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Spot the Touri

Spot the Touri: grand jeu de l'été?!

Débat qui reflète très bien l’esprit berlinois actuel: le touriste est-il notre ami? Attention, la bonne réponse officielle est dans la question.

Photo prise dans un des quartiers plus ou moins martyrs de Berlin. Pour en apprendre plus, vous pouvez aussi aller voir par là. A vous de vous placer sur l’échiquier. Dauertourist, immigré, expat, local pur et dur, de quel côté de la force êtes-vous?

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Les touristes et Berlin

Les lecteurs réguliers de ce blog l’auront compris, je n’aime pas les touristes. Ou plutôt: je ne les aime plus. Il paraît que c’est un signe d’intégration. Ce n’est pas moi qui le dit, mais une copine qui est née ici, derrière le Mur. Je pars donc du principe qu’elle a forcément raison. Surtout ne pas admettre qu’on aime pas les gens qui se baladent en ressemblant à rien en général, à commencer par les superbes tee shirts criards obligatoires.

Donc voilà: ici, les touristes ne sont pas tant les bienvenus que ça. C’est un peu comme les Souabes qui ont quitté le merveilleux pays des Spätzle pour venir à la capitale. Les Souabes passent aux dires d’une certaine minorité berlinoise pour des suppôts de Satan. Ils se goinfreraient des Spätzle toute la journée, comme au pays, rouleraient sur l’or, n’auraient aucun intérêt ni respect pour la culture locale. Mais surtout, leur présence est considérée comme insupportable pour le rôle qu’ils jouent sur l’augmentation du coût de la vie. Berlin se veut bien pauvre et sexy, mais il y a des limites. Pas si le tout est noyauté de riches étrangers! Et tout ça d’ailleurs, ça risque de se faire ressentir le 1er mai, comme chaque année.

Vous me direz donc, pourquoi ce lien entre les Souabes, les touristes, le coût de la vie?

La gentrification. Encore et toujours. Ce mot horrible en français comme en allemand désigne le mouvement de hausse des loyers en centre-ville qui n’épargne plus Berlin. Il y a le centre-ville, et il y a le reste. Et ça empire par des petites mesures anodines. Mon loyer a été rehaussé de 20 euros mensuels par rapport à celui payé par le locataire précédent. Pour d’autres, c’est une petite lettre qui arrive un jour par la poste annonçant que désormais il faut aligner 80 euros de plus. Purement et simplement.* Autant dire que pour tout le monde, c’est un problème. Pour une branche minoritaire de l’extrême gauche, environ 2000 individus, il n’y a pas à chercher loin dans tout ça. C’est bête comme chou, et donc d’autant plus exaspérant. Et ce beau monde, même minoritaire, influence une bonne partie de la population berlinoise. Ca me fait vaguement penser à ces idées d’extrême droite qui se banalisent sous le prétexte qu’une attitude décomplexée est salutaire. Plus rien n’est grave. Tant qu’on ose réfléchir (notez bien que ce mot est toujours prononcé de façon très bizarre dans ce type de circonstances. Vous avez l’impression que la personne zozotte, quasiment. Bref). Dans le cas présent, c’est un peu la même chose: puisque tout le monde souffre de la hausse des prix, il n’est pas grave d’oser désigner les coupables. Voire de brûler leurs voitures. Ils l’ont bien mérité.

On considère donc, dans toute l’intelligence coutumière à ce genre de raisonnements, que l’on peut facilement attribuer la faute à un groupe ethnique bien marqué. Je ne sais pas vous, moi ça me fait vaguement penser à du racisme. Ce sont donc les mangeurs de Spätzle les coupables, ces Allemands de l’Ouest qui rappliquent aux premiers signes d’enrichissement d’une ville dont ils comptent visiblement voler l’âme. C’est donc ainsi qu’on colle indistinctement sur le dos du capitalisme, de l’invasion souabe et de la modernité le fait que des voisins ne se connaissent plus vraiment, que Berlin change (il est bien connu qu’un changement est forcément pire), que les prix montent alors qu’ils pourraient rester bien bas. Bon, dans tout ça, le fait qu’il y ait autant de Français ou d’Américains ou d’Espagnols dans les rues, ça n’est pas si grave: ce ne sont pas des Souabes, les Berlinois, extrémistes ou pas, ne sont donc pas encore au courant. Surtout gardons bien le secret.

Si encore on pouvait en rester là. Mais non. Il y a en plus des gens, a fortiori étrangers, qui mangent normalement des spaghettis, des cornichons et du boeuf stroganov. Ces gens errent en troupeaux dans la ville. Soit ils sont en version short-vieilles tennis-besace-casquette (celle que j’adore, vous devriez avoir compris), soit il s’agit d’une foule attirée par la réputation de Berlin, capitale de la nuit, étoile montante de la vie culturelle et événementielle de l’Europe, pas chère, agréable, reine de la techno. Les anciens fêtards (enfin, pas si anciens que ça) sont les premiers à hurler sur ces fichus touristes dès qu’une fête prend trop d’ampleur- si vous ne hurlez pas, ça ne sert à rien: tous les touristes sont, par définition, sourds. Les cyclistes pestent contre les touristes, ces gens qui restent des plombes sur une voie vélo si pratique et déserte quand personne ne s’est parqué dessus, à commencer par les flics. Ce qui est bien, dans l’histoire, est que la plupart des touristes passent complètement à côté de la plaque.

