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Attention aux réflexifs

C’est l’histoire d’une non germanophone.

Elle arrive en Allemagne, au bout de 10 ans d’efforts, et pense maîtriser l’allemand. Alors forcément, elle est toute contente.

Arrive le moment fatidique où elle cherche un appartement. Visite, questions, visite, questions, visite, questions…Et là, enfin quelque chose qui lui plaît.

La demoiselle, pleine d’émotion, fringante, communicative, plantureuse, l’accent roucoulant, bref charmante, apostrophe le propriétaire:

- Ich ziehe mich jetzt aus und entscheide mich für diese Wohnung! Sofort! Hier gefällt es mir ganz gut! Alles ist gut!

Sourire en coin, porté par l’enthousiasme, le monsieur répond:

- Ja, sehr gerne!

Histoire banale d’une honte rétroactive qui frappe les jeunes filles dès qu’elles pensent pouvoir faire une phrase seules. Grossière erreur.

Ou alors -tant que je suis dans la série des anecdotes rigolotes- ça peut arriver dans le sens inverse. Un Russe m’a un jour dit:

Kann ich hier umziehen?

en désignant ma salle de bain.

Trouvant très étrange qu’il en veuille à mon appartement alors qu’on se connaissait depuis, euh, trois semaines, j’ai répondu…un peu trop vertement.

Des joies de l’allemand. Non?!

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Bienvenue à Paris…

…avec les laboratoires Boiron et leur campagne ciblée, qu’on voit partout dans la ville, à commencer par l’aéroport:

Il faudra quand même qu’un jour je me décide à rentrer.

Sponsorisée par Boiron, sans doute.

Ou alors, affranchie à la suite d’un long processus d’aliénation (I don’t speak French, so niiiiiiiiiiiiiice here, I love baguette and art de vivre, French people know how to enjoy time mais regarde les Parisiens sur les passages piétons purée), d’un gain historique au loto pour pouvoir vivre dans un trois-pièces sans avoir à scotcher mes factures impayées sur le frigo (mais pourquoi n’ai-je pas joué vendredi 13?!), ou bien d’une entrée subite en religion pour ne plus avoir à nager dans un océan de stress comme au bon vieux temps jadis.

Paris version bisounours, ce ne doit quand même pas être si mal. Sinon, d’ailleurs, on aurait pas autant de gros naïfs lâchés dans les rues touristes enthousiastes. Ni d’ailleurs la moindre nostalgie, ou bien jalousie.

Ceci dit je ne sais pas pourquoi je n’ai pas envie de presser le mouvement pour croire en ma réussite dans l’une ou l’autre des possibilités que j’ai évoquées ci-dessus. Depuis que j’ai revu cette affiche à la station de bus, puis devant le boulanger, et ensuite à Monoprix. Mon premier réflexe de l’aéroport n’a fait que se confirmer: crispation immédiate.

Boiron met les moyens, et la clientèle parisienne semble de fait être un bon marché. Reste à savoir si c’est un mythe, une réalité, un fait qui existe partout ailleurs aussi, ou bien encore un devenir auquel on donne vie rien qu’en répandant un verdict implicite. M’enfin, ça vaut certainement mieux que des campagnes sexistes à deux balles.

La pub, symptôme d’une façon de vivre, ou bien simplement un moyen de créer un marché? Le débat est ouvert…

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1:0 pour les végétariens

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Überfreundliche Landschaft

Réchauffement spectaculaire de la Spree: les plaques de glace apparaissent

Clin d’oeil à tous ceux qui connaissent la propagande météo berlinoise et plus généralement le froid glacial de ce mois de février. Je suppose que c’est pour protester que mon appareil photo a choisi de donner cette couleur bizarre à l’ensemble.

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Dernier cri

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Scènes de drague

N’en déplaise aux défenseurs les plus ardus de ce pays, je finis par me résoudre à écrire ce post, sur mon blog, pour enfoncer une porte ouverte. A savoir: la drague, ici, ce n’est pas ça. Mais alors, pas du tout du tout.

Même s’ils existent visiblement des gens qui ne voient pas le problème.

