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Les touristes et Berlin

Les lecteurs réguliers de ce blog l’auront compris, je n’aime pas les touristes. Ou plutôt: je ne les aime plus. Il paraît que c’est un signe d’intégration. Ce n’est pas moi qui le dit, mais une copine qui est née ici, derrière le Mur. Je pars donc du principe qu’elle a forcément raison. Surtout ne pas admettre qu’on aime pas les gens qui se baladent en ressemblant à rien en général, à commencer par les superbes tee shirts criards obligatoires.

Donc voilà: ici, les touristes ne sont pas tant les bienvenus que ça. C’est un peu comme les Souabes qui ont quitté le merveilleux pays des Spätzle pour venir à la capitale. Les Souabes passent aux dires d’une certaine minorité berlinoise pour des suppôts de Satan. Ils se goinfreraient des Spätzle toute la journée, comme au pays, rouleraient sur l’or, n’auraient aucun intérêt ni respect pour la culture locale. Mais surtout, leur présence est considérée comme insupportable pour le rôle qu’ils jouent sur l’augmentation du coût de la vie. Berlin se veut bien pauvre et sexy, mais il y a des limites. Pas si le tout est noyauté de riches étrangers! Et tout ça d’ailleurs, ça risque de se faire ressentir le 1er mai, comme chaque année.

Vous me direz donc, pourquoi ce lien entre les Souabes, les touristes, le coût de la vie?

La gentrification. Encore et toujours. Ce mot horrible en français comme en allemand désigne le mouvement de hausse des loyers en centre-ville qui n’épargne plus Berlin. Il y a le centre-ville, et il y a le reste. Et ça empire par des petites mesures anodines. Mon loyer a été rehaussé de 20 euros mensuels par rapport à celui payé par le locataire précédent. Pour d’autres, c’est une petite lettre qui arrive un jour par la poste annonçant que désormais il faut aligner 80 euros de plus. Purement et simplement.* Autant dire que pour tout le monde, c’est un problème. Pour une branche minoritaire de l’extrême gauche, environ 2000 individus, il n’y a pas à chercher loin dans tout ça. C’est bête comme chou, et donc d’autant plus exaspérant. Et ce beau monde, même minoritaire, influence une bonne partie de la population berlinoise. Ca me fait vaguement penser à ces idées d’extrême droite qui se banalisent sous le prétexte qu’une attitude décomplexée est salutaire. Plus rien n’est grave. Tant qu’on ose réfléchir (notez bien que ce mot est toujours prononcé de façon très bizarre dans ce type de circonstances. Vous avez l’impression que la personne zozotte, quasiment. Bref). Dans le cas présent, c’est un peu la même chose: puisque tout le monde souffre de la hausse des prix, il n’est pas grave d’oser désigner les coupables. Voire de brûler leurs voitures. Ils l’ont bien mérité.

On considère donc, dans toute l’intelligence coutumière à ce genre de raisonnements, que l’on peut facilement attribuer la faute à un groupe ethnique bien marqué. Je ne sais pas vous, moi ça me fait vaguement penser à du racisme. Ce sont donc les mangeurs de Spätzle les coupables, ces Allemands de l’Ouest qui rappliquent aux premiers signes d’enrichissement d’une ville dont ils comptent visiblement voler l’âme. C’est donc ainsi qu’on colle indistinctement sur le dos du capitalisme, de l’invasion souabe et de la modernité le fait que des voisins ne se connaissent plus vraiment, que Berlin change (il est bien connu qu’un changement est forcément pire), que les prix montent alors qu’ils pourraient rester bien bas. Bon, dans tout ça, le fait qu’il y ait autant de Français ou d’Américains ou d’Espagnols dans les rues, ça n’est pas si grave: ce ne sont pas des Souabes, les Berlinois, extrémistes ou pas, ne sont donc pas encore au courant. Surtout gardons bien le secret.

Si encore on pouvait en rester là. Mais non. Il y a en plus des gens, a fortiori étrangers, qui mangent normalement des spaghettis, des cornichons et du boeuf stroganov. Ces gens errent en troupeaux dans la ville. Soit ils sont en version short-vieilles tennis-besace-casquette (celle que j’adore, vous devriez avoir compris), soit il s’agit d’une foule attirée par la réputation de Berlin, capitale de la nuit, étoile montante de la vie culturelle et événementielle de l’Europe, pas chère, agréable, reine de la techno. Les anciens fêtards (enfin, pas si anciens que ça) sont les premiers à hurler sur ces fichus touristes dès qu’une fête prend trop d’ampleur- si vous ne hurlez pas, ça ne sert à rien: tous les touristes sont, par définition, sourds. Les cyclistes pestent contre les touristes, ces gens qui restent des plombes sur une voie vélo si pratique et déserte quand personne ne s’est parqué dessus, à commencer par les flics. Ce qui est bien, dans l’histoire, est que la plupart des touristes passent complètement à côté de la plaque.

