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Exprimer l’heure en bon Ossie

Pour exprimer l’heure il y a parfois quelques pièges. Notamment régionaux.

La preuve, c’est qu’à la question Wie spät ist es? , la réponse  d’Helmut n’est pas pareille à Berlin et à Stuttgart. J’ai tellement perdu mon latin qu’il a fallu que je me fasse un tableau pour pouvoir retenir tout ça. Sinon le matin en se levant vous avez l’impression qu’un quart d’heure de vécu est en fait trois quarts d’heures de passé. Entre ça et les traumatismes posés par l’existence même de Thorsten, je ne sais pas ce qui est le mieux.

Même les Allemands s’y perdent entre eux. C’est dire. Ah là là c’est compliqué d’apprendre une langue. Déjà que j’ai jamais compris la logique à dire Halb zwei , si en plus il faut comprendre les logiques régionales pour les quarts d’heure…

Wie spät ist es Helmut?

Allemagne de l’Ouest

Allemagne de l’Est

Zwei.

Deux heures.

Halb drei.

Deux heures et demi.

Viertel nach zwei.

Deux heures et quart.

Viertel vor drei.

Trois heures moins le quart.

Viertel drei.

Deux heures et quart.

Drei Viertel drei.

Trois heures moins le quart.

Allemagne de l’Ouest

Allemagne de l’Est

Zwei.

Halb drei.

Viertel nach zwei.

Viertel vor zwei.

Viertel drei.

Drei Viertel drei.

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Les touristes et Berlin

Les lecteurs réguliers de ce blog l’auront compris, je n’aime pas les touristes. Ou plutôt: je ne les aime plus. Il paraît que c’est un signe d’intégration. Ce n’est pas moi qui le dit, mais une copine qui est née ici, derrière le Mur. Je pars donc du principe qu’elle a forcément raison. Surtout ne pas admettre qu’on aime pas les gens qui se baladent en ressemblant à rien en général, à commencer par les superbes tee shirts criards obligatoires.

Donc voilà: ici, les touristes ne sont pas tant les bienvenus que ça. C’est un peu comme les Souabes qui ont quitté le merveilleux pays des Spätzle pour venir à la capitale. Les Souabes passent aux dires d’une certaine minorité berlinoise pour des suppôts de Satan. Ils se goinfreraient des Spätzle toute la journée, comme au pays, rouleraient sur l’or, n’auraient aucun intérêt ni respect pour la culture locale. Mais surtout, leur présence est considérée comme insupportable pour le rôle qu’ils jouent sur l’augmentation du coût de la vie. Berlin se veut bien pauvre et sexy, mais il y a des limites. Pas si le tout est noyauté de riches étrangers! Et tout ça d’ailleurs, ça risque de se faire ressentir le 1er mai, comme chaque année.

Vous me direz donc, pourquoi ce lien entre les Souabes, les touristes, le coût de la vie?

La gentrification. Encore et toujours. Ce mot horrible en français comme en allemand désigne le mouvement de hausse des loyers en centre-ville qui n’épargne plus Berlin. Il y a le centre-ville, et il y a le reste. Et ça empire par des petites mesures anodines. Mon loyer a été rehaussé de 20 euros mensuels par rapport à celui payé par le locataire précédent. Pour d’autres, c’est une petite lettre qui arrive un jour par la poste annonçant que désormais il faut aligner 80 euros de plus. Purement et simplement.* Autant dire que pour tout le monde, c’est un problème. Pour une branche minoritaire de l’extrême gauche, environ 2000 individus, il n’y a pas à chercher loin dans tout ça. C’est bête comme chou, et donc d’autant plus exaspérant. Et ce beau monde, même minoritaire, influence une bonne partie de la population berlinoise. Ca me fait vaguement penser à ces idées d’extrême droite qui se banalisent sous le prétexte qu’une attitude décomplexée est salutaire. Plus rien n’est grave. Tant qu’on ose réfléchir (notez bien que ce mot est toujours prononcé de façon très bizarre dans ce type de circonstances. Vous avez l’impression que la personne zozotte, quasiment. Bref). Dans le cas présent, c’est un peu la même chose: puisque tout le monde souffre de la hausse des prix, il n’est pas grave d’oser désigner les coupables. Voire de brûler leurs voitures. Ils l’ont bien mérité.

On considère donc, dans toute l’intelligence coutumière à ce genre de raisonnements, que l’on peut facilement attribuer la faute à un groupe ethnique bien marqué. Je ne sais pas vous, moi ça me fait vaguement penser à du racisme. Ce sont donc les mangeurs de Spätzle les coupables, ces Allemands de l’Ouest qui rappliquent aux premiers signes d’enrichissement d’une ville dont ils comptent visiblement voler l’âme. C’est donc ainsi qu’on colle indistinctement sur le dos du capitalisme, de l’invasion souabe et de la modernité le fait que des voisins ne se connaissent plus vraiment, que Berlin change (il est bien connu qu’un changement est forcément pire), que les prix montent alors qu’ils pourraient rester bien bas. Bon, dans tout ça, le fait qu’il y ait autant de Français ou d’Américains ou d’Espagnols dans les rues, ça n’est pas si grave: ce ne sont pas des Souabes, les Berlinois, extrémistes ou pas, ne sont donc pas encore au courant. Surtout gardons bien le secret.