Néanmoins, comme je suis sûre de mon opinion après l’avoir mûrement réfléchie en trois ans sur place, pour le leur prouver aux défenseurs (parce que je vois déjà les boulets de canon arriver, en plus ce sera des filles casées avec un Allemand, hein), voici quelques liens à consulter afin de voir que d’autres Français(es) vivent la même chose. A savoir un sentiment grandissant d’être devenu(e) incroyablement moche à son insu, que le travail, c’est la santé, ou encore de tomber quasiment tous les jours de l’année sur des gens qui sont:

a/ en couple. Le pire, c’est que subitement vous avez l’impression qu’ils sont à 90% en mode inséparables -comme les oiseaux. Ils font tout ensemble. Réflexes coordonnés, tout ça tout ça. Rien que par leur façon de sonner à l’interphone vous savez à qui vous avez affaire. Des zamoureux qui énervent la nana de la chanson tellement ils dégoulinent de bons sentiments (rappelons au passage que 35% des Berlinois de 25 à 35 ans sont célibataires, donc véner’ sur ce point en particulier. Théoriquement, vous avez donc des raisons d’espérer trouver un deckel, ou un topf, selon). Vous les entendez donc, ces doux agneaux, roucouler pérorer en l’espace de la microseconde nécessaire pour actionner l’ouverture de la porte de votre immeuble. Quand ils racontent leur vie, pardon leurs histoires, c’est aussi en mode coopératif. Ils s’interrompent pour se congratuler de locutions lunaires:  »tout à fait »,  »c’est exactement ça » etc., etc. Usant. (j’espère qu’ils ne me lisent pas ces deux-là…)

b/ chasseurs du même gibier que vous. Soit en réel, et là très souvent, vous le voyez de suite, c’est bien. Soit en hypothétique, et dans ce cas vous vous demandez pendant des semaines si malgré la rumeur tendant à faire croire que non, en fait ils ne seraient pas quand même. C’est vrai quoi, cette indifférence polie qui se concentre sur la conversation.

c/ non envisageables. Mais là, il est possible qu’à un moment vous finissiez par ne plus voir du tout cette catégorie. Il est même possible que vous vous retrouviez paumzingu’ le coeur meurtri pour quelqu’un qui n’était même pas votre genre à la base et auquel, pour toutes les raisons que je vais vous décrire ci-dessous, vous n’avez rien compris.

d/ en cours de reconversion à l’international. D’ailleurs ça peut vous arriver.  J’en connais qui vont se reconnaître. Vous vivez dans l’ancienne capitale prussienne et vous êtes avec un Italien qui passe l’hiver à vous casser les oreilles avec le soleil romain. Par exemple. L’été, vous le passez ici ou là-bas, mais surtout, trop souvent avec sa mamma. Elle vous explique comment cuisiner sainement: préparer des ventrées de pâtes. Donc, dans les rues que vous côtoyez, comptez avec des couples qui en fait, n’ont absolument aucun lien intime avec le pays. Polono-espagnols, franco-italiens, brésilien-portugais, que sais-je. Dans une telle situation d’incompréhension des techniques de drague germaniques, tout s’explique. Et je vous laisse libre de juger à quel point cette assertion de ma part est vraie ou fausse. En toute démocratie.

Et après il y a : les Autres.

Bon. Arrivée à ce point de mon blabla, je dois vous concéder que nous, Français, mais surtout Françaises, bénéficions d’un atout majeur à utiliser à bon escient. Parler est en soi avoir fait la moitié du chemin et dissiper une grosse partie des hésitations du monsieur. La moindre trace d’accent français vous confère un potentiel insoupçonné: celui de faire surgir les phéromones dans n’importe quelle atmosphère. Vous êtes fairefureurisch rien qu’en disant votre nom. Même les jours où vous avez l’air de Robocop tellement vous êtes de bonne humeur. Ca prend parfois des proportions sidérantes. Téléphonez par exemple à votre caisse de sécu, tombez sur un homme et expliquez lui avec hargne votre problème d’inscription. Jamais vous n’aurez un niveau de service aussi abouti. Plus vous dites de euh, mieux c’est. Idem au boulot. Le  »léger » accent sera jugé délectable. Toujours, y compris si vous ne le voulez pas. Alors, tant qu’à en arriver à ce niveau-là, autant s’en servir. Non mais.

