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Un Strassenfeger et des hommes

On ne connaît pas Berlin si on ne connaît pas sa misère. Facile à dire, argument qui enfonce des portes ouvertes…je sais tout ça. Il n’empêche: le rapport à la pauvreté, dans Berlin, c’est toute une histoire.

D’un côté, il y a l’ombre de la gentrification. Cette sorte de mouvement d’éviction progressive des plus pauvres du centre-ville, parce que loyers en augmentation perpétuelle, parce que c’est la vie, parce que voilà, parce que c’est la nouvelle donne. Le Liebig 14, les dernières formes de squats urbains, les droits des proprios qui ne sont pas très clairs, tout ça n’est pas bien accepté, mais vit ses dernières heures. Jean-Michel l’a d’ailleurs déjà très bien résumé dans cet article. Où je veux en venir? Eh bien que non seulement les « squatteurs », mais aussi tous ces gens qui vivent de Harz IV, autrement dit d’un très mince pécule, disparaissent peu à peu du centre de Berlin, faute de pouvoir suivre des loyers qui, mine de rien, sont en hausse de 14% sur un an. C’est ma radio variété qui me le dit dans les infos du matin, alors si même elle s’y met… On a beau démarrer de bas, ça fait quand même mal. En d’autres termes, Berlin, c’est une des capitales européennes où la mixité sociale disparaît, fond progressivement sous nos yeux. Et je me demande quel est le degré d’indifférence ou d’indignation réels que cela provoque sur la population locale, anarchistes exclus.

D’un autre côté, il y a cette misère perpétuelle qui hante toutes les grandes villes, sous des formes d’indifférence qui varient du simple au double. Clochards ivres morts devant le Kaisers, Roumaines qui arpentent Checkpoint Charlie en posant inlassablement la même question avec le même ton, la même voix, le regard vide de ceux dont l’espoir et la foi en l’autre ont disparu depuis belle lurette: Speak English? Autre variante, les vendeurs de billets de métro pré-utilisés, à la sauvette, pour un euro, que tout le monde connaît, qui sont là, fidèles à leur poste, auxquels on s’habitue vite: après tout, une économie de 1,30, quel Berlinois saurait le refuser ad vitam eternam…Il y a aussi les nettoyeurs de vitres un peu plus bas sur la Friedrich., qui forcent leur chemin comme tous leurs comparses du monde, et ces automobilistes qui ne savent plus comment dire non, voire comment établir un semblant de conversation, si par hasard l’envie leur en prend. Les chanteurs de métro, sur la U1 en particulier, qui eux réussissent encore à déclencher des échanges entre passagers et animer un peu les coeurs: et qu’on danse, et qu’on rie, le jeudi soir, le samedi soir, sur les dernières stations, en direction de Warschauerstr. Toute cette misère, Berlin la connaît depuis la nuit des temps et vit avec, vous donnant parfois l’impression d’être comme un vieux manteau que vous aimez bien, mais qui va bientôt craquer sous le poids des années…Tous ces gens nouveaux, toute cette richesse qui afflue, Berlin saura-t-il l’intégrer pour garder son ouverture d’esprit sur la misère…? Pas si sûr, en tous cas je suis bien curieuse de voir ce que cela va donner. Comparé à mon expérience parisienne, on dirait bien que la chaleur humaine est ici un peu plus développée envers les plus démunis. RDV devant les Volksküche au printemps si vous en doutez.

Fin de la parenthèse généraliste, je voulais vous parler du Strassenfeger. Littéralement: le balayeur, au sens de balayeur de rues. Et une belle allusion à un concept télévisuel assez juteux, sur lequel vous pouvez en apprendre plus en allant par . Qu’est-ce que c’est? Un journal berlinois édité par une association qui cherche à réintégrer les plus pauvres par le travail. Voilà le numéro que j’ai acheté:

Strassenfeger- Mars 2011

L’idée est d’éditer un journal mensuel pour 1,50 euros. 90 centimes sont réservés au vendeur, le vendeur pouvant a priori être n’importe qui, et étant dans les faits la plupart du temps un SDF, voire un bénéficiaire de Harz IV. Vous vous souvenez de la dernière fois que vous avez vu un type avec un journal dans le métro…? Actuellement, il y aurait quelques 850 vendeurs sur Berlin et le Brandenburg, pour quelques 21 000 exemplaires vendus par an. Les chiffres proviennent de la page officielle de l’organisation que vous trouverez ici. J’espère avoir mal compris le propos, sinon ça donne un peu froid dans le dos: quelques 25 exemplaires vendus par personne et par an, soit un gain de 23 euros par personne et par an- de quoi décourager pas mal de monde, à mon sens. Pour 3,5 millions d’habitants sur Berlin (chiffres d’octobre 2010). Dommage pour une si belle initiative, non?