Donc, pendant que ces futurs candidats à l’insulte préparent leur voyage en cherchant les meilleurs hôtels à Berlin, je commence à me demander dans quelle mesure ma haine désormais instinctive du touriste dans toute sa platitude résulte de mon bon entendement. Plus le temps passe, plus je me pose la question. Quelles opportunités a cette ville? Ni l’industrie, ni la finance. Impossible ou presque de faire carrière à Berlin hormis trois ou quatre grandes boîtes qui se battent en duel. En revanche, il y a la réputation de Berlin, les lacs, les paysages, le centre-ville. Ces touristes permettent à la ville de jouer dans la cour des grands**. Sans eux, je n’aurais sans doute jamais eu l’idée de venir m’enterrer ici. Je serais certainement à Munich, Hambourg ou Stuttgart. Ils créent de l’emploi, permettent à une ville qui était entièrement close et entièrement germanophone il y a un peu plus de deux décennies de goûter à nouveau à l’international. Et voilà qu’on voudrait vivre sans. Que des clubs collent des étiquettes déclarant que les  »Touris » ne sont pas les bienvenus. Je ne souhaite pas finir comme ça, ou comme les riverains de l’Admiralsbrücke, qui ne supportent plus rien, et ont besoin d’une équipe de médiation pour pouvoir avoir un vague sentiment de quiétude…

Je me demande si une autre ville dans le monde a cette attitude envers le tourisme? Je t’aime moi non plus?

* Si vous ne me croyez pas sur la hausse des loyers, relisez cet article du blog de Manon…

** Pour plus d’infos sur le sujet, vous pouvez lire cet article un peu ancien, ou bien même aller voir chez les descendants de Shakespeare.

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En vrac

Le pire, quand on évolue dans Berlin, c’est de tomber sur de parfaits inconnus dont on sait tout de suite que c’est du comme vous: Français. On passe de trop longs instants à se regarder d’un air mauvais. Le premier qui parle a perdu.

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Printemps météorologique sur Berlin: il fait en gros le même temps que début décembre. La différence, c’est que maintenant il faut en plus être content.

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Que quelqu’un m’explique pourquoi les francophiles et francophones locaux disent  »ich spreche nur ein bisschen Französisch » pour signifier  »je suis bilingue ». Limite s’il ne faut pas les menacer pour qu’ils sortent trois phrases en français parfait, consistant à vous dire qu’ils sont en train de se ridiculiser. Pendant ce temps, vous passez pour une cruche diplômée à force d’accumuler les fautes d’articles, tout en osant dire que vous parlez pas trop mal l’Allemand. Ca doit être un complexe national qui aboutit à nous faire passer pour des frimeurs…ou bien quoi?!

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Pendant que l’Allemagne s’enfonce dans l’idée que les différences est-ouest sont intangibles, l’écart entre Berlin Ouest et Berlin Est se gomme progressivement. Aplanissement des loyers, tout est plus cher. Il faut diviser la ville entre centre-ville et périphérie, et non plus entre quartiers. La ville s’internationalise. C’est peut être le seul endroit d’Allemagne où les mots  »Ossie » et  »Wessie » ne sortent pas à tout bout de champ. N’empêche: vous mettez les mêmes ailleurs, ils vous ressortiront les mêmes préjugés et les mêmes reproches.

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L’intégration est depuis 60 ans un sujet douloureux et le reste. Elle est ressentie comme un phénomène lié à la maîtrise de la langue allemande. Ne pas parler= ne pas être intégré. Cf la politique de l’Arbeitsamt qui lie ses prestations à la maîtrise de l’allemand, pendant que le Finanzamt de l’autre côté interdit aux employeurs de financer des cours de langues à ses employés autrement que par le biais d’un prélèvement salarial. Il y a aussi le concept de Gastarbeiter. Des gens dont on attendait qu’ils viennent travailler et puis qu’ils rentrent gentiment chez eux. Qui ne l’ont pas forcément fait, et qui sont maintenant là, ni vraiment intégrés, ni vraiment rejetés. On les aime bien, mais tout le monde ne comprend pas vraiment. Relire le livre Maria, ihm schmeckt’s nicht sous cet éclairage. Il y a les Berlinois du Sud fiers de parler le haut-allemand, qui  »ne se sentent plus chez eux » à force d’entendre autre chose que de l’Allemand dans les rues, et les gens du Brandenburg, qui sont fiers d’avoir acquis l’accent berlinois pour pouvoir avoir des racines plus locales. Et au-delà de ce petit monde un brin auto-centré, il y a des Turcs, des néonazis et une extrême gauche assez active.

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Un mot oublié de ma grand-mère qui revient à la surface:  »avant la guerre, Paris et les autres grandes villes parlaient toutes les langues, sans que l’on pense forcément être à l’étranger. Ca a changé ». D’où nous vient cette sorte d’aversion pour le multilinguisme? Paris bénéficie d’une immigration dont la langue est souvent le français. Berlin, non. Mais cela signifie-t-il que Berlin est plus ouverte au monde extérieur?

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Prépositions, particules et conséquences

Le pire, quand on apprend l’allemand, c’est de vouloir le faire bien. On se retrouve noyé dans la règle du par coeur, les fiches, les règles à n’en plus pouvoir. Enfin, il y a des gens qui réussissent sans. Malheureusement, ça n’a pas été mon cas. 10 ans d’efforts.