Donc, les liens:

Manon et son bellâtre

Un constat cinglant de Caroline

Le témoignage de Nat, rescapée du désastre

L’analyse d’Hélène

Voilà. Alors on reprend. La drague, vaste sujet pour tous les expats paumés entre les signes, pardon les langages codés incompréhensibles consistant à masquer l’existence des phéromones pourtant bien présents. Les Allemands aiment les jupes, les talons, tout comme tous les autres. La preuve par Loriot et le discours embrouillé d’un père:

La drague, donc, cette façon d’aborder quelqu’un pour des motifs amoureux et que ça soit à peu près clair pour cette personne, je crains bien qu’elle n’existe pas vraiment ici, sauf très rares exceptions tout à fait louables. Le mieux en fait, c’est quand la personne qui drague peut aussi faire croire qu’elle ne l’a pas fait, comme ça elle ne prend pas trop de risques. Pas encore compris quels risques. Du moins dans le sens homme-femme. Il existe certes des relous mecs qui osent faire comme en France, c’est à dire vous aborder au supermarché, dans la rue, ou bien au resto ou au bar, et là ils sont moins relous, de suite (signe de reconnaissance: ils commencent en grande majorité leur discours par Alles klar? Nouvelles venues, vous saurez que non non, vous n’avez pas l’air mal en point. D’ailleurs heureusement qu’ils font ça. Imaginez un peu les baffes qu’ils se prendraient s’ils utilisaient le mot local pour mademoiselle). Mais ça reste assez rare. La grande majorité ne le fait pas. C’est même tellement rare que parfois, vous qui étiez si peinard sans aucun commentaire non désiré sur votre look ou votre forme physique, vous commencez à présenter tous les symptômes de la femme stylée bien française que jamais auparavant vous n’avez été. Ou alors, vous vous surprenez à avoir une certaine nostalgie pour ces compliments gratuits très français qui, dans le fond, ne mangent pas de pain et vous pousseraient presque à réserver un week-end à Paris ou à Nice sur expedia fr ou un autre site, pour vous remonter le moral (mademoiselle, j’te parle! mademoiselle, tu es belle comme la lune! t’habites où? je t’offre un café! je te porte tes provisions si tu veux! etc. etc. Et vous êtes la seule cruche à sourire à ces phrases reloues, donc ils insistent encore plus. Super).

A l’opposé de ça en Allemagne, il y a les séquences où vous réalisez qu’en fait, pas du tout, vous intéressez probablement tout le monde deux trois mecs pas trop moches et que tout va bien, vous n’êtes pas nobody mais en fait, Scarlett O’Hara remix. Ouais. A vous les amours fous à travers les contrées verdoyantes. Il y a un truc dans l’air. Seulement, arrivé à ce niveau-là d’appréciation de votre personne, l’homme peine souvent à diffuser un message clair. Vous parlez pluie et beau temps, neige et verglas. Le problème pour vous est donc d’identifier assez tôt l’objet du rapprochement de votre interlocuteur, histoire d’être sûre sûre après tout ça. Facile à dire, pas facile à faire. Souvent, vous le captez un peu trop tard le rapprochement. Vous vous retrouvez donc sans aucune forme de certitude, désarmée, vaguement désespérée aussi devant tant d’énigmes. Mon conseil: si vous vous posez la question, c’est déjà bon signe. Parce qu’en soi, c’est digne des meilleurs stratégies et tellement limpide que vous n’y voyez vous même que du feu, que vous vous dites que c’est certainement un schtroumpf. Et pour cause: partie de skat ou motif ultime? Discussion politique ou motif ultime?

