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Le mirage du château dans le ciel

Non je ne vais pas vous refaire Miyazaki…Ce n’est pas l’envie qui me manque, certes.

Aujourd’hui, j’ai envie de faire le point sur ce gigantesque point d’interrogation que représente le mystérieux château de Berlin, inexistant et pourtant bien présent dans les têtes.

Réinventons le fil à couper le beurre et répétons des choses de base: Berlin vit au rythme de ses projets urbains. Mur ou pas mur, Prenzlauerberg versus Neuköln, nouvelle gare rutilante, nouvel aéroport, loyers qui montent, nouvelle ligne de métro qui coupe un axe principal de la ville pour près de deux ans (et encore, ça, c’est le planning…) et j’en passe. Vivre à Berlin, c’est évoluer entre une série de travaux dont on ne voit pas la fin. Cf l’Alexanderplatz. L’océan de ces projets me dépasse. Je frémis à l’idée des millions d’euros qui nous tournent autour pendant que la moitié de la ville vit aux dépends du bon vouloir de start-up microscopiques et de leurs investisseurs. Mais passons, cela fera de toutes façons l’objet d’un billet un jour ou l’autre, cette frilosité salariale ahurissante.

La ville est donc là, ballotée entre la tentation de se replier sur elle-même, l’envie de profiter de la manne touristique, et le besoin d’évoluer en tant que symbole d’un pays qui se cherche malgré lui.

Au milieu de tout cela, nous avons Klaus Wowereit, son maire indéboulonnable, apprécié pour son pragmatisme, ses petites phrases bien trouvées sur sa vie personnelle (es ist gut so) ou sur sa ville (arm aber sexy). Ce n’est pas le sens de la formule qui lui manque. Mais peut-être un peu celui de la gestion de projets.

Depuis quelques temps, ce cher monsieur subit quelques revers. L’aéroport a été retardé deux fois de 50 000 ans à cause de défaillances techniques sur le site (une histoire de porte fusibles ou de système anti-incendie si j'ai bien compris), et on se rend compte qu’il compte faire de la ville une sorte de Disneyland amélioré. De projet en projet, au fur et à mesure que l’on s’acclimate, on comprend mieux l’idée présente derrière chacune des idées qu’il soutient: la rentabilité à tout prix. Ce qui se passe ici semble parfois ni plus ni moins que privilégier les profits immédiats, plutôt que d’aller déterrer, ou mieux, reconstruire, une identité locale en mal d’elle-même.

D’un autre côté, peut-on vraiment lui reprocher d’aller de l’avant? Au moins, avec lui, la ville bouge, plutôt que de se retrancher derrière sa frilosité. Mais derrière Wowereit, il y a aussi une volonté politique bien marquée et décidée au niveau fédéral, donc principalement par des gens qui rêvent très certainement de faire de Berlin un nouveau New-York. A projet titanesque, mises en place ubuesques.

L’un des plus gros chantiers berlinois des dernières années s’appelle le Berliner Schloss. Nom de code francisé: le château qui sera reconstruit un jour où tu seras peut être déjà mort. On en parle depuis en gros 1990. L’année où mes tout derniers stagiaires sont nés, c’est dire.

Un château rêvé par Miyazaki. Rien à voir avec le Berliner Schloss, mais lui au moins il a un côté onirique

De quoi s’agit-il?

  • En face de l’île aux musées, nous disposons actuellement d’une emplacement assez vaste, plus ou moins vide, sur lequel se dressait jadis un superbe château baroque, puis le Palast der Republik, symbole de la RDA.
  • Ce château disparu avait un statut symbolique à plusieurs niveaux. Tout d’abord en ce qui concerne l’avènement et la chute de la défunte Prusse. Pendant la grandeur prussienne, il tient lieu de superbe résidence princière. Au printemps des peuples, on fait de la place du château un lieu de démonstrations politiques plus ou moins pacifiques. En 1918, Karl Liebknecht annonce la défaite depuis l’un de ses balcons et donne naissance à une très éphémère république socialiste allemande. Le château devient alors un musée, dans lequel il y a une ambition un peu similaire à celle qui est à l’origine de la transformation de l’Hermitage en musée- du moins dans l’idée des quelques camarades des années vingt.
  • Après la guerre, le château-musée est plus ou moins détruit. On en sauve quelques éléments socialistes et historiques- notamment le balcon d’où Liebknecht a tenu son fameux discours, et on le détruit pour construire à sa place le Palast der Republik, lequel n’ouvrira néanmoins ses portes qu’en 1976. Ce palace soviétique, bourré d’amiante, a servi au parlement est-allemand, mais également pour de nombreuses rencontres culturelles. Etant donné le contexte d’effervescence au lendemain de la réunification, ainsi que les lois européennes sur les constructions amiantées, on décide de le fermer. En 2002, la décision tombe: le Bundestag a choisi de s’en débarasser définitivement. Ce qui sera chose faite seulement…en 2008.
  • Pendant ce laps de temps, on se décide à lancer un projet faramineux et hardu: reconstruire le Château perdu. Budget prévisionnel: 480 millions d’euros. La politique de rigueur passant par là, la reconstruction a été retardée de trois ans et devrait démarrer, sauf nouvelle reconduite, l’année prochaine. Je ne sais pas pourquoi je parie sur une autre reconduite.

Voilà ce que devrait donner la reconstruction. Bon à savoir: on reconstruit les façades à l'identique, mais le dedans, ce sera moderne. Il faut pas pousser Mémé dans les orties quand même.

