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Petit manuel du savoir travailler

…en Allemagne, pour les grenouilles. Bien entendu.

Vivre comme expat signifie commencer par passer quelques mois en ayant comme source principale d’intégration, le boulot. Et il y en a des choses qui paraissent suspectes et s’apprennent au fur et à mesure.

Après la phase d’euphorie liée à l’obtention de son boulot vient une phase de frustration. Ouais. On avance pas, on a l’impression permanente d’être pris pour un imbécile, et des envies de rebellion effrontée. Bref, on s’arrache les cheveux sur un ou une collègue exaspérant, puis vient un jour où on réalise qu’ils sont tous pareils. Selon les caractères, le petit expat en herbe se remet alors totalement en cause ou bien part dans des généralités sur les Allemands qu’il va ensuite répandre joyeusement. Or les deux sont faux. Petit état des lieux après quelques années d’immersion complète au pays des bretzels…

Le dialogue

En Allemagne on discute de tout, dans les moindres détails. Inutile de se sentir méprisé par le fait qu’on vous demande des comptes sur absolument tout et que vous ayez à entendre tout ce que fait votre collègue, c’est comme ca et ne signifie absolument pas que l’un ou l’autre ne soit pas pris au sérieux. Ici, on peut vous demander très sérieusement de bien vouloir prendre part à une réunion entre 15h et 18h pour détailler votre emploi du temps sous forme d’un tableau Excel comprenant 18 lignes et 45 colonnes. Vous pourriez le faire seul en une demi heure, mais ce serait en France et ce serait trop simple, le degré de détail ne suffisant pas. Pensez juste aux vitamines C pour pouvoir tenir le coup. Avec le temps vous verrez que vous vous y ferez et que vous y verrez un intérêt et même une ferveur à rajouter des lignes et des colonnes que vous ne saurez jamais expliquer clairement à un autre Francais.

Les horaires

On ne rigole pas avec les horaires. Les employeurs traditionnels sont tout à fait capables de vous décompter la minute de retard que vous aviez ce matin de votre salaire. Vous pensiez la rattraper en restant plus tard le soir? Ca ne sert à rien, ce qui compte est le respect pur et dur des horaires. La raison est loin d’être absurde: on associe ici le professionnalisme au respect strict des horaires, pas à votre implication personnelle qui peut cacher bien des tares. Et de toutes façons, qui en Allemagne -surtout au sud, ceci dit- appelle une entreprise passé 16h. Vos clients sont déjà en train de penser au diner et ont fini leurs courses à Stuttgart. Vous n’étiez pas là pile à l’heure, vous n’avez pas prévenu et personne ne vous a rien dit? N’imaginez pas qu’on vous prenne trop au sérieux…

La fièvre

On ne rigole pas avec les congés maladies. Un brin de fièvre, une mauvaise mine…? Mieux vaut rester chez vous. De toutes façons, il est fort possible que ce soit votre supérieur qui vous renvoie chez vous comme un malpropre. La contamination, tout ça. Donc, oui, vous serez réduit à tourner chez vous en attendant la guérison de votre mal, aussi léger soit il. Le médecin ne vous auscultera d’ailleurs pas, ne vous touchera pas- vous vous sentirez vaguement frustré dans votre droit de malade- il vous posera deux ou trois questions et vous mettra en arrêt, malgré vos protestations. Sauf qu’à un moment donné vous cesserez de protester tellement vous aurez de tentatives de résistance au médecin au compteur. Ce qui signifie que vous risquez rapidement de muter en personne pleine de suspicion à l’égard de vos chers collègues: un fauteuil vide à côté de vous à 9h01, trois possibilités…Que fait-il?

Fauteuil de bureau idéal pour Thorsten. Si ce siège est encore vide à 8h du matin, faites vous du souci pour sa santé ou sa motivation

Le calme

Rien ne sert de s’énerver, surtout quand on vous demande une info que vous estimez  débile triviale et évidente et que vous étiez en plein en train de faire autre chose de super important. Cf le premier point de ce billet pour comprendre pourquoi on vous pose la question. Tout est important, et surtout de garder son calme en toute circonstance. La culture du conflit est à ranger aux oubliettes, on vous aura de toutes façons à l’usure. C’est seulement une fois que tout le monde a bien eu connaissance de toooooooooooooooooooous les aspects d’une situation qu’on peut commencer à faire des trucs, par exemple contacter un client. Le problème c’est de s’y faire suffisamment pour pouvoir rester calme en toutes circonstances et selon toute question je peux parler côté zen. Je recommande le yoga, la phase d’adaptation sur ce point me semblant pouvoir durer toute une vie.

La spécialisation

Le maître mot est In house Expert. Du remarquable Denglisch qui vous poursuivra partout. Vous êtes donc spécialiste de votre domaine, même si on vous a parachuté là et que vous comprenez autant ce nouveau domaine que le résultat des dernières élections italiennes. Donc, même si vous regorgez d’idées pour plein d’autres choses, ne les mentionnez pas hors entretien d’orientation (parce que ca s’appelle comme ça, quand on veut bouger en interne ou récupérer des sous). Mitmachen, c’est un argument d’entretien, pas une réalité à appliquer dans son quotidien professionnel. Ca implique aussi qu’on vous posera des questions dont vous penserez secrètement qu’elles sont à coucher dehors et qu’il faudra, une nouvelle fois, rester calme et dialoguer.