Bref, plus vite vous décodez, mieux c’est. L’avantage, c’est que plus vous accumulez de temps de présence en Allemagne (système de points, en fait), plus vous commencez à comprendre tôt. Parce que sinon, ça risque tout de suite d’être l’étape suivante: Hollywoodschaukel (= balancelle judicieusement placée sur un balcon, normalement utilisée pour savourer la tarte et le café le dimanche, façon année 50, avec la grand-mère pas loin) dans le vent froid de l’hiver berlinois. Vous attrapez la mort avant d’avoir réalisé le revirement de situation. Ou bien dîner aux chandelles dans un resto posh de Prenzlau quand on vous a parlé d’aller prendre un verre pour continuer la discussion interminable -et palpitante- sur Helmut Schmidt. Avec en prime la vague impression que vous êtes à compter de ce jour LA femme de la vie de l’homme devant vous, et que ne pas avoir assez faim pour finir ce que vous avez commandé peut avoir des conséquences cataclysmiques. Et qui renonce facilement au statut de Scarlett O’Hara pour cause d’indigestion?!

Donc voilà. On a d’abord le sentiment de ne pas exister pendant des semaines, puis subitement de trop exister pour que ça soit plausible, et puis de ne plus rien comprendre à rien. Tout ça est normal. Inutile de paniquer.

Alors après il y a les filles qui partent du principe qu’elles doivent prendre les choses en main. Pour certaines, ça marche. Pour d’autres, pas.  Les pigeonnes. A vous de voir. C’est sans doute une question du nombre de fois que vous avez essayé. Mais le mieux, c’est encore d’en rire avec eux, ça aide à savoir à quoi s’en tenir ;)

Bon. Après tout ça il est fort possible que vous vous demandiez s’il y a un avantage à ne pas vous reconvertir à l’international, histoire de ne pas perdre de temps si comme 90% d’entre nous vous ne comprenez rien à rien. Eh bien oui, il y en a un, et de taille: la reconversion en homme au foyer. C’est qu’il répondrait quasiment à cette attente féminine éternelle du prince charmant à tous égards à lui tout seul, c’est dire:


Le prince charmant von pascaldinot

Enfin bon, les exceptions existent, hein. Tous les hommes ici ne sont pas Monsieur Propre ou chef cuistot à la maison, même s’ils vous racontent la version glamour sur leurs dons en cuisine italienne au restau de Prenzlau. Méfiez-vous. Je ne voudrais pas vous induire en erreur et que ça me soit reproché par un nouveau type de détracteurs. Mais bon.

Edit de dernière minute: Audrey en parle aussi. Deux fois. Comme quoi.

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Germanisation galopante

Derrière le concept du Drogerie Markt se cache une dangereuse lutte culturelle. Expatriés de tous les pays, soyez-en conscients.

Déjà, se balader chez Rossmann à la recherche d’un thé miraculeux peut avoir un côté franchement craignos. On s’en rend compte quand on achète trois boîtes de Husten Tee. 4 jours de souffrance plus tard, les premiers doutes sur l’automédication la médecine naturelle surgissent. On supplie alors son médecin de nous accorder une consultation (mais sans antibiotiques à la clef, ça fait peur les antibiotiques, hein).

Mais surtout, si en plus, vous vous mettez subitement à penser que des choses similaires à ça, ça a son charme, et qu’en plus pour le prix Rossmann aus unserer Werbung, ça vaut le coup, que vous envisagez même un achat compulsif, réfléchissez.  Non seulement vous allez germaniser votre salle de bain, mais en plus vous n’êtes sans doute plus capable de discernement. Ca choquerait Marine, en tous cas. Ce n’est pas ce que vous voulez, oder?!

Je suis d’ailleurs tellement perdue suite à ce choc qu’une partie de moi veut croire que touuuuuuuuuuut le monde en France trouve ça vachement bien.  Ma mémoire doit avoir une Lücke. Un peu comme pour les Birkenstock. On adore, hein?

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Tous à vos écrans

Pour tous ceux (et surtout celles) qui ne le savaient pas, Tilou s’attaque au petit écran. Tilou, c’est Til Schweiger, DIE superstar allemande, dont j’ai déjà parlé abondamment ici. Un homme et un acteur qui me met des étoiles dans les yeux. J’entends son nom dans la rue, je me retourne pour vérifier des fois qu’il serait vraiment dans les parages et pour lui demander d’arrêter de traîner sa gamine partout.

