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Lecture à thème: Une femme à Berlin

Aujourd’hui, séquence Arte avec un livre sur la prise de Berlin au début 1945…

Une femme à Berlin est un témoignage historique, rédigé sur le vif, des quelques semaines entourant la prise de Berlin par l’armée soviétique. Âmes sensibles s’abstenir, le ton est rude et le propos peu joyeux. Dans une ville en ruines, livrée à elle-même, privée d’eau, de nourriture, d’informations, les derniers Berlinois essayent de survivre dans un chaos sans nom. Ce sont quelques déserteurs cachés dans les caves ou aux combles, des nazis convaincus et un peu fous, des réfugiés de Prusse orientale annonçant par avance les malheurs à venir, et surtout une écrasante majorité de femmes ayant à faire face à l’évidence: qu’elles le veuillent ou non, elles seront violées, affamées et impuissantes. Il y a celles qui en tirent parti et survivent, et les autres. Le journal relate donc les derniers jours dans les caves, la faim, les relations avec les Russes, les colocations surgies de nulle part avec de parfaits inconnus, l’attitude collective face au viol, la perte de tout repères, puis le lent retour à la vie, du retour de l’eau courante au respect soudain de la propriété privée.

Quel est l’intérêt du livre? Pour moi, surtout dans les vérités intemporelles qu’il donne sur les Berlinois ainsi que les clefs pour comprendre les traumatismes sociaux amenés par la défaite nazie. Sa réception par le public allemand, ou plus précisément l’histoire de son accueil local, est également un point intéressant. L’auteur, anonyme, n’a pas sa langue dans sa poche, et elle met le doigt sur des vérités trop dures à entendre pour une société d’après-guerre ne survivant que grâce à l’oubli volontaire. Ce qu’elle décrit, ce sont des Berlinois qui n’ont que cette phrase à la bouche pour tout accepter, tout subir: tout ça, c’est au Führer qu’on le doit. Une phrase de propagande qui se retourne contre son créateur pour décrire l’horreur et la peur du lendemain. Les hommes allemands sont absents, impuissants, privé de tout moyen d’action. Les femmes subissent, en tirent parti, cherchent les officiers pour obtenir une protection, se débrouillent. Quand elles ne perdent pas la raison.

Le texte a été publié à la suite d’un hasard, les relations de son auteur dans le milieu éditorial y ayant largement aidé. C’est d’abord en anglais qu’il est publié, puis dans un ensemble de langues, à la fin des années 50. Le seul endroit où ça ne marche pas, c’est en Allemagne: sa publication en 1957 est considérée comme un étalage d’immoralité et largement condamné. L’auteur, depuis son anonymat, décide de ne plus autoriser de nouvelles publications en langue allemande avant sa mort. Ce qui nous mène en 2001. Là, les choses commencent lentement à bouger: l’oubli n’est plus à la mode, les derniers témoins historiques se font rares, les langues se délient sur les exactions soviétiques. La publication est donc remise à l’ordre du jour, cette fois avec un vrai succès.

De la personne derrière le texte, nous ne savons rien ou presque, même si des théories existent. Ce que l’on peut déduire du texte est qu’il s’agit d’une femme issue d’un milieu social assez élevé, ayant étudié et voyagé, et probablement une solide expérience de journaliste qui semble être passé en dehors du spectre de la presse officielle. Elle a une trentaine d’années, elle est cultivée et volontaire, s’exprime en russe et en français, est capable de porter une analyse pointue sur son époque. Le reste est assez classique: une Berlinoise qui n’a d’autre choix que de passer de cave en cave au fur à mesure des bombardements, puis une femme sur laquelle se jettent des soldats inconnus, puis quelqu’un qui revient à la vie. En tous les cas, ce n’est pas l’esprit critique  ou visionnaire qui lui manque:

En sortant du magasin, nous avons vu passer un camion qui transportait des troupes allemandes; avec des miroirs rouges, c’est donc la défense antiaérienne. Ils roulaient en direction de la ville, s’éloignaient de nous pour rejoindre le centre. Les hommes étaient assis en silence, regardaient fixement devant eux. Une femme les a interpellés:  »Vous foutez le camp? » Pas de réponse. Nous nous sommes regardées en haussant les épaules. Puis la femme a dit.  »Après tout, ce sont des pauvres diables. »

A l’époque, je me faisais constamment la remarque suivante: mon sentiment, le sentiment de toutes les femmes à l’égard des hommes, était en train de changer. Ils nous font pitié, nous apparaissent affaiblis, misérables. Le sexe faible. Chez les femmes, une espèce de déception collective couve sous la surface. Le monde nazi dominé par les hommes, glorifiant l’homme fort, vacille- et avec lui le mythe de l »’Homme ». Dans les guerres d’antan, les hommes pouvaient se prévaloir du privilège de donner la mort et de la recevoir au nom de la patrie. Aujourd’hui, nous, les femmes, nous partageons ce privilège. Et cela nous transforme, nous confère plus d’aplomb. A la fin de cette guerre-ci, à côté des nombreuses défaites, il y aura aussi la défaite des hommes en tant que sexe.

Ce livre laisse un goût amer et donne envie de savoir comment a eu lieu la lente mutation vers le silence et l’oubli. De ces quelques semaines suivant le siège, on apprend que les traumatismes ont été surmontés par la catharsis: parler sauve. Raconter, encore et encore, est l’unique chance de survivre dans ce monde déréglé.  La chance de Berlin, ça a été que rien n’a été fait de façon isolée. Tout le monde sait et tout le monde en parle. Mais cette parole devra un jour cesser. Ce jour est celui du retour du soldat, l’élément extérieur, justement celui qui n’était pas là, qui ne sait rien. Il va falloir taire les sacrifices et les horreurs subies pour éviter l’opprobe. Très bientôt, la population, d’ailleurs  subitement passée du statut de Volk à celui de Bevölkerung, devra surmonter le traumatisme en affectant la perte de mémoire. Quel destin pour ceux qui ne le peuvent pas?

Lire une autre critique ici.

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Touche manquante

Au bout de trois ans d’expatriation, Berlin est devenue simplement la ville où je vis. Rien de plus. Ca en aurait presque un côté banal.