Comble de l’ironie, l’association Mob. eV, Obdachlose machen mobil, est située en plein Prenzlauerberg, un des quartiers les plus embourgeoisés ces dernières années.  Pas étonnant de retrouver le point de vente le plus proche sur Senefelderplatz, mais pas étonnant non plus de voir les résultats locaux, quasi nuls. Un vendeur de Strassenfeger devant un Bioladen, un vent plus que frais, des gens épuisés par leur semaine de travail qui n’ont pas remarqué ou pas voulu remarquer le SDF transi devant la sortie, quand ils ont les bras chargés de leurs courses et des soucis plus immédiats en tête. En ce qui me concerne, il a fallu un sacré coup de hasard pour que je vienne à l’idée d’acheter mon Strassenfeger…Et dire qu’en plus, c’est Carême pour beaucoup de monde, et que le plus dur n’est pas de donner quelques sous, mais de trouver l’attitude « normale » lors de l’achat: froideur? ton amical? neutralité? Dites-moi que je ne suis pas la seule à oser me poser la question. Dites-moi que cette indifférence  gênée que j’affiche comme tout le monde, probablement 25 jours sur 30 chaque mois, n’est pas quelque chose de normal. Il y a bien quelque chose qu’on peut faire pour réchauffer au moins les coeurs, non? Le pire, pour moi, ce n’est pas la misère, c’est certainement cette impression de devenir transparent, d’attendre que quelqu’un nous remarque, quelque soit la bonne volonté qu’on investisse. Une journée sans un regard et sans une parole, voilà ce que doit être l’enfer pour un de ces vendeurs.

Et vous, au quotidien, vous y pensez à faire face à la pauvreté? Quelle est votre façon de voir les choses et de combattre cette indifférence…? Bon sur ce, il me reste à le lire, ce Strassenfeger. Il parle d’intégration, en un sens ça concerne aussi les expats’ ;)

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Retour aux sources: de Funès en Allemagne!

Bon, c’est l’hiver, le temps ici pince à nouveau méchamment, et l’activité bloguesque chute quelques peu… Hélas. Comme d’autres le disent ailleurs, je crois bien qu’on peut parler d’hibernation. Tout prend une dose d’énergie qui paraît insurmontable, au point qu’on se demande comment faire pour maintenir l’équation « travail-vie sociale-courses-administratif », pourtant encore en équilibre honorable. Si on s’écoutait, on resterait à se lover au fond d’un fauteuil, enroulé dans 4 couvertures (minimum) et avec chocolat chaud à disposition, les yeux dans le vague, quasiment prêt à dire que Tokio Hotel est un sommet musical plutôt que de devoir aller chercher ses Brötchen au coin de la rue. C’est dire.

Seulement, dans un bizarre non- instinct de survie que je ne m’explique toujours pas, je  persiste à geler sur mon vélo pour sillonner (pas tous les jours, j’avoue, mais bon…) la ville. Très étrange phénomène, et surtout très gênant pour le porte-monnaie: la moindre Arkade en vue s’apparente à un oasis de chaleur où je fonce me blottir entre un point de départ et un point d’arrivée toujours trop éloignés l’un de l’autre. Les arcades, par ce temps, c’est comme les gâteaux au chocolat: on résiste difficilement à leur attrait.

Aujourd’hui, je me suis donc retrouvée face au paradis des gadgets inutiles chez Saturn, pâle équivalent local de la Fnac- le « pâle » étant bien entendu totalement subjectif, (*ancienne addict de la Fnac*). Depuis mon acquisition impulsive d’un DVD de Max and Moritz au rabais en dessin animé (appellation abusive, les images sont pour le moins…rebutantes: les couleurs inversées, vous aimez?), il faut dire que je me méfiais…Et là, je tombe sur le rayon de Funès: nouveau choc. On vend ici, en terre germanique, des films de ce comique tellement français. Les Gendarmes, Rabbi Jacob, Fantomas…ils sont là. Et je sens que je risque de craquer pour alimenter ma vidéothèque, qu’est-ce que je peux rire devant 5 ou 6 de ses films…

Sauf que: acheter un film culte pour le voir doublé en allemand, je passe mon chemin. Et visiblement avec raison, d’après les recherches que je viens de faire. La Grande Vadrouille fait l’objet d’un débat parmi les fans allemands, voir notamment le lien suivant: mauvaise synchronisation, trois versions différentes, deux titres pour un seul film. Die grosse Sause. Drei Bruchpiloten in Paris. Et tout ça pour un film qui repose quand même sur un gros fond de clichés sur nos amis allemands…et en plus sur un passé à assumer, ce qui ici, est encore bien douloureux.

Comment ça passe en allemand, concrètement? J’ai cherché la bande-annonce en langue locale, disponible ici (commencez à environ 1:00). De Funès qui parle allemand, grands Dieux. Ca me fait vraiment tout bizarre…

Etonnant, non? Autant je comprends le succès allemand de Bienvenue chez les Chtis, autant là, je suis dépassée…C’était bien le film français que je n’aurais jamais pensé pouvoir regarder avec des Allemands. C’est un peu comme si je devais à chaque fois m’étonner que de Funès soit connu ici. Il y a quelques biographies sérieuses sur le marché, mes collègues citent Le Grand Restaurant, et La Grande Vadrouille a sa page allemande sur Wikipedia. Tout ça est un fait, mais pourquoi suis-je encore étonnée…? Dans le sens inverse, je ne connaissais aucun grand comique allemand avant de venir vivre ici…ou alors j’ai loupé une étape?

Pour tous ceux qui auraient oubliés ce film légendaire, un extrait de dialogue que j’adore, c’est tout juste si on y entend pas l’accent français au couteau, même sans le son:

-Are you ?


-You are ?


-Yes. Happy.


-Glad.


-Where is big moustache ?


-I don’t know. And if you don’t know, I don’t know, no !


-I don’t understand !


-You come with me to pick up Peter.


-No, you, you come with me to pick up MacIntosh.


-No, no you…


-I beg your pardon ?!


-And if you don’t come, I… I…Oh merde alors comment on dit ça… ?