Quelle ne fut donc pas ma joie d’entendre au point info de ce midi que les rumeurs vont se confirmant. Tilou souhaite décidément changer de majeure et délaisser (un peu, faut pas pousser) le cinéma pour apparaître à la TV. Mais pas n’importe où. Non non. Dans le très saint Tatort que les Allemands regardent religieusement le samedi ET le dimanche. En d’autres termes, ça a un potentiel impact très, très important. On ne peut pas comprendre l’Allemagne sans connaître l’importance de Tatort. Si vous ne connaissez pas Tatort, ce n’est pas compliqué à comprendre. Il s’agit du seul événement télévisuel qui parvient à faire vibrer les foules berlinoises sans avoir recours à 90 minutes de foot. Vous mettez un groupe de flics, du sang et une énigme à la Derrick  vaguement modernisée et voilà.  Certains cafés se remplissent grâce à ça. Tout un business. Et tout ça sans avoir eu encore recours à l’aide de Tilou: remarquable!

Pour sauver encore plus de cafés, tout va désormais s’accélérer. Til arrive. Vous me demanderez donc quel est l’intérêt pour Tatort d’aller chercher Tilou qui ne doit pas être donné, vu le cours actuel du Botox. Eh bien, apparemment, Tilou dispose d’un charisme, pour ne pas dire une crédibilité, qui manque aux protagonistes actuels. Il se trouve que ça me plaisait bien sans le charisme et la crédibilité.  Bon. Mais des fois que ça me plaise encore plus.

Quel est l’intérêt du côté de Til Schweiger? En y réfléchissant bien, je crois qu’on peut résumer ça en 3 points:

- Tilou doit en avoir assez de cette image de bellâtre vieillissant. D’autant plus que les comédies romantiques se conjuguent difficilement avec l’âge, dans le fond.  Merci à Hugh Grant de l’avoir montré malgré lui. Donc pourquoi ne pas réfléchir à un changement radical d’image via le petit écran. Camper un commissaire sexy vachement futé, vachement sur la descente, et vachement populaire, qui pour une fois n’a de bellâtre que l’apparence (en fait c’est absurde ce que j’écris: à part l’apparence, que possède un bellâtre?). Ca devrait lui plaire à Tilou. Moi à sa place j’aimerais en tous cas. Passer un cran au-dessus. A sa place, je serais même prête à m’enlaidir un peu pour sortir du rôle unique  à jouer une fois tous les 2 ans sur grand écran.

- Tilou veut encore agrandir son public féminin. Non content de les attirer au cinéma (et parfois même de faire subir ça à leur malheureux compagnon traînés là contre leur gré), il veut maintenant les surprendre chez elles, quand elles sont en train de réfléchir à leur Brötchen du soir. Il est d’ailleurs temps de penser à l’avenir: plutôt que de viser les fêtardes de 20, 30 ans qui sont susceptibles de voir les affiches de ciné, il faut viser les quinquas, fidèles dans l’adversité, plus sérieuses et attentives  à leur écran à l’heure du repas.

- Tilou se voit bien en Derrick deux. Il y a d’ailleurs relativement peu à investir: un imperméable, des grosses lunettes (faire un tour chez l'opticien, c'est en option on dirait), de la gomina, un assistant. Une carrière d’avenir si l’on se souvient de Horst Tappert, légendaire au-delà des frontières grâce à l’art du gros plan. C’est précisément ce qui manque à Tilou: l’accès aux publics féminins au-delà du Rhin et des mers. D’ailleurs Tatort, à l’étranger, pas encore entendu parler. Il serait temps. Til pourrait être l’argument clé d’une internationalisation. Je ne le comprends que trop bien, il faut jouer global et parier sur la tension dramatique. D’ailleurs ça rejoint mon point 2, bizarre, non?