Sauf que: vivre à l'étranger, utiliser une autre langue que sa langue maternelle, ce n'est pas quelque chose qui peut devenir si naturel que ça en a l'air. Il manque toujours un petit quelque chose, qui fait que l'on joue, sans cesse, à imaginer sa vie autrement, dans un ailleurs inaccessible. L'idée du retour n'attire pas forcément, mais elle nous habite malgré nous, sachant qu'il y a un certain nombre de vols low cost par jour reliant Paris, Nice ou Lyon en moins de deux heures. Cette idée du retour, c'est un peu comme penser à des vacances aux Maldives quand on touche Harz IV: non envisageable, et d'ailleurs absurde. Seul un joker pourrait la faire devenir réalité. Et pourtant, on y pense.

Mirage de l'expatriation: admirer Paris

Alors dans tout ça on cogite un maximum sur ce qu’on fait de sa vie, sans le vouloir, même quand tout va bien, et on se sent devenir vieux malgré soi. Je n’ai jamais appris autant sur moi-même que depuis que je cherche à comprendre une culture qui n’est pas la mienne. Miroirs réfléchissants.

La dernière chose que j’ai apprise, c’est qu’il me manque une denrée qui ici est pléthore: la simplicité. Placée face à un problème, je vois la solution et l’obstacle généralement assez vite, il n’y a pas vraiment de défaut de compréhension. Mais j’ai tendance à me concentrer sur l’obstacle et non la solution, ce qui engendre des trésors de stratégies de contournement, quand il suffirait d’aller tout droit. Je pense compliqué, je parle compliqué, j’agis compliqué. Je commence d’ailleurs à me demander si les tenants et les aboutissants de mes décisions font sens pour ceux qui me connaissent, et si oui, lequel.

Autour, il y a des gens, principalement des Allemands, vu le lieu, qui pensent effroyablement simple. Quand je fais 50 phrases dans un allemand alambiqué pour répondre OUI ou NON, ça fait louche aux yeux de mon interlocuteur. Et pour cause. Je m’évertue à faire une réponse sans fautes, quitte à endormir mon auditoire en passant par des subordonnées à rallonge. Or je n’ai plus rien à prouver sur ce plan. Pendant que je continue à éviter cet obstacle marginal, lui va utiliser une langue directe, rapide, efficace. Il se fiche des fautes,  voire d’être correct, il se fiche des raisons et autres fioritures encadrant le discours: il veut juste en venir à l’essentiel, quand je considère que l’essentiel est dans la forme. L’allemand a  d’ailleurs un potentiel tellement pragmatique, concentré sur la solution, quoiqu’il arrive.

Je crois bien qu’il me manque cette sorte d’aisance. Ce pays me l’a appris. Je la laisse presque systématiquement de côté hors cadre professionnel, et je fais exactement ce que m’a dit un certain garçon: Du denkst zu viel. Mon aisance à moi, c’est celle des problèmes insolubles. Et non pas celle de la vie pratique, où l’on dit ici sollen ou müssen à tout bout de champ, ce qui évite d’avoir à penser trop. Il y a des moments où je m’interroge sur cette capacité du monde extérieur à sauter d’un problème à un autre, pendant que je m’y enlise à combattre des démons qui n’y sont pas vraiment. J’ai maintenant la réponse: faute de savoir faire simple , à force d’envisager tous les possibles et de penser au conditionnel, on perd son temps. Je suis sans doute une espèce rare, peut-être même un specimen unique. Je viens de perdre un mois, et je n’arrive toujours pas à faire comprendre pourquoi j’ai agi ainsi dans une conversation tranquille. Pourtant, il y a des raisons plus que valables. Certaines formules prennent alors tout leur sens, on doit la suivante à Adenauer:

„Einfach denken ist eine Gabe Gottes. Einfach denken und einfach reden ist eine doppelte Gabe Gottes.“

Voilà donc ma leçon d’expatriée de l’année 2011. Une leçon que je n’aurais sans doute jamais apprise sans avoir eu l’idée saugrenue, et d’ailleurs totalement injustifiée à certains égards, de venir ici. Me voilà pourvue d’une carte de plus en main, et je n’en suis pas mécontente. Reste simplement à savoir quel usage je vais en faire pour les 11 mois restants de 2012.

Et vous, l’expatriation vous a-t-elle amené à vous redécouvrir?

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Homo germanicus

Si comme moi vous vous posez parfois des questions bizarres sur le rapport entre les mots germain, Germaine, et Germanie et le fond du caractère allemand, l’article suivant devrait vous aider à mettre un peu les choses au clair sur le plan linguistique. Retenez surtout que l’origine commune entre le mot les Germains et l’emploi qu’on en fait en français, ça a un rapport avec l’authenticité, du moins en étymologie. Voilà qui me parle.

Cela n’empêche que je continue à me poser des questions et à tenter d’élaborer des réponses sur les raisons du pourquoi on est si différents. Cette question de l’authenticité, qui par ailleurs est aussi quelque chose d’agréable à vivre (sentiment de sécurité qui va de pair avec la Gemütlichkeit), est une des nombreuses énigmes de ce pays à mes yeux. Je crois que l’histoire qu’on nous apprend dans les livres et la réalité qu’on perçoit en surface cachent des tendances bien plus profondes et difficiles à identifier. Mais moi, j’aimerais bien. Comprendre. Vous connaissez à savoir comment je fonctionne si vous suivez ce blog. Non?!

Alors voilà une théorie personnelle parmi d’autres. Attention attention.

Si je regarde l’année 2011 en me demandant ce que j’ai le plus remarqué autour de moi, ou plutôt ce qui revient encore et encore et qu’avant je n’étais même pas en mesure de voir dans la ville où je vis, c’est probablement cette quête certaine de l’authenticité. Permanente. Comme une course à qui est le plus honnête, le plus fiable, et le prouve le mieux. Authenticité de la personne, de ses propos, bien fondé d’une entreprise, activité et communiqués de presse justifiés. Certes, c’est une tendance humaine très répandue, qui va bien au-delà du débat simpliste consistant à coller une étiquette sur une population donnée en disant eux ils sont comme ça et que d’ailleurs notre chère Marine apprécie beaucoup. C’est également l’une des conséquences du 11 Septembre. Après tout nous sommes bel et bien dans l’ère du soupçon, qu’on aime ou non, et ça concerne l’ensemble du monde occidental. Montrer patte blanche, être parfait, c’est une nécessité. On ne peut plus se permettre d’être léger. Notamment en politique. Et sur toutes les questions touchant à la sécurité ou bien à la santé. N’empêche, j’ai parfois l’impression d’être au roi des pays du papier-qui-prouve-que.