Alors après je pourrais vous parler des personnages qu’on retrouve un peu dans toute entreprise ici, type Thorsten (sauf que Thorsten existe aussi ailleurs). Je pourrais également vous parler des absurdités que je vois dans ce modèle. Mais je crains de ne pas avoir assez de recul sur mes trois entreprises pour pouvoir faire un portrait assez exact de ce qu’est l’esprit allemand au travail, et d’avoir tendance à laisser de côté tous les défauts du modèle français. Etre neutre quand on est en plein dedans, mission carrément impossible.

Et vous, vous avez remarqué des choses qui reviennent dans la culture d’entreprise allemande?

NB: ce texte est à prendre au second degré et n’a pas vocation à être définitif. Je ne sais pas tout sur le monde du travail allemand et heureusement!

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Ha! Bonification et caetera

Retour sur la toile pour des pensées profondes…

On lie trop souvent l’expatriation à l’image d’un échec ou au contraire d’une réussite. Comme si elle devait exclure la vie, telle qu’elle est, dans sa simplicité, et mener à un résultat tangible.

Je pense que nos attentes et les valeurs dont nous héritons nous mènent à l’étouffement. Nous vivons avec des idées de bien, de mal, des règles, des préjugés et des tabous qui font de nous des personnes creuses. Plus que jamais, même dans un pays foncièrement laïque, nous obéissons aux principes judéo-chrétiens. La religion fait son retour dans tous les domaines, du prépensé à l’évident. Elle structure nos débats sociaux, de la réglementation de plus en plus draconienne sur la prostitution au mariage gay. Et s’infiltre dans notre quotidien, dans notre vie. Qui disait déjà que le XXIème siècle serait religieux ou ne serait pas…?*

L’une des phrases les plus destructrices est banale. Il faut réussir sa vie. Une phrase qu’un athée vous dira spontanément, comme un prêtre un passage de la Bible. Une idée qui vient directement de cette culture judéo-chrétienne. Réussir sa vie et aller ensuite au paradis.

Mais la question dans notre monde qui se veut laïque, c’est l’interprétation qu’on en fait.

Chez les plus jeunes, ça aboutit à l’éclat’ à tout prix: on en prend plein les yeux, on fait la teuf un peu tout le temps, on visite le monde. Il faut rentabiliser son temps. A l’étape suivante, chez les jeunes diplômés, ça consiste à trouver la bonne voie et à surtout ne pas commettre d’erreur. L’intensité change d’échelle. On passe dans le domaine de l’irréparable professionnel et personnel en approchant des trente ans. Et vient une période plus ou moins longue, où on cherche probablement à simplement éviter les erreurs aussi bien que l’ennui, voire à tenter de corriger son parcours. Mais pourquoi ai-je fait ça. Si seulement j’avais su. Si je pouvais tout changer. Il faut que je réfléchisse. Peut-être que je pourrais recommencer des études.

Un symbole qui en dit long. Et à méditer pour les Chrétiens comme pour les autres. Est-il nécessaire de se crucifier au quotidien?

Je suis née dans la culture chrétienne, j’y ai baigné pendant de longues, longues années. A certains points de vue, je la trouve formidable. Mais aujourd’hui, en mettant de côté son apport historique et la question de la foi, je rejette une grande partie de ce qu’elle implique. Faire de nous des êtres vides, obsédés par l’idée de la réussite personnelle, incapables de recul s’ils ne possèdent ni la croyance ni la clairvoyance. D’autant que cette culture suggère fortement l’effacement et la culpabilisation permanente. Rappelons-nous bien d’aller nous asseoir au dernier rang lors d’un mariage, c’est la meilleure façon de se faire placer au premier rang par le marié lui-même. La contradiction est présente dans toutes ces scènes que l’on nous fait entendre, lire, relire, méditer ou pas. Conséquence? On les intègre et on colporte ces idées à notre entourage. Il faut bien se tenir pour aboutir au succès.

Mine de rien, cette question est au coeur du sujet de l’expatriation. Bien se tenir, c’est faisable. Réussir, c’est une autre paire de manches. Qui voudrait rentrer avec une boule dans la gorge et la tête basse si on peut parler d’échec. Revenir sans compagnon, revenir sans emploi, revenir sans être parfaitement bilingue, revenir sans médaille. D’autres croient dur comme fer qu’il est possible de  »réussir son retour » comme on aurait  »réussi » son expatriation et investissent du temps, des arguments, des moyens pour s’en convaincre et bâtir un retour complexe. On se demande où est sa maison, on se demande quelle solidité elle a, et à s’enfoncer dans cette question, on en finit par se demander où est sa réussite.

Ce raisonnement est faux. Il nous fait passer à côté de l’essentiel et nous jette dans des tourments qu’il serait possible de s’épargner et d’épargner aux autres. Il m’a fallu beaucoup de temps pour me libérer de cette carapace, et laisser de côté ces attentes, ces remarques anodines qui tombent comme un couperet d’un combiné téléphonique ou de derrière un kebab. Pour cesser de les transmettre, aussi. Réussis ta vie. Deviens quelqu’un. C’est ta vie. Prends les bonnes décisions, tu regretteras après de t’être trompée.

Erreur. L’être humain n’est pas fait pour vivre comme un baromètre. Il y a des étapes, où l’on veut quelque chose et où on recherche quelque chose passionnément, parce que c’est dans notre nature d’hommes et de femmes: partir, rencontrer quelqu’un, vivre dans l’insouciance, se mettre à épargner, se poser, se marier, fonder une famille…Mais dans tout cela, l’idée même de réussite est à chaque étape un vrai mirage.