Par contre pour la série je ne sais pas si c’est si futé que ça. Des fois qu’il se barre subitement pour jouer Kokowäh 2 (là où il se rend compte qu’il a non pas une gamine mais deux. 2 heures avant son mariage). Ou alors pour les producteurs de ciné. C’est vrai, il risquerait de fatiguer, à être partout.  Moins de spectateurs pour des films comme ça, ce serait dommage.

Je crois qu’on peut résumer ça par des ambitions hégémoniques de la part de la personne qui a eu cette idée. Si vous n’avez pas encore compris jusqu’où porte l’ombre de Til, songez à Banderas en Espagne et Depardieu en France. Mais en pire. Bien pire. Hégémonie, que je dis.

Lisez cet article si ça vous dit.

Bon. Tout ça pour dire que je vais voir voir Tatort tant qu’il en est encore temps. La rediffusion de la veille, ça a du bon.

Et vous, vous êtes enthousiastes?

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Phrase du jour…

Quand un médecin allemand vous donne spontanément des antibiotiques, vous commencez à craindre légèrement pour votre existence.

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Berlinification

Berlinification, n.f, création langagière déposée par moi. Processus par lequel un individu lambda se retrouve par de nombreux traits assimilable aux Berlinois de souche. Les stades de la mutation sont difficiles à évaluer, voici donc une liste non exhaustive des symptômes frappant la victime, ci après dénommée simplement « Lambda »:

- aucune réflexion au moment de l’achat d’un produit bio. Avant, l’individu hésite, agit avec un pincement de coeur ou de porte-monnaie, conscient au final des raisons de son choix. Après, il met ça furieusement dans son panier de courses et est même capable de lâcher des phrases clichés en entrant dans la boutique telles que: « mais où est le rayon bio? » Violent. Surtout quand on sait que Lambda, en bon Berlinois, n’est pas forcément richissime. Suffit de regarder la clientèle des marchés bios pour comprendre. Sur la Warschauerstr., Lambda berlinifié peut même avoir la chance de converser avec une caissière française. Sujet de conversation: le bio, ses bienfaits, son évidence.

- Lambda a accepté la venue de l’hiver. Il a intégré le fait que dans quelques mois il va avoir l’air d’un bonhomme un peu grassouillet et pas franchement sexy. Il accepte avec calme la perspective horrible de subir -10°C ou -15°C à des intervalles réguliers. Il ose même corriger: -15°C, c’est la nuit, une fois par hiver, voire même pas forcément tous les ans. C’est dire, il a du vécu à son actif.

- dans le même esprit de survivant acharné, Lambda se souvient de ce qu’il a appris les années précédentes et du scandale intemporel des hivers berlinois.  Pas le froid, non. Les stocks de luges pour les enfants et les stocks de sel pour les piétons sont insuffisants. C’est un drame chronique qui fait bondir Lambda. Et c’est dans cet ordre qu’il le dit, pas l’inverse. A moins qu’il ne peste d’abord contre la BVG, la ligne M29, M19 et M48, jamais ponctuelles. Dans une vie antérieure, c’était lui qui n’était pas ponctuel, mais il a oublié cette partie de lui-même. Lambda a toujours été irréprochable sur le timing. Puisqu’il vous le dit.

- le Berlinifié s’excite à l’idée d’aller voter. Ancien politicard à ses heures, le monde politique germain le fascine. Quel parti lui correspond, quelles affiches lui plaisent visuellement et sur le plan des idées (car il lit les affiches. Toutes. Parfois même, Lambda se retourne, hausse le nez. Pour votre information, il vient d’aviser un lampadaire électoral). Après vient une phase intense de check de ses informations précédentes. Comment s’appelle le salaud gars qui a parlé l’autre jour il y a 3 mois à la radio. Que je ne vote pas pour lui. Voter prend pour Lambda tout son sens. Avant, c’était un devoir. Maintenant, ça serait presque intéressant. Et de voir que Lambda pense à s’inscrire, en plus, à l’ambassade pour pouvoir voter aussi en France en 2012 et se comporte pareil en France. Impressionnante révolution intérieure.