-Comment ça « merde alors » ? But alors, you are French !

-You are not english ?

- No.

Et, pour le plaisir, le passage de l’interrogatoire (je serais d’ailleurs curieuse de savoir si ça fait partie des 7 -ou des 22- minutes coupées dans la version allemande…):

Comment ne peut-on pas rire en voyant ça? :)


Louis de Funès & Bourvil à la Kommandantur
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Toute la vérité sur le Nutella

J’ai ENFIN compris pourquoi j’ai totalement renoncé au Nutella depuis mon arrivée ici. Voyez plutôt:

Je veux mon Nutella francais!! Et après, on nous dit que la mondialisation, ca lisse toutes les différences de facon dramatique. Je dis non. Preuve à l’appui ;)

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Voeux 2011

Je souhaite à tous les lecteurs de ce blog

une très belle année 2011/ ein schönes neues Jahr

Vous ne l’attendiez pas ce post, si?! :)

Non je ne vous ferai pas l’insulte de vous demander si vous avez la gueule de bois…

Que tous vos voeux (enfin un maximum, soyons réalistes, hein :)) se réalisent. Plein de bonheur (rien que ça), pas de froussardise. Je ne sais pas si le mot existe, du moins en dehors de mon babillage, mais je souhaite que cette année soit une année où on ose:

  • être soi, affirmer ce qu’on aime, affirmer ce qu’on veut -ça c’était pour le développement personnel,
  • assumer ses objectifs, avoir des ambitions et des tripes- ça c’était pour le développement professionnel,
  • manger quand on a faim à sa faim et qu’on le peut (vive l’anti-régime) ,
  • se faire plaisir sans -trop- penser à nos économies-pour-dans-30-ans (ça c’est pour lutter contre notre côté radin intrinsèque),
  • prendre son travail à bras le corps et l’apprécier pour ce qu’il est,
  • être fier de sa famille et de ses amis, et le leur faire savoir à l’occasion,
  • rêver,
  • reconnaître ses peurs et se donner les moyens d’y faire face,
  • prendre le temps, parce qu’on a qu’une vie, une seule année 2011, et parce qu’on le mérite,
  • dans le même ordre d’idée, faire une seule chose à la fois et avec UNE SEULE chose en tête, bref faire face au stress head on

Je vous souhaite aussi et surtout de découvrir des tas de choses tous les jours, de rester curieux, par principe, parce qu’il n’y a rien de plus triste que de considérer a priori que le monde en 2011 ne peut que nous emm…ennuyer. Et que non, la curiosité n’est pas un vilain défaut, de même que la gourmandise: il y a une grosse différence entre se mêler de ce qui ne nous regarde pas et s’intéresser au monde qui nous entoure, entre manger pour s’occuper et apprécier la nourriture qu’on a à disposition… La différence, ça s’appelle la spontanéité, l’appréciation (du moins à mes yeux, et j’ai bien l’impression que l’Allemagne m’en a encore plus convaincue en 2010). Je vous souhaite donc à tous de prendre le temps d’apprécier les choses et les gens que vous avez envie d’aimer/ de rencontrer en 2011 et de vous donner les moyens d’en rater aussi peu que possible.

A nous de faire en sorte que l’année soit belle, en France, en Allemagne, partout. Pour ma part j’ai des centaines de bonnes choses qui m’attendent en 2011 et j’ai déjà une petite idée de certaines d’entre elles. Pour ce qui est du blog, je vous confirme que je vais continuer à sévir par le biais d’articles sur des choses plus ou moins poussiéreuses (cultivons-nous sauvagement) et sur  le franco-allemand tel que je le vis tous les jours à Berlin, bref vous allez pouvoir lire des posts savoureux sur le quark et les gâteaux, Bavarois par exemple, (je précise que certains comprendront ces propos mieux que d’autres) les choses que j’apprécie en Allemagne, parce que je prends un certain plaisir à venir ici régulièrement exprimer ce que m’inspire mon Wahlheimat :).

Au plaisir de lire vos comments en 2011!

PS: pour des raisons indépendantes de ma volonté, le rythme d’actualisation du blog risque d’être plus lent en janvier…je fais ce que je peux, on verra bien ;)

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La magie du Noël allemand

Ou quelques raisons d’aimer la période hivernale…

Il y a un certain nombre de « petites » choses qui contribuent à faire de la période de l’Avent quelque chose de magique ici, au moins à mes yeux. Peut-être que la tradition me saute plus aux yeux parce qu’elle prend des formes qui me surprennent, peut-être aussi que je suis séduite par le côté « exotique » des festivités…Toujours est-il que je ne me lasse pas de cette période de fin d’année, malgré le froid, et malgré le manque de lumière (me demande si la dépression saisonnière ne cherche pas à m’ajouter à son tableau de chasse en me volant toute forme de dynamisme…manque de bol pour elle, la mauvaise herbe a la dent dure et un allié naturel: le pain d’épice :)).

Donc, qu’y a-t-il de si merveilleux ici?

