…en Allemagne, pour les grenouilles. Bien entendu.
Vivre comme expat signifie commencer par passer quelques mois en ayant comme source principale d’intégration, le boulot. Et il y en a des choses qui paraissent suspectes et s’apprennent au fur et à mesure.
Après la phase d’euphorie liée à l’obtention de son boulot vient une phase de frustration. Ouais. On avance pas, on a l’impression permanente d’être pris pour un imbécile, et des envies de rebellion effrontée. Bref, on s’arrache les cheveux sur un ou une collègue exaspérant, puis vient un jour où on réalise qu’ils sont tous pareils. Selon les caractères, le petit expat en herbe se remet alors totalement en cause ou bien part dans des généralités sur les Allemands qu’il va ensuite répandre joyeusement. Or les deux sont faux. Petit état des lieux après quelques années d’immersion complète au pays des bretzels…
Le dialogue
En Allemagne on discute de tout, dans les moindres détails. Inutile de se sentir méprisé par le fait qu’on vous demande des comptes sur absolument tout et que vous ayez à entendre tout ce que fait votre collègue, c’est comme ca et ne signifie absolument pas que l’un ou l’autre ne soit pas pris au sérieux. Ici, on peut vous demander très sérieusement de bien vouloir prendre part à une réunion entre 15h et 18h pour détailler votre emploi du temps sous forme d’un tableau Excel comprenant 18 lignes et 45 colonnes. Vous pourriez le faire seul en une demi heure, mais ce serait en France et ce serait trop simple, le degré de détail ne suffisant pas. Pensez juste aux vitamines C pour pouvoir tenir le coup. Avec le temps vous verrez que vous vous y ferez et que vous y verrez un intérêt et même une ferveur à rajouter des lignes et des colonnes que vous ne saurez jamais expliquer clairement à un autre Francais.
Les horaires
On ne rigole pas avec les horaires. Les employeurs traditionnels sont tout à fait capables de vous décompter la minute de retard que vous aviez ce matin de votre salaire. Vous pensiez la rattraper en restant plus tard le soir? Ca ne sert à rien, ce qui compte est le respect pur et dur des horaires. La raison est loin d’être absurde: on associe ici le professionnalisme au respect strict des horaires, pas à votre implication personnelle qui peut cacher bien des tares. Et de toutes façons, qui en Allemagne -surtout au sud, ceci dit- appelle une entreprise passé 16h. Vos clients sont déjà en train de penser au diner et ont fini leurs courses à Stuttgart. Vous n’étiez pas là pile à l’heure, vous n’avez pas prévenu et personne ne vous a rien dit? N’imaginez pas qu’on vous prenne trop au sérieux…
La fièvre
On ne rigole pas avec les congés maladies. Un brin de fièvre, une mauvaise mine…? Mieux vaut rester chez vous. De toutes façons, il est fort possible que ce soit votre supérieur qui vous renvoie chez vous comme un malpropre. La contamination, tout ça. Donc, oui, vous serez réduit à tourner chez vous en attendant la guérison de votre mal, aussi léger soit il. Le médecin ne vous auscultera d’ailleurs pas, ne vous touchera pas- vous vous sentirez vaguement frustré dans votre droit de malade- il vous posera deux ou trois questions et vous mettra en arrêt, malgré vos protestations. Sauf qu’à un moment donné vous cesserez de protester tellement vous aurez de tentatives de résistance au médecin au compteur. Ce qui signifie que vous risquez rapidement de muter en personne pleine de suspicion à l’égard de vos chers collègues: un fauteuil vide à côté de vous à 9h01, trois possibilités…Que fait-il?

Fauteuil de bureau idéal pour Thorsten. Si ce siège est encore vide à 8h du matin, faites vous du souci pour sa santé ou sa motivation
Le calme
Rien ne sert de s’énerver, surtout quand on vous demande une info que vous estimez débile triviale et évidente et que vous étiez en plein en train de faire autre chose de super important. Cf le premier point de ce billet pour comprendre pourquoi on vous pose la question. Tout est important, et surtout de garder son calme en toute circonstance. La culture du conflit est à ranger aux oubliettes, on vous aura de toutes façons à l’usure. C’est seulement une fois que tout le monde a bien eu connaissance de toooooooooooooooooooous les aspects d’une situation qu’on peut commencer à faire des trucs, par exemple contacter un client. Le problème c’est de s’y faire suffisamment pour pouvoir rester calme en toutes circonstances et selon toute question je peux parler côté zen. Je recommande le yoga, la phase d’adaptation sur ce point me semblant pouvoir durer toute une vie.
La spécialisation
Le maître mot est In house Expert. Du remarquable Denglisch qui vous poursuivra partout. Vous êtes donc spécialiste de votre domaine, même si on vous a parachuté là et que vous comprenez autant ce nouveau domaine que le résultat des dernières élections italiennes. Donc, même si vous regorgez d’idées pour plein d’autres choses, ne les mentionnez pas hors entretien d’orientation (parce que ca s’appelle comme ça, quand on veut bouger en interne ou récupérer des sous). Mitmachen, c’est un argument d’entretien, pas une réalité à appliquer dans son quotidien professionnel. Ca implique aussi qu’on vous posera des questions dont vous penserez secrètement qu’elles sont à coucher dehors et qu’il faudra, une nouvelle fois, rester calme et dialoguer.
Alors après je pourrais vous parler des personnages qu’on retrouve un peu dans toute entreprise ici, type Thorsten (sauf que Thorsten existe aussi ailleurs). Je pourrais également vous parler des absurdités que je vois dans ce modèle. Mais je crains de ne pas avoir assez de recul sur mes trois entreprises pour pouvoir faire un portrait assez exact de ce qu’est l’esprit allemand au travail, et d’avoir tendance à laisser de côté tous les défauts du modèle français. Etre neutre quand on est en plein dedans, mission carrément impossible.
Et vous, vous avez remarqué des choses qui reviennent dans la culture d’entreprise allemande?
NB: ce texte est à prendre au second degré et n’a pas vocation à être définitif. Je ne sais pas tout sur le monde du travail allemand et heureusement!







