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Monument d’histoire berlinoise: l’Oberbaumbrücke

Difficile de vivre à Berlin sans connaître l’Oberbaumsbrücke. Pourtant, je ne suis pas sûre que tout le monde sache ce qu’il représente ou bien encore tout le poids de l’histoire qui se cache derrière. La preuve, je ne savais pas non plus tout avant de me poser sérieusement la question…Et donc je partage!

L’Oberbaumsbrücke, c’est un pont néogothique qui enjambe la Spree pour relier Friedrichshain et Kreuzberg. Vu de Friedrichshain, donc en venant de la Warschauerstr., ça donne ça:

Il s’agit du pont le plus large de la ville, si j’ai bien compris. Dessus, la ligne de métro U1 fait le lien entre les deux quartiers depuis 1995, suite à une restauration des plus coûteuses. Car on se doute que pour avoir subi les bombardements, l’invasion russe et la guerre froide, il n’en restait plus grand chose, de ce pont. En 1944, pour la petite histoire, il était encore à peu près debout. C’est Hitler, dans un dernier éclair de géniale lucidité, qui a ordonné sa destruction totale pour mettre un point final à l’avancée de quelques ridicules troupes soviétiques prétendant pouvoir conquérir Berlin (une des conséquences du fameux Nerobefehl…). Du coup, en 1945, plus de pont qui tienne. Affaire réglée, invasion pas du tout empêchée. Mais passons.

Pourquoi ce nom? Il faut imaginer que la frontière extérieure de la ville passait à cet endroit à un moment donné. Pour contrôler la Spree, les Berlinois avaient imaginé un système permettant de poursuivre la frontière terrestre et laissaient un passage très étroit pour les bateaux voulant entrer dans la ville et devant montrer patte blanche à la douane au passage. Ce passage était fermé la nuit grâce à un tronc d’arbre nommé Oberbaum. A l’autre bout se trouvait le Unterbaum, donc également un Unterbaumbrücke, aujourd’hui remplacé par le Kronprinzenbrücke. Tout ça date du début 18ème siècle, époque à laquelle un premier pont en bois se situait à l’endroit actuel.

En 1894, moment où la ville a commencé à prendre une véritable ampleur grâce à l’avènement de l’ère prussienne, on décide de donner plus d’allure à ce pont. D’abord parce qu’il est question de relier Stralau (intégré dans l’actuel Friedrichshain) à Kreuzberg via la voie ferrée, ensuite parce que l’on souhaite donner de la prestance à cette ancienne porte de la ville. Otto Stahn, qui a été en quelque sorte l’architecte urbain de Berlin à la fin XIXème, s’occupe de faire les plans. Cela donne un gigantesque pont néogothique qui enjambe le fleuve en 7 voûtes. Dessus, la ligne U1, et en dessous, un espace pour les promeneurs.

Après guerre, on répare le pont comme on peut, et il reste ouvert aux piétons jusqu’en 1961. La suite, on la connaît: l’endroit sert de frontière entre deux Allemagne, et les fuyards se noient à quelques mètres de l’Oberbaumbrücke sans que personne ne puisse faire quoique ce soit. Pas étonnant, dans ce cas de figure, qu’on considère sa reconstruction comme une priorité lors de la réunification: il faut mettre l’accent sur les traits d’union entre l’ancien est et l’ancien ouest pour pouvoir accélérer les choses. Mais d’un autre côté, tout effacer, ce n’est simplement pas faisable. Alors on laisse des traces, on exhibe des cicatrices urbaines. Il s’agit de conserver les traces du passé en gardant des pans de murs entiers (East Side Gallery, juste à côté…) tout en mettant du baume sur les mémoires meurtries en reconstruisant le Berlin perdu, le Berlin d’avant, le Berlin uni. Difficile là-dedans de trouver le bon équilibre, les bonnes décisions en termes de priorité urbaine. Encore aujourd’hui, on en sent les effets. Cela donne parfois l’impression d’être face à un puzzle urbain dont l’assemblage des différentes pièces donne une ville. Vous mettez le quartier des musées autour de la Potsdamer Platz, le Görlitzer Park, l’East Side Gallery, la Spree, l’Oberbaumsbrücke et la Warschauerstr. bout à bout, et ça, c’est Berlin. Assez symptomatique du problème de la ville, non?

Pour finir sur le pont en lui-même, il est maintenant le symbole des deux quartiers réunis dans une seule circonscription administrative, Friedrichshain-Kreuzberg. Depuis 1998, il est le théâtre d’un affrontement assez bizarre: la Gemüseschlacht, bataille de légumes. Mais surtout, il est à un endroit stratégique pour tous les fêtards, que vous croisez normalement avec une bière dans le nez et l’autre dans la main, dans le métro ou sous les arcades…

Bientôt un article du même genre sur la coulée verte. Je devrais ouvrir une catégorie urbanisme moi :)

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Pourquoi veut-on tant voir Berlin?

Pas de doute, s’il y a une ville en Allemagne qui attire en ce moment, c’est bien Berlin…Effet de mode, ville branchée, jeune, pas chère…La capitale germanique a la cotte.

