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En vrac

Le pire, quand on évolue dans Berlin, c’est de tomber sur de parfaits inconnus dont on sait tout de suite que c’est du comme vous: Français. On passe de trop longs instants à se regarder d’un air mauvais. Le premier qui parle a perdu.

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Printemps météorologique sur Berlin: il fait en gros le même temps que début décembre. La différence, c’est que maintenant il faut en plus être content.

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Que quelqu’un m’explique pourquoi les francophiles et francophones locaux disent  »ich spreche nur ein bisschen Französisch » pour signifier  »je suis bilingue ». Limite s’il ne faut pas les menacer pour qu’ils sortent trois phrases en français parfait, consistant à vous dire qu’ils sont en train de se ridiculiser. Pendant ce temps, vous passez pour une cruche diplômée à force d’accumuler les fautes d’articles, tout en osant dire que vous parlez pas trop mal l’Allemand. Ca doit être un complexe national qui aboutit à nous faire passer pour des frimeurs…ou bien quoi?!

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Pendant que l’Allemagne s’enfonce dans l’idée que les différences est-ouest sont intangibles, l’écart entre Berlin Ouest et Berlin Est se gomme progressivement. Aplanissement des loyers, tout est plus cher. Il faut diviser la ville entre centre-ville et périphérie, et non plus entre quartiers. La ville s’internationalise. C’est peut être le seul endroit d’Allemagne où les mots  »Ossie » et  »Wessie » ne sortent pas à tout bout de champ. N’empêche: vous mettez les mêmes ailleurs, ils vous ressortiront les mêmes préjugés et les mêmes reproches.

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L’intégration est depuis 60 ans un sujet douloureux et le reste. Elle est ressentie comme un phénomène lié à la maîtrise de la langue allemande. Ne pas parler= ne pas être intégré. Cf la politique de l’Arbeitsamt qui lie ses prestations à la maîtrise de l’allemand, pendant que le Finanzamt de l’autre côté interdit aux employeurs de financer des cours de langues à ses employés autrement que par le biais d’un prélèvement salarial. Il y a aussi le concept de Gastarbeiter. Des gens dont on attendait qu’ils viennent travailler et puis qu’ils rentrent gentiment chez eux. Qui ne l’ont pas forcément fait, et qui sont maintenant là, ni vraiment intégrés, ni vraiment rejetés. On les aime bien, mais tout le monde ne comprend pas vraiment. Relire le livre Maria, ihm schmeckt’s nicht sous cet éclairage. Il y a les Berlinois du Sud fiers de parler le haut-allemand, qui  »ne se sentent plus chez eux » à force d’entendre autre chose que de l’Allemand dans les rues, et les gens du Brandenburg, qui sont fiers d’avoir acquis l’accent berlinois pour pouvoir avoir des racines plus locales. Et au-delà de ce petit monde un brin auto-centré, il y a des Turcs, des néonazis et une extrême gauche assez active.

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Un mot oublié de ma grand-mère qui revient à la surface:  »avant la guerre, Paris et les autres grandes villes parlaient toutes les langues, sans que l’on pense forcément être à l’étranger. Ca a changé ». D’où nous vient cette sorte d’aversion pour le multilinguisme? Paris bénéficie d’une immigration dont la langue est souvent le français. Berlin, non. Mais cela signifie-t-il que Berlin est plus ouverte au monde extérieur?

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