  • Des marchés de Noël bourrés de monde, avec des vins chauds trooooooooooop bons, des Quarkbällchen hors de prix, et des stands bien sympathiques tous les deux mètres. Soit on décide d’ignorer fièrement l’offre et ses avances diaboliques, et on finit légèrement pompette en bavardant l’air de rien avec ses amis. Soit on observe attentivement l’offre toujours aussi diabolique et on craint sérieusement pour son porte-monnaie en faisant la (re)découverte d’objets fascinants. En ce qui me concerne, ça a donné ça: Vu vendredi soir avec l’amie Catherine, j’ai fait une fixette tout le week-end sur l’objet en question, vendu 10 euros. Dommage que je n’ai pas de tapis à taper, ça m’aurait bien tenté de l’acheter le bidule, une fois son utilité comprise…


  • Des sucreries partout et une exagération alimentaire tolérée par tout le monde (sauf peut-être votre mère), au motif que quand-il-fait-froid-le-corps-doit-avoir-des-réserves-graisseuses-en-plus. Donc ça donne: Lebkuchen (qu’est-ce que c’est bon, même vendu en sachet chez Edeka…), Baumkuchen (qu’est-ce que c’est bon tout court), Stollen (il faut absolument que je trouve un vrai faiseur qui les fait à l’ancienne: sous format de 2 kg mi-ni-mum), Plätzchen (je compte bien m’incruster chez les bonnes cuisinières parmi mes amies…). A tous ceux qui ne savent pas ce que c’est les Plätzchen, je dis: pauvres de vous. D’abord vous pouvez aller voir par si vous comprenez le germanique avancé. Ensuite vous pouvez ouvrir les yeux dans les susdits marchés de Noël et voir le nombre de minis-moules à gâteaux vendus de façon industrielle et avec des formes surprenantes, en tirer vos propres conclusions (mon prochain investissement est clair…). Dernière mesure: griller le nombre de pâtisseries qui proposent aux enfants de venir apprendre à les faire sur place, notamment le troisième dimanche de l’Avent. Ou vous faire inviter dans une famille allemande pour comprendre la magie de la chose (et dire adieu à toute forme de régime).
  • Respirer l’ambiance contes de Noël, neige, cadeaux et fête aux lampions. Les rues et les fenêtres se couvrent de décorations (normal me direz-vous, on a ça aussi en France et ailleurs. Je sais. Mais ici ça prend la forme de Lichtbogen et autres décorations à base de bois et de bougies ou similis bougies). La neige crisse sous les pieds, au lieu de se transformer en souplette qui vous fait attraper froid sans vous avoir mis de bon poil auparavant. On vous parle de Frau Holle, et vous dites « Mais c’est qui celle-là? ». Géniale occasion de découvrir un conte d’Europe centrale/ des frères Grimm (vous choisissez ce qui vous paraît le plus socialement politiquement correct). Si vous connaissez déjà, il reste la possibilité de blaguer sur son compte, notamment sur sa très probable découverte récente d’Ikea avec les conséquences que nous connaissons tous (avec un ou deux vins chauds dans le nez, je vous assure que cette théorie offre des possibilités de conversation très, mais alors très larges).

Bon, on parlait de Lebkuchen, c’est bien ça ;)?

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Envies d’expatriation

La fin d’année approchant, je me pose comme des milliers d’autres toute une série de questions existentielles. Il se passe quoi? Eh bien, quelque chose dans ce goût-là, enfin normalement:

  • récapituler ce qu’on a réussi dans ses bonnes résolutions de janvier (parce que sinon, elles servent à rien) et ce qu’on a franchement laissé tomber.
  • réfléchir à ce qu’on veut faire de sa vie l’année prochaine, dans 5 ans, dans 10 ans.
  • se demander qui on est: ce qu’on peut améliorer dans sa personnalité et ce qu’il faut changer à tout prix.
  • remettre en question ses rêves et les moyens qu’on se donne pour y arriver (envolée lyrique de la Pauline)

L’année dernière, je me souviens nettement m’être tordu le cerveau sur le sujet de l’expatriation après 6 bons mois passés sur le sol germanique  à me demander « et la prochaine étape c’est quoi? ». Rester pourquoi, rentrer pourquoi en fait? Et c’est quoi ce qui dans ma vie est le plus important? Je rêve de quoi? Je veux quoi?

Cette année, la question est en fait plutôt dans la case « bilan », je me suis dit que ça pouvait être intéressant de le partager ici suite à quelques résultats de recherche pointant vers mon blog…

L’expatriation, on y vient sur un coup de tête ou parce qu’on le voulait vraiment, ce n’est pas quelque chose de naturel. Mais quelque soit le facteur déclenchant, il faut passer à un moment ou un autre (voire même souvent) par des phases de vraie réflexion sur l’avenir.

Il y a le nid expat qui se fait ou se défait, voir ce qu’en dit si joliment Chouyo. Il y a les racines qu’on a commencé à enfoncer dans la terre locale et les amis qu’on arrive ou non à se faire. Il y a l’investissement de temps et d’énergie dans notre installation, la langue qui imprègne progressivement notre façon de voir les choses. Et puis cette habitude de pouvoir critiquer ou défendre bec et ongles un pays comme un autre, quasiment impunément.

L’expatriation au sens propre, ça siginifie quitter le pays maternel. Donc: quitter le lieu où l’on est théoriquement chez soi, du moins aux yeux des différentes administrations (vous pouvez regarder ce qu’en dit Wikipedia ici). Ca peut être sous une forme physique , une expatriation professionnelle, voire aussi une expatriation fiscale. Où est précisément la frontière avec l’émigration? Dans le fait qu’il y a toujours un retour attendu, envisagé?

La  limite que je vois au concept d’expatriation, c’est la même que celle de celui d’émigration: on ne choisit pas l’endroit où on naît, on ne choisit pas l’endroit où on se sent bien… Ca s’impose simplement comme une évidence. D’où le fait que la question du retour éventuel soit en soit toujours un problème.

