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Littérature suisse-allemande: Melnitz

Aujourd’hui, un livre moitié hors-sujet: Melnitz, de Charles Lewinsky.

Un pavé qui pourrait en décourager plus d’un par sa taille. Et pourtant, le livre vaut le détour, et de loin.

Et d’une, c’est un best-seller d’il y a quelques années, pas de meilleure publicité que celle-ci.

Et de deux, il s’agit d’un très beau roman familial courant du XIXème à la fin de la seconde guerre mondiale, présentant un intérêt historique autant qu’humain. Le livre est remarquablement écrit et traduit, on se sent porté par l’ironie du propos, ce détachement presque laconique par rapport aux personnages et à leur destin de famille juive protégée par une frontière fragile. La Suisse, havre de paix, est elle aussi en proie à la montée de l’antisémitisme.

Tout commence avec Salomon, considéré comme le patriarche, contraint comme tant d’autres de s’installer dans l’une des deux bourgardes suisses acceptant la présence de Juifs sur son territoire, Endingen. Salomon, marchand de bestiaux de son état, n’a pas sa langue dans sa poche, et une famille réduite, composée d’une famille adoptive, Hannele, et d’une fille naturelle, Mimi. L’une est pragmatique et sèche, l’autre rêveuse et hautaine. Veillées par l’oncle Melnitz, mort et pourtant présent dans la maisonnée comme un mauvais souvenir, elles se disputent Janki, le cousin lointain, soldat déserteur français et jeune homme ambitieux. De cette dispute et de ses conséquences naît une famille bigarrée, mi-suisse, mi-française, fière de ses origines judaïques et de ses acquis, se libérant progressivement, avec la Suisse, des entraves imposées à la communauté. On voit le rêve bourgeois ressurgir, se débattre, prendre la forme d’un rêve d’intégration illusoire.

Une grande partie du livre présente le gonflement subi de la communauté juive helvétique, sa réinstallation progressive dans des villes importantes, Baden, Zürich, et les rapports douloureux avec les nouveaux arrivants, venants la plupart de Russie. Une autre partie décrit quant à elle la perception de la menace nazie, et l’attitude de neutralité suisse conduisant à la fermeture des frontières sur des milliers de fuyards.

Derrière tout cela, il y a la question de l’identité juive comme de l’identité suisse. Le roman raconte en fait un gigantesque mouvement humain dans une Europe de plus en plus déchirée, ainsi que la quasi absence d’un sentiment d’appartenance locale. L’ancien soldat déserteur transmet sa nationalité comme une couronne de laurier, elle se transforme en une maladie mortifère. Et la nationalité suisse ne sauve pas non plus qu’une autre des persécutions, ni de l’errance à la quête de son identité. Pire, quand Allemands et Français s’entendent, le stigmate de l’antisémitisme ressurgit soudainement, là où on ne l’attend pas, pour le plus grand plaisir de l’oncle Melnitz qui foule aux pieds le rêve de Janki, élément perturbateur et porteur de rêves d’intégration, qui, dans le fond, n’avaient pas leur place dans cette famille. Ce qui est raconté, c’est peut être cette façon que chaque membre de la famille a de s’accomoder de cette situation d’exclusion, ou bien précisément de lutter contre elle.

Un grand roman familial avec des personnages forts et attachants, presque dans la lignée des sagas. Le tout porté par une superbe prose, porteuse de dialogues vivants comme de fines analyses psychologiques

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