Nous serons donc pourvus dans quelques années du bâtiment manquant au centre-ville historique, lequel contiendra un musée et le  »Forum Humboldt ». Le tout sera voué à la culture et constitue le plus gros projet allemand du domaine culturel des dernières années.

Derrière ce château et toutes ces promesses repoussées à 2013 (pour la première pierre…) se pose une question de fond: Berlin peut-elle réellement financer l’avenir dont rêve l’état fédéral pour elle? Combien de temps sera-t-on prêts à financer et rêver une ville en New-York européen, quand ses habitants s’y refusent? Ou bien va-t-on assister à l’effet inverse, les Berlinois jetant l’éponge après trente ans de protestation plus ou moins développée?

Je parie sur un épuisement de ces politiques de reconstruction. Non pas pour ces belles raisons éthiques que je me plais à décrire (identité berlinoise, histoire d’âme locale, changement local proactif et non pas décidé de façon artificielle…) mais simplement parce que faire Disneyland, ça coûte cher. Trop cher pour une crise telle que celle que nous traversons. Les dents grincent de partout, l’Allemagne paie depuis trente ans pour un retour sur investissement mal perçu. C’est étrange d’ailleurs ces histoires de perception: la réunification est un miracle historique et souvent décrite par ses habitants comme une catastrophe économique. Demandez aux gens bien pensants de Stuttgart ou Munich de s’exprimer là-dessus. Ca fait parfois vaguement penser à un Fukushima financier truffé de remarques désobligeantes sur ces fichus Ossies.

Bien sûr, et heureusement il reste et restera toujours malgré ces discours, de façon croissante, cette manne touristique surgie à la faveur d’un malentendu que personne ne s’explique vraiment (je disais je ne sais plus trop où que Berlin n’est rien comparée aux autres capitales européennes, ni au plan architectural, ni sur le plan de la richesse…).

Dans 10 ans, la ville sera probablement éclatée en plusieurs petits ilôts qui feront penser à un décor en carton-pâte où les touristes, plus nombreux que les riverains, évolueront tranquillement. Peut-être les start-up auront-elles aussi réussi à créer une seconde Silicon Valley, avec de la chance. Le problème, c’est que je ne vois pas les Berlinois embrasser l’avenir. Comme les Parisiens, ils le fuient, haïssent le changement pour ses conséquences les plus immédiates, et se réfugient dans une frilosité inquiétante. On parle de droits, de devoirs, de respect d’objectifs, de RE-construction, d’économies qui mangent peu à peu l’ambition et la jeunesse. Même les entrepreneurs sont frileux ici. D’envie, de projets d’avenir, de construction tout court et de châteaux en Espagne, il est beaucoup plus rarement question, fautes de moyen. Entre un château prussien et un rêve porté sur l’avenir, je sais ce que je préférerais voir. Le château en Espagne pourrait donner naissance à quelque chose.

Autour, le désert du Brandenbourg, à l’infini. Bilan pessimiste, qui me fera partir comme sans doute beaucoup d’autres s’il vient à se réaliser. J’espère me tromper et je cherche le positif. Il est peut-être dans le visage de ces enfants turcs qui se promenaient jusqu’à la semaine dernière avec le drapeau allemand peint sur les joues, les yeux brillants d’excitation, simplement heureux d’être allemands. Mais ceci est un sujet qui soulève autrement plus de questions.

Et vous, quels pronostics pour Berlin?!

http://berlin.equipier.com/checkpoint-graillons.php#more
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Bien prévoir son week-end à Berlin

Les beaux jours reviennent, on se demande tous beaucoup plus sérieusement qu’avant ce qu’on va pouvoir aller voir dehors et plus généralement sur la planète Terre.

A Berlin, les expat’s ont d’abord l’attention attirée par la fermeture de l’aéroport de Tegel, prévue pour le début de l’été. Ciel mon avion! disent certains. Super! disent les autres, Schönefeld c’est mieux, c’est plus près, il y a le S-Bahn. etc. etc. Reste encore la question, soit dit en passant, de ce que va devenir le terrain de Tegel et la stratégie des gens qui avaient leurs petites habitudes chez Air France, lequel se fait piquer quelques parts de marché dans l’histoire, apparemment. Mais ça, on verra plus tard.

Donc, on en revient à nos moutons: les touristes, c’est une vérité qui se répète chaque année pour le plus grand malheur de certains fins théoriciens catastrophistes de l’économie locale, eh bien, ils vont déferler sur la ville dans une logique grégaire. Peut-être serez-vous parmi eux. De mai à août, voire même avant, en particulier le week-end, on va parler ENCORE plus Français et Anglais et tutti quanti dans les rues et les parcs de l’ex capitale prussienne. On ne pourra plus vraiment avancer à la Kochstr., en particulier à pied, on va encore se faire prendre en photo malgré soi devant la porte de Brandenbourg, et chacun se prépare à accueillir ses amis pour une explication (numéro 47 en trois ans) de la coolitude de la vie à Berlin. En un sens, l’arrivée de l’été, c’est un drame, après la délivrance causée par la fonte des glaces. Des coups à vous donner envie d’aller prier.

Implantation strategique de cette eglise sur l'axe Oranienstr.- East Side Gallery: pour les yeux au ciel des locaux face à des hordes de touristes....