Est-ce que je recommande l’expatriation en général, est-ce que je la recommande ici en particulier? Pas facile à dire en un seul mot. Donc, en quelques points rapides, mes conclusions sur 20 mois :

LES MOINS

  • prise de tête administrative. Belettes et consorts s’abstenir, j’ai testé pour vous. Aucune démarche n’est simple, rien ne se fait comme on l’espère. Et les gens dont vous pensez qu’ils savent, très souvent, ils ne savent pas. Et ils tiennent des discours différents. Le mieux est encore de vous renseigner bien avant et de faire les démarches à deux (la solidarité, vous comprenez ^^)
  • les amis, la famille, ça manque. Ca paraît bête à dire comme ça, mais maintenir les liens, c’est difficile. Manque de temps, manques d’organisation, manques de vacances pour voir tout le monde, ce que vous voulez: à un moment ou un autre il faut trouver sa petite organisation et y réfléchir avec ces gens-là. Sinon, vous n’êtes pas rendu.
  • il y a des Français partout. Je vous assure que nous ne sommes pas en voie de disparition. Du coup, ce que vous trouvez si génial, vous vous rendez compte en sortant et en tendant l’oreille que beaucoup de gens le font. A un moment donné, vous aurez l’impression que c’est tout le monde et que vous êtes un individu dans la masse. Je conseille le calme: inspirez, respirez, recommencez.
  • ça prend du temps de faire son trou, parfois beaucoup plus que prévu. Y compris si vous êtes quelqu’un de très sociable: on ne vous tendra pas la main simplement parce que vous avez l’air sympa.
  • trouver un travail sur place est difficile. Ne croyez pas à la vision romantico-naïve selon laquelle tout sera cool. C’est faux et archifaux. Il faut savoir à quoi s’attendre.

LES PLUS

  • la fierté: être expat’, si vous avez réfléchi et décidé de vous y coller en connaissance ce cause, c’est un projet ambitieux et très sain pour le moral. On a un but (s’incruster, en clair :)), on a des moyens (apprendre la langue, vivre en colloc ou choisir soigneusement ses loisirs, se faire des amis, réussir professionnellement). Et on fait tout ça avec le même temps que celui que nous avions avant, c’est pas le plus beau ça ??
  • le parcours pro: avoir bossé quelques années à l’étranger, c’est un vrai plus. Peu importent votre ouverture d’esprit et votre bilinguisme sur le papier, l’employeur regardera votre expérience à l’étranger.
  • L’apprentissage de la langue. Une nouvelle langue, c’est une nouvelle façon d’appréhender le réel. Ce n’est pas un hasard si on qualifie la traduction d’art: une machine ne pourrait pas le faire, précisément parce qu’une machine ne sait pas être autre chose que neutre. Par contre, vous, vous pouvez en apprendre un peu sur vous simplement en laissant traîner vos oreilles.
  • Le plaisir des yeux. Tous les jours une surprise au coin d’une rue, même toute petite… Ca peut vous faire rire, vous désarçonner, vous hérisser, vous séduire. Par contre vous ennuyer, non. A moins que vous ne soyez vraiment pas curieux, ça devrait vous aider à mettre un peu de couleurs dans le quotidien.

En ce qui concerne Berlin en particulier, je ne suis pas neutre…Et il vous suffira de continuer à lire mon blog pour savoir ce qui me plaît autant ici, je ne vais pas tout lâcher en un post quand même :)

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Le Bavarois en trois leçons

Amis berlinois, bonsoir! Surtout si comme moi vous êtes venus à Berlin en espérant fuir tout ce que l’on associe de façon beaucoup trop rapide aux bobos en Allemagne et que vous êtes maintenant en pleine phase de doute existentiel…

J’ai nommé entre les lignes: le Bavarois. Dans tous les sens du terme.

Je résume ce que cela peut signifier dans votre vie quotidienne:

- Un accent auquel vous comprenez que couic. Enfin, en réalité, un dialecte horrible (à vous de vous faire une opinion) qui peut devenir appréciable pour peu qu’on fasse l’effort. Pour les subtilités, je vous laisse aller voir les indications de mon ami Wikipedia.

- Un gâteau bien, bien sucré (mon Dieu, lectrices, n’essayez surtout pas. Lecteurs: surtout, si vous avez faim, faites-le, mais pas devant les lectrices). Je l’ai pas encore remarqué ici ceci dit, serait-ce encore une particularité française affublée d’un nom germanique??

En images (pour saliver…ahem):

- Des gens. Si vous parlez avec des Allemands francophones cependant, dressez l’oreille pour arriver à reconnaître son apparition au coin d’une conversation. On vous parlera souvent des Bavariens qui font ceci ou cela à Berlin. Il faut traduire :)

Toujours est-il que le Bavarois, ici, c’est un peu comme le Quark: il est partout. Dans l’entreprise. Dans la rue. Chez vos amis. Au téléphone, parce que votre mère vous en parle, elle vient d’en manger et, conséquence apparemment logique d’un raisonnement qui vous échappe, elle vous appelle. Dans vos pensées quand vous ne captez rien à ce qu’on vous dit et que vous cherchez à rapprocher les sonorités d’un dialecte que vous associez inéluctablement à l’incompréhensible.