Si encore on pouvait en rester là. Mais non. Il y a en plus des gens, a fortiori étrangers, qui mangent normalement des spaghettis, des cornichons et du boeuf stroganov. Ces gens errent en troupeaux dans la ville. Soit ils sont en version short-vieilles tennis-besace-casquette (celle que j’adore, vous devriez avoir compris), soit il s’agit d’une foule attirée par la réputation de Berlin, capitale de la nuit, étoile montante de la vie culturelle et événementielle de l’Europe, pas chère, agréable, reine de la techno. Les anciens fêtards (enfin, pas si anciens que ça) sont les premiers à hurler sur ces fichus touristes dès qu’une fête prend trop d’ampleur- si vous ne hurlez pas, ça ne sert à rien: tous les touristes sont, par définition, sourds. Les cyclistes pestent contre les touristes, ces gens qui restent des plombes sur une voie vélo si pratique et déserte quand personne ne s’est parqué dessus, à commencer par les flics. Ce qui est bien, dans l’histoire, est que la plupart des touristes passent complètement à côté de la plaque.

Donc, pendant que ces futurs candidats à l’insulte préparent leur voyage en cherchant les meilleurs hôtels à Berlin, je commence à me demander dans quelle mesure ma haine désormais instinctive du touriste dans toute sa platitude résulte de mon bon entendement. Plus le temps passe, plus je me pose la question. Quelles opportunités a cette ville? Ni l’industrie, ni la finance. Impossible ou presque de faire carrière à Berlin hormis trois ou quatre grandes boîtes qui se battent en duel. En revanche, il y a la réputation de Berlin, les lacs, les paysages, le centre-ville. Ces touristes permettent à la ville de jouer dans la cour des grands**. Sans eux, je n’aurais sans doute jamais eu l’idée de venir m’enterrer ici. Je serais certainement à Munich, Hambourg ou Stuttgart. Ils créent de l’emploi, permettent à une ville qui était entièrement close et entièrement germanophone il y a un peu plus de deux décennies de goûter à nouveau à l’international. Et voilà qu’on voudrait vivre sans. Que des clubs collent des étiquettes déclarant que les  »Touris » ne sont pas les bienvenus. Je ne souhaite pas finir comme ça, ou comme les riverains de l’Admiralsbrücke, qui ne supportent plus rien, et ont besoin d’une équipe de médiation pour pouvoir avoir un vague sentiment de quiétude…

Je me demande si une autre ville dans le monde a cette attitude envers le tourisme? Je t’aime moi non plus?

* Si vous ne me croyez pas sur la hausse des loyers, relisez cet article du blog de Manon…

** Pour plus d’infos sur le sujet, vous pouvez lire cet article un peu ancien, ou bien même aller voir chez les descendants de Shakespeare.

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En vrac

Le pire, quand on évolue dans Berlin, c’est de tomber sur de parfaits inconnus dont on sait tout de suite que c’est du comme vous: Français. On passe de trop longs instants à se regarder d’un air mauvais. Le premier qui parle a perdu.

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Printemps météorologique sur Berlin: il fait en gros le même temps que début décembre. La différence, c’est que maintenant il faut en plus être content.

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Que quelqu’un m’explique pourquoi les francophiles et francophones locaux disent  »ich spreche nur ein bisschen Französisch » pour signifier  »je suis bilingue ». Limite s’il ne faut pas les menacer pour qu’ils sortent trois phrases en français parfait, consistant à vous dire qu’ils sont en train de se ridiculiser. Pendant ce temps, vous passez pour une cruche diplômée à force d’accumuler les fautes d’articles, tout en osant dire que vous parlez pas trop mal l’Allemand. Ca doit être un complexe national qui aboutit à nous faire passer pour des frimeurs…ou bien quoi?!

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Pendant que l’Allemagne s’enfonce dans l’idée que les différences est-ouest sont intangibles, l’écart entre Berlin Ouest et Berlin Est se gomme progressivement. Aplanissement des loyers, tout est plus cher. Il faut diviser la ville entre centre-ville et périphérie, et non plus entre quartiers. La ville s’internationalise. C’est peut être le seul endroit d’Allemagne où les mots  »Ossie » et  »Wessie » ne sortent pas à tout bout de champ. N’empêche: vous mettez les mêmes ailleurs, ils vous ressortiront les mêmes préjugés et les mêmes reproches.

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L’intégration est depuis 60 ans un sujet douloureux et le reste. Elle est ressentie comme un phénomène lié à la maîtrise de la langue allemande. Ne pas parler= ne pas être intégré. Cf la politique de l’Arbeitsamt qui lie ses prestations à la maîtrise de l’allemand, pendant que le Finanzamt de l’autre côté interdit aux employeurs de financer des cours de langues à ses employés autrement que par le biais d’un prélèvement salarial. Il y a aussi le concept de Gastarbeiter. Des gens dont on attendait qu’ils viennent travailler et puis qu’ils rentrent gentiment chez eux. Qui ne l’ont pas forcément fait, et qui sont maintenant là, ni vraiment intégrés, ni vraiment rejetés. On les aime bien, mais tout le monde ne comprend pas vraiment. Relire le livre Maria, ihm schmeckt’s nicht sous cet éclairage. Il y a les Berlinois du Sud fiers de parler le haut-allemand, qui  »ne se sentent plus chez eux » à force d’entendre autre chose que de l’Allemand dans les rues, et les gens du Brandenburg, qui sont fiers d’avoir acquis l’accent berlinois pour pouvoir avoir des racines plus locales. Et au-delà de ce petit monde un brin auto-centré, il y a des Turcs, des néonazis et une extrême gauche assez active.

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Un mot oublié de ma grand-mère qui revient à la surface:  »avant la guerre, Paris et les autres grandes villes parlaient toutes les langues, sans que l’on pense forcément être à l’étranger. Ca a changé ». D’où nous vient cette sorte d’aversion pour le multilinguisme? Paris bénéficie d’une immigration dont la langue est souvent le français. Berlin, non. Mais cela signifie-t-il que Berlin est plus ouverte au monde extérieur?

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