Alors, dans tout ça, pour tous ceux qui veulent venir et atterrissent sur mon blog dans un souci très sain de prise d’informations rédigées par une illustre inconnue, je vais me fendre d’un article, voire de deux (l’espoir fait vivre) pour permettre à ces futurs touristes de vivre le mieux possible leur week-end à Berlin -ou carrément leurs vacances . Enfin, aussi pour tenter de minimiser cette logique grégaire qui exaspère jusqu’au dernier des gens qui vivent sur place, y compris les ex-touristes fans du Curry Wurst.

Donc, on fait le point. Pour venir visiter Berlin en en week-end, vous avez besoin de:

- un vol pas cher, pour les fauchés, voire un vol normal pour tous. Berlin est très bien relié. Si vous avez bien suivi ce que j’ai écrit au-dessus, Berlin n’aura bientôt plus qu’un seul aéroport, Schönefeld, lequel est l’aéroport d’où démarrent tous les low-costs actuellement. Schönefeld est situé au sud de Berlin et relativement bien relié (à mon avis) via les transports en commun. Pour les réservations de dernière minute au départ de Paris, compter environ 100 euros (c’est mon expérience qui parle). Alternativement, il y a le train, de nuit ou de jour, qui passe normalement par le Nord de la France, de surcroît en s’y arrêtant.

- qualités essentielles en général telles que: bonne humeur et ouverture d’esprit (des fois que vous finissiez le week-end chez des gens bizarres dont votre arrière-cousine est, semble-t-il, une amie et qui vous ont reconnus au kebab du coin 5 ans après votre dernière entrevue), bon sens (prévoir des chaussures de marche et pas des choses absurdes comme des talons ou des grosses vestes encombrantes), tranquillité (le rythme parisien n’a pas sa place ici)

- un plan de métro et de bus, ainsi que la préparation psychologique nécessaire pour payer son titre de transport.

NB: on ne le répètera jamais assez: ne pas payer son billet de métro à Berlin est une spécialité réservée aux touristes étrangers. Si en plus ils s’en vantent, il y a de très fortes chances que ce soient des Français qui n’ont absolument pas compris qu’ils vont payer des z’euros assez vite. Pas mal d’euros d’ailleurs. Mentalité locale, leçon numéro 1: prenez un forfait transport sans discuter.

- une idée de ce que vous voulez voir parmi les multiples facettes de la ville, comme partout. On peut choisir de faire un week-end à thème: histoire du Mur, passé nazi, grands musées photo and co., parcs. Mais j’en reparlerai dans un second billet, des activités à choisir. Il y a beaucoup trop de choses à dire.

- un endroit où crécher. Là, selon votre profil, multiples possibilités. Un hôtel de base, du couch-surfing si vous avez un côté hype et fauché, un ami qui vous héberge, une auberge de jeunesse, que sais-je. L’important par contre, est de se mettre pas trop loin des attractions que vous allez voir. Berlin est une très grande ville (8 ou 9 fois plus étendue que Paris…), on a vite fait de perdre du temps en transport (même s’ils sont très bons).

- prévoir un budget vélo s’il fait beau. Berlin est faite pour le vélo. Si vous ne faites pas de vélo à Berlin, vous ne comprenez pas la ville.

- se renseigner en amont sur les boîtes et les bars en vogue en ce moment. Parce que ça aussi, ça fait partie de la magie de cette ville: savoir suivre les tendances et y être au bon moment…

Bon, toutes ces choses étant dites, je vais enfoncer une porte ouverte: Berlin n’est pas une destination touristique  »classique ».

Sans doute l'un des plus beaux ponts de la ville: l'Oberbaumsbrücke

Ce n’est pas une belle ville comme Hambourg, ce n’est pas une ville riche et ça se voit. D’où l’idée d’en faire un week-end, ou bien un point de départ pour aller voir d’autres choses, à moins que vous ne soyez déjà avertis.

A voir à côté pour les touristes fans de beaux endroits: Lübeck, Dresde, Leipzig, la Pologne, les plages du nord de l’Allemagne. Par exemple.

Parmi les raisons pour lesquelles les touristes énervent tellement les locaux, il y a certainement une grosse part d’agacement face à ces gens qui viennent chercher ce qui n’existe pas, ou plus: une ville fière de son architecture et de sa richesse, comme Paris, Prague ou Cracovie. Pour le tourisme, Berlin est une ville où l’on doit savoir ce que l’on vient chercher en dehors des quelques (réelles) attractions touristiques. Se photographier façon Marcel devant les ruines du mur en mâchant bruyamment un chewing-gum, croire que le parc immobilier et hôtelier de Berlin doit être identique à  la qualité d’un hébergement à Prague, promener son appareil photo devant les monuments berlinois en s’extasiant, c’est un peu comme jeter du sel sur une plaie de votre voisin et chantonner en même temps. Je ne mettrais pas ma main au feu que Berlin ne se voit plus, même après 70 ans de tranquillité, comme une ville déchue et privée de son patrimoine. D’où la haine du touriste qui ne comprend pas cela, ou, précisément, vient le rappeler. Mais bon, moi ce que j’en dis…

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En vrac

Le pire, quand on évolue dans Berlin, c’est de tomber sur de parfaits inconnus dont on sait tout de suite que c’est du comme vous: Français. On passe de trop longs instants à se regarder d’un air mauvais. Le premier qui parle a perdu.

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Printemps météorologique sur Berlin: il fait en gros le même temps que début décembre. La différence, c’est que maintenant il faut en plus être content.