Donc, pendant que ces futurs candidats à l’insulte préparent leur voyage en cherchant les meilleurs hôtels à Berlin, je commence à me demander dans quelle mesure ma haine désormais instinctive du touriste dans toute sa platitude résulte de mon bon entendement. Plus le temps passe, plus je me pose la question. Quelles opportunités a cette ville? Ni l’industrie, ni la finance. Impossible ou presque de faire carrière à Berlin hormis trois ou quatre grandes boîtes qui se battent en duel. En revanche, il y a la réputation de Berlin, les lacs, les paysages, le centre-ville. Ces touristes permettent à la ville de jouer dans la cour des grands**. Sans eux, je n’aurais sans doute jamais eu l’idée de venir m’enterrer ici. Je serais certainement à Munich, Hambourg ou Stuttgart. Ils créent de l’emploi, permettent à une ville qui était entièrement close et entièrement germanophone il y a un peu plus de deux décennies de goûter à nouveau à l’international. Et voilà qu’on voudrait vivre sans. Que des clubs collent des étiquettes déclarant que les  »Touris » ne sont pas les bienvenus. Je ne souhaite pas finir comme ça, ou comme les riverains de l’Admiralsbrücke, qui ne supportent plus rien, et ont besoin d’une équipe de médiation pour pouvoir avoir un vague sentiment de quiétude…

Je me demande si une autre ville dans le monde a cette attitude envers le tourisme? Je t’aime moi non plus?

* Si vous ne me croyez pas sur la hausse des loyers, relisez cet article du blog de Manon…

** Pour plus d’infos sur le sujet, vous pouvez lire cet article un peu ancien, ou bien même aller voir chez les descendants de Shakespeare.

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Le dilemme de Pâques

J’aimerais lancer une question grave aux foules d’expats qui lisent ce blog: comment faites-vous pour remédier aux problèmes liés à la distance ? Je n’ai toujours pas trouvé la réponse. Pendant un temps, j’ai simplement repoussé les choses que je ne pouvais caser nulle part à un avenir indéfini. Le réalisme sur ce sujet ne m’atteint pas depuis si longtemps que ça. Comment combiner 5 semaines de congés avec une envie permanente d’être de part et d’autre du Rhin, et les moyens humains de n’être que d’un côté?!

Le moment où j’en reviens à ce simple constat dans sa forme la plus stricte, c’est Pâques. Vous disposez de 4 jours qui ne sont même pas comptés comme des vacances, une aubaine, pour faire ce que vous voulez. La famille estime donc  »normal » que vous reveniez, les amis allemands  »normal » que vous alliez enfin faire un tour dans leur chez eux puisqu’avant- il- n’y- avait -jamais- eu- d’aubaine- comme celle-ci -depuis- le- temps -qu’ils- vous- invitent. Et après, vous avez des invitations pour des pots qui doivent avoir lieu depuis des années dans le Brandenbourg, la Thüringe, à Paris, en Normandie et chez les Chtis.Les amis que vous ne voyez jamais, vous aimeriez bien les revoir à cette occasion. Embarras du choix, quand tu nous tiens…

J’ai essayé plusieurs méthodes pour choisir sans risque de me faire taper dessus regretter:

- faire le point sur QUI on voit au quotidien

- idem sur ce qui supplient depuis la nuit des temps

- allouer un budget annuel neutre assez large pour pouvoir aller là où je veux (en Europe, s’entend) sans pleurer mon or ou bien, pire, renoncer à cause de lui

Plus récemment, j’ai recours à l’épluchage de la question travail, famille, patrie, amis en reprenant tout mon agenda annuel. Jeter un oeil sur qui j’ai vu et qui je vais voir sur une période d’un an me permet d’éviter de me laisser influencer par des impressions faussées par une mémoire sélective. On peut aussi décliner cette étude sur les activités de tourisme réalisées. Plutôt que de faire du spontané comme à l’habitude et ne plus se rendre compte qu’on a quand même fait beaucoup de choses, ça aide. Y compris pour l’ego :)

Donc, cette année, pour Pâques, je me décide à faire une petite visite de Paris comme si j’étais touriste et à aller voir une famille que je délaisse un peu trop à mon goût. Je me demande si une balade guidée dans le Marais ne serait pas un moyen de poser des bonnes bases sur une ville dont je me rends compte que je ne la connais pas si bien que ça…

Il y aurait même moyen d’ajouter un restau qui déchire grâce à ce super blog dont je commence à penser qu’il s’agit d’une Bible. Un Japonais par exemple, il y en a des tellement bons à foison là-bas. Manger des okonomiyakis, à Berlin, pas si facile. Rue Sainte-Anne par contre…Ou alors un restaurant de viande (non je ne deviens pas vorace).

Le Vendredi de Pâques, si vous voyez une nana en Birkenstock devant ce bâtiment, ce sera sans doute moi...