En vis à vis, il y a quelque chose qui s’appelle la bonification. On laisse l’idée de côté comme si c’était un mythe, alors que les réponses sont là. Comme le bon vin, quelques soient les épreuves que nous avons traversées, je crois que nous sommes capables de devenir un peu plus forts avec le temps, seuls ou non. Enfant et ado, je détestais la rentrée des classes. Il fallait se refaire un trou, compter avec les personnes qui nous faisaient plus ou moins peur, espérer être avec les bons. Les trois derniers mois de l’année, au contraire, c’était le paradis.

Si vous ne connaissez pas encore le journal d’Etty Hillesum, foncez. Je ne sais pas pourquoi ce billet me fait penser à elle ceci dit.

Aujourd’hui j’applique cette même logique dans ma vie. J’ai passé trois ans à évoluer entre un pôle positif (super cette ville!!) et un pôle négatif, consistant à me pardonner d’être venue ici, d’avoir commis cette erreur gigantesque au vu d’un impératif de réussite intériorisé. Berlin est un vrai cul-de-sac où viennent s’échouer des cargaisons entières de jeunes étrangers fuyant quelque chose ou pensant aller à la conquête d’une vie meilleure. J’ai échoué comme des centaines d’autres, n’ayant ni l’ambition proche de fonder une famille, ni un travail côté trois étoiles sur le guide Michelin de la réussite,  ni contrat de mariage en vue. Seulement, y a-t-il moyen de penser autrement une fois qu’on se pose la question dans ces termes?

Je ne crois pas à cette théorie. Je pense au contraire être en train de gagner. J’ai appris tellement de choses au long de cette route, j’ai tant à revendre et tant à dire. Je pourrais noircir des pages entières d’idées, de nouvelles, de petites phrases. Je peux faire tant de choses qui étaient inaccessibles il y a seulement trois ans. Je n’ai rien perdu au fait de n’avoir pas réussi. Bien au contraire.

Le chemin est long et l’humeur fluctuante. Il faut encore s’habituer à cette nouvelle réalité et savoir reconnaître cette richesse intérieure au lieu de céder au réflexe culpabilisateur. Mon pays me manque, ma vie n’est pas drôle tous les jours, je suis seule et j’ai parfois envie de prendre mes jambes à mon cou. Ou bien de rajeunir, de revenir à ce fichu jour maudit pour tout effacer, tout recommencer, en mieux, gommer l’insupportable. Mais je doute que cela me rende heureuse. Le chemin le plus court pour être bien dans ses baskets est encore de vivre au jour le jour, et d’envisager le passé non pas comme une accumulation d’erreurs et de blessures, mais comme une ressource. Profiter et revenir à une morale hédoniste, y compris et surtout en matière d’expatriation, voilà le chemin que je choisis aujourd’hui.

Berlin et Paris m’appartiennent. Je pourrais aller en fait n’importe où dans le monde. C’est pas beau la vie?! Moi je suis bien contente d’avoir découvert tout ça. Même en en ayant bavé à certains moments. Si c’était à refaire, je referais…Obstinément.

* Si vous vous intéressez à la question du religieux au XXIème, allez voir du côté de Régis Debray. C’est un prophète, apparemment.

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Crêpes et galettes à Kreuzberg

Premier post d’une nouvelle catégorie sur les bonnes adresses de Berlin…

Il y a dans la Reichenbergerstr. une très bonne crêperie française. Enfin, plus précisément, bretonne, ça va jusqu’à ce niveau de précision. Le local est situé quasiment à Kottbusser Tor, c’est un restaurant assez large qui rend bien l’ambiance propres aux crêperies bretonnes que l’on connaît. Je suis allée tester avec une amie allemande, histoire de voir comment les Allemands, qui ne connaissent très souvent que le côté le plus chic de la cuisine française, réagissent face à l’idée de manger des crêpes salées, et qui plus est au sarrasin. Sur un échantillon d’une seule personne (…), ça donne donc ça:

A: Buchweizenmehl?! Daraus kann man crêpes machen?

B: Na ja, eigentlich ist es hier eher die Rede von Galettes. Dann wird es eben nicht süss.

A: Ok, dann galettes. Aber wie gross ist das? Und wie isst man das überhaupt?

B: Es wird meistens mit Eier und Schinken gegessen, und in einem Teller zusammengefoltert. Err, gefaltert meine ich.

A: Aso…

B:…

A: ….Bestelle für mich bitte. Das Menu ist für mich etwas zu verwirrend.

Pour elle, ça a donc été ça:

Galette norvégienne

Pendant que moi je prenais ça:

Galette complète tomates

Le tout bien entendu arrosé du traditionnel cidre, mon Dieu comme ça fait du bien de voir un pichet (pardon, une carafe…) sur sa table:

Pichet de cidre. Rien que le concept, c’est formidable.

Si vous n’aimez pas les crêpes, vous ne pouvez pas comprendre à quel point c’était bon. Le restaurant prête à se sentir bien, les crêpes sentent bon, on a l’impression de se retrouver téléporté dans la rue du Montparnasse tout en pouvant parler allemand. Un vrai miracle.

Alors après il y a eu le dessert. Une crêpe caramel. MIAM:

Comment tuer quelqu’un: manger une crêpe caramel fumante aussi bonne que celle-ci, devant lui, et par moins vingt

Bref, point de vue nourriture, je ne peux que vous recommander. C’est situé au Reichenbergerstr.30, ouvert tous les jours de semaine sauf le lundi pour le midi et pour le soir. Samedi et dimanche, c’est ouvert en soirée. Plus d’infos par là.