Au plan professionnel, du moins dans le milieu dans lequel je suis, l’honnêteté un argument de vente de vos produits. Le commercial doit savoir que la première chose qu’on va lui demander en Allemagne, c’est si tout ça est bien authentique, echt. A un moment où à un autre, il sera poussé à aller chercher des certifications pour augmenter son chiffre de ventes et mettre en confiance des consommateurs de plus en plus pointilleux et avides de preuves. Idem quand on pose candidature. Plus vous avez de diplômes dans votre anse, même peu reluisants, plus vous prouvez votre crédibilité, et donc vous vous détachez d’une masse de gens dont on ne peut pas être trop sûrs. Mieux vaut une personne un peu moins compétente qu’un génie un peu menteur. Côté dirigeants et électeurs, on demande aux politiques de démissionner dès qu’on s’aperçoit du moindre mensonge, fût-il vieux de plus de 10 ans. Il faut donc à la fois être irréprochable, jeune, doué, mais surtout authentique. Avoir menti une fois, sur un diplôme, c’est trop. Ce n’est même plus récupérable. C’est sans doute pour cela qu’Helmut Schmidt reste si populaire malgré son langage châtié qui aurait fait scandale en France: lui, il est vrai, en plus il ose même fumer partout quand tout le monde dit que c’est mal. On voit l’homme derrière le masque, et ça, ça plaît. Il peut dire la même chose que Sarrazin, mais comme il est authentique, ein echter Politiker und ein echter Mann, ça fait quand même beaucoup moins de bruit:

Sur le plan pratique, dans la vie de tous les jours, on va tout tester pour le bien du consommateur et de la société. Même mon toaster a fait l’objet d’une évaluation lui décernant un prix comme quoi il grillerait effectivement le pain correctement. Ce que je confirme moi aussi. Il grille bien. Tout ou presque dans la maison est geprüft dans l’espoir de certifier la qualité. Et encore, je ne suis pas au courant du détail des notes attribuées. Même pas pour mon grille-pain.

Toutes ces choses qui m’échappent encore en presque trois ans de présence, j’aimerais bien les comprendre enfin. Une réponse serait d’associer cette quête de l’authenticité à l’esprit protestant qui continue d’imprégner la société allemande, paraît-il. Comme je ne m’y connais pas assez en religion pour pouvoir m’en assurer sans avoir recours à des clichés, je penche surtout pour les conséquences du nazisme pour expliquer tout ça. Au fil des conversations, j’ai l’impression d’avoir accumulé des connaissances qui commencent tout juste à faire sens. Et encore, ça reste à prouver. Pour le dire en quelques mots, la seconde guerre semble tellement avoir traumatisé les consciences de la génération suivante que celle-ci en est venue à l’idée d’établir une sorte de veille sur absolument tous les aspects de la vie, histoire d’être sûre de ne jamais recommencer comme les parents, menant une vie tranquille et se réveillant un beau jour dans un champ de ruines, en ayant du mal à se regarder dans un miroir, en se demandant pourquoi elle a perdu la guerre, que fait la Prusse orientale en Pologne et en Russie, et répétant comme une litanie qu’ils ne savaient rien.

Comme le disait JM il y a un an, le nazisme était bien loin d’être une mouvance à part. C’est une sorte de monstre qui a dévoré progressivement non seulement les idées, mais aussi les objets, les habitudes, la façon de vivre, bien avant que cela ne se montre à la surface et que cela devienne vraiment une revendication politique. Que d’évolutions ont été étroitement liées à la période et à cette idéologie. Pour nous, ces évolutions sont neutres. Pour un Allemand, je n’en suis plus si sûre. La prise en charge des enfants,  forme précoce de libération des mères de famille, a abouti à un endoctrinement massif qui a permis d’étouffer dans l’oeuf une très grosse partie de la résistance en Allemagne. Lire par exemple les lettres de Hans et Sophie Scholl pour comprendre à quel point il était difficile de réaliser et de franchir l’étape menant à la résistance quand on est né dans cette idéologie et que tout, absolument tout, toute la journée, de la forme des jouets pour enfants au bock de bière, vous met dans le moule et étouffe jusqu’à l’idée d’une autre réalité.  Pas étonnant du coup qu’aujourd’hui les mères qui travaillent soient si mal vues. Un brin de conservatisme, une dose de connaissances historiques basiques feront de n’importe quelle femme une personne qui va veiller à ne pas laisser sa progéniture aux mains d’une institution dont elle ne connaît pas forcément les valeurs. Sur un autre plan, certaines entreprises ont commencé à se développer grâce à une grande idée de l’époque, voulue par les dirigeants nazis, qui était l’impératif de pouvoir mieux distribuer sur l’ensemble du territoire allemand. Elles vont donc avoir des bras et des yeux partout, pouvoir espionner et encadrer virtuellement un peu tout le monde. Exemple: Riesen. Vendre des bonbons abordables et en profiter pour faire passer le message aux enfants qu’Adolf les aime bien. Idem pour les moyens de communication et leur développement. Le charisme bizarre attribué à la voix d’Hitler n’est ni un hasard ni un mythe. Le nazisme a séduit les comédiens, les artistes, les classes populaires, en jouant sur le lancement de la radio à grande échelle. Les uns y voyaient une chance d’être connus, les autres une chance d’être pris au sérieux en étant plus tenus au courant que jamais. Après le théâtre, après la performance d’acteur, la suite logique, c’était d’être speaker. A l’autre bout, écouter la radio, ça avait un côté magique. Un peu comme d’aller au spectacle. Et qui était le meilleur speaker du pays, pendant que George VI faisait des exercices avec son orthophoniste?

Alors on va tout vérifier et agir quand une chose ou une personne sort du cadre attribué. Peut être est-ce en partie pour ça que ce pays fait un fromage sur des gens qui ont menti pour obtenir son diplôme il y a waoutmille ans. Guttenberg essaie de revenir des mois après, et il ne peut pas selon Henkel qui le dit et le répète (mais pas tout seul) et que le Datenschutz, ici, ça ne rigole pas. Ca créerait même des emplois. Assurons-nous que personne n’ait contacté Frau Schmidt de façon indue ces 40 dernières années et surtout que ça continue comme ça. On va veiller aussi à ce que la presse soit bien vivante. Jamais vu autant de journaux qu’ici. Dès la table du petit déjeuner, il y en a un ou deux sur la table, bien épluchés, qui sont autrement plus épais que les quotidiens français.