Et vous, ça vous arrive de vous sentir un peu étouffés par le nombre de choses et de personnes que vous pourriez faire ou voir en juste 4 jours? Et comment gérez-vous les demandes à géographie variable?

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Bien prévoir son week-end à Berlin

Les beaux jours reviennent, on se demande tous beaucoup plus sérieusement qu’avant ce qu’on va pouvoir aller voir dehors et plus généralement sur la planète Terre.

A Berlin, les expat’s ont d’abord l’attention attirée par la fermeture de l’aéroport de Tegel, prévue pour le début de l’été. Ciel mon avion! disent certains. Super! disent les autres, Schönefeld c’est mieux, c’est plus près, il y a le S-Bahn. etc. etc. Reste encore la question, soit dit en passant, de ce que va devenir le terrain de Tegel et la stratégie des gens qui avaient leurs petites habitudes chez Air France, lequel se fait piquer quelques parts de marché dans l’histoire, apparemment. Mais ça, on verra plus tard.

Donc, on en revient à nos moutons: les touristes, c’est une vérité qui se répète chaque année pour le plus grand malheur de certains fins théoriciens catastrophistes de l’économie locale, eh bien, ils vont déferler sur la ville dans une logique grégaire. Peut-être serez-vous parmi eux. De mai à août, voire même avant, en particulier le week-end, on va parler ENCORE plus Français et Anglais et tutti quanti dans les rues et les parcs de l’ex capitale prussienne. On ne pourra plus vraiment avancer à la Kochstr., en particulier à pied, on va encore se faire prendre en photo malgré soi devant la porte de Brandenbourg, et chacun se prépare à accueillir ses amis pour une explication (numéro 47 en trois ans) de la coolitude de la vie à Berlin. En un sens, l’arrivée de l’été, c’est un drame, après la délivrance causée par la fonte des glaces. Des coups à vous donner envie d’aller prier.

Implantation strategique de cette eglise sur l'axe Oranienstr.- East Side Gallery: pour les yeux au ciel des locaux face à des hordes de touristes....

Alors, dans tout ça, pour tous ceux qui veulent venir et atterrissent sur mon blog dans un souci très sain de prise d’informations rédigées par une illustre inconnue, je vais me fendre d’un article, voire de deux (l’espoir fait vivre) pour permettre à ces futurs touristes de vivre le mieux possible leur week-end à Berlin -ou carrément leurs vacances . Enfin, aussi pour tenter de minimiser cette logique grégaire qui exaspère jusqu’au dernier des gens qui vivent sur place, y compris les ex-touristes fans du Curry Wurst.

Donc, on fait le point. Pour venir visiter Berlin en en week-end, vous avez besoin de:

- un vol pas cher, pour les fauchés, voire un vol normal pour tous. Berlin est très bien relié. Si vous avez bien suivi ce que j’ai écrit au-dessus, Berlin n’aura bientôt plus qu’un seul aéroport, Schönefeld, lequel est l’aéroport d’où démarrent tous les low-costs actuellement. Schönefeld est situé au sud de Berlin et relativement bien relié (à mon avis) via les transports en commun. Pour les réservations de dernière minute au départ de Paris, compter environ 100 euros (c’est mon expérience qui parle). Alternativement, il y a le train, de nuit ou de jour, qui passe normalement par le Nord de la France, de surcroît en s’y arrêtant.

- qualités essentielles en général telles que: bonne humeur et ouverture d’esprit (des fois que vous finissiez le week-end chez des gens bizarres dont votre arrière-cousine est, semble-t-il, une amie et qui vous ont reconnus au kebab du coin 5 ans après votre dernière entrevue), bon sens (prévoir des chaussures de marche et pas des choses absurdes comme des talons ou des grosses vestes encombrantes), tranquillité (le rythme parisien n’a pas sa place ici)

- un plan de métro et de bus, ainsi que la préparation psychologique nécessaire pour payer son titre de transport.

NB: on ne le répètera jamais assez: ne pas payer son billet de métro à Berlin est une spécialité réservée aux touristes étrangers. Si en plus ils s’en vantent, il y a de très fortes chances que ce soient des Français qui n’ont absolument pas compris qu’ils vont payer des z’euros assez vite. Pas mal d’euros d’ailleurs. Mentalité locale, leçon numéro 1: prenez un forfait transport sans discuter.

- une idée de ce que vous voulez voir parmi les multiples facettes de la ville, comme partout. On peut choisir de faire un week-end à thème: histoire du Mur, passé nazi, grands musées photo and co., parcs. Mais j’en reparlerai dans un second billet, des activités à choisir. Il y a beaucoup trop de choses à dire.

- un endroit où crécher. Là, selon votre profil, multiples possibilités. Un hôtel de base, du couch-surfing si vous avez un côté hype et fauché, un ami qui vous héberge, une auberge de jeunesse, que sais-je. L’important par contre, est de se mettre pas trop loin des attractions que vous allez voir. Berlin est une très grande ville (8 ou 9 fois plus étendue que Paris…), on a vite fait de perdre du temps en transport (même s’ils sont très bons).

- prévoir un budget vélo s’il fait beau. Berlin est faite pour le vélo. Si vous ne faites pas de vélo à Berlin, vous ne comprenez pas la ville.

