Un drôle de mot

Il y a en ce moment beaucoup de naissances autour de moi. Bébé à venir, bébé arrivé, bébé désiré…on n’en sort plus, pour notre plus grand bonheur :). Encore un aujourd’hui! Et tant d’autres à venir…

Toutes choses égales par ailleurs, je n’arrête pas de me tordre le cerveau à chaque tentative de félicitations de naissance en langue germanique. Ce qui est bien, c’est que le mot « das Baby » est le premier mot pour lequel j’ai su associer un nom ET un genre. Chose rarissime (connaître spontanément le genre d’un nom ici, ca relève du défi. Encore mieux encore: connaître aussi le pluriel. On ouvre des grands yeux quand j’y arrive- « on » étant bien évidemment un ou une Allemand(e) bien intentionné(e) toujours prêt à corriger dans la théorie, ne le faisant jamais dans la pratique, s’extasiant subitement quand ca marche parfaitement tout seul… Enfin bref: ceci est une autre histoire).

Revenons à nos moutons. S’il y a bien un truc que j’apprécie dans le fait d’être multilingue, c’est de connaître les origines communes d’un mot ou d’une expression dans plusieurs langues.  Et de pouvoir faire le lien entre deux événements. Ou de comprendre pourquoi un mot a telle ou telle connotation. Ici en Allemagne il y a pléthore d’exemples avec le Francais (article prévu, so I am not spoiling the beans!). Et ce ne sont pas les histoires rigolotes qui manquent autour de la langue… Faire du shopping par exemple (vient au final du vieux francais « échope », désigne si ma mémoire est bonne des sortes de relais en vogue pendant la guerre de Cent ans, visités par des Anglais, revisité par le Franglais…). Ou bien « budget », tiré du francais aussi (de « bourse », non?). Ou bien encore le fait que l’expression « filer à l’anglaise » soit traduite par « to take French leave »…soit deux interprétations pour un même événement, je vous laisse deviner lequel.

Pour le mot « bébé »/ »baby », qui d’ailleurs est utilisé à peu près partout, il y a toute une histoire derrière. Bon, ok, en Allemand, le mot vient de l’anglais « the baby« . Ce qui permet d’identifier au passage l’article (tous les noms étrangers étant en théorie neutres- je dis bien en théorie, parce que les exceptions, hein…). Et bien entendu, le mot  « baby » vient du Francais. Lequel a une grosse dette polonaise. Et on se retrouve aujourd’hui avec une série de mots qui ont été « eingedeutscht », pris dans la langue allemande , après un léger passage ailleurs (« babyseat », « babykisten », « babyspeck » etc. etc.) Vous me suivez…?

Donc: le mot « bébé » vient du francais et désignait à l’origine un nain francais de la cour du roi de Pologne, réfugié en Lorraine. Nain, bouffon, conseiller, le petit personnage est surnommé « Bébé » par le roi et acquiert une telle célébrité que les membres de la cour finissent par utiliser son nom pour les nouveaux-nés. Jusqu’au jour où le mot atterit en Angleterre, puis est relayé jusqu’en Allemagne…et ainsi de suite.

Le plus intéressant à mes yeux dans l’histoire, c’est encore que ce mot vient combler un manque européen: il remplace le vide, il pose les bases pour que l’amour maternel (et paternel, d’ailleurs) puisse naître au sens moderne du terme. Cet amour si évident qu’il y a aujourd’hui pour les enfants, il a mis tant de temps à se développer, à exister dans sa forme actuelle.  Un enfant, c’est d’abord quelqu’un qui n’a pas le droit de parole (de infans, qui ne parle pas, ou plutôt qui n’a pas le droit à la parole). En allemand, « das Kind » vient du haut-allemand et signifie « qui est produit » (erzeugt)… Ca parle de soi-même. Il y aurait des litres et des litres d’encre à verser sur l’histoire de l’enfance (et d’ailleurs certains l’ont déjà fait). Mais dans le fond, l’émergence d’un mot c’est déjà beaucoup non? Sans mot, dur d’accéder à l’idée…dur aussi de considérer une naissance comme l’accomplissement et la suite naturelle, presque attendue, d’un amour.Les mots peuvent diviser, comme ils peuvent unifier, réconcilier, unir les coeurs. Et c’est le cas de ce bien drôle de mot:  « bébé ». Combien de chaleur et de joie seraient perdus sans lui.

Je me demande ce que cela donnerait une naissance ou pas une personne n’utilise ce mot, ni avant, ni après…Das Neugeborene,  Säugling, kleines Kind, nouveau-né, nourrisson, new-born, aka-chan (littéralement: la petite chose rouge). Aucun de ces mots n’exprime à mon avis le bonheur qu’on peut avoir à la vue de ce petit bout d’homme, alors qu’il y a dans le mot « das Baby » tant d’affection et de chaleur.

Comme quoi les mots, quand on les maîtrise, ils peuvent nous donner de belles lecons…Il y a la joie qui mène à l’utilisation du mot, et il y a la joie qui découle de son utilisation. Dire « mein baby » pour un père ou une mère, c’est quelque chose de si accomplissant et de si beau à voir. En allemand ou en francais, une pure merveille.

Posted in Chroniques, Culture, Parlons franco-allemand. Tagged with , , .

2 Responses

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>