La résilience, tout ça tout ça. Mais peut être que je me trompe dans cette interprétation. Je n’ai que mon expérience ici pour tenter de comprendre et je suis preneuse de toute lumière. Affaire à suivre.

Vous en pensez quoi? Vous avez remarqué autre chose qui vous semble revenir en permanence?

PS: Pour en savoir plus sur l’homo germanicus, mais sous un autre point de vue, vous pouvez aussi jeter un oeil chez Lucie. C’est bien fait et ça donne envie d’en lire plus!

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De la langue allemande

L’autre jour, je prenais gentiment un vin chaud avec une amie portugaise au marché de Noël. Cette fille parle à peu près couramment les langues suivantes: anglais, allemand, espagnol, italien. Et bien entendu portugais. De quoi la faire se retourner toutes les deux secondes dans une foule bigarrée de touristes qui pensent que personne ne comprend rien à ce qu’ils disent et qui sont encore en train de se demander où est Marcel.

Un peu vexée lassée de l’entendre me traduire en français chaque chose qu’un sombre estranger évoluant à moins de 2 mètres de mon vin chaud pouvait bien élucubrer sur Marcel et Jasmine, je lui demande COMMENT elle a appris tout ça. A commencer par l’allemand. Et elle, tout naturellement, avec son accent chantant:

Ah bah oui tu sais je pense que venir dans un pays c’est bon.

En clair dans le texte, et après vérification pour chacune des langues: vous vous pointez sur place et voilà. C’est en effet d’une simplicité enfantine.

J’avais certes oublié qu’elle avait 30 ans, soit 3 ans de barroudage de plus que moi. Sauf que je ne me vois pas tout quitter pour aller m’expatrier à Porto ou à Kuala Lumpur sans maîtriser un seul mot. Encore moins dans les 3 ans qui suivent. Je serais plutôt du genre à apprendre une langue dans mon coin et envisager des choses après, longtemps après. Comme je l’ai fait par exemple pour l’allemand. J’ai été prise au jeu de la langue de Goethe, par son pragmatisme et son côté très précis qui dégage de la gemütlichkeit dans chacune de ses tournures. Quelque chose qui est aux antipodes de l’opinion de mon amie Béatha.

Ah bah non pour moi l’Allemand c’est pas une langue belle, j’aime pas. Pour moi en fait une langue c’est un outil simplement.

Pas très romantique tout cela. J’en viens à me dire que la seule raison pour laquelle je suis capable d’aimer cette langue et de passer pour un ovni aux yeux de tous les autres polyglottes présents sur cette terre, c’est que j’ai eu la chance de mettre la main sur des bouquins qui m’ont transmis le potentiel de cette langue. On peut en faire un simple outil, certes. L’allemand au boulot, pas marrant tous les jours. L’allemand avec le copain berlinois, chaotique, surtout s’il a l’accent local. L’allemand des bouquins par contre…Je me demande si ce n’est pas ça qui donne cette mauvaise réputation à l’allemand: une langue qui passe difficilement en musique, ou dans toute forme de culture facilement consommable, facilement accessible. On ne peut pas dire que le German cool soit favorisé par Tokio Hotel ou par le soleil de la Baltique. Et je commence tout juste à comprendre en quoi mon engouement pour cette langue est désarçonnant.

Une petite sélection de bouquins de ma mémoire pour donner envie, du simple point de vue de la langue (attention je mets un peu tous les niveaux en même temps):

- Der Zug war pünktlich, Heinrich Böll

- Scherbenpark, Alina Bronsky,

- Kalter Hund, Karin Reschke

- Die Verwandlung, Kafka.

- Fräulein Else, Arthur Schnitzler.

- Der Vorleser, Bernhard Schlink.

Et vous si vous aimez cette langue ça vous vient d’où?!

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Eine einfache Feststellung

Il est tellement simple de venir se brûler les ailes ici. Une idée préconçue sur cette ville, une personne que l’on suit, des projets, ou encore une fuite. Chacun ses raisons. Plus je connais cette ville, plus je connais les gens qui l’habitent, plus j’ai l’impression que nous sommes des papillons de différentes origines attirés par une même flamme.  Il y en a qui échappent et qui continuent à papilloter joyeusement autour. Non pas qu’ils soient plus forts que les autres. Simplement, ils n’ont pas fait d’erreur d’aiguillage: au moment où d’autres sortent du cercle, ils savent garder un accès par des voies mystérieuses. Malgré une rupture ou des heures sup. Partie remise pour leurs ailes.

Parmi les victimes, les uns déménagent, rentrent chez eux, espérant trouver ailleurs ce qu’ils ont perdu ou même n’ont jamais trouvé ici. Les autres restent, toujours attirés par la flamme, totalement fragilisés. Moroses, englués dans le même problème, mettant d’autres noms sur ce mal si répandu.  Pauvreté. Travail inintéressant. Burn out. Maladie. Barrière de langue. Ca, c’est la version officielle.

Le fond du problème, c’est l’ultra moderne solitude. Version locale. Il y a  ici une tendance générale, presque hypocrite, à prendre les symptômes pour la cause. On les brandit pour se présenter comme le Christ en croix, livré à l’indifférence et à l’oubli dans un paysage désertique. Ces oubliés ont un point commun: ne jamais dire, ne jamais vouloir admettre qu’ils ont quitté eux-même le train et que c’est eux qui ne savent plus y remonter. L’enfer, c’est les autres. Pas eux.

« Ich kann mich an keinem Kurs anmelden, es ist mir zu teuer. So kann ich keine neue Leute kennenlernen. »

« Ich habe zuviel Arbeit, verstehst Du? Deswegen ist mein Freundkreis so niedrig geworden. »

« Mir ist es zu anstrengend, die Probleme von anderen Menschen auch behandeln zu müssen. Ich habe genug mit meinen eigenen Problemen. Und wenn keiner mich zuhört, dann soll ich mich nicht im Vorhinein opfern« .