- se renseigner en amont sur les boîtes et les bars en vogue en ce moment. Parce que ça aussi, ça fait partie de la magie de cette ville: savoir suivre les tendances et y être au bon moment…

Bon, toutes ces choses étant dites, je vais enfoncer une porte ouverte: Berlin n’est pas une destination touristique  »classique ».

Sans doute l'un des plus beaux ponts de la ville: l'Oberbaumsbrücke

Ce n’est pas une belle ville comme Hambourg, ce n’est pas une ville riche et ça se voit. D’où l’idée d’en faire un week-end, ou bien un point de départ pour aller voir d’autres choses, à moins que vous ne soyez déjà avertis.

A voir à côté pour les touristes fans de beaux endroits: Lübeck, Dresde, Leipzig, la Pologne, les plages du nord de l’Allemagne. Par exemple.

Parmi les raisons pour lesquelles les touristes énervent tellement les locaux, il y a certainement une grosse part d’agacement face à ces gens qui viennent chercher ce qui n’existe pas, ou plus: une ville fière de son architecture et de sa richesse, comme Paris, Prague ou Cracovie. Pour le tourisme, Berlin est une ville où l’on doit savoir ce que l’on vient chercher en dehors des quelques (réelles) attractions touristiques. Se photographier façon Marcel devant les ruines du mur en mâchant bruyamment un chewing-gum, croire que le parc immobilier et hôtelier de Berlin doit être identique à  la qualité d’un hébergement à Prague, promener son appareil photo devant les monuments berlinois en s’extasiant, c’est un peu comme jeter du sel sur une plaie de votre voisin et chantonner en même temps. Je ne mettrais pas ma main au feu que Berlin ne se voit plus, même après 70 ans de tranquillité, comme une ville déchue et privée de son patrimoine. D’où la haine du touriste qui ne comprend pas cela, ou, précisément, vient le rappeler. Mais bon, moi ce que j’en dis…

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Berlinification

Berlinification, n.f, création langagière déposée par moi. Processus par lequel un individu lambda se retrouve par de nombreux traits assimilable aux Berlinois de souche. Les stades de la mutation sont difficiles à évaluer, voici donc une liste non exhaustive des symptômes frappant la victime, ci après dénommée simplement « Lambda »:

- aucune réflexion au moment de l’achat d’un produit bio. Avant, l’individu hésite, agit avec un pincement de coeur ou de porte-monnaie, conscient au final des raisons de son choix. Après, il met ça furieusement dans son panier de courses et est même capable de lâcher des phrases clichés en entrant dans la boutique telles que: « mais où est le rayon bio? » Violent. Surtout quand on sait que Lambda, en bon Berlinois, n’est pas forcément richissime. Suffit de regarder la clientèle des marchés bios pour comprendre. Sur la Warschauerstr., Lambda berlinifié peut même avoir la chance de converser avec une caissière française. Sujet de conversation: le bio, ses bienfaits, son évidence.

- Lambda a accepté la venue de l’hiver. Il a intégré le fait que dans quelques mois il va avoir l’air d’un bonhomme un peu grassouillet et pas franchement sexy. Il accepte avec calme la perspective horrible de subir -10°C ou -15°C à des intervalles réguliers. Il ose même corriger: -15°C, c’est la nuit, une fois par hiver, voire même pas forcément tous les ans. C’est dire, il a du vécu à son actif.

- dans le même esprit de survivant acharné, Lambda se souvient de ce qu’il a appris les années précédentes et du scandale intemporel des hivers berlinois.  Pas le froid, non. Les stocks de luges pour les enfants et les stocks de sel pour les piétons sont insuffisants. C’est un drame chronique qui fait bondir Lambda. Et c’est dans cet ordre qu’il le dit, pas l’inverse. A moins qu’il ne peste d’abord contre la BVG, la ligne M29, M19 et M48, jamais ponctuelles. Dans une vie antérieure, c’était lui qui n’était pas ponctuel, mais il a oublié cette partie de lui-même. Lambda a toujours été irréprochable sur le timing. Puisqu’il vous le dit.

- le Berlinifié s’excite à l’idée d’aller voter. Ancien politicard à ses heures, le monde politique germain le fascine. Quel parti lui correspond, quelles affiches lui plaisent visuellement et sur le plan des idées (car il lit les affiches. Toutes. Parfois même, Lambda se retourne, hausse le nez. Pour votre information, il vient d’aviser un lampadaire électoral). Après vient une phase intense de check de ses informations précédentes. Comment s’appelle le salaud gars qui a parlé l’autre jour il y a 3 mois à la radio. Que je ne vote pas pour lui. Voter prend pour Lambda tout son sens. Avant, c’était un devoir. Maintenant, ça serait presque intéressant. Et de voir que Lambda pense à s’inscrire, en plus, à l’ambassade pour pouvoir voter aussi en France en 2012 et se comporte pareil en France. Impressionnante révolution intérieure.