Aujourd’hui, le bilan est plutôt bon: je n’ai plus qu’une seule fiche, un seul point qui me perturbe gravement. Enfin plus ou moins, la gravité, c’est relatif. Non pas que je ne fasse plus de fautes: je les fais en sachant ce que je fais. Fièrement. Mes fautes sont de vieilles habitudes, des bafouillements qui font partie de moi. Les abandonner, ça serait perdre un peu de mon âme. Alors voilà.

La seule vraie zone d’ombre, donc, ça reste le domaine des prépositions et préfixes bizarres qu’on va coller à des verbes pour exprimer des idées très précises et souvent un poil loufoques. Exemple: vous voulez corriger la coupe d’un vêtement, vous pouvez dire, semble-t-il, ce mot merveilleux: umschneiden.

J’ai donc essayé de mettre un peu d’ordre grammatical dans ma tête. Comme je suppose que je suis loin d’être la seule à en avoir marre, petit florilège des prépositions et préfixes qui peuvent nous tomber dessus:

A/ les prépositions sympathiques, celles qui s’emploient avec UN SEUL CAS:

prépositions suivies de l’accusatif:

  • durch
  • für
  • ohne
  • gegen
  • um

prépositions suivies du datif:

  • aus
  • bei
  • mit
  • nach
  • seit
  • von
  • zu

B/ Les prépositions sehr feindlich, qui s’emploient avec plusieurs cas:

  • an
  • auf
  • hinter
  • in
  • neben
  • über
  • unter
  • vor
  • zwischen

Alors là, l’idée de base est simple: s’il y a un mouvement, vous mettez l’accusatif, sinon le datif. Même ma grammaire Niemann und Kuhn le dit alors:

Er schreibt ins Heft.

Er klopft an die Tür.

Ich schaue Dir in die Augen.

Ca se complique avec les idées de choses achevées et les verbes d’état. Là, on passe au datif:

Er verbirgt sich hinter dem Baum. (il ne bouge pas d’un poil…)

Wir landem auf dem Flugplatz. (on atterrit, comprendre que le vol est fini, c’est un fait).

Comme j’ai toujours du mal avec cette règle-là, j’ai simplement décidé d’apprendre ces phrases par coeur. Ca marche pas trop mal pour le moment.

Datif également pour tout ce qui ne concerne pas le lieu (SAUF: denken an/ glauben : ich glaube an Dich et auf/ über qui restent à l’accusatif: ich bin böse auf Dich). Exemple: sie fürchtet sich vor ihm, er hält sie am Arm mais ich denke über Deine Wörte nach et ich denke an Dich die ganze Zeit.

C/ Les prépositions qui se transforment méchamment en préfixes verbaux.

Là, malgré mes efforts, je n’y vois pas clair du tout. Je vous mets les quelques indications que j’arrive à formuler sans avoir mal au crâne. Si vous avez des règles plus simples, surtout, exprimez-vous.

  • um se colle un peu à tous les verbes. Pratique pour faire style on sait tout ou presque comme les Allemands de souche. Il exprime la transformation ou le changement, on met l’accusatif et c’est bien pratique. Ich muss diese Tasche umtauschen, sie ist leider defekt.
  • be, c’est un moyen d’insister sur la force donnée au verbe. Ou une forme plus polie (quoiqu’à un moment ça se rejoint). La plupart du temps, comme le verbe devient faible avec l’ajout du be, il faut apparemment compenser en ajoutant le sich.  La bonne nouvelle, c’est que du coup vous êtes autorisés à utiliser l’accusatif en toutes circonstances. Sich bedanken>> ich bedanke mich. Idem pour: Sich beklagen. Sich bewerben. Le hic, c’est que personne ne sait vraiment quels verbes tolèrent l’ajout d’un be et quels verbes ne le peuvent pas. C’est que ça ferait un peu vieillot, voire pas clair du tout chez les jeun’s.
  • ent, c’est pour l’idée de jeter et distancier quelque chose. entwerfen, jeter quelque chose sur le papier. etwas entfernen: mettre quelque chose à distance. Pas de cas en particulier.
  • vor, pour mettre un argument sous les yeux d’une personne. vorwerfen: lancer quelque chose à la figure de quelqu’un, donc reprocher. vorstellen: présenter (devant) quelqu’un. vorhaben: avoir un projet (à développer).
  • an, ça exprime l’idée d’un échange. Ce qui est pratique avec celui-là, c’est qu’associé à un verbe, il est quasiment systématiquement associé à l’accusatif. Ca rejoint ce que je disais plus haut: ich denke an Dich, ich glaube an Dich, mais aussi ich spreche Dich an.

Voilà. Il y en a d’autres et je pourrais aussi vous parler du génitif. Mais là, ça suffit pour aujourd’hui, je réserve le reste à une autre fois. Suspens.

Psss: on pourrait pas demander à Merkel de réformer la grammaire…? Allezzzzzzzz Angelaaaaaa!!

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