« Ich erwarte einfach dass andere sich bei mir melden. Ich bin ja offen. In der Vergangenheit kam ich auf der Leuten zu, hat mir aber nix gebracht. Von daher. Ich warte. »

« Ich bin nicht von hier, ich weiss nicht womit ich anfangen soll. Wo kann ich Leute treffen, wenn keiner was vorschlägt »

Les humains ont besoin d’autres êtres humains. D’autres le disent mieux que moi: nous avons besoin de parler, d’échanger. Pas seulement sur la météo, et pas seulement via Skype ou par mail. Pour sortir de cette logique, la seule réponse est de ne pas fuir. Si personne ne vient à nous, alors il faut aller à l’autre et avoir le courage de mettre les mots sur les choses. Ce qui reste certes très difficile.

La chanson de Souchon à écouter si ça vous dit…

Voir tout ça autour de moi au quotidien me fait de plus en plus mal. Peut-être est-ce de la lucidité due à l’âge ou bien un pessimisme du à certaines rencontres. Toujours est-il que je crains la contagion, qu’elle commence dans quelques semaines ou quelques années. Rester en permanence à bord du train, ou bien savoir y remonter en marche. Quelle force cela doit-il demander au final. Le problème est de savoir et de savoir agir en même temps. Ich frage mich auch langsam ob ich was letztens verpasst oder verloren habe. Etwas fehlt mir nämlich schon.  Hat es schon bei mir angefangen? Es kann  aber wohl sein, dass es nur ein Fehlen amVertrauen ist. Ein bisschen Stress. Oder werde ich bald so schwach und lahm wie alle da draussen, wenn ich nicht aufpasse?

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Portraits de déracinés: # 1

Ca fait un bout de temps que me trotte dans la tête l’idée de décrire les gens que je rencontre. La ville, on la vit et on la comprend au fil des rencontres que l’on fait- ou non.

Première de la série: A., une Allemande du Sud. Pour être honnête, je n’ai pas vraiment compris d’où. Je crois aussi que ça lui est égal. A. est venue à Berlin parce que la vie l’y a portée. L’idée d’économiser, une histoire de coeur comme on en a à 20 ans, la réputation de Berlin pour tous les jeunes un peu rebelle, et le tour était joué. 30 ans passés, jolie comme tout, typiquement le cliché de l’Allemande blonde aux yeux bleues, grande, sportive, qui donne l’air assuré. Sauf qu’il n’en est rien. Comme pour beaucoup, il y a l’apparence, et ensuite la réalité. Et surtout une phrase qui revient: « Ich weiss es auch nicht, ob Berlin mein Zuhaus ist ».

A. est une vraie Européenne, avec des racines allemandes, polonaises, israëliennes, un vrai patrimoine familial qui est fascinant quand elle commence à en parler. Elle est intelligente, a fait des études, elle est cultivée et a des choses à dire. Elle a travaillé dans le milieu culturel, l’édition pour ne pas la nommer, cette passion si fréquente à 20 ans et qui nourrit à peine les quelques élus qui s’accrochent tout de même après leurs interminables enchaînements de Volontariat payés 800 euros nets.La première fois qu’on discute avec A., on se sent tout petit devant tant de volonté, tant de choses à partager. N’empêche.

A. a tout pour être bien dans sa peau et ses baskets,  mais elle voit la vie comme une tragédie permanente. 2 volontariats derrière elle, une histoire de coeur ratée, un peu de mal à joindre les deux bouts mais surtout une incommensurable tendance à se méfier de tout et de tout le monde. Rien ne marche. Un boulot bien payé est bien trop stressant, un boulot en start-up trop prenant, les autres pas son profil. Les collègues ne peuvent pas être bienveillants ou même indifférents, les amis ne sont pas disponibles, la famille distante. Peu importe ce qu’on lui dit, peu importe ce que les gens font pour l’aider ou la rassurer, ce n’est jamais une solution pour elle. Warum wollen Leute mir auch immer sagen, was ich eigentlich tun sollte. Warum lasse ich es immer wieder geschehen?

Dans ce grand Berlin froid et anonyme, je crois bien qu’elle a cherché à prendre refuge de quelque chose et qu’elle en paye maintenant l’addition. Une mère qui n’a pas su gérer sa famille. Une relation qui n’a pas fonctionné. Des rêves qui n’ont pas abouti. Berlin, ville où l’on part ou où on reste pour se ressourcer, puis où on reste seul en oubliant ce qu’on est venu y chercher. A., je la soupçonne de faire partie de ces déracinés berlinois, d’Allemagne ou bien d’ailleurs, qui ont franchi un tel degré de solitude que toute relation devient compliquée. L’ouvrier qui vient réparer quelque chose chez elle peut parvenir à faire pleurer A. en une phrase. Simplement en disant qu’il faut convenir d’un autre RDV, donc qu’elle va devoir s’arranger avec son employeur. A. me raconte ça, les larmes aux yeux, et je me sens intronisée dans son monde. Et ça me donne froid dans le dos de penser que des centaines d’autres ont le même problème ici, et que nous ne les voyons pas. Fichues apparences trompeuses.

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Berlinification

Berlinification, n.f, création langagière déposée par moi. Processus par lequel un individu lambda se retrouve par de nombreux traits assimilable aux Berlinois de souche. Les stades de la mutation sont difficiles à évaluer, voici donc une liste non exhaustive des symptômes frappant la victime, ci après dénommée simplement « Lambda »:

- aucune réflexion au moment de l’achat d’un produit bio. Avant, l’individu hésite, agit avec un pincement de coeur ou de porte-monnaie, conscient au final des raisons de son choix. Après, il met ça furieusement dans son panier de courses et est même capable de lâcher des phrases clichés en entrant dans la boutique telles que: « mais où est le rayon bio? » Violent. Surtout quand on sait que Lambda, en bon Berlinois, n’est pas forcément richissime. Suffit de regarder la clientèle des marchés bios pour comprendre. Sur la Warschauerstr., Lambda berlinifié peut même avoir la chance de converser avec une caissière française. Sujet de conversation: le bio, ses bienfaits, son évidence.