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Que quelqu’un m’explique pourquoi les francophiles et francophones locaux disent  »ich spreche nur ein bisschen Französisch » pour signifier  »je suis bilingue ». Limite s’il ne faut pas les menacer pour qu’ils sortent trois phrases en français parfait, consistant à vous dire qu’ils sont en train de se ridiculiser. Pendant ce temps, vous passez pour une cruche diplômée à force d’accumuler les fautes d’articles, tout en osant dire que vous parlez pas trop mal l’Allemand. Ca doit être un complexe national qui aboutit à nous faire passer pour des frimeurs…ou bien quoi?!

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Pendant que l’Allemagne s’enfonce dans l’idée que les différences est-ouest sont intangibles, l’écart entre Berlin Ouest et Berlin Est se gomme progressivement. Aplanissement des loyers, tout est plus cher. Il faut diviser la ville entre centre-ville et périphérie, et non plus entre quartiers. La ville s’internationalise. C’est peut être le seul endroit d’Allemagne où les mots  »Ossie » et  »Wessie » ne sortent pas à tout bout de champ. N’empêche: vous mettez les mêmes ailleurs, ils vous ressortiront les mêmes préjugés et les mêmes reproches.

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L’intégration est depuis 60 ans un sujet douloureux et le reste. Elle est ressentie comme un phénomène lié à la maîtrise de la langue allemande. Ne pas parler= ne pas être intégré. Cf la politique de l’Arbeitsamt qui lie ses prestations à la maîtrise de l’allemand, pendant que le Finanzamt de l’autre côté interdit aux employeurs de financer des cours de langues à ses employés autrement que par le biais d’un prélèvement salarial. Il y a aussi le concept de Gastarbeiter. Des gens dont on attendait qu’ils viennent travailler et puis qu’ils rentrent gentiment chez eux. Qui ne l’ont pas forcément fait, et qui sont maintenant là, ni vraiment intégrés, ni vraiment rejetés. On les aime bien, mais tout le monde ne comprend pas vraiment. Relire le livre Maria, ihm schmeckt’s nicht sous cet éclairage. Il y a les Berlinois du Sud fiers de parler le haut-allemand, qui  »ne se sentent plus chez eux » à force d’entendre autre chose que de l’Allemand dans les rues, et les gens du Brandenburg, qui sont fiers d’avoir acquis l’accent berlinois pour pouvoir avoir des racines plus locales. Et au-delà de ce petit monde un brin auto-centré, il y a des Turcs, des néonazis et une extrême gauche assez active.

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Un mot oublié de ma grand-mère qui revient à la surface:  »avant la guerre, Paris et les autres grandes villes parlaient toutes les langues, sans que l’on pense forcément être à l’étranger. Ca a changé ». D’où nous vient cette sorte d’aversion pour le multilinguisme? Paris bénéficie d’une immigration dont la langue est souvent le français. Berlin, non. Mais cela signifie-t-il que Berlin est plus ouverte au monde extérieur?

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Monument d’histoire berlinoise: l’Oberbaumbrücke

Difficile de vivre à Berlin sans connaître l’Oberbaumsbrücke. Pourtant, je ne suis pas sûre que tout le monde sache ce qu’il représente ou bien encore tout le poids de l’histoire qui se cache derrière. La preuve, je ne savais pas non plus tout avant de me poser sérieusement la question…Et donc je partage!

L’Oberbaumsbrücke, c’est un pont néogothique qui enjambe la Spree pour relier Friedrichshain et Kreuzberg. Vu de Friedrichshain, donc en venant de la Warschauerstr., ça donne ça:

Il s’agit du pont le plus large de la ville, si j’ai bien compris. Dessus, la ligne de métro U1 fait le lien entre les deux quartiers depuis 1995, suite à une restauration des plus coûteuses. Car on se doute que pour avoir subi les bombardements, l’invasion russe et la guerre froide, il n’en restait plus grand chose, de ce pont. En 1944, pour la petite histoire, il était encore à peu près debout. C’est Hitler, dans un dernier éclair de géniale lucidité, qui a ordonné sa destruction totale pour mettre un point final à l’avancée de quelques ridicules troupes soviétiques prétendant pouvoir conquérir Berlin (une des conséquences du fameux Nerobefehl…). Du coup, en 1945, plus de pont qui tienne. Affaire réglée, invasion pas du tout empêchée. Mais passons.

Pourquoi ce nom? Il faut imaginer que la frontière extérieure de la ville passait à cet endroit à un moment donné. Pour contrôler la Spree, les Berlinois avaient imaginé un système permettant de poursuivre la frontière terrestre et laissaient un passage très étroit pour les bateaux voulant entrer dans la ville et devant montrer patte blanche à la douane au passage. Ce passage était fermé la nuit grâce à un tronc d’arbre nommé Oberbaum. A l’autre bout se trouvait le Unterbaum, donc également un Unterbaumbrücke, aujourd’hui remplacé par le Kronprinzenbrücke. Tout ça date du début 18ème siècle, époque à laquelle un premier pont en bois se situait à l’endroit actuel.

En 1894, moment où la ville a commencé à prendre une véritable ampleur grâce à l’avènement de l’ère prussienne, on décide de donner plus d’allure à ce pont. D’abord parce qu’il est question de relier Stralau (intégré dans l’actuel Friedrichshain) à Kreuzberg via la voie ferrée, ensuite parce que l’on souhaite donner de la prestance à cette ancienne porte de la ville. Otto Stahn, qui a été en quelque sorte l’architecte urbain de Berlin à la fin XIXème, s’occupe de faire les plans. Cela donne un gigantesque pont néogothique qui enjambe le fleuve en 7 voûtes. Dessus, la ligne U1, et en dessous, un espace pour les promeneurs.