Comme j’ai eu la chance de pouvoir poser des questions et que ça m’intéresse, je partage les quelques infos que j’ai pu obtenir, en accord avec le gérant, Ahmed Moutaoukil. Il y aura un autre billet à ce sujet, aujourd’hui je choisis de me concentrer sur quelques constats interculturels…

Concrètement, les Allemands ne s’imaginent pas vraiment pouvoir faire un repas de crêpes. Soit ils imaginent ça comme trop lourd ou trop sucré (es ist im Endeffekt nicht so mächtig, disait mon amie), soit ils imaginent ne pas manger à leur faim. Dans un cas comme dans l’autre, le problème est de savoir si ça vaut le coup. L’importance de cette idée se voit en regardant la clientèle du restaurant: principalement des femmes, qui s’attendent à du sucré et espèrent du (relativement) léger. Alors qu’il est tout à fait possible de rajouter de la viande à l’ensemble…

Le problème, c’est de savoir faire avec la culture culinaire locale, qui est à des années lumières de la nôtre. Ca se remarque dans la vie de tous les jours, de la simple remarque du temps accordé à la pause déjeuner en entreprise (une maigre demi-heure, qu’on dispose d’une cantine ou non) au culte du gesund essen- manger pour vivre, une finalité en soi, à ne pas perturber. Manger chez soi? Ca va du terrible plat italien pour les grands soirs au Brötchen mit Eiersalat quotidien. On met les petits plats dans les grands, où on ne les met pas du tout, et on veille simplement au gesund . La télé est de sortie, le téléphone aussi, et vraiment manger en famille est assez souvent réservé au week-end. Sortir? On regarde le prix, et puis on juge selon ses moyens, Kebab ou resto pour marquer le coup. Dans un cas comme dans l’autre, il y a relativement peu d’attention portée à ce qui peut être un bon entre-deux, dans la mesure où l’on projette de faire autre chose après avoir mangé- à moins que l’on mange pour marquer une occasion. Manger est en fait une finalité, un impératif sur lequel on peut en toute logique rogner du temps et de l’argent.

Pendant ce temps, la culture culinaire française consiste à passer du temps à table, quelque soit la circonstance, et à investir du social dans la nourriture- on ne mange pas que pour manger. Non seulement nous aimons sortir au restaurant, mais en plus nous aimons nous y attarder. Cf ce qu’en disent des plus savants que moi:

D’est en ouest et du nord au sud, la France consacre un temps infini aux plaisirs de la table. Et pas seulement pour le rituel du repas de la mi-journée. Le soir, les petits, les bons, les grands restaurants et autres brasseries sont plein à ras bord, et ça se prolonge pendant des heures. On ne constate le même phénomène, du moins à ce niveau, dans aucun autre pays européen ou occidental.

Louis-Bernard Robitaille, Ces impossibles français, éditions Denoël, 2010.

Je serais prête à parier que l’une des principales raisons pour laquelle nous pouvons envisager de passer autant de temps à manger est notre façon d’envisager le temps. Pendant que nos amis allemands concentrent toute leur attention sur l’accomplissement d’une seule tâche, nous sommes prêts à tout envisager en même temps. Manger aussi est une chose à faire, après tout. Ce serait simplement que nous voyons les choses différemment… Et même en connaissant cette différence, il reste très difficile de s’adapter, de comprendre spontanément ce qui se cache derrière un menu.

On a donc affaire à une clientèle qui vient chercher dans les restaurants français une haute cuisine qu’elle estime sehr köstlich, tout en étant preiswert et idéale pour un soir où l’on va chercher à s’offrir une vraie occasion de se faire plaisir. A côté de ça, il y a les crêpes, plus simples, peu connues du public allemand,  qu’on découvre comme étant une cuisine en soi au détour d’une promenade aux alentours du Kotti. Elles étonnent le nouveau consommateur, un peu comme un produit dont on ne connaît pas encore le succès. Quand le client comprend l’idée, c’est le rapport avec le prix qui le choque. Quand il reconnaît ça comme de la  »vraie » cuisine, le problème peut venir de l’ambiance: une crêperie peut-elle être considérée comme une Stube? Ou bien est-ce mieux pour un déjeuner d’affaire, un déjeuner rapide…? Etc. Etc. Autant de raisons d’interrogations qui font qu’Ahmed voit la clientèle étudier la carte dehors, s’en approcher, repartir, chercher une autre possibilité, revenir, demander plus de renseignements, faire la moue, puis se laisser convaincre. Ils ne savent pas à quoi ils ont affaire.

Février, c’est le mois de la Chandeleur. Ce qui serait bien, ça serait de montrer à quelques allemands de quoi il retourne quand on s’y met sérieusement. Par exemple en allant chez Ahmed, il y a des menus à 12 euros et c’est drôlement agréable comme endroit!

Bref, point de vue nourriture, je ne peux que vous recommander. C’est situé au Reichenbergerstr.30, ouvert tous les jours de semaine sauf le lundi pour le midi et pour le soir. Samedi et dimanche, c’est ouvert en soirée. Plus d’infos par là.

Comme j’ai eu la chance de pouvoir poser des questions et que ça m’intéresse, je partage les quelques infos que j’ai pu obtenir, en accord avec le gérant, Ahmed Moutaoukil.