- Lambda a accepté la venue de l’hiver. Il a intégré le fait que dans quelques mois il va avoir l’air d’un bonhomme un peu grassouillet et pas franchement sexy. Il accepte avec calme la perspective horrible de subir -10°C ou -15°C à des intervalles réguliers. Il ose même corriger: -15°C, c’est la nuit, une fois par hiver, voire même pas forcément tous les ans. C’est dire, il a du vécu à son actif.

- dans le même esprit de survivant acharné, Lambda se souvient de ce qu’il a appris les années précédentes et du scandale intemporel des hivers berlinois.  Pas le froid, non. Les stocks de luges pour les enfants et les stocks de sel pour les piétons sont insuffisants. C’est un drame chronique qui fait bondir Lambda. Et c’est dans cet ordre qu’il le dit, pas l’inverse. A moins qu’il ne peste d’abord contre la BVG, la ligne M29, M19 et M48, jamais ponctuelles. Dans une vie antérieure, c’était lui qui n’était pas ponctuel, mais il a oublié cette partie de lui-même. Lambda a toujours été irréprochable sur le timing. Puisqu’il vous le dit.

- le Berlinifié s’excite à l’idée d’aller voter. Ancien politicard à ses heures, le monde politique germain le fascine. Quel parti lui correspond, quelles affiches lui plaisent visuellement et sur le plan des idées (car il lit les affiches. Toutes. Parfois même, Lambda se retourne, hausse le nez. Pour votre information, il vient d’aviser un lampadaire électoral). Après vient une phase intense de check de ses informations précédentes. Comment s’appelle le salaud gars qui a parlé l’autre jour il y a 3 mois à la radio. Que je ne vote pas pour lui. Voter prend pour Lambda tout son sens. Avant, c’était un devoir. Maintenant, ça serait presque intéressant. Et de voir que Lambda pense à s’inscrire, en plus, à l’ambassade pour pouvoir voter aussi en France en 2012 et se comporte pareil en France. Impressionnante révolution intérieure.

- Lambda semble comprendre le Berlinois avancé. Il dit parfois des choses qui dépasse l’entendement pour un être innocent et préservé. Un samedi de septembre, cherchant à entamer une conversation avec d’illustres inconnus: « schönes Wetter, wa? » Au coeur de l’hiver, en attendant le bus, a repéré une target: « och, heute ist och ganz schön kalt, nicht wahr? ». Il n’a pas de problèmes pour interpréter la phrase « ick hab ein Weinkuuuuh gemoocht » et réagit de facon appropriée, du tac au tac: « ein Weinkuchen? Wie schön! » Et si on lui demande comment il va, Lambda peut dire « Jut », certes souvent sous l’emprise de l’alcool, mais il faut quand même pouvoir le faire…

- On s’arrête au feu rouge pour les piétons dans 95% de la ville, Lambda s’y plie avec empressement. Exception notable, la Warschauerstr. Ailleurs, notre ami sera le premier à rappeler à son visiteur que ça ne se fait pas, que ça coûte super cher si on se fait choper, que les bagnoles ne s’arrêteront pas forcément comme en pays angevin (du Bellay, ce visionnaire incompris…) Pis que ça: Lambda regarde d’un oeil noir les cyclistes incompétents, ceux qui mordent de la voie vélo sur la voie piéton, ou bien encore ont le culot de traverser la rue avec leur bolide à deux roues, sans descendre. Ce qui n’empêche pas notre cher ami de rouler avec une vieille bécane déglinguée en dehors de la voie vélo. Lui, il sait manier un vélo. Pas comme les autres.

- Lambda commence à voir d’un oeil vaguement négatif les floppées de touristes qui viennent enrichir découvrir la ville. Choqué par les autocollants associant les touristes aux terroristes posés un peu partout, il n’exprime pourtant que mépris pour ces gens qui se perdent dans le métro pourtant si simple et finissent par provoquer des drames urbains banals (« on a perdu Marcel! Mais où est Marcel?! Chéri, il faut descendre, on a perdu Marcel!! »), ceux qui ne payent pas leur billet et le disent en riant d’un rire gras, et surtout ces Français qui fleurissent avec le soleil. Subitement, de mai à août, Lambda découvre que le touriste français adore Berlin, et s’en énerve. D’abord parce qu’il doit ENCORE traîner sa troupe au Reichstag, ensuite parce que Marcel envisage rarement un tour de la ville à vélo (voyage + barrière langagière+ vélo= « on a perdu Marcel ». 15 fois en 4 heures, 14 fausses alertes, et une vraie). Et pour finir parce que Berlin, c’est SA ville. Pas un bidule qu’on visite en mangeant du curry wurst et en se faisant photographier à Checkpoint Charlie. Pour Lambda, l’idéal du touriste, c’est son ami Oméga qui vient crécher quelques nuitées, comprend l’allemand, reste blasé devant un Kebab, s’extasie devant des Brötchen bios et du Streichkäse, et surtout demande à faire des musées ou activités du type original. Exemple: le simulateur de vol de Weddding. Voir ici pour tous ceux qui cherchent l’inspiration dans une conversation où on vous dit que Checkpoint Charlie est LA chose à voir dans cette ville. Bon ok c’est cher, on fait pas ça tous les jours. Mais ça peut avoir un côté franchement plus marquant que la photo répliquée à des millions d’exemplaires de la porte de Brandenburg.

- Lambda, car on parlait bien de lui, pas des touristes, est presque devenu végétarien, et il ne se porte pas plus mal. Viande au resto, chez soi, on s’offre parfois un filet de saumon, du jambon, des lardons dans une préparation qui autre fois était une quiche et qui maintenant ne ressemble plus à rien du tout. Tout le reste relève de l’aventure culinaire. Lambda n’aime plus vraiment la viande, sa famille et ses amis en visite s’inquiètent de sa santé. Pour les carences et souvent aussi pour voir si Lambda subit une quelconque pression psychologique cherchant à discréditer le rôti de veau aux pistaches.

Bref, un Berlinifié n’est même plus capable de savoir vraiment d’où il vient. Le remède reste encore inconnu.

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Parenthèse légale et questions d’identité

Je viens partager ici ma découverte du jour, un interview du Monde que vous pouvez lire ici. Thème: la remise en question de la bi-nationalité par les autorités françaises à l’heure actuelle, et le déni qui persiste en Allemagne. Et voici que j’en réapprends subitement sur un sujet qui me paraissait si évident.