Après guerre, on répare le pont comme on peut, et il reste ouvert aux piétons jusqu’en 1961. La suite, on la connaît: l’endroit sert de frontière entre deux Allemagne, et les fuyards se noient à quelques mètres de l’Oberbaumbrücke sans que personne ne puisse faire quoique ce soit. Pas étonnant, dans ce cas de figure, qu’on considère sa reconstruction comme une priorité lors de la réunification: il faut mettre l’accent sur les traits d’union entre l’ancien est et l’ancien ouest pour pouvoir accélérer les choses. Mais d’un autre côté, tout effacer, ce n’est simplement pas faisable. Alors on laisse des traces, on exhibe des cicatrices urbaines. Il s’agit de conserver les traces du passé en gardant des pans de murs entiers (East Side Gallery, juste à côté…) tout en mettant du baume sur les mémoires meurtries en reconstruisant le Berlin perdu, le Berlin d’avant, le Berlin uni. Difficile là-dedans de trouver le bon équilibre, les bonnes décisions en termes de priorité urbaine. Encore aujourd’hui, on en sent les effets. Cela donne parfois l’impression d’être face à un puzzle urbain dont l’assemblage des différentes pièces donne une ville. Vous mettez le quartier des musées autour de la Potsdamer Platz, le Görlitzer Park, l’East Side Gallery, la Spree, l’Oberbaumsbrücke et la Warschauerstr. bout à bout, et ça, c’est Berlin. Assez symptomatique du problème de la ville, non?

Pour finir sur le pont en lui-même, il est maintenant le symbole des deux quartiers réunis dans une seule circonscription administrative, Friedrichshain-Kreuzberg. Depuis 1998, il est le théâtre d’un affrontement assez bizarre: la Gemüseschlacht, bataille de légumes. Mais surtout, il est à un endroit stratégique pour tous les fêtards, que vous croisez normalement avec une bière dans le nez et l’autre dans la main, dans le métro ou sous les arcades…

Bientôt un article du même genre sur la coulée verte. Je devrais ouvrir une catégorie urbanisme moi :)

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Lecture à thème: Kalter Hund

Aujourd’hui, revue sur un nouveau titre en allemand: Kalter Hund, de Karin Reschke. Le livre est paru courant 2009 aux éditions Weissbooks.

Quelques mots sur Weissbooks: une toute petite maison d’édition créée fin 2007 par deux grands éditeurs échappés d’un groupe assez connu. Anya Schutzbach et Rainer Weiss, les anciens chefs marketing et programme de Suhrkamp, ont monté leur propre maison à Francfort pour faire vivre les livres tels qu’ils les aiment. Et cela se voit quand on les rencontre, comme dans les distinctions qu’ils obtiennent.  Ils savent communiquer, ils savent donner envie, partager leur passion. « Newcomer des Jahres  » pour la foire de Leipzig 2009, « Gründerpreis » décerné par la ville de Francfort. Je suis prête à parier qu’on entendra encore parler d’eux.

Karin Reschke fait partie des derniers écrivains allemands originaires de Prusse Orientale. Le livre est en fait presque un roman personnel, et c’est surtout de ce point de vue que cela m’a paru intéressant à lire. Page après page, on découvre comment les Allemands de Prusse ont recréé leurs vies dans un Berlin d’après-guerre, divisé, triste et animé par les fantômes du passé. Au milieu de tout cela, des velléités politiques et de la verlorene heimat, il y a la jeunesse qui tente de vivre et de s’épanouir. Rose est la fille d’un couple divorcé, il lui est interdit de voir son père, avec lequel elle a un contact privilégié. Avec le temps, et dans le plus grand secret, la relation reprend. Pendant que la famille amputée par le passé et par la perte de ce père mène une existence indifférente au présent, Rose vit portée au rythme des rendez-vous paternels. On voit Berlin à travers les yeux d’une enfant qui grandit dans une ville en ruines, progressivement écartelée entre deux camps, animée par des retours inattendus au goût bien amer.

Pourquoi ce titre? Le Kalter Hund est un gâteau facile à préparer, symbole des temps de pénurie évoqués dans le livre. Un peu oublié par les Wessies, ce gâteau reste très populaire en ex-RDA, où on pouvait le faire sans difficultés avec les ingrédients disponibles à la vente. Flo en a donné la recette ici. Pour tous les flemmards, ils en vendent aussi à Netto (et ailleurs, certainement…). C’est bon pour l’hiver (suivez mon regard).

Pour la langue: assez accessible, dans la mesure où le roman est l’histoire d’un enfant. Les dernières pages de l’adulte sont elles aussi assez simples d’accès- à mon avis. En tous cas c’est un vrai plaisir à lire, je vais probablement aller piocher dans les autres titres de Karin Reschke très bientôt.

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Contes de Noël: Cendrillon, façon DDR

Ca y est, c’est officiel: il fait tellement froid que je ressens le besoin de me calfeutrer chez moi et de savourer des contes, sous forme écrite ou en version filmée. Et bien entendu, je me concentre sur du franco-allemand.

Soyons honnête: chaque année je suis énervée par les théories unilatérales selon lesquelles d’entre nous et eux, seuls les Allemands disposent d’un vrai capital de contes pour enfants. Je vais donc partir dans une théorie franco-allemande, vous pouvez tout de suite aller voir la partie concernant le film en fin d’article si cela vous inspire un peu plus.