Il m’arrive parfois de penser qu’il y a en Allemagne un mouvement de migration inversé, les Bavarois venant à Berlin dépenser moins et les Berlinois allant en Bavière gagner plus (cochez la solution qui vous paraît la plus sensée). Et ma conclusion reste la même: mais où suis-je donc? Si seulement on pouvait me donner du vrai dialecte berlinois à tous les coins de rue…Quoique…

Et vous vous avez remarqué la présence d’une communauté, d’un groupe germanique assez marquée ici?

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Film: Die kommenden Tage

Une fois n’est pas coutume, je suis allée au cinéma voir un film qui ne me disait pas trop a priori. Un film en allemand. Un film sur le futur. Un film a priori déprimant.

Sauf que: dans Die kommenden Tage, il y a des gens bien: Daniel Brühl. Jürgen Vogel. August Diehl. Et tout un tas d’acteurs que je ne connaissais pas, par exemple l’actrice principale, Bernadette Heerwagen (mon Dieu ce nom, je me demande comment on prononce le tout). Je me suis aussi dit que ce film pouvait être un bon révélateur des angoisses allemandes contemporaines, étant donné le sujet (vous pouvez aussi le voir comme un film apocalyptique…).

De quoi ca parle?

Une famille allemande au bord de la décomposition voit son monde, le monde tel que nous le connaissons actuellement, perdre ses valeurs, ses moyens, son équilibre. La guerre fragilise le monde extérieur, les migrants cherchent à investir les dernières enclaves de richesse où pourtant tout vient à manquer, le terrorisme agit de l’intérieur. Au point que plus rien ne tient: ni les relations amicales, ni les amours, ni les choses du quotidien pourtant si évidentes. Il n’y a que du chaos, et que les sentiments qui durent. Laura, le personnage principal, voit les choses s’écrouler, une à une, pour mieux se redécouvrir, mieux cerner ses propres attentes.

On peut voir ce film comme une anticipation noire de notre avenir, ou bien comme une réflexion sur ce qu’est l’humain. Le contexte de crise, d’angoisse généralisée est un cadre: comme dans une tragédie, on voit plusieurs actes d’une crise intérieure…mais le message de fond est pour moi à trouver dans les recherches intérieures de Laura: qui suis-je? qu’est-ce que je veux? qu’est-ce que j’attends de la vie?

Et c’est là qu’à mon avis est tout l’intérêt du film- honnêtement, je n’ai pas vraiment cru à cette mise en scène de la fin de notre monde. En revanche, le drame personnel parle vraiment, porté par le contexte.

On y retrouve aussi en filigranes quelques idées et angoisses très allemandes (je ne dis pas qu’elles ne puissent pas être francaises, je dis juste qu’elles  me paraissent très répandues ici et qu’elles sous-tendent le film): dramatiques pénuries énergétiques et alimentaires. Manque d’informations. Guerres lointaines  et incessantes, devenant un enjeu national capable de déstabiliser le pouvoir établi. Etat injuste, formé d’incapables juste en mesure de protéger leur autorité. Et si au final la vie humaine n’avait aucun sens?  Et si le modèle familial, avec sa quête de sécurité, ne servait à rien? Et si les tentatives d’organiser sa vie ne menait nulle part?

Le film est surtout porté par son casting. Bons décors et bons dialogues (autant que je puisse en juger…). En bonus: quelques vues de Berlin Mitte, pour les connaisseurs :). Mais je ne suis pas sûre non plus que ce soit LE hit de l’année…

J’ajoute le trailer, voyez par vous-même:

Et vous vous avez des films allemands à recommander parmi les dernières sorties?

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Le temps de vivre

Ceci est ma contribution au concours de Chrys dont je trouve l’idée vraiment, vraiment sympathique. Le temps, il y a tellement de choses à dire dessus…Le temps qu’on a, le temps qu’on perd, le temps qu’on gagne, le temps qu’on regrette, le temps qu’on a pas (mais dont a toujours le temps de dire qu’on ne l’a pas, c’est encore le plus intéressant ;)), le temps qu’il fait, le temps qu’il faut, etc. , etc. En fait, on passe notre vie à estimer le temps et ses implications: ça au moins, le temps, c’est comme l’espoir dans la légende de Pandore- tout le monde est logé à la même enseigne.

Bref: quand j’ai vu l’idée de Chrys, je me suis dit que c’était génial comme sujet et que je pouvais faire un billet là-dessus. Ce ne sont pas les idées qui me manquent pour alimenter ce blog, mais plutôt le fait que j’aime écrire et poster quelque chose qui correspond à ce que je vis actuellement, enfin plus précisément quand je poste…mon blog n’est pas destiné à être un espace perso (le but, c’est de vous parler de mon affection pour ce pays et des choses que j’y vois), mais c’est quand même un projet dans lequel je mets un petit bout de mon âme. J’ai des posts de prêts, et pourtant je ne les publie pas tant que je ne me reconnais pas dedans au moment où je suis sur mon petit espace admin. Ou le blogging revisité par moi :). Et écrire sur le temps, aujourd’hui, oui ça me dit, et pas qu’un peu!