- Lambda semble comprendre le Berlinois avancé. Il dit parfois des choses qui dépasse l’entendement pour un être innocent et préservé. Un samedi de septembre, cherchant à entamer une conversation avec d’illustres inconnus: « schönes Wetter, wa? » Au coeur de l’hiver, en attendant le bus, a repéré une target: « och, heute ist och ganz schön kalt, nicht wahr? ». Il n’a pas de problèmes pour interpréter la phrase « ick hab ein Weinkuuuuh gemoocht » et réagit de facon appropriée, du tac au tac: « ein Weinkuchen? Wie schön! » Et si on lui demande comment il va, Lambda peut dire « Jut », certes souvent sous l’emprise de l’alcool, mais il faut quand même pouvoir le faire…

- On s’arrête au feu rouge pour les piétons dans 95% de la ville, Lambda s’y plie avec empressement. Exception notable, la Warschauerstr. Ailleurs, notre ami sera le premier à rappeler à son visiteur que ça ne se fait pas, que ça coûte super cher si on se fait choper, que les bagnoles ne s’arrêteront pas forcément comme en pays angevin (du Bellay, ce visionnaire incompris…) Pis que ça: Lambda regarde d’un oeil noir les cyclistes incompétents, ceux qui mordent de la voie vélo sur la voie piéton, ou bien encore ont le culot de traverser la rue avec leur bolide à deux roues, sans descendre. Ce qui n’empêche pas notre cher ami de rouler avec une vieille bécane déglinguée en dehors de la voie vélo. Lui, il sait manier un vélo. Pas comme les autres.

- Lambda commence à voir d’un oeil vaguement négatif les floppées de touristes qui viennent enrichir découvrir la ville. Choqué par les autocollants associant les touristes aux terroristes posés un peu partout, il n’exprime pourtant que mépris pour ces gens qui se perdent dans le métro pourtant si simple et finissent par provoquer des drames urbains banals (« on a perdu Marcel! Mais où est Marcel?! Chéri, il faut descendre, on a perdu Marcel!! »), ceux qui ne payent pas leur billet et le disent en riant d’un rire gras, et surtout ces Français qui fleurissent avec le soleil. Subitement, de mai à août, Lambda découvre que le touriste français adore Berlin, et s’en énerve. D’abord parce qu’il doit ENCORE traîner sa troupe au Reichstag, ensuite parce que Marcel envisage rarement un tour de la ville à vélo (voyage + barrière langagière+ vélo= « on a perdu Marcel ». 15 fois en 4 heures, 14 fausses alertes, et une vraie). Et pour finir parce que Berlin, c’est SA ville. Pas un bidule qu’on visite en mangeant du curry wurst et en se faisant photographier à Checkpoint Charlie. Pour Lambda, l’idéal du touriste, c’est son ami Oméga qui vient crécher quelques nuitées, comprend l’allemand, reste blasé devant un Kebab, s’extasie devant des Brötchen bios et du Streichkäse, et surtout demande à faire des musées ou activités du type original. Exemple: le simulateur de vol de Weddding. Voir ici pour tous ceux qui cherchent l’inspiration dans une conversation où on vous dit que Checkpoint Charlie est LA chose à voir dans cette ville. Bon ok c’est cher, on fait pas ça tous les jours. Mais ça peut avoir un côté franchement plus marquant que la photo répliquée à des millions d’exemplaires de la porte de Brandenburg.

- Lambda, car on parlait bien de lui, pas des touristes, est presque devenu végétarien, et il ne se porte pas plus mal. Viande au resto, chez soi, on s’offre parfois un filet de saumon, du jambon, des lardons dans une préparation qui autre fois était une quiche et qui maintenant ne ressemble plus à rien du tout. Tout le reste relève de l’aventure culinaire. Lambda n’aime plus vraiment la viande, sa famille et ses amis en visite s’inquiètent de sa santé. Pour les carences et souvent aussi pour voir si Lambda subit une quelconque pression psychologique cherchant à discréditer le rôti de veau aux pistaches.

Bref, un Berlinifié n’est même plus capable de savoir vraiment d’où il vient. Le remède reste encore inconnu.

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27 choses!

Voilà, on y est, comme chaque année, le drame du vieillissement frappe. Moi et des centaines de milliers d’innocents à qui je souhaite aussi beaucoup de courage.

Comme je ne me laisse pas abattre aussi facilement, j’ai décidé de faire un décompte de petites choses de la vie ici qui me plaisent et que je souhaite partager avec d’autres, à l’instar d’une autre blogueuse qui se reconnaîtra et que les plus futés reconnaîtront aussi…Je dis ça, je ne dis rien :)

Catégorie nourriture et naschen et bibine, en vrac (parce que manger EST important, et puis la bière aussi):

- vive les Biergarten plus ou moins cachés dans la ville où vous avez la possibilité légale de commander bière sur bière pour ne plus finir par ressembler à rien. Seront cités ici le grand, le célèbre, l’incontournable Prater, mais aussi des endroits un peu moins chics mais tout aussi sympathiques comme le Oranke Orange ou le Biergarten qui se cache derrière les barrières de la Moritzplatz. Mes QG pour l’été.

- un grand hommage au concept du Osterhase, fidèle décorateur domestique de toute Berlinoise qui se respecte. Voir la photo ci-dessous, c’est vous dire son importance dans ma vie. Ceux qui me connaissent admireront toutefois le fait que ce lapin soit encore parmi nous aujourd’hui. Mais pour combien de temps encore?

N.B: méfiez-vous, le Osterhase est connu en Allemagne pour avoir un côté pervers…il cache vos affaires. C’est bizarre d’ailleurs, depuis quelques temps je ne trouve plus mon Quark à régime…allez donc comprendre!

- le Max und Moritz dont Nat a déjà parlé ici, le Kartoffelnlaube du Nikolaisviertel, temples de la bonne nourriture allemande (si si ça existe). Bon ok, en hiver, ça passe mieux, j’avoue. Mais vous pouvez au moins y prendre une bière!

- avec le retour de la belle saison, on pense aux glaces de façon monomaniaque. Et ça tombe bien, ça court les rues les bons glaciers ici. J’en avais déjà touché deux mots avec mon top 3 2010 ici.

- pour savourer un café tout en jouant aux expats intellos, il y a des opportunités magnifiques. Par exemple à Kreuzköln, au Roderich.

- pour savourer des Warenikis, le restaurant russe de la Mohrenstr. reste décidément parmi mes favoris. Lire d’autres opinions par là.

- dans la série de luxe, le Umspannwerk Ost est ein Muss. La preuve? Ils font des crèmes brûlées comme par chez nous, et je m’y connais;). C’est aussi un bon plan pour aller voir du flamenco ou se cultiver, mine de rien.

Catégorie « cultivons nous sauvagement »:

- merci au Kino Babylon pour le simple fait d’exister. Voir d’ailleurs ce qu’en dit Jean-Michel ici, je ne suis pas la seule à y voir une oasis cinématographique après avoir été confrontée au choix draconien entre le dernier Til Schweiger et le dernier Christian Ulmen. Terrible dilemne, soit dit en passant.

- VHS, on vous aime. Pour tous ceux qui ont un niveau d’allemand potable, c’est l’endroit rêvé pour apprendre tout ce que vous ne savez pas encore, un peu dans tous les domaines. Ca va du tricot au coréen, en passant par la dactylographie. Le tout toujours pour des prix raisonnables et d’après expériences à répétition, toujours fiable. Il vous suffit de bien vous informer et conseiller, et le tour est joué.

- perdu dans la froide grandeur de la Potsdamerplatz, jetez un oeil au musée du cinéma derrière le Kinomax. Les expos là-bas valent nettement le coup, et pas que d’après moi.

- dans un autre genre, et avec un peu de courage, il faut absolument aller voir les musées de la terreur répandus un peu partout dans la ville. Topographie der Terror, exposition gratuite sur l’avènement et la chute de la Gestapo, tout près du Martin-Gropius-Bau. La prison de la Stasi, avec visite guidée. Le musée juif, votre appareil photo à la main, pour saisir sur le vif le travail de l’architecte qui a fait un excellent travail pour rendre l »atmosphère de la Shoah. Le bâtiment a un côté mystique, à l’intérieur comme à l’extérieur. Jeux de lumières, rendu de la peur et de l’horreur, on comprend bien les choses en y allant. Voir mes photos ci-dessous:

Musée juif- Vue depuis l'extérieur

Musée juif- puits de lumière

- pour saisir l’ambiance de la ville au-delà du point de vue touriste, prendre le bus M29 et se payer une bonne heure de trajet. Regarder les gens monter et descendre, en faire une philosophie urbaine. Cette ligne traverse tout Berlin, des quartiers turcs à Tegel. Voir notamment ce qu’en dit Blogonade par .

- toujours pour saisir l’ambiance de la ville, et carrément éventuellement faire des emplettes, aller au marché turc aux bords du Landswehrkanal. Pour moi, c’est similaire à Wazemmes à Lille.

Catégorie mode, attention mesdames :

- sur la Wismarplatz, au Nikolaisviertel et sans doute parfois ailleurs aussi, Bellanatur. On y met un peu le prix, mais la qualité est super et vous êtes à peu près sûres en sortant de porter des vêtements que tout le monde vous enviera- des inconnues vous ont-elles déjà demandé où vous achetiez vos affaires :)?  Je témoigne à trois reprises. Et en plus ils sont sympas, que demande le peuple.

- sur l’Oranienstr. , Südosten. J’y jette un oeil de façon très régulière, ne serait-ce que pour prendre des idées.

- petite mention spéciale pour Orsay, équivalent plus ou moins réussi de Camaieu. La base pour toute nouvelle arrivée, à mon avis, se trouve là-bas.

- on ne peut pas s’habiller à Berlin sans inclure un côté résolument vintage. Pour le faire sans trop se ruiner, préférez les marchés aux puces. Celui de Mauerpark bien trop cher dès qu’on ne parle pas suffisamment allemand pour pouvoir faire illusion, celui de la Boxhagenerplatz pour le plaisir des yeux, ou encore celui de la Ostbahnhof. Et pas que pour les nippes, d’ailleurs.

Last but not least, hors catégorie: un grill au Görli!!

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Tout sur Dresde, #1

Nouveau retour sur ce blog, pour vous parler cette fois d’une ville qui me tient à coeur dans ce plat pays: Dresde. Je vous préviens tout de suite, mon objectif est de faire une mini-série, et c’est presque une menace…

Aujourd’hui, quelques photos et remarques en vrac.

Un peu d’histoire: Dresde est surtout connue sur le plan historique pour avoir fait l’objet d’un bombardement massif en février 1945 (environ 7000 tonnes de bombes lâchées sur la ville), reconnu par la plupart des historiens comme stratégiquement injustifié. Les dégâts sont similaires à ceux éprouvés par la ville d’Aix-la-Chapelle, pourtant bombardée 5 fois. Le chiffre des morts à Dresde reste jusqu’à aujourd’hui encore incertain, les estimations variant entre 25 000 et 250 000 morts. Ces destructions ont épargné la Neustadt, partie de la ville construite au XIXème, et quelques quartiers périphériques. D’autres bâtiments sont plus ou moins ressurgi de leurs cendres: le Semperoper, le Zwinger, la Frauenkirche sont à nouveau debout aujourd’hui, non sans peine.

Le résultat, au niveau touristique, est assez surprenant. On trouve une ville qui tente de renouer avec un passé irrécupérable. Faute d’argent, de courage ou d’inventivité, la ville rebâtit un décor en carton pâte pour ses quelques monuments reconstruits à l’identique ou plutôt « dans le goûts de ». Voir la place autour de la Frauenkirche, ça a un côté Disneyland si vous regardez bien les façades colorées:

La Frauenkirche et sa place originale, rebâtie "à l'identique"

C’est d’autant plus dommage que l’Eglise elle-même a été restaurée d’une façon qui prouve un vrai travail de mémoire un peu similaire à l’Eglise berlinoise Gedächtniskirche située sur le Ku’damm.Première remarque: il y a un pan de mur à quelques mètres du bâtiment. Quelques pierres noirâtres auxquelles on peut ne pas prêter attention, mais qui sont un morceau du mur original. Pourquoi? Parce que le bâtiment a été reconstruit volontairement quelques mètres plus loin, pour des raisons pratiques, mais pas question de passer sous silence ce qui est arrivé à ce bijou architectural. Du coup, on le montre, et on appose une plaque avec le témoignage d’un survivant du bombardement. Une cicatrice exhibée, pour ainsi dire.

Emplacement original de l'Eglise


Les lecteurs les plus attentifs auront par ailleurs remarqué que les pierres de l’Eglise sont de deux couleurs différentes. Et non, ce n’est pas fait que pour être joli.

Les pierres de la Frauenkirche auraient-elles une histoire à nous raconter?

L’Eglise comprend l’utilisation de pierres d’origine, replacées grâce à de savants calculs à leur place originale. Elles sont noires, non seulement en raison de l’incendie qui a ravagé l’édifice lors du bombardement, mais également en raison de la pollution industrielle (notamment à cause de l’utilisation intensive de l’Elbe comme axe commercial) au XIXème et XXème siècle. En d’autres termes, l’Eglise a été reconstruite en prenant le rôle de Versöhnungskirche, l’Eglise de la réconciliation.

Plus d’informations sur la Frauenskirche de Dresde ici.

Ailleurs dans la ville, le sentiment d’être dans un vestige du passé et une ville à la redécouverte d’elle-même peut surprendre au coin d’une rue, du quartier touristique aux confins résidentiels. La gentrification fait ici aussi son oeuvre, lentement mais sûrement. La Neustadt, quartier in et mélange savant d’étudiants, de chômeurs et de laissés pour compte de la Wende il y a encore 10 ans, se voit lentement les familles plus riches la repeupler. Les centres commerciaux (Arkaden) se multiplient peu à peu. Voir notamment l’article du Zeit ici.

Un coin de paradis: le Zwinger

Au coeur de la vieille ville

Et on peut comprendre pourquoi Dresde, plus que d’autres villes, évolue en ce sens. Coût de la vie relativement faible. Bon redémarrage pour une ville de l’ex-RDA.  Une petite ville, ni trop grande, ni trop petite (environ 500 000 habitants), qui est à la tête d’un Länder et loin ni de Berlin, ni de la République Tchèque, ni des montagnes en hiver, ni de la Suisse saxonne et de ses merveilles en été. L’environnement immédiat idéal: en 15 minutes, vous êtes au bord de l’Elbe, et vous vous retrouvez sur des pistes vélos magnifiques. A moins que vous ne fassiez de l’aviron ou que vous visitiez un des Burg de la région. De quoi donner vraiment envie d’y aller.

Le seul problème à ce tableau idyllique, c’est la conséquence de ce dont j’ai parlé plus haut: à ville détruite de façon plus ou justifiée, à ville laissée pour compte par la Wende, correspond un certain succès électoral. Je veux bien entendu parler des néo-nazis, qui font bien parler d’eux, notamment lors de l’anniversaire du bombardement de la ville, le 13 février: chaque année, c’est un peu à qui organisera la plus grosse manifestation, d’eux ou de leurs opposants, et laquelle sera interdite. Voir notamment l’article de ce journal.

Je vous parle de sa région la prochaine fois, stay tuned ;)

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Pourquoi veut-on tant voir Berlin?

Pas de doute, s’il y a une ville en Allemagne qui attire en ce moment, c’est bien Berlin…Effet de mode, ville branchée, jeune, pas chère…La capitale germanique a la cotte.

Côté allemand, Berlin est plutôt mal vue. Ses habitants passent pour des gens arrogants, froids, distants. Le taux de chômage est très haut, le contrôle social faible (vous savez cette manie qu’ont certaines personnes de s’immiscer dans vos affaires pour que vous fassiez les choses à leur manière? C’est ça que j’entends par « contrôle social ». ça peut être la voisine qui vérifie derrière vous que vous faites bien le tri sélectif, comme les gens qui critiquent le look des autres en les croisant dans la rue…). Et il y a une forte minorité turque…je ne vous refais pas la théorie Sarrasin, mais les Turcs en Allemagne…on ne peut pas dire qu’ils soient bien vus, hélas.

Bref: pour un Allemand, une ville attractive, c’est une ville de l’Ouest (et d’une!), voire une petite ville « à taille humaine ». Hambourg, Munich, Stuttgart… un Allemand commencera par vous parler d’elles, puis des villes secondaires, parfois de l’Est, selon votre interlocuteur. Dresde, Leipzig, par exemple.

Reste que nous les Français, on ne voit visiblement pas les choses de la même manière. Avec 30 000 ressortissants ici au bas mot, oui, on peut dire que la ville nous plaît…et quelque chose me dit que je n’ai pas fini d’entendre du Français dans la rue.

A force de m’interroger, j’ai fini par trouver quelques raisons pour lesquelles cette ville nous attire tant:

1. On raisonne sur des modèles différents, les Allemands et nous. Le fédéralisme versus la centralisation, ça vous dit quelque chose?  Après plusieurs mois passés ici, je commence tout juste à prendre la mesure de ce que cela signifie. En termes d’attractivité, de renommé d’une ville, à peu près le jour et la nuit. En France, qu’on l’aime ou non, on pense très souvent Paris et le reste. Cette prédominance parisienne laisse sa trace partout: dans les trajets des trains qui commencent tout juste à évoluer pour éviter un passage absurde par la capitale, dans les activités culturelles (musées, grands théâtres…sont à Paris. En Allemagne, Stuttgart et Hambourg se défendent suffisamment pour être vues comme les meilleures villes pour la musique). Ou encore dans les expressions courantes (« se faire limoger »= se faire envoyer à Limoges, inaccessible depuis Paris dans son sens d’origine; « avoir une mentalité provinciale »…). Cette prédominance est tellement importante qu’elle nous imprègne parfois à notre insu.

Bilan des courses par rapport à mon propos? Eh bien, pour un Français, a priori, les choses sont similaires en Allemagne- personne ne nous a  vraiment expliqué les subtilités qu’il y a derrière le mot « fédéralisme« . Bien entendu, en ce qui me concerne, je savais que d’autres villes étaient plus attractives (Munich par exemple). Mais en bonne Française, j’ai pensé que les trois mois que j’allais passer en Allemagne, mieux valait les passer dans une capitale que je ne connaissais pas encore que dans une ville secondaire, même si tout à fait dynamique par ailleurs- mea culpa, maintenant j’ai compris… Bref: je ne pense pas faire figure d’exception, loin de là.

2. Berlin, c’est pas cher. Facile de s’installer: les colocations sont faciles à trouver (compter entre 250 et 400 euros pour une chambre en plein centre-ville), le discount est presque une religion…pas difficile ici de vivre avec des petits moyens. Parmi les gens qui sont attirés par le rayonnement de cette ville, il y a par conséquent beaucoup d’artistes: musiciens, écrivains, peintres…Facile de venir aussi: les compagnies low-cost sont là, à Schönefeld.

3. Un dynamisme culturel. Je ne parle pas spécifiquement de culture « haut de gamme »- musées & co- qui existe ici aussi, mais plutôt de ce foisonnement d’initiatives qui existe ici. Ce sont des centaines de petits projets qui naissent tous les jours- vite éclos, souvent vite avortés, mais toujours au rendez-vous, éphémères comme la vie d’un papillon. Tous ces artistes qui vivent ici produisent une vie culturelle active dont les formes surprennent au coin d’une rue, par leur forme, par le mode d’expression choisie. Graffitis, peintures murales, looks alternatifs, musique d’exploration, appelez ça comme vous voulez: au fond, on en revient toujours à l’idée que la créativité et ses conséquences ici, ça vole dans l’air…

4. Son histoire. La réunification, le nazisme…qu’on le veuille ou non, ce sont des thématiques qui plaisent en particulier aux Français (pas convaincus? Faites une comparaison internet entre les retombées des 20 ans de la réunification entre les sites français et allemands…). Berlin est LA ville qui réunit à nos yeux tous les pans de cette histoire trouble. C’est à Berlin qu’il y a les traces du Mur, c’est encore à Berlin qu’il y a eu le bunker hitlérien…Je pense que cette mémoire est quelque chose qui joue dans nos perceptions, sinon dans nos ambitions touristiques ou de déménagement.

Sinon…il reste sans doute plein de raisons auxquelles je n’ai pas encore pensé. La question reste ouverte au débat!

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