L’idée selon laquelle nous n’avons pas de contes propres est fausse, seulement c’est difficile à prouver sans un petit retour en arrière (j’avoue que je ne sais pas nous défendre en direct, ok…Ferais mieux cette année! Notamment grâce à ce post qui me force à lister les arguments ^^). Ce blog étant aussi là pour ça, je profite de l’occasion pour montrer que nous avons aussi de quoi faire. A bon entendeur…

Donc, pour mettre fin à ce débat franco-allemand latent au fond de moi-même et peut être de certains lecteurs:

Les contes, côté français, comme le nom l’indique (« ra-conter »), ce sont d’abord des récits oraux, savamment racontés lors des veillées paysannes qui ont quasiment disparus avec l’urbanisation.  Ils sont faits pour être entendus, cela peut encore se ressentir à la structure de certains (drame en trois actes, avec tension finale, voir par exemple La Barbe bleue. Sous la mise en forme de Perrault, il y a  à mon avis bien autre chose à relever…notamment que c’est fait pour un auditoire!). A un moment ou un autre, des nantis de la cour s’inquiètent de la disparition progressive de ces  récits et se chargent de les coucher sur le papier avec un style relevé. Cela donne le fantastique Cabinet des fées, première « vraie » tentative de sauvegarde de ce patrimoine (courant XVIIIème, si ma mémoire est bonne), après la mode précieuse (fin XVIIème) pour les sauvegarder. Il y a une très belle compilation du Cabinet des fées disponible chez Picquier (très conséquente, aussi), ça peut être un beau cadeau de Noël familial. Je dis ça comme ça, et peut-être aussi parce que j’aurais rêvé de pouvoir avoir ça à partager entre cousins et grands-parents à Noël ;). Si ça vous intéresse, c’est par .

Bref vous m’aurez comprise: les contes français existent bien, et toc. Perrault, le Cabinet des fées, Mademoiselle L’Héritier, Dumas, Nerval, Zola, la comtesse de Ségur (je vous assure qu’elle en a écrit!!) ne comptent pas pour du beurre. Seulement, très souvent, cela relève de l’exercice littéraire et uniquement de celui-ci. On réécrit le conte, on le redécouvre et on le met à disposition d’un public déjà averti qui savoure ses subtilités et juge de son style en fin connaisseur de la langue.

En Allemagne, à l’inverse, les contes mis à disposition du grand public par des connaisseurs des légendes populaires le sont à une période historique assez marquée. Prenez les frères Grimm: ils n’écrivent pas à un moment anodin, et ils ne le font pas d’une façon innocente. Ils collectionnent et rédigent des contes qualifiés de  spécifiquement allemands (on est en plein au moment où notre Bonaparte national -prenez l’expression comme vous le voulez- pousse les peuples européens à se trouver une identité, l’Allemagne en tête…) Et ils le font précisément à la période à laquelle le concept d’enfance s’impose dans les mentalités. J’en ai d’ailleurs touché un mot avec l’histoire du mot « bébé » ici. Ce sont des contes qui sont jusqu’ici porteurs d’une identité claire et d’un message précis: adressés aux enfants. De là à tirer la conclusion que ces contes ont un but éducatif…Alors que nous, eh bien non. Encore une façon de se démarquer, ahlalala ces Français! :)

Bon, je suppose que vous aurez compris mon message et que je peux passer au coeur de mon propos. Pas trop tôt, me direz vous. Je vous entends.

Il y a ici des traditions télévisuelles assez marquées pour les fêtes. Je vous épargne le couplet sur Sissi et ses éternels remakes, je le réserve à un jour improbable de grande fièvre. Par contre je ne vais pas vous épargner avec Trois noisettes pour Cendrillon (Drei Haselnüsse für Aschenbrödel).

Qu’est-ce que c’est?

  • Un film des années 70, avec le style incroyable et improbable des années 70 (allez voir un peu ces costumes! du tonnerre en boule comme diraient certains…ou pas)
  • issu d’une collaboration RDA- Tchécoslovaquie (pardon, impossible de retrouver le nom officiel de l’Etat soviétique de l’époque…). Il y a peut-être un peu de Pologne là-dedans aussi, je ne suis plus très sûre de moi. Lecteurs amis de la langue de Goethe, vous pouvez aller le vérifier sur cette superbe fanpage si le coeur vous en dit.
  • né d’un conte tchèque dont je n’ai pas jamais entendu parler jusqu’ici, de même que son auteur, inconnue au bataillon. Qu’à cela ne tienne: cultivons-nous sauvagement.  Il s’agit d’une des variantes slaves du conte que nous connaissons tous.
  • une référence allemande absolue, du moins à l’Est. Je vous assure: le film passe chaque année de façon réglementaire à la télé et il est regardé de façon quasiment religieuse. Pas moyen d’y couper si vous vivez ici, ce sera votre destin. Autant vous y faire tout de suite. En plus, vous risquez d’aimer.

Personnellement, j’aime: la musique (paraît-il célèbre), la version du conte (beaucoup moins cruelle et interprétable que celle que nous connaissons tous), les paysages neigeux, les dialogues (ah cette simplicité), les animaux partout présents comme des gardiens et tellement plus fiables au fond que les humains…Et aussi le fait qu’on voit un peu de Moritzburg (château près de Dresde) au passage.