Je me passerai de commentaires inutiles sur le sujet. Par contre, voilà un florilège de liens, dans une langue ou une autre. Il y a à boire et à manger, mais comme je suppose mon lectorat lui aussi concerné…appréciez.

- Tout sur l’acquisition de la nationalité allemande.

- La lettre de Marine Le Pen, où l’on (re) prend contact avec la notion de « double allégeance ». Bon, du coup, j’apprends aussi que j’ai fait allégeance comme un preux chevalier à mon pays. Moi qui pensais simplement l’aimer et en tirer des conséquences logiques. Quelle niaiserie de ma part.

- La double nationalité d’après le service public français.

- Une carte du monde avec les pays reconnaissants la double nationalité.

Tout ça me fait battre la campagne et penser à une remarque envieuse qui m’a été faite par un ami allemand. « Wir haben einen Ausweis, ihr habt eine Identitätskarte« . Il voulait en venir au fait que nous osons évoquer le terme d’identité alors que eux ne le peuvent que difficilement. C’était dit avec une pointe de jalousie bien visible.

L’identité allemande, vaste débat. Ne pas chercher à perdre son accent local, ne pas chercher à parler un parfait hochdeutsch, ne pas abandonner son dialecte, s’habiller d’une façon qui fasse typique, sauvegarder des traditions régionales à tout prix…tout ça passe sous le terme générique de « défendre son identité » ici, probablement aussi parce que le papier comme l’idée d’une nationalité allemande manquent- en réalité, l’Allemagne, c’est la fédération libre de plusieurs entités régionales (amis du fil à couper le beurre…).Donc, en toute logique, une « identité » pour chacun ne peut pas vraiment exister aux yeux de l’Etat fédéral. On a un « Ausweis », un laisser-passer, au sens propre, pour circuler d’un Länder à un autre. Rien de plus.

L’identité, techniquement, c’est l’ensemble des données permettant à un individu d’être distingué d’un groupe uniforme, comprendre une masse nationale.  En toute logique, avoir une identité, ça rassure, d’où l’idée de la chercher et de la défendre (par contre la développer, ça c’est une idée plus rare…) Certains la définissent comme un héritage donné à la naissance, à défendre becs et ongles contre des ennemis difficiles à cerner, mais dans le fond souvent vaguement basanés (réécouter Coluche et le sketch « C’est l’histoire d’un mec… »). La modernité aussi, c’est un vecteur qui effraye, destructeur d’une identité figée et fiable. Ecoutez les plus âgés: « de mon temps, on ne tombait pas si bas » (on ne s’habillait pas si mal, on avait des bonnes moeurs etc. Je t’en fiche). Pour moi, les bases d’une identité saine, ce serait plutôt ce que je choisis d’être, donc ce qui m’a été donné et ce dont je suis fière, comme ce que j’ai acquis par moi-même et ce que je veux encore faire. Un peu comme un but à atteindre.

Pourquoi une identité ne saurait pas être multiple, en mouvement? Et pourquoi ne peut-on pas être à la fois français et algérien, allemand, grec…si on aime chacun de  ses deux pays de la même manière? Est-ce qu’on doit dire adieu à ses racines pour vivre dans le temps présent?

Mais peut-être suis-je celle qui a trop d’idéaux. Peut-être est-il temps de penser à vivre en Français pur et dur sur le sol germanique, puisque Dieu nous a mis là- dans ce cas, notez bien que je veux un boulanger certifié « made in France » pas loin de chez moi, plus un Casino ou un Champion avec concombres et tomates empoisonnés français, et surtout pas trop de germanophones autour, c’est désagréable à l’oreille. Quelqu’un transmet à l’ambassade? C’est important, merci. :)

Bon sérieusement, en tant que franco-berlinois, vous en pensez quoi?

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Lecture à thème: Berlin Alexanderplatz

J’ai enfin fini la lecture d’un livre dont je voulais vous parler depuis longtemps ici.

Bon j’avoue qu’une partie du problème tient à sa taille (plus de 600 pages en poche), au fait que je n’hiberne plus et donc consacre moins de temps à mon blog et à la lecture…Ok. Mais il y a aussi autre chose: c’est un roman très dense, et pour moi un chef d’oeuvre déroutant auquel je ne m’attendais absolument pas. Je l’ai acheté sur un coup de tête, par simple curiosité, suite à l’appel du titre qui me disait (très) vaguement quelque chose…

Qu’est-ce que ça raconte? Eh bien, en soi, rien de bien excitant. C’est l’histoire d’un nul, à Berlin, à la fin des années 20. L’histoire d’un petit délinquant/ truand un peu balourd, pas fin psychologue, maquereau à ses heures, parfois un brin meurtrier. Mais en un sens, le roman ne raconte rien. Il décrit la médiocrité humaine, la bêtise des sentiments, la lâcheté et l’absurdité. En ce sens, on peut le rapprocher de Voyage au bout de la nuit. A ceci près que la leçon sur l’humain n’y est pas aussi présente. Chez Céline, si on a bien compris la portée du livre, on le referme et on se dit que l’humanisme est souhaitable, mais ne sert à rien. Chez Döblin, on a simplement lu une histoire.

Dans Berlin Alexanderplatz, tout a lieu dans la maîtrise de la langue. Je me demande d’ailleurs si le fait que le roman ait été retraduit seulement récemment n’est pas l’une des raisons pour laquelle le livre est si peu connu en France. On se sent happé par le style. Dans la nouvelle traduction,  l’influence du Berlinois est nettement présente, ainsi que celle du langage populaire, voire celle de la folie de ces années 20. Le dialogue est déconstruit, rebelle et extrêmement vif. Plus vous progressez dans la lecture, plus vous êtes pris dans le jeu: quelle scène l’auteur cherche-t-il à faire revivre ou détourner? Franz a-t-il un coeur? Qu’attendent les personnages de la vie? Et ainsi de suite…

Au-delà de ces considérations intellectuelles sur le style choisi (et le brio du traducteur), je me suis surprise à y trouver des clés sur le Berlin d’aujourd’hui, un peu à tous les niveaux. Il y a par exemple la description magistrale des anciens abattoirs de Berlin, dont j’ai par la suite trouvé trace via le blog de David par cet article et qui valent le coup d’oeil. Ou alors ces allusions à l’Alexanderplatz elle-même, les travaux qui l’agitent à l’époque et qui ressemblent singulièrement à ceux d’aujourd’hui. Des scènes prises sur le vif dans le Zeitungsviertel où se situent tant d’entreprises aujourd’hui, vers la Zimmerstr. et le Spittelmarkt de facon plus générale. Sur un plan plus difficile à analyser ou expliquer, les personnages vous semblent familiers dans leurs expressions ou leurs attitudes…un peu comme si le langage berlinois portait une ambiance qui n’avait pas changé dans la ville depuis 1929. Il y a aussi toutes ces allusions historiques, tous cette attention portée mine de rien vers l’agitation politique et le bouillonnement absurde des idées…en lisant ce livre, on a également l’impression que l’histoire de Berlin sur les dix années à venir est là, concentrée et comme en attente.