La crêperie est l’un des multiples projets d’ouverture de restaurants qui ont vu le jour dans Berlin ces dernières années. Une idée, un talent, une envie…tout ce qu’il faut pour faire fleurir bars et établissements divers à Berlin. Pour la plupart, vouloir ne suffit pas. La crêperie bretonne est un des établissements qui a montré que son modèle marchait, malgré un fait qui ne joue pas en sa faveur: concrètement, les Allemands ne s’imaginent pas pouvoir faire un repas de crêpes. Soit ils imaginent ça comme trop lourd ou trop sucré (es ist im Endeffekt nicht so mächtig, me disait mon amie), soit ils imaginent ne pas manger à leur faim. L’importance de cette idée se voit en regardant la clientèle: principalement des femmes, qui s’attendent à du sucré et espèrent du léger. Alors qu’il est tout à fait possible de rajouter de la viande à l’ensemble…

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Touche manquante

Au bout de trois ans d’expatriation, Berlin est devenue simplement la ville où je vis. Rien de plus. Ca en aurait presque un côté banal.

Sauf que: vivre à l'étranger, utiliser une autre langue que sa langue maternelle, ce n'est pas quelque chose qui peut devenir si naturel que ça en a l'air. Il manque toujours un petit quelque chose, qui fait que l'on joue, sans cesse, à imaginer sa vie autrement, dans un ailleurs inaccessible. L'idée du retour n'attire pas forcément, mais elle nous habite malgré nous, sachant qu'il y a un certain nombre de vols low cost par jour reliant Paris, Nice ou Lyon en moins de deux heures. Cette idée du retour, c'est un peu comme penser à des vacances aux Maldives quand on touche Harz IV: non envisageable, et d'ailleurs absurde. Seul un joker pourrait la faire devenir réalité. Et pourtant, on y pense.

Mirage de l'expatriation: admirer Paris

Alors dans tout ça on cogite un maximum sur ce qu’on fait de sa vie, sans le vouloir, même quand tout va bien, et on se sent devenir vieux malgré soi. Je n’ai jamais appris autant sur moi-même que depuis que je cherche à comprendre une culture qui n’est pas la mienne. Miroirs réfléchissants.

La dernière chose que j’ai apprise, c’est qu’il me manque une denrée qui ici est pléthore: la simplicité. Placée face à un problème, je vois la solution et l’obstacle généralement assez vite, il n’y a pas vraiment de défaut de compréhension. Mais j’ai tendance à me concentrer sur l’obstacle et non la solution, ce qui engendre des trésors de stratégies de contournement, quand il suffirait d’aller tout droit. Je pense compliqué, je parle compliqué, j’agis compliqué. Je commence d’ailleurs à me demander si les tenants et les aboutissants de mes décisions font sens pour ceux qui me connaissent, et si oui, lequel.

Autour, il y a des gens, principalement des Allemands, vu le lieu, qui pensent effroyablement simple. Quand je fais 50 phrases dans un allemand alambiqué pour répondre OUI ou NON, ça fait louche aux yeux de mon interlocuteur. Et pour cause. Je m’évertue à faire une réponse sans fautes, quitte à endormir mon auditoire en passant par des subordonnées à rallonge. Or je n’ai plus rien à prouver sur ce plan. Pendant que je continue à éviter cet obstacle marginal, lui va utiliser une langue directe, rapide, efficace. Il se fiche des fautes,  voire d’être correct, il se fiche des raisons et autres fioritures encadrant le discours: il veut juste en venir à l’essentiel, quand je considère que l’essentiel est dans la forme. L’allemand a  d’ailleurs un potentiel tellement pragmatique, concentré sur la solution, quoiqu’il arrive.

Je crois bien qu’il me manque cette sorte d’aisance. Ce pays me l’a appris. Je la laisse presque systématiquement de côté hors cadre professionnel, et je fais exactement ce que m’a dit un certain garçon: Du denkst zu viel. Mon aisance à moi, c’est celle des problèmes insolubles. Et non pas celle de la vie pratique, où l’on dit ici sollen ou müssen à tout bout de champ, ce qui évite d’avoir à penser trop. Il y a des moments où je m’interroge sur cette capacité du monde extérieur à sauter d’un problème à un autre, pendant que je m’y enlise à combattre des démons qui n’y sont pas vraiment. J’ai maintenant la réponse: faute de savoir faire simple , à force d’envisager tous les possibles et de penser au conditionnel, on perd son temps. Je suis sans doute une espèce rare, peut-être même un specimen unique. Je viens de perdre un mois, et je n’arrive toujours pas à faire comprendre pourquoi j’ai agi ainsi dans une conversation tranquille. Pourtant, il y a des raisons plus que valables. Certaines formules prennent alors tout leur sens, on doit la suivante à Adenauer:

„Einfach denken ist eine Gabe Gottes. Einfach denken und einfach reden ist eine doppelte Gabe Gottes.“

Voilà donc ma leçon d’expatriée de l’année 2011. Une leçon que je n’aurais sans doute jamais apprise sans avoir eu l’idée saugrenue, et d’ailleurs totalement injustifiée à certains égards, de venir ici. Me voilà pourvue d’une carte de plus en main, et je n’en suis pas mécontente. Reste simplement à savoir quel usage je vais en faire pour les 11 mois restants de 2012.

Et vous, l’expatriation vous a-t-elle amené à vous redécouvrir?