Je vous laisse avec un petit trailer inofficiel…

PS: je n’ai pas trouvé ce DVD en vente en France… Appel à témoin: si quelqu’un sait où le trouver en version française, merci de m’en avertir…ça ferait un bien joli cadeau.

Pour tous les fans de contes, vous pouvez aussi investir dans cet autre livre de contes spécifiquement français en allant voir par . Je le recommande fortement!

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Pourquoi veut-on tant voir Berlin?

Pas de doute, s’il y a une ville en Allemagne qui attire en ce moment, c’est bien Berlin…Effet de mode, ville branchée, jeune, pas chère…La capitale germanique a la cotte.

Côté allemand, Berlin est plutôt mal vue. Ses habitants passent pour des gens arrogants, froids, distants. Le taux de chômage est très haut, le contrôle social faible (vous savez cette manie qu’ont certaines personnes de s’immiscer dans vos affaires pour que vous fassiez les choses à leur manière? C’est ça que j’entends par « contrôle social ». ça peut être la voisine qui vérifie derrière vous que vous faites bien le tri sélectif, comme les gens qui critiquent le look des autres en les croisant dans la rue…). Et il y a une forte minorité turque…je ne vous refais pas la théorie Sarrasin, mais les Turcs en Allemagne…on ne peut pas dire qu’ils soient bien vus, hélas.

Bref: pour un Allemand, une ville attractive, c’est une ville de l’Ouest (et d’une!), voire une petite ville « à taille humaine ». Hambourg, Munich, Stuttgart… un Allemand commencera par vous parler d’elles, puis des villes secondaires, parfois de l’Est, selon votre interlocuteur. Dresde, Leipzig, par exemple.

Reste que nous les Français, on ne voit visiblement pas les choses de la même manière. Avec 30 000 ressortissants ici au bas mot, oui, on peut dire que la ville nous plaît…et quelque chose me dit que je n’ai pas fini d’entendre du Français dans la rue.

A force de m’interroger, j’ai fini par trouver quelques raisons pour lesquelles cette ville nous attire tant:

1. On raisonne sur des modèles différents, les Allemands et nous. Le fédéralisme versus la centralisation, ça vous dit quelque chose?  Après plusieurs mois passés ici, je commence tout juste à prendre la mesure de ce que cela signifie. En termes d’attractivité, de renommé d’une ville, à peu près le jour et la nuit. En France, qu’on l’aime ou non, on pense très souvent Paris et le reste. Cette prédominance parisienne laisse sa trace partout: dans les trajets des trains qui commencent tout juste à évoluer pour éviter un passage absurde par la capitale, dans les activités culturelles (musées, grands théâtres…sont à Paris. En Allemagne, Stuttgart et Hambourg se défendent suffisamment pour être vues comme les meilleures villes pour la musique). Ou encore dans les expressions courantes (« se faire limoger »= se faire envoyer à Limoges, inaccessible depuis Paris dans son sens d’origine; « avoir une mentalité provinciale »…). Cette prédominance est tellement importante qu’elle nous imprègne parfois à notre insu.

Bilan des courses par rapport à mon propos? Eh bien, pour un Français, a priori, les choses sont similaires en Allemagne- personne ne nous a  vraiment expliqué les subtilités qu’il y a derrière le mot « fédéralisme« . Bien entendu, en ce qui me concerne, je savais que d’autres villes étaient plus attractives (Munich par exemple). Mais en bonne Française, j’ai pensé que les trois mois que j’allais passer en Allemagne, mieux valait les passer dans une capitale que je ne connaissais pas encore que dans une ville secondaire, même si tout à fait dynamique par ailleurs- mea culpa, maintenant j’ai compris… Bref: je ne pense pas faire figure d’exception, loin de là.

2. Berlin, c’est pas cher. Facile de s’installer: les colocations sont faciles à trouver (compter entre 250 et 400 euros pour une chambre en plein centre-ville), le discount est presque une religion…pas difficile ici de vivre avec des petits moyens. Parmi les gens qui sont attirés par le rayonnement de cette ville, il y a par conséquent beaucoup d’artistes: musiciens, écrivains, peintres…Facile de venir aussi: les compagnies low-cost sont là, à Schönefeld.

3. Un dynamisme culturel. Je ne parle pas spécifiquement de culture « haut de gamme »- musées & co- qui existe ici aussi, mais plutôt de ce foisonnement d’initiatives qui existe ici. Ce sont des centaines de petits projets qui naissent tous les jours- vite éclos, souvent vite avortés, mais toujours au rendez-vous, éphémères comme la vie d’un papillon. Tous ces artistes qui vivent ici produisent une vie culturelle active dont les formes surprennent au coin d’une rue, par leur forme, par le mode d’expression choisie. Graffitis, peintures murales, looks alternatifs, musique d’exploration, appelez ça comme vous voulez: au fond, on en revient toujours à l’idée que la créativité et ses conséquences ici, ça vole dans l’air…

4. Son histoire. La réunification, le nazisme…qu’on le veuille ou non, ce sont des thématiques qui plaisent en particulier aux Français (pas convaincus? Faites une comparaison internet entre les retombées des 20 ans de la réunification entre les sites français et allemands…). Berlin est LA ville qui réunit à nos yeux tous les pans de cette histoire trouble. C’est à Berlin qu’il y a les traces du Mur, c’est encore à Berlin qu’il y a eu le bunker hitlérien…Je pense que cette mémoire est quelque chose qui joue dans nos perceptions, sinon dans nos ambitions touristiques ou de déménagement.

