérable. C’est sans doute pour cela qu’Helmut Schmidt reste si populaire malgré son langage châtié qui aurait fait scandale en France: lui, il est vrai, en plus il ose même fumer partout quand tout le monde dit que c’est mal. On voit l’homme derrière le masque, et ça, ça plaît. Il peut dire la même chose que Sarrazin, mais comme il est authentique, ein echter Politiker und ein echter Mann, ça fait quand même beaucoup moins de bruit:

Sur le plan pratique, dans la vie de tous les jours, on va tout tester pour le bien du consommateur et de la société. Même mon toaster a fait l’objet d’une évaluation lui décernant un prix comme quoi il grillerait effectivement le pain correctement. Ce que je confirme moi aussi. Il grille bien. Tout ou presque dans la maison est geprüft dans l’espoir de certifier la qualité. Et encore, je ne suis pas au courant du détail des notes attribuées. Même pas pour mon grille-pain.

Toutes ces choses qui m’échappent encore en presque trois ans de présence, j’aimerais bien les comprendre enfin. Une réponse serait d’associer cette quête de l’authenticité à l’esprit protestant qui continue d’imprégner la société allemande, paraît-il. Comme je ne m’y connais pas assez en religion pour pouvoir m’en assurer sans avoir recours à des clichés, je penche surtout pour les conséquences du nazisme pour expliquer tout ça. Au fil des conversations, j’ai l’impression d’avoir accumulé des connaissances qui commencent tout juste à faire sens. Et encore, ça reste à prouver. Pour le dire en quelques mots, la seconde guerre semble tellement avoir traumatisé les consciences de la génération suivante que celle-ci en est venue à l’idée d’établir une sorte de veille sur absolument tous les aspects de la vie, histoire d’être sûre de ne jamais recommencer comme les parents, menant une vie tranquille et se réveillant un beau jour dans un champ de ruines, en ayant du mal à se regarder dans un miroir, en se demandant pourquoi elle a perdu la guerre, que fait la Prusse orientale en Pologne et en Russie, et répétant comme une litanie qu’ils ne savaient rien.

Comme le disait JM il y a un an, le nazisme était bien loin d’être une mouvance à part. C’est une sorte de monstre qui a dévoré progressivement non seulement les idées, mais aussi les objets, les habitudes, la façon de vivre, bien avant que cela ne se montre à la surface et que cela devienne vraiment une revendication politique. Que d’évolutions ont été étroitement liées à la période et à cette idéologie. Pour nous, ces évolutions sont neutres. Pour un Allemand, je n’en suis plus si sûre. La prise en charge des enfants,  forme précoce de libération des mères de famille, a abouti à un endoctrinement massif qui a permis d’étouffer dans l’oeuf une très grosse partie de la résistance en Allemagne. Lire par exemple les lettres de Hans et Sophie Scholl pour comprendre à quel point il était difficile de réaliser et de franchir l’étape menant à la résistance quand on est né dans cette idéologie et que tout, absolument tout, toute la journée, de la forme des jouets pour enfants au bock de bière, vous met dans le moule et étouffe jusqu’à l’idée d’une autre réalité.  Pas étonnant du coup qu’aujourd’hui les mères qui travaillent soient si mal vues. Un brin de conservatisme, une dose de connaissances historiques basiques feront de n’importe quelle femme une personne qui va veiller à ne pas laisser sa progéniture aux mains d’une institution dont elle ne connaît pas forcément les valeurs. Sur un autre plan, certaines entreprises ont commencé à se développer grâce à une grande idée de l’époque, voulue par les dirigeants nazis, qui était l’impératif de pouvoir mieux distribuer sur l’ensemble du territoire allemand. Elles vont donc avoir des bras et des yeux partout, pouvoir espionner et encadrer virtuellement un peu tout le monde. Exemple: Riesen. Vendre des bonbons abordables et en profiter pour faire passer le message aux enfants qu’Adolf les aime bien. Idem pour les moyens de communication et leur développement. Le charisme bizarre attribué à la voix d’Hitler n’est ni un hasard ni un mythe. Le nazisme a séduit les comédiens, les artistes, les classes populaires, en jouant sur le lancement de la radio à grande échelle. Les uns y voyaient une chance d’être connus, les autres une chance d’être pris au sérieux en étant plus tenus au courant que jamais. Après le théâtre, après la performance d’acteur, la suite logique, c’était d’être speaker. A l’autre bout, écouter la radio, ça avait un côté magique. Un peu comme d’aller au spectacle. Et qui était le meilleur speaker du pays, pendant que George VI faisait des exercices avec son orthophoniste?

Alors on va tout vérifier et agir quand une chose ou une personne sort du cadre attribué. Peut être est-ce en partie pour ça que ce pays fait un fromage sur des gens qui ont menti pour obtenir son diplôme il y a waoutmille ans. Guttenberg essaie de revenir des mois après, et il ne peut pas selon Henkel qui le dit et le répète (mais pas tout seul) et que le Datenschutz, ici, ça ne rigole pas. Ca créerait même des emplois. Assurons-nous que personne n’ait contacté Frau Schmidt de façon indue ces 40 dernières années et surtout que ça continue comme ça. On va veiller aussi à ce que la presse soit bien vivante. Jamais vu autant de journaux qu’ici. Dès la table du petit déjeuner, il y en a un ou deux sur la table, bien épluchés, qui sont autrement plus épais que les quotidiens français.

La résilience, tout ça tout ça. Mais peut être que je me trompe dans cette interprétation. Je n’ai que mon expérience ici pour tenter de comprendre et je suis preneuse de toute lumière. Affaire à suivre.

Vous en pensez quoi? Vous avez remarqué autre chose qui vous semble revenir en permanence?

PS: Pour en savoir plus sur l’homo germanicus, mais sous un autre point de vue, vous pouvez aussi jeter un oeil chez Lucie. C’est bien fait et ça donne envie d’en lire plus!

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