Je ne vais pas parler de n’importe quel temps- et d’ailleurs, oui, je vais aussi vous en parler de façon à faire une comparaison « rhénane » . Là-haut dans ma liste sommaire il en manque au moins une sorte, celle qui me plaît le plus: le temps vécu. Le temps qu’on apprécie ou non, celui qui nous surprend par sa longueur ou sa rapidité. Dans l’exposition Körpenwelten qui est passée à Berlin l’année dernière (vous savez cette expo sur le corps humain?), il y avait une série de citations, dont une qui m’a beaucoup marquée (forcément, quand on passe le cap fatidique de 25 ans, on commence à cogiter). C’était dans le goût de « man muss ein langes Leben haben, um endlich mal zu wissen, wie kurz das Leben eigentlich ist ».* Autrement dit, qu’on commence à valoriser le temps une fois passé un certain âge, une fois passé l’excitation de la grande jeunesse, une fois passée la prise d’habitude liée à l’entrée dans la vie adulte: conduire, voir le monde, travailler, s’installer, se mettre en couple ou non…Tout ne commence qu’une fois, une fois que la magie du commencement s’évanouit, il nous reste simplement le temps vécu. Au sens passif (la mémoire, qui trie le meilleur comme le pire) et au sens actif (savourer -ou endurer- le moment présent, lui faire dépasser ses limites statistiques, ne pas le compter en secondes, en minutes, heures ou jours, mais en « instants »). Je crois que cette phrase m’a marquée parce qu’elle correspondait, aussi, à ma découverte d’une autre façon d’apprécier les choses.

Je ne peux pas dire si cette découverte est à 100% due à ma présence en Allemagne. Toujours est-il que j’ai nettement changé sur ce plan depuis mon déménagement ici, et que je cherche maintenant vraiment à prendre le temps, plutôt que d’être sur tous les fronts Non pas que j’y arrive (il faudra repasser pour ça…), mais que le concept de Gemütlichkeit, il m’est entré dans la peau. « Gemütlich », c’est un mot qui concerne d’abord une pièce, une atmosphère, une ambiance. Un peu comme l’anglais « cosy ». Mais il y a aussi derrière ce mot un peu de plus de magie: si on vous dit que quelque chose est gemütlich chez vous, c’est un vrai compliment qui vous est fait…Vous avez pris le temps de faire les choses, les minutes sont presque suspendues et on savoure le moment présent à vos côtés. Il y a d’autres mots qui expriment un peu la même idée, au détour d’une phrase, comme une allusion masquée…Günstig, par exemple. J’ai mis un temps fou à comprendre ça, mais je l’ai compris: « günstig » ne veut pas seulement dire « bon marché ». Le mot signifie aussi malin, approprié, avisé. Par exemple: « Es ist ungünstig jetzt zu fahren, wird ehe zu spät » (que je traduirais pas « ce n’est pas avisé d’y aller maintenant, il va être trop tard »). Là où je veux en venir, c’est que la langue allemande a -à mon sens, je pars peut-être dans une théorie qu’un germaniste pourrait descendre en flammes en deux secondes- a une capacité à donner de la valeur au temps.

La parisienne que j’étais était toujours pressée, toujours en train de courir, toujours sur tous les fronts. Je marche moins vite dans les rues berlinoises, je mange moins vite, je suis moins agressive et « straight to the point » qu’auparavant. Ca c’est pour le positif en termes d’attitudes générales (le négatif sur ce plan, pour être honnête, je n’ai pas encore assez de recul pour l’identifier…). Et puis il y a tout ce qui relève de la compréhension de certaines attitudes culturelles: faire les choses dans l’ordre et pas en même temps, c’est important quand on vit ici (les Français ont un don pour gérer des milliards de choses en simultané. Je ne dis pas que c’est bien ou mal, je dis simplement que c’est VRAIMENT l’une de nos capacités nationales…d’ailleurs l’idée de faire un post à ce sujet m’a traversé l’esprit…). Ou encore, dans la série interculturelle:  séparer systématiquement l’utile et l’agréable. Ici, vous allez au cybercafé vérifier une info, vous ne faites autre chose QUE si vous avez payé une session et que vous voulez l’utiliser jusqu’au bout. Du moins je vous déconseille d’aller ouvrir un autre site parce que ça vous traverse l’esprit, si vous êtes entouré d’Allemands à ce moment-là…De même quand vous vous détendez: quand on se détend, on se détend. Enfin bref.

Je pense que cette vision des choses m’a été apportée par Berlin et l’art de vivre ici. Lentement, très lentement, j’ai compris que cette façon d’anticiper et de stresser en amont (il faut bien le dire, pour nous cela se présente comme du stress même si ça n’en est pas…) n’est pas une tentative hystérique pour organiser sa vie, mais une façon de se faire un très beau cadeau à soi-même: s’offrir un petit capital de sérénité, de temps suspendu, pour quelques heures précieuses… Il y a des dizaines de choses qui me manquent de ma vie d’avant et de sa rapidité un peu enivrante, et je ne peux pas nier que parfois, le fait de faire une chose à la fois, de systématiquement chercher à suivre un ordre établi n’est pas une chose facile…Mais la conséquence de cette attitude, elle m’est vraiment bénéfique, et je crois que je ne suis pas la seule: combien je suis devenue calme intérieurement…A ne plus s’y reconnaître.

Pour aller participer chez Chrys, c’est par , et c’est jusqu’au 30 octobre, minuit!

* Il faut avoir une longue vie derrière soi pour enfin se rendre compte à quel point la vie est courte.

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Questions d’alimentation: aurait-on des attentes différentes?