Un autre avis ici.

En résumé: un roman fataliste, pas forcément recommandable pour ceux qui lisent peu habituellement, de par son côté pavé…mais un très bon livre pour quiconque aime Berlin et cherche à comprendre son passé, voire son présent. Et à mon avis un chef d’oeuvre qu’on peut lire plusieurs fois de suite!

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Tout sur Dresde, #1

Nouveau retour sur ce blog, pour vous parler cette fois d’une ville qui me tient à coeur dans ce plat pays: Dresde. Je vous préviens tout de suite, mon objectif est de faire une mini-série, et c’est presque une menace…

Aujourd’hui, quelques photos et remarques en vrac.

Un peu d’histoire: Dresde est surtout connue sur le plan historique pour avoir fait l’objet d’un bombardement massif en février 1945 (environ 7000 tonnes de bombes lâchées sur la ville), reconnu par la plupart des historiens comme stratégiquement injustifié. Les dégâts sont similaires à ceux éprouvés par la ville d’Aix-la-Chapelle, pourtant bombardée 5 fois. Le chiffre des morts à Dresde reste jusqu’à aujourd’hui encore incertain, les estimations variant entre 25 000 et 250 000 morts. Ces destructions ont épargné la Neustadt, partie de la ville construite au XIXème, et quelques quartiers périphériques. D’autres bâtiments sont plus ou moins ressurgi de leurs cendres: le Semperoper, le Zwinger, la Frauenkirche sont à nouveau debout aujourd’hui, non sans peine.

Le résultat, au niveau touristique, est assez surprenant. On trouve une ville qui tente de renouer avec un passé irrécupérable. Faute d’argent, de courage ou d’inventivité, la ville rebâtit un décor en carton pâte pour ses quelques monuments reconstruits à l’identique ou plutôt « dans le goûts de ». Voir la place autour de la Frauenkirche, ça a un côté Disneyland si vous regardez bien les façades colorées:

La Frauenkirche et sa place originale, rebâtie "à l'identique"

C’est d’autant plus dommage que l’Eglise elle-même a été restaurée d’une façon qui prouve un vrai travail de mémoire un peu similaire à l’Eglise berlinoise Gedächtniskirche située sur le Ku’damm.Première remarque: il y a un pan de mur à quelques mètres du bâtiment. Quelques pierres noirâtres auxquelles on peut ne pas prêter attention, mais qui sont un morceau du mur original. Pourquoi? Parce que le bâtiment a été reconstruit volontairement quelques mètres plus loin, pour des raisons pratiques, mais pas question de passer sous silence ce qui est arrivé à ce bijou architectural. Du coup, on le montre, et on appose une plaque avec le témoignage d’un survivant du bombardement. Une cicatrice exhibée, pour ainsi dire.

Emplacement original de l'Eglise


Les lecteurs les plus attentifs auront par ailleurs remarqué que les pierres de l’Eglise sont de deux couleurs différentes. Et non, ce n’est pas fait que pour être joli.

Les pierres de la Frauenkirche auraient-elles une histoire à nous raconter?

L’Eglise comprend l’utilisation de pierres d’origine, replacées grâce à de savants calculs à leur place originale. Elles sont noires, non seulement en raison de l’incendie qui a ravagé l’édifice lors du bombardement, mais également en raison de la pollution industrielle (notamment à cause de l’utilisation intensive de l’Elbe comme axe commercial) au XIXème et XXème siècle. En d’autres termes, l’Eglise a été reconstruite en prenant le rôle de Versöhnungskirche, l’Eglise de la réconciliation.

Plus d’informations sur la Frauenskirche de Dresde ici.

Ailleurs dans la ville, le sentiment d’être dans un vestige du passé et une ville à la redécouverte d’elle-même peut surprendre au coin d’une rue, du quartier touristique aux confins résidentiels. La gentrification fait ici aussi son oeuvre, lentement mais sûrement. La Neustadt, quartier in et mélange savant d’étudiants, de chômeurs et de laissés pour compte de la Wende il y a encore 10 ans, se voit lentement les familles plus riches la repeupler. Les centres commerciaux (Arkaden) se multiplient peu à peu. Voir notamment l’article du Zeit ici.

Un coin de paradis: le Zwinger

Au coeur de la vieille ville

Et on peut comprendre pourquoi Dresde, plus que d’autres villes, évolue en ce sens. Coût de la vie relativement faible. Bon redémarrage pour une ville de l’ex-RDA.  Une petite ville, ni trop grande, ni trop petite (environ 500 000 habitants), qui est à la tête d’un Länder et loin ni de Berlin, ni de la République Tchèque, ni des montagnes en hiver, ni de la Suisse saxonne et de ses merveilles en été. L’environnement immédiat idéal: en 15 minutes, vous êtes au bord de l’Elbe, et vous vous retrouvez sur des pistes vélos magnifiques. A moins que vous ne fassiez de l’aviron ou que vous visitiez un des Burg de la région. De quoi donner vraiment envie d’y aller.

Le seul problème à ce tableau idyllique, c’est la conséquence de ce dont j’ai parlé plus haut: à ville détruite de façon plus ou justifiée, à ville laissée pour compte par la Wende, correspond un certain succès électoral. Je veux bien entendu parler des néo-nazis, qui font bien parler d’eux, notamment lors de l’anniversaire du bombardement de la ville, le 13 février: chaque année, c’est un peu à qui organisera la plus grosse manifestation, d’eux ou de leurs opposants, et laquelle sera interdite. Voir notamment l’article de ce journal.

Je vous parle de sa région la prochaine fois, stay tuned ;)

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