Côté allemand, Berlin est plutôt mal vue. Ses habitants passent pour des gens arrogants, froids, distants. Le taux de chômage est très haut, le contrôle social faible (vous savez cette manie qu’ont certaines personnes de s’immiscer dans vos affaires pour que vous fassiez les choses à leur manière? C’est ça que j’entends par « contrôle social ». ça peut être la voisine qui vérifie derrière vous que vous faites bien le tri sélectif, comme les gens qui critiquent le look des autres en les croisant dans la rue…). Et il y a une forte minorité turque…je ne vous refais pas la théorie Sarrasin, mais les Turcs en Allemagne…on ne peut pas dire qu’ils soient bien vus, hélas.

Bref: pour un Allemand, une ville attractive, c’est une ville de l’Ouest (et d’une!), voire une petite ville « à taille humaine ». Hambourg, Munich, Stuttgart… un Allemand commencera par vous parler d’elles, puis des villes secondaires, parfois de l’Est, selon votre interlocuteur. Dresde, Leipzig, par exemple.

Reste que nous les Français, on ne voit visiblement pas les choses de la même manière. Avec 30 000 ressortissants ici au bas mot, oui, on peut dire que la ville nous plaît…et quelque chose me dit que je n’ai pas fini d’entendre du Français dans la rue.

A force de m’interroger, j’ai fini par trouver quelques raisons pour lesquelles cette ville nous attire tant:

1. On raisonne sur des modèles différents, les Allemands et nous. Le fédéralisme versus la centralisation, ça vous dit quelque chose?  Après plusieurs mois passés ici, je commence tout juste à prendre la mesure de ce que cela signifie. En termes d’attractivité, de renommé d’une ville, à peu près le jour et la nuit. En France, qu’on l’aime ou non, on pense très souvent Paris et le reste. Cette prédominance parisienne laisse sa trace partout: dans les trajets des trains qui commencent tout juste à évoluer pour éviter un passage absurde par la capitale, dans les activités culturelles (musées, grands théâtres…sont à Paris. En Allemagne, Stuttgart et Hambourg se défendent suffisamment pour être vues comme les meilleures villes pour la musique). Ou encore dans les expressions courantes (« se faire limoger »= se faire envoyer à Limoges, inaccessible depuis Paris dans son sens d’origine; « avoir une mentalité provinciale »…). Cette prédominance est tellement importante qu’elle nous imprègne parfois à notre insu.

Bilan des courses par rapport à mon propos? Eh bien, pour un Français, a priori, les choses sont similaires en Allemagne- personne ne nous a  vraiment expliqué les subtilités qu’il y a derrière le mot « fédéralisme« . Bien entendu, en ce qui me concerne, je savais que d’autres villes étaient plus attractives (Munich par exemple). Mais en bonne Française, j’ai pensé que les trois mois que j’allais passer en Allemagne, mieux valait les passer dans une capitale que je ne connaissais pas encore que dans une ville secondaire, même si tout à fait dynamique par ailleurs- mea culpa, maintenant j’ai compris… Bref: je ne pense pas faire figure d’exception, loin de là.

2. Berlin, c’est pas cher. Facile de s’installer: les colocations sont faciles à trouver (compter entre 250 et 400 euros pour une chambre en plein centre-ville), le discount est presque une religion…pas difficile ici de vivre avec des petits moyens. Parmi les gens qui sont attirés par le rayonnement de cette ville, il y a par conséquent beaucoup d’artistes: musiciens, écrivains, peintres…Facile de venir aussi: les compagnies low-cost sont là, à Schönefeld.

3. Un dynamisme culturel. Je ne parle pas spécifiquement de culture « haut de gamme »- musées & co- qui existe ici aussi, mais plutôt de ce foisonnement d’initiatives qui existe ici. Ce sont des centaines de petits projets qui naissent tous les jours- vite éclos, souvent vite avortés, mais toujours au rendez-vous, éphémères comme la vie d’un papillon. Tous ces artistes qui vivent ici produisent une vie culturelle active dont les formes surprennent au coin d’une rue, par leur forme, par le mode d’expression choisie. Graffitis, peintures murales, looks alternatifs, musique d’exploration, appelez ça comme vous voulez: au fond, on en revient toujours à l’idée que la créativité et ses conséquences ici, ça vole dans l’air…

4. Son histoire. La réunification, le nazisme…qu’on le veuille ou non, ce sont des thématiques qui plaisent en particulier aux Français (pas convaincus? Faites une comparaison internet entre les retombées des 20 ans de la réunification entre les sites français et allemands…). Berlin est LA ville qui réunit à nos yeux tous les pans de cette histoire trouble. C’est à Berlin qu’il y a les traces du Mur, c’est encore à Berlin qu’il y a eu le bunker hitlérien…Je pense que cette mémoire est quelque chose qui joue dans nos perceptions, sinon dans nos ambitions touristiques ou de déménagement.

Sinon…il reste sans doute plein de raisons auxquelles je n’ai pas encore pensé. La question reste ouverte au débat!

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