Sinon…il reste sans doute plein de raisons auxquelles je n’ai pas encore pensé. La question reste ouverte au débat!

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Les auteurs français en Allemagne

La francophilie, vous y croyez encore…? Si ce n’est plus le cas, venez à Berlin et faites une petite enquête: nous avons encore quelques fans…

Première preuve: l’intérêt pour la langue, dont j’ai déjà parlé un peu ici. Beaucoup parlent un peu (voire très bien!) le Français, beaucoup veulent l’apprendre…

Deuxième preuve: l’étalage des librairies. On trouve énormément d’auteurs français classiques et modernes traduits ici- vous avez certainement vu un peu partout des éditions Reclam de nos auteurs classiques ou remarqué le succès (assez surprenant d’ailleurs) d’Astérix. J’ai travaillé pour une maison d’édition berlinoise il y a un an et j’ai eu l’occasion d’en apprendre un peu plus sur le sujet.

Alors, pourquoi un tel intérêt?

Eh bien, en partie en raison du passé communiste de la RDA. Imaginez ce que c’était à l’Est pour avoir l’autorisation de publier un livre politiquement correct…et cherchez quel pays occidental, des années 50 à la fin des années 80, a pu avoir pléthore d’écrivains d’obédience communiste. Sartre, Camus, Merle, Marc Bernard…Certains sont complètement oubliés chez nous et pourtant très connus ici…Ca n’a rien d’un hasard: ils passaient la censure, tout simplement.Pour les auteurs classiques, beaucoup d’entre eux sont passés pour des précurseurs inconnus (y compris d’eux-mêmes, d’ailleurs) de l’idéologie marxiste. Hugo et Zola en sont les deux exemples les plus frappants. Mon Hausmeister me parle aussi sans se lasser des oeuvres de Balzac, il les connaît mieux que moi alors que j’ai fait des études de littérature: le monde à l’envers …:)

Une des caractéristiques de la RDA est d’avoir été un Etat très avancé sur le plan culturel…je ne peux bien évidemment pas le vérifier, mais c’est effectivement l’impression que j’en ai. Tout le monde lisait, tout le monde se cultivait, me disent des gens qui sont de la génération de mes parents…les livres français passaient pour l’une des rares littératures autorisées de qualité.

Si on prend le cas de Robert Merle, la chose est particulièrement frappante. Un peu (hélas…) oubliée en France ces dernières années, son oeuvre a peu de lecteurs en Allemagne de l’Ouest. En revanche, à Berlin l’année dernière, la venue de Pierre Merle, son fils, a été très suivie- je me demande si on a vu autant de monde ici à une lecture publique depuis cette fois-là?!

La littérature française ayant tendance ces derniers temps à devenir de plus en plus « personnelle » (centrée sur le « moi » et les crises existentielles), les choses commencent à bouger un peu. En effet, une des caractéristiques du lectorat germanique, contrairement au lectorat français, est de chercher l’action, le suspens. Par conséquent, les auteurs français qui rencontrent un franc succès ici sont de plus en plus des auteurs de polars ou de thrillers. Fred Vargas au premier rang d’entre eux, avec les très beaux succès éditoriaux d’Aufbau pour ses derniers romans, comme Der Verbotene Ort (Un lien incertain).

Je suis bien curieuse de voir comment les choses vont évoluer…notre littérature dans son ensemble va-t-elle réussir à rester à la hauteur des attentes allemandes?

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Boxhagener Platz: critique

J’ai été voir il y a quelques temps un film allemand, ou plutôt un film berlinois: Boxhagener Platz.  J’y suis allée grâce à une amie qui m’a donné un billet gratuit, c’était un peu un hasard, mais un vrai coup de chance au final :)

Alors, de quoi ça parle? Le film raconte la vie d’une famille de Berlin- Est, fin des années 60. Le père est un policier consciencieux, pur produit de sa hiérarchie et du système politique de l’époque. On voit bien que son rôle est trop lourd pour lui, si bien que cette armure se craquèle un peu…La mère rêve de liberté, de migration clandestine à l’Ouest, d’une vie plus juste. Holger, le fils se tourne vers sa grand-mère pleine de bon sens, drôle et vive, qui vit avec un homme alité et malade pendant que Karl, un bel homme de son âge, se rapproche lentement d’elle… Tout irait pour le mieux si Karl n’avait pas des opinions politiques dérangeantes dont il fait part à Holger, mettant en danger tout un équilibre familial déjà fragile…

Le film est un excellent témoignage de la vie à Berlin- Est avant la chute du mur. Rêves de liberté étouffés, relations familiales aussi fortes que les pressions faites sur chacun des personnages, coexistence d’ex nazi-convaincus, de pro-soviétiques purs et durs et de survivants de la Shoah, vie quotidienne…En un peu plus d’une heure trente, beaucoup de choses sont montrées. J’ai trouvé que le film avait une vraie profondeur et était particulièrement bien desservis par ses acteurs (Jürgen Vogel et Michael Gwisdek en première ligne!).

Seul bémol pour les étrangers (oui, on en revient toujours là…): il faut se faire au dialecte berlinois (pour ceux qui ne connaissent pas, « wat für ein dinck » prononcé à la façon pistolet automatique, sachez que c’est simplement… » was für ein ding »…no comment…). Je connais peu de gens qui le parlent, et quand ils le font ça se limite à quelques mots (« ick » pour « ich », par exemple). Les 20 premières minutes du film, par contre, c’est plus hard que ça!

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