Qu’est-ce qu’il y a dans notre assiette? Est-ce qu’il y a des bons et des mauvais aliments? Est-ce que c’est si grave d’être en surpoids? En confrontant la façon dont je mange depuis mon installation ici et la façon dont je mangeais avant, je n’arrive pas vraiment à savoir lequel des deux points de vue est le meilleur- en fait, je pense que nous n’attendons pas les mêmes choses du débat sur la nourriture…

En emménageant ici, du jour au lendemain, les choses ont commencé à m’interroger sur ce plan:  j’ai vu plus de personnes en surpoids dans la rue (il semblerait que 47% des hommes en France soient en surpoids -à un degré ou un autre, s’entend- contre…74% ici!), la nourriture n’est bien entendu pas la même, les façons de cuisiner sont différentes. Impossible de trouver des produits qui me permettent de cuisiner exactement comme en France- je cherche toujours le bon beurre pour cuisiner. Et les cuisines allemandes et françaises avec leurs ustensiles respectifs, c’est un peu le jour et la nuit…Les peurs alimentaires aussi sont différentes- non pas qu’il n’y ait pas d’anorexie ou de boulimie ici (loin de là…) mais que les préoccupations sont divergentes.

Les habitudes alimentaires prises dès l’enfance sont pour le moins différentes. L’école en Allemagne commence très tôt (rare que les cours n’aient pas commencé avant même 8 heures…) et finit très tôt, vers 15h au pire. Il n’y a pas de système de cantine scolaire largement répandu, au lieu de ça, les écoliers prennent un belegtes brot de pain noir ou un brötchen préparé à la maison. Et complètent le tout par un jus de fruit et un ou plusieurs snacks, selon. Le repas du soir a lieu tôt (vers 18 heures, normalement) et est rarement pris en commun: il y a toute la soirée à occuper après, chacun est donc plus ou moins libre de prendre son repas tout prêt dans le frigidaire et d’aller le manger en face de la télévision, dans sa chambre, ou bien ailleurs (eh oui, ici, le must est que chaque enfant ait une télévision à soi. Pas toujours possible, mais toujours envisagé d’après mon expérience…). En fait, le seul repas familial auquel on ne renonce pas semble être le petit déjeuner. Soit en ce qui me concerne l’inverse de ce que j’ai connu…Un bon repas partagé le midi ou le soir en famille, sans télé, sans perturbation extérieure, comme preuve d’une vie saine et bien établie, voilà ma vision très française des choses…qui ici en prend beaucoup pour son grade!

Du point de vue des repas, le plus répandu ici est le repas froid, donc majoritairement constitué  de pain, de légumes et de Streichkäse, qui fait normalement office de repas du soir (une faute courante pour un Français est de dire non pas « ‘Abendbrot » pour le repas du soir mais… »Armenbrot ». Ce qui se passe de commentaires, non?). Ces aliments de base se trouvent facilement dans des supermarchés, mais rarement dans les commerces de proximité, ceux-ci ayant quasiment été exterminés par les premiers- ne cherchez pas d’épicerie à Berlin, vous n’en trouverez pas. Il vous reste donc le choix entre supérettes, supermarchés, marchés (par exemple le marché Turc dont je reparlerai), et magasins d’alimentation bio.

Globalement, les produits disponibles dans les supermarchés sont de bonne qualité (j’exclue les discounts de la liste), il y a d’ailleurs plus de variété au rayon fruits et légumes qu’en France (j’ai découvert quelques légumes ici…). Mais le revers de la médaille est que tout est standardisé, classé, trié: impossible dans ces supermarchés de tomber sur une poire avec une forme déconcertante comme je les aime tant, impossible de tomber sur des choses qui sentent encore un peu la terre. Et je fais partie de ces gens qui n’ont pas assez de temps pour aller régulièrement au marché.

Peut-être que cette nostalgie de ma part pour les produits frais et plus ou moins authentiques est une exception- après tout, j’ai eu la chance de grandir dans une famille qui y attachait de l’importance et qui m’a montré comment les choses étaient faites et d’où elles venaient… Mais je crois que la passion allemande pour le bio et le végétarien (voire vegan, qui est relativement répandu ici aussi) vient en partie de cette différence. Ici, tout le monde veut du bio et du bon produit (il n’est pas rare de voir des débats enflammés sur ce qui est bon et mauvais dans une assiette, avec des chiffres à l’appui dont personne ne sait trop qui les comptabilisés et selon quels critères…). Certains supermarchés discounts tentent donc de jouer sur cette sensibilité et de démocratiser les produits bio. Evidemment, si les commerces de proximité n’existent pas, si la vie en ville ne permet pas ce contact avec les produits frais et naturels, je comprends mieux…

Globalement, j’ai l’impression qu’on se pose ici moins de questions sur l’apparence et donc moins de questions sur la prise de poids- là encore, je ne dis pas que tout le monde obéit à cette règle. Il m’arrive d’ailleurs de me dire que certaines personnes seraient bien malheureuses si elles devaient évoluer dans un milieu aussi critique qu’une rue française, où les remarques, en bien et en mal, fusent sur le corps des passants…Je pense qu’ici la pression sociale sur l’apparence est bien moins importante. En revanche, celle qui porte sur le « bien-manger » l’est beaucoup plus- dans sa portée éthique, s’entend. Il y a donc une vraie différence sur un peu tous les plans, (valeur sociabilisante de la nourriture, regards sur ce qu’est un repas sain, inquiétudes sur la manière dont sont produites les choses…) dont je n’ai certainement pas encore pris toute la mesure. En tous cas ce qui est sûr, c’est que c’est l’une des choses pour lesquelles il est le plus difficile de s »adapter! Mais bon, j’y travaille, j’y travaille :)

Et vous vous en pensez quoi?

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