- Lambda semble comprendre le Berlinois avancé. Il dit parfois des choses qui dépasse l’entendement pour un être innocent et préservé. Un samedi de septembre, cherchant à entamer une conversation avec d’illustres inconnus: « schönes Wetter, wa? » Au coeur de l’hiver, en attendant le bus, a repéré une target: « och, heute ist och ganz schön kalt, nicht wahr? ». Il n’a pas de problèmes pour interpréter la phrase « ick hab ein Weinkuuuuh gemoocht » et réagit de facon appropriée, du tac au tac: « ein Weinkuchen? Wie schön! » Et si on lui demande comment il va, Lambda peut dire « Jut », certes souvent sous l’emprise de l’alcool, mais il faut quand même pouvoir le faire…

- On s’arrête au feu rouge pour les piétons dans 95% de la ville, Lambda s’y plie avec empressement. Exception notable, la Warschauerstr. Ailleurs, notre ami sera le premier à rappeler à son visiteur que ça ne se fait pas, que ça coûte super cher si on se fait choper, que les bagnoles ne s’arrêteront pas forcément comme en pays angevin (du Bellay, ce visionnaire incompris…) Pis que ça: Lambda regarde d’un oeil noir les cyclistes incompétents, ceux qui mordent de la voie vélo sur la voie piéton, ou bien encore ont le culot de traverser la rue avec leur bolide à deux roues, sans descendre. Ce qui n’empêche pas notre cher ami de rouler avec une vieille bécane déglinguée en dehors de la voie vélo. Lui, il sait manier un vélo. Pas comme les autres.

- Lambda commence à voir d’un oeil vaguement négatif les floppées de touristes qui viennent enrichir découvrir la ville. Choqué par les autocollants associant les touristes aux terroristes posés un peu partout, il n’exprime pourtant que mépris pour ces gens qui se perdent dans le métro pourtant si simple et finissent par provoquer des drames urbains banals (« on a perdu Marcel! Mais où est Marcel?! Chéri, il faut descendre, on a perdu Marcel!! »), ceux qui ne payent pas leur billet et le disent en riant d’un rire gras, et surtout ces Français qui fleurissent avec le soleil. Subitement, de mai à août, Lambda découvre que le touriste français adore Berlin, et s’en énerve. D’abord parce qu’il doit ENCORE traîner sa troupe au Reichstag, ensuite parce que Marcel envisage rarement un tour de la ville à vélo (voyage + barrière langagière+ vélo= « on a perdu Marcel ». 15 fois en 4 heures, 14 fausses alertes, et une vraie). Et pour finir parce que Berlin, c’est SA ville. Pas un bidule qu’on visite en mangeant du curry wurst et en se faisant photographier à Checkpoint Charlie. Pour Lambda, l’idéal du touriste, c’est son ami Oméga qui vient crécher quelques nuitées, comprend l’allemand, reste blasé devant un Kebab, s’extasie devant des Brötchen bios et du Streichkäse, et surtout demande à faire des musées ou activités du type original. Exemple: le simulateur de vol de Weddding. Voir ici pour tous ceux qui cherchent l’inspiration dans une conversation où on vous dit que Checkpoint Charlie est LA chose à voir dans cette ville. Bon ok c’est cher, on fait pas ça tous les jours. Mais ça peut avoir un côté franchement plus marquant que la photo répliquée à des millions d’exemplaires de la porte de Brandenburg.

- Lambda, car on parlait bien de lui, pas des touristes, est presque devenu végétarien, et il ne se porte pas plus mal. Viande au resto, chez soi, on s’offre parfois un filet de saumon, du jambon, des lardons dans une préparation qui autre fois était une quiche et qui maintenant ne ressemble plus à rien du tout. Tout le reste relève de l’aventure culinaire. Lambda n’aime plus vraiment la viande, sa famille et ses amis en visite s’inquiètent de sa santé. Pour les carences et souvent aussi pour voir si Lambda subit une quelconque pression psychologique cherchant à discréditer le rôti de veau aux pistaches.

Bref, un Berlinifié n’est même plus capable de savoir vraiment d’où il vient. Le remède reste encore inconnu.

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