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Scènes de drague

N’en déplaise aux défenseurs les plus ardus de ce pays, je finis par me résoudre à écrire ce post, sur mon blog, pour enfoncer une porte ouverte. A savoir: la drague, ici, ce n’est pas ça. Mais alors, pas du tout du tout.

Même s’ils existent visiblement des gens qui ne voient pas le problème.

Néanmoins, comme je suis sûre de mon opinion après l’avoir mûrement réfléchie en trois ans sur place, pour le leur prouver aux défenseurs (parce que je vois déjà les boulets de canon arriver, en plus ce sera des filles casées avec un Allemand, hein), voici quelques liens à consulter afin de voir que d’autres Français(es) vivent la même chose. A savoir un sentiment grandissant d’être devenu(e) incroyablement moche à son insu, que le travail, c’est la santé, ou encore de tomber quasiment tous les jours de l’année sur des gens qui sont:

a/ en couple. Le pire, c’est que subitement vous avez l’impression qu’ils sont à 90% en mode inséparables -comme les oiseaux. Ils font tout ensemble. Réflexes coordonnés, tout ça tout ça. Rien que par leur façon de sonner à l’interphone vous savez à qui vous avez affaire. Des zamoureux qui énervent la nana de la chanson tellement ils dégoulinent de bons sentiments (rappelons au passage que 35% des Berlinois de 25 à 35 ans sont célibataires, donc véner’ sur ce point en particulier. Théoriquement, vous avez donc des raisons d’espérer trouver un deckel, ou un topf, selon). Vous les entendez donc, ces doux agneaux, roucouler pérorer en l’espace de la microseconde nécessaire pour actionner l’ouverture de la porte de votre immeuble. Quand ils racontent leur vie, pardon leurs histoires, c’est aussi en mode coopératif. Ils s’interrompent pour se congratuler de locutions lunaires:  »tout à fait »,  »c’est exactement ça » etc., etc. Usant. (j’espère qu’ils ne me lisent pas ces deux-là…)

b/ chasseurs du même gibier que vous. Soit en réel, et là très souvent, vous le voyez de suite, c’est bien. Soit en hypothétique, et dans ce cas vous vous demandez pendant des semaines si malgré la rumeur tendant à faire croire que non, en fait ils ne seraient pas quand même. C’est vrai quoi, cette indifférence polie qui se concentre sur la conversation.

c/ non envisageables. Mais là, il est possible qu’à un moment vous finissiez par ne plus voir du tout cette catégorie. Il est même possible que vous vous retrouviez paumzingu’ le coeur meurtri pour quelqu’un qui n’était même pas votre genre à la base et auquel, pour toutes les raisons que je vais vous décrire ci-dessous, vous n’avez rien compris.

d/ en cours de reconversion à l’international. D’ailleurs ça peut vous arriver.  J’en connais qui vont se reconnaître. Vous vivez dans l’ancienne capitale prussienne et vous êtes avec un Italien qui passe l’hiver à vous casser les oreilles avec le soleil romain. Par exemple. L’été, vous le passez ici ou là-bas, mais surtout, trop souvent avec sa mamma. Elle vous explique comment cuisiner sainement: préparer des ventrées de pâtes. Donc, dans les rues que vous côtoyez, comptez avec des couples qui en fait, n’ont absolument aucun lien intime avec le pays. Polono-espagnols, franco-italiens, brésilien-portugais, que sais-je. Dans une telle situation d’incompréhension des techniques de drague germaniques, tout s’explique. Et je vous laisse libre de juger à quel point cette assertion de ma part est vraie ou fausse. En toute démocratie.

Et après il y a : les Autres.

Bon. Arrivée à ce point de mon blabla, je dois vous concéder que nous, Français, mais surtout Françaises, bénéficions d’un atout majeur à utiliser à bon escient. Parler est en soi avoir fait la moitié du chemin et dissiper une grosse partie des hésitations du monsieur. La moindre trace d’accent français vous confère un potentiel insoupçonné: celui de faire surgir les phéromones dans n’importe quelle atmosphère. Vous êtes fairefureurisch rien qu’en disant votre nom. Même les jours où vous avez l’air de Robocop tellement vous êtes de bonne humeur. Ca prend parfois des proportions sidérantes. Téléphonez par exemple à votre caisse de sécu, tombez sur un homme et expliquez lui avec hargne votre problème d’inscription. Jamais vous n’aurez un niveau de service aussi abouti. Plus vous dites de euh, mieux c’est. Idem au boulot. Le  »léger » accent sera jugé délectable. Toujours, y compris si vous ne le voulez pas. Alors, tant qu’à en arriver à ce niveau-là, autant s’en servir. Non mais.

Donc, les liens:

Manon et son bellâtre

Un constat cinglant de Caroline

Le témoignage de Nat, rescapée du désastre

L’analyse d’Hélène

Voilà. Alors on reprend. La drague, vaste sujet pour tous les expats paumés entre les signes, pardon les langages codés incompréhensibles consistant à masquer l’existence des phéromones pourtant bien présents. Les Allemands aiment les jupes, les talons, tout comme tous les autres. La preuve par Loriot et le discours embrouillé d’un père:

La drague, donc, cette façon d’aborder quelqu’un pour des motifs amoureux et que ça soit à peu près clair pour cette personne, je crains bien qu’elle n’existe pas vraiment ici, sauf très rares exceptions tout à fait louables. Le mieux en fait, c’est quand la personne qui drague peut aussi faire croire qu’elle ne l’a pas fait, comme ça elle ne prend pas trop de risques. Pas encore compris quels risques. Du moins dans le sens homme-femme. Il existe certes des relous mecs qui osent faire comme en France, c’est à dire vous aborder au supermarché, dans la rue, ou bien au resto ou au bar, et là ils sont moins relous, de suite (signe de reconnaissance: ils commencent en grande majorité leur discours par Alles klar? Nouvelles venues, vous saurez que non non, vous n’avez pas l’air mal en point. D’ailleurs heureusement qu’ils font ça. Imaginez un peu les baffes qu’ils se prendraient s’ils utilisaient le mot local pour mademoiselle). Mais ça reste assez rare. La grande majorité ne le fait pas. C’est même tellement rare que parfois, vous qui étiez si peinard sans aucun commentaire non désiré sur votre look ou votre forme physique, vous commencez à présenter tous les symptômes de la femme stylée bien française que jamais auparavant vous n’avez été. Ou alors, vous vous surprenez à avoir une certaine nostalgie pour ces compliments gratuits très français qui, dans le fond, ne mangent pas de pain et vous pousseraient presque à réserver un week-end à Paris ou à Nice sur expedia fr ou un autre site, pour vous remonter le moral (mademoiselle, j’te parle! mademoiselle, tu es belle comme la lune! t’habites où? je t’offre un café! je te porte tes provisions si tu veux! etc. etc. Et vous êtes la seule cruche à sourire à ces phrases reloues, donc ils insistent encore plus. Super).

A l’opposé de ça en Allemagne, il y a les séquences où vous réalisez qu’en fait, pas du tout, vous intéressez probablement tout le monde deux trois mecs pas trop moches et que tout va bien, vous n’êtes pas nobody mais en fait, Scarlett O’Hara remix. Ouais. A vous les amours fous à travers les contrées verdoyantes. Il y a un truc dans l’air. Seulement, arrivé à ce niveau-là d’appréciation de votre personne, l’homme peine souvent à diffuser un message clair. Vous parlez pluie et beau temps, neige et verglas. Le problème pour vous est donc d’identifier assez tôt l’objet du rapprochement de votre interlocuteur, histoire d’être sûre sûre après tout ça. Facile à dire, pas facile à faire. Souvent, vous le captez un peu trop tard le rapprochement. Vous vous retrouvez donc sans aucune forme de certitude, désarmée, vaguement désespérée aussi devant tant d’énigmes. Mon conseil: si vous vous posez la question, c’est déjà bon signe. Parce qu’en soi, c’est digne des meilleurs stratégies et tellement limpide que vous n’y voyez vous même que du feu, que vous vous dites que c’est certainement un schtroumpf. Et pour cause: partie de skat ou motif ultime? Discussion politique ou motif ultime?

Bref, plus vite vous décodez, mieux c’est. L’avantage, c’est que plus vous accumulez de temps de présence en Allemagne (système de points, en fait), plus vous commencez à comprendre tôt. Parce que sinon, ça risque tout de suite d’être l’étape suivante: Hollywoodschaukel (= balancelle judicieusement placée sur un balcon, normalement utilisée pour savourer la tarte et le café le dimanche, façon année 50, avec la grand-mère pas loin) dans le vent froid de l’hiver berlinois. Vous attrapez la mort avant d’avoir réalisé le revirement de situation. Ou bien dîner aux chandelles dans un resto posh de Prenzlau quand on vous a parlé d’aller prendre un verre pour continuer la discussion interminable -et palpitante- sur Helmut Schmidt. Avec en prime la vague impression que vous êtes à compter de ce jour LA femme de la vie de l’homme devant vous, et que ne pas avoir assez faim pour finir ce que vous avez commandé peut avoir des conséquences cataclysmiques. Et qui renonce facilement au statut de Scarlett O’Hara pour cause d’indigestion?!

Donc voilà. On a d’abord le sentiment de ne pas exister pendant des semaines, puis subitement de trop exister pour que ça soit plausible, et puis de ne plus rien comprendre à rien. Tout ça est normal. Inutile de paniquer.

Alors après il y a les filles qui partent du principe qu’elles doivent prendre les choses en main. Pour certaines, ça marche. Pour d’autres, pas.  Les pigeonnes. A vous de voir. C’est sans doute une question du nombre de fois que vous avez essayé. Mais le mieux, c’est encore d’en rire avec eux, ça aide à savoir à quoi s’en tenir ;)

Bon. Après tout ça il est fort possible que vous vous demandiez s’il y a un avantage à ne pas vous reconvertir à l’international, histoire de ne pas perdre de temps si comme 90% d’entre nous vous ne comprenez rien à rien. Eh bien oui, il y en a un, et de taille: la reconversion en homme au foyer. C’est qu’il répondrait quasiment à cette attente féminine éternelle du prince charmant à tous égards à lui tout seul, c’est dire:


Le prince charmant von pascaldinot

Enfin bon, les exceptions existent, hein. Tous les hommes ici ne sont pas Monsieur Propre ou chef cuistot à la maison, même s’ils vous racontent la version glamour sur leurs dons en cuisine italienne au restau de Prenzlau. Méfiez-vous. Je ne voudrais pas vous induire en erreur et que ça me soit reproché par un nouveau type de détracteurs. Mais bon.

Edit de dernière minute: Audrey en parle aussi. Deux fois. Comme quoi.

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Bizarreries…

Quelqu’un peut m’expliquer pourquoi on dit:

- Dieses Problem ist schwer.

en lieu et en place de « schwierig »?

- Ich frage mal kurz.

en lieu et en place de « schnell ».

M’énerve à la fin.

Des idées?

Joyeuses fêtes à tous!

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Lokaler Spruch des Tages…

Fallen ist keene Schande, nur liejenbleiben.

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Tous à vos écrans

Pour tous ceux (et surtout celles) qui ne le savaient pas, Tilou s’attaque au petit écran. Tilou, c’est Til Schweiger, DIE superstar allemande, dont j’ai déjà parlé abondamment ici. Un homme et un acteur qui me met des étoiles dans les yeux. J’entends son nom dans la rue, je me retourne pour vérifier des fois qu’il serait vraiment dans les parages et pour lui demander d’arrêter de traîner sa gamine partout.

Quelle ne fut donc pas ma joie d’entendre au point info de ce midi que les rumeurs vont se confirmant. Tilou souhaite décidément changer de majeure et délaisser (un peu, faut pas pousser) le cinéma pour apparaître à la TV. Mais pas n’importe où. Non non. Dans le très saint Tatort que les Allemands regardent religieusement le samedi ET le dimanche. En d’autres termes, ça a un potentiel impact très, très important. On ne peut pas comprendre l’Allemagne sans connaître l’importance de Tatort. Si vous ne connaissez pas Tatort, ce n’est pas compliqué à comprendre. Il s’agit du seul événement télévisuel qui parvient à faire vibrer les foules berlinoises sans avoir recours à 90 minutes de foot. Vous mettez un groupe de flics, du sang et une énigme à la Derrick  vaguement modernisée et voilà.  Certains cafés se remplissent grâce à ça. Tout un business. Et tout ça sans avoir eu encore recours à l’aide de Tilou: remarquable!

Pour sauver encore plus de cafés, tout va désormais s’accélérer. Til arrive. Vous me demanderez donc quel est l’intérêt pour Tatort d’aller chercher Tilou qui ne doit pas être donné, vu le cours actuel du Botox. Eh bien, apparemment, Tilou dispose d’un charisme, pour ne pas dire une crédibilité, qui manque aux protagonistes actuels. Il se trouve que ça me plaisait bien sans le charisme et la crédibilité.  Bon. Mais des fois que ça me plaise encore plus.

Quel est l’intérêt du côté de Til Schweiger? En y réfléchissant bien, je crois qu’on peut résumer ça en 3 points:

- Tilou doit en avoir assez de cette image de bellâtre vieillissant. D’autant plus que les comédies romantiques se conjuguent difficilement avec l’âge, dans le fond.  Merci à Hugh Grant de l’avoir montré malgré lui. Donc pourquoi ne pas réfléchir à un changement radical d’image via le petit écran. Camper un commissaire sexy vachement futé, vachement sur la descente, et vachement populaire, qui pour une fois n’a de bellâtre que l’apparence (en fait c’est absurde ce que j’écris: à part l’apparence, que possède un bellâtre?). Ca devrait lui plaire à Tilou. Moi à sa place j’aimerais en tous cas. Passer un cran au-dessus. A sa place, je serais même prête à m’enlaidir un peu pour sortir du rôle unique  à jouer une fois tous les 2 ans sur grand écran.

- Tilou veut encore agrandir son public féminin. Non content de les attirer au cinéma (et parfois même de faire subir ça à leur malheureux compagnon traînés là contre leur gré), il veut maintenant les surprendre chez elles, quand elles sont en train de réfléchir à leur Brötchen du soir. Il est d’ailleurs temps de penser à l’avenir: plutôt que de viser les fêtardes de 20, 30 ans qui sont susceptibles de voir les affiches de ciné, il faut viser les quinquas, fidèles dans l’adversité, plus sérieuses et attentives  à leur écran à l’heure du repas.

- Tilou se voit bien en Derrick deux. Il y a d’ailleurs relativement peu à investir: un imperméable, des grosses lunettes (faire un tour chez l'opticien, c'est en option on dirait), de la gomina, un assistant. Une carrière d’avenir si l’on se souvient de Horst Tappert, légendaire au-delà des frontières grâce à l’art du gros plan. C’est précisément ce qui manque à Tilou: l’accès aux publics féminins au-delà du Rhin et des mers. D’ailleurs Tatort, à l’étranger, pas encore entendu parler. Il serait temps. Til pourrait être l’argument clé d’une internationalisation. Je ne le comprends que trop bien, il faut jouer global et parier sur la tension dramatique. D’ailleurs ça rejoint mon point 2, bizarre, non?

Par contre pour la série je ne sais pas si c’est si futé que ça. Des fois qu’il se barre subitement pour jouer Kokowäh 2 (là où il se rend compte qu’il a non pas une gamine mais deux. 2 heures avant son mariage). Ou alors pour les producteurs de ciné. C’est vrai, il risquerait de fatiguer, à être partout.  Moins de spectateurs pour des films comme ça, ce serait dommage.

Je crois qu’on peut résumer ça par des ambitions hégémoniques de la part de la personne qui a eu cette idée. Si vous n’avez pas encore compris jusqu’où porte l’ombre de Til, songez à Banderas en Espagne et Depardieu en France. Mais en pire. Bien pire. Hégémonie, que je dis.

Lisez cet article si ça vous dit.

Bon. Tout ça pour dire que je vais voir voir Tatort tant qu’il en est encore temps. La rediffusion de la veille, ça a du bon.

Et vous, vous